K6 TRAITÉ DE POLITIQUE
Qu'on me permette de rappeler ce que j'ai écrit à ce sujet dans V Européen :
<c Tous les juristes, tous les publicistes, sont d'accord sur la nécessite d'un but commun comme base fondamentale de l'état de société ; mais aucun d'eux n'a aperçu qu'il fût nécessaire que ce but fût en même temps un principe d'activité commune. Spéculant et écrivant dans l'ignorance de la loi du progrès, ces savants ne comprenaien , sous ce nom de but, rien de plus qu'une doctnne ou une science morale qui unit les hommes dans un même système d'intérêts temporels, dans un même système de droits et d'obligations. Selon cette manière '^de voir, le but commun ne pourrait être autre chose que la garantie des intérêts individuels ou du bien-être pour chacun , et jamais un dévouement à Tavenir, jamais un travail entrepris pour le bien-être des générations futures. Il n'en est plus ainsi lorsqu'on ajoute à l'idée de but, l'idée d'activité commune. On admet alors que la société est un corps qui se meut, non particulièrement pour les personnalités qui le composent et que les naissances et la mort changent chaque jour, mais dans son intérêt de corps et comme un être qui ne meurt point.
<c La formule d'un but de cet ordre doit toujours contenir l'indication d'une grande transfor-
mation que la société est appelée à opérer, soit sur elle-même, soit dans le monde humain, soit sur le monde brut. Si cette formule, en effet, ne proposait pas un effort à soutenir, une tâche à remplir, elle ne serait le germe d'aucun mouvement d'ensemble; or rien ne vit dans ce monde s'il ne se meut, et il est d'expérience, en effet, que toute nation n'a vécu qu'autant qu'elle a agi en vue de quelque résultat à atteindre , et qu'elle est morte du jour où le résultat a été conquis*. »
Les considérations suivantes éclairciront ma pensée et en offriront la démonstration.
21 . Il n'y a point de société possible sans but commun d'activité ; cela est vrai de la plus petite comme de la plus grande société; de celle qui s'établit , par le mariage , entre un homme et une femme, dans le but de fonder une famille, de celle qui se forme entre particuliers pour exploiter une industrie, comme de celle à laquelle on donne le nom de société politique.
Dans un état politique, ceux-là seuls sont en société qui participent à la connaissance et à l'amour du but commun d'activité. Ainsi, à Athènes, tous les habitants de la ville n'étaient pas citoyens; à Sparte, il n'y avait qu'une petite