‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 22 sur 95 · UT NOTICE SUR BUCHEZ · texte numérisé non relu

UT NOTICE SUR BUCHEZ

mettre'. Un antre de ses amendements eot pins de succès. Ce fnt edni qoi statuait que le président de la République prêterait serment à 1^ République en entrant en fonctions. Cet amendement forma l'article 48 dd la Constitution. Bûchez était d'ailleurs de Tavis de ceux qui Toulaient conférer à TAssemblée le droit de nommer le président de la République ; il fit de grands efforts pour faire prévaloir celte opinion. On sait que lé majorité en décida autrement.

Je n*ai pas à relever ici tous les votes de Bûchez, qui furent généralenient Ceux du parti républicain modéré, n en est un qu'il regretta plus tard : celui par lequel il avait approuvé l'expédition de Rome. Il croyait cette elLpédition nécessaire pour empêcher l'Autriche de rétablir l'autorité absolue du pape et ne pensait pas que le gouvememetit français manquerait à* ses promesses les plus catégoriques en rendant lni*méme au Saint-Père le pouvoir le plus illimité.

Bûchez ne fut pas élu membre de l' Assemblée législative, n faisait partie, depuis le 4 juillet 1848, de la

i • Voici ce préambule : « En présence de Dieu et au nom du peuple français, rAssemblée nationale déclare :

< Le but de la nation française est de réaliser dans Tordre politique et pratique, la liberté, Tégalité et la morale de la iraternité universelle. Ce but est pour elle un devoir rigoureux et imprescriptible venant de Dieu même; il est le lien dé ^on unité ; il est le principe dé son initiative et de ses progrès futurs; il est la loi de ses actions dans ses relations exté<rieures ; il est la source de la souveraineté qu'elle exerce dans son propre sein. Elle ne reconnaît à personne, bomme ou peuple, un droit politique en dehors de ce grand devoir qui est l'origine et le fondement de sa nationalité; car, dans Tordre politique, elle a toujours pratiqué ce principe que pour toui;, pour les nations comme pour les individus, les droits émanent des devoirs* »

NOTICE SUR BUCHEZ. lv

•commission départementale et municipale de Paris et prit une part suivie aux travaux de ce conseil. H y resta jusqu'en octobre 1850, époque où la prédominance des tendances réactionnaires ne lui laissait plus Tespoir d'y remplir une fonction utile. Il donna sa démission peu apré» que le conseil eut décidé, malgré sa vive opposition, le macadamisage d'une partie des rues, de Paris. Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851 , il fut arrêté avec le docteur Cerise, chez lequel il se trouvait et conduit à la Conciergerie. Mais grâce à Tintervention d'un ancien ami , le maréchal Baraguay-d^Hilliers, tous deux furent relâchés après deux jours de détention. Depuis lors Bûchez ne se mêla plus des affaires politiques que comme citoyen et électeur.

§ 5. LES DEBNIERES ANNÉES DEBUCHEZ.

La grande tentative démocratique de 1848 avait tristement échoué, mais cette malheureuse issue ne pou vait décourager ceux qui croyaient véritablement au progrès. Bûchez fut douloureusement affecté de la chute de la République, mais il ne perdit pas l'espoir et sa foi en l'avenir resta ferme et entière. Il ne désespéra pas non plus de la propagation de ses propres idées, quoique les derniers événements eussent été peu favorables à leur expansion. Il savait que beaucoup de ces idées avaient passé dans le domaine public sans qu'on en connût l'auteur, et il était convaincu que les autres aussi se feraient accepter peu à peu ; peut-être n'en recueillerait-il pas l'honneur, mais c'était là pour lui une considération secondaire. Dans les années qui suivirent le coup d'État, les circonstances furent aussi contraires que possible à cette propagation. L'idée par laquelle Bûchez était le plus connu du public, celle de la conci-

Lvi NOTICE SUR BUCHEZ.

liatiofi entre la religion et leprogrès démocratique, avaib le moins de chance de prévaloir. L'ardeur avec laquelle le clergé s*était jeté dans la réaction ayait ravivé tous les sentiments antireligieux du parti révolutionnaire et provoqué contre les représentants officiels du christianisme une hostilité analogue à celle de la Restauration. D'ailleurs l'école avait été dispersée par la révolution; elle n'avait plus d'organe, la Revue nationale ayant cessé de paraître en juillet 1848. Pour le moment Bûchez crut donc que le plus sage était d'attendre. Comme je l'ai dit, il s'était proposé de terminer son Traité de philosophie par un quatrième volume consacré à la science sociale et à la politique, qui est précisément le livre que nous publions aujourd'hui. Les autres travaux dont j'ai parlé, puis la révolution l'avaient empêché de mettre ce projet à exécution. Il entreprit en6n cet ouvrage en 1852, mais sans grande énei^e, car il ne croyait pas les circonstances propices à une publication de ce genre.

Peu à peu cependant il reprit son activité. La mort d'un de ses amis intimes, Henri Feugueray, survenue en 1854, lui donna l'occasion de rappeler le but poursuivi par son école dans une notice biographique placée en tête d'un ouvrage posthume de cet ami*. En 1856, il promit son concours à la Bibliothèque utile, et reprenant sa collection des Bénédictins qu'il avait tant de fois lue et relue, il résuma dans deux petits volumes compactes l'histoire de France sous lesdeux premières races, dans le sens des idées déjà exposées dans l'histoire

1 . Essai sur les doctrines politiques de saint Thomas dA^ quin^ par H. R. Feugueray, précédé d'une notice sur la vie et les écrits de l'auteur, par M. Bûchez; 1857, in-8, chez Chamerot.

NOTICE SUR BUCHEZ. Lvn

parlementaire, maïs avec plus de développement ^ En même temps, il revenait à ses anciennes études de géologie, d'embryogénie, et faisait des recherches sur la génération. Enfin il crut le moment venu d'achever Fouvrage qu'il projetait depuis si longtemps sur la politique. Il en termina en effet la première rédaction en 1 862, mais il voulut le revoir avec soin et passa près de trois ans à le refaire et à le corriger. Enfin il était décidé à le donner à l'impression en 1865, quand la mort le surprit avant qu'il eût pu y mettre la dernière main. Bûchez avait vécu d'abord de l'exercice de la médecine ; il l'interrompit pendant la publication de l'histoire parlementaire et y renonça tout à fait en 1847, à la suite de la maladie qui l'obligea d'aller à Cauterets'.

En 1849, un de ses amis, M. Th , le chargea en

mourant de la tutelle de ses enfants et lui légua à cet effet une pension temporaire qu'après la majorité des enfants, une partie de ceux-ci et le beau-frère de M. Th..., M. M.... continuèrent à lui servir. Les goûts de Bûchez avaient toujours été simples et modestes.

1 • Histoire de la formation de la nationalité française^ par P. J. B. Bûchez, 2 vol. in-32, réimprimés en 1839 séparément sous les titres : les Mérovingiens et les Carlovingiens,

2. U pratiqua une dernière fois avec activité la médecine pendant le choléra de \ 854. Déjà en 1 832, il s'était distingué par le zèle avec lequel il s'était appliqué à soigner les cholériques. En automne 1854 il se trouvait chez un de ses amis , M. Deschamps , notaire près de Joigny, quand le choléra apparut dans les villages voisins. Bûchez était convaincu qu'on pouvait vaincre cette terrible épidémie en combattant énergiquement la diarrhée prémonitoire. Aidé de M. Deschamps, il traita ce symptôme dans la commune où il se trouvait et dans quelques autres villages. Ces localités furent presque endèrement préservées du choléra, tandis que les communes voisines furent décimées.

Lyni NOTICE SUR BUCHEZ.

Cette pension annuelle de 2800 fr. lui suffisait non-seulement pour vivre, mais pour donner plus que ne le font quelquefois des riches. Il jouissait d'une vieillesse vigoureuse et son esprit était toujours jeune et ardent. Tous les ans il faisait un petit voyage; il avait visité la Bretagne en 1864, et venait de parcourir TAuvergne en 1865, quand il fut pris, à Rodez, dune rétention d'urine suivie d'accidents graves dont il mourut au bout de huit jours , dans la nuit du 11 au 12 août.

La série des travaux énumérés dans cette esquisse biographique a pu donner une idée de la prodigieuse activité de Bûchez. Encore n ai-je pas mentionné les nombreux articles et mémoires qu'il publia dans divers recueils*. L'activité, la puissance et l'étendue formaient en effet les caractères distinctifs de son intelligence; il embrassait d'un seul coup d'œil un vaste ensemble de rapports multiples et compliqués et en faisait jaillir une conception lumineuse; mais il était moins propre au travail d'analyse ; les distinctions délicates et minutieuses lui échappaient facilement et il s'embarrassait dans les questions de détail. Une fois qu'il avait conçu une idée, il en suivait les conséquences avec une logique inflexible et avait tendance plutôt à les exagérer qu'à les amoindrir. Cette exagération d'ailleurs portait sur la forme et non sur la pensée ; Bûchez la reconnut quelquefois et mitigea ses expressions sans modifier ses idées, et Ton peut dire que peu d'hommes ont été aussi fidèles que lui aux doctrines qu'ils avaient formulées dans leur jeunesse. Cette force

4 , Il a notamment collaboré très-activement à VEncyclo^ petite du dix^nettoième siècle. Parmi les articles qu'il a tiennes, à ce recueil, je citerai en première ligne : Ah^ Charlemtigne^ CloviSy Souveraineté.

NOTICE SUR BUCHEZ. ux

créatrice d'idées et cette vigueur logique, jointes à une mémoire excellente, lui donnaient une grande puissance intellectuelle et il avait parfaitement conscience de sa supériorité sons oe rapport.

Bûchez avait profondément le sentiment de la nature et non moins celui de Tari ; il aimait avec passion surtout la musique des grands maittes. Son imagination active se plaisait dans des combinaisons incessantes sur les sujets les plus divers. Causeur souvent agréable et toujours plein de Verve, il s'élevait quelquefois, quand il exposait ses idées et que son sentiment était excité, aux accents de la véritable éloquence et touë ceux qui ont assisté aux conférences qu'il faisait chez lui, rue Chabannais, se rappellent ces leçons où quelquefois les plus nobles idées se produisaient sous le plus beau langage. Malheureusement il était très-inégal sous ce rapport et trop souvent il se laissait aller à la parole négligée et incorrecte dont il avait pris la mauvaise habitnde dans sa jeunesse. De mêihe ses écrits offrent quelquefois des pages magnifiques, mais Son style ne se soutient pas toujours à la même hauteur.

Si dans Bûchez quelque chose dépassait les dons de rintelligence, c'étaient les dons du cœur. Doué d'une nature très-sympathique, il avait toutes les qualités aimables des hommes de sentiment, mais aussi quelquesuns de leurs défauts. Si d'une part ces facultés sympathiques étaient la source de' cette bonhomie naïve, de cette facilité à s'arranger de tout qui lui était propre, c'est d'elles aussi que provenait cette disposition à s'irriter, cette tendance à s'abandonner dans la discussion à des accès de colère dans lesquels il ne gardait pas toujours pour ses adversaires les ménagements voulus; il était le premier du reste à regretter ces emportements que de sang-froid il considérait comme absurdes et qui

Lx NOTICE SUR BUCHEZ.

n'altéraient en rien son amitié pour ceux qui en avaient été Fobjet. C'est que chez lui les émotions sympathiques ne jouèrent jamais qu'un rôle passager; elles étaient dominées dans l'ensemble de ses actes par la bonté de l'âme, par la volonté du dévouement. Peu d'hommes ont eu une foi aussi profonde et aussi active aux principes de la morale chrétienne et l'ont pratiquée avec autant d'abnégation dans les relations individuelles et sociales. Toute la vie de Bûchez a été un grand acte de dévouement, car convaincu qu'il accomplissait une œuvre utile à l'humanité, il sacrifia à cette œuvre tous les intérêts individuels qui pouvaient l'entraver; il renonça au mariage et aux jouissances de la famille , à l'aisance que lui promettait l'exercice de la médecine, aux porsitions politiques auxquelles il aurait pu aspirer dès 1830. Cette volonté dévouée, il l'a portée jusque dans ses relations individuelles; il ne conserva jamais de haine contre ceux qui l'avaient le plus grièvement offensé, et quant à ceux qu'il a aimés, ils savent tous qu'il n*existait pas d'ami plus désintéressé, plus prompt à tous les sacrifices, d'un conseil plus sûr, d'une fidélité plus éprouvée.

Cfi]^^

Page 1