‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 51 sur 114 · LE DEVOIR SOCIAL · texte numérisé non relu

LE DEVOIR SOCIAL

Fragment d'un discours prononcé en avril 1870 au banquet de la jeunesse des écoles.

Maintenant, nous savons ce qu'est le suffrag-e universel, nous savons que le suffrag-e universel c'est nous, que le suffrag-e universel ne peut avoir de droits, d'intérêts, d'aspirations, de passions, de colères, qui ne soient nos intérêts, nos aspirations, nos passions, nos colères et nos droits ; car nous sommes le peuple et il est le peuple.

Il faut donc nous adresser au suffrag-e universel, il faut le guider et l'éclairer, il faut que chacun de nous, dans la mesure de ses forces, se livre à un apostolat incessant du suffrag"e universol.

Et voici ce que cela commande, voici ce que cela impose, surtout à la g-énération nouvelle. Nous sommes, ici au moins, en majorité des jeunes gens qui ont eu cette faveur du .sort et de la fortune de pouvoir, les uns sans imposer des sacrifices k leurs familles, les autres, au contraire, au prix de durs lal)eurs, d'éparg-nes méritantes arrachées au patrimoine domestique, conquérir ce levier supi-rieur de l'indépendance qu'on appelle l'éducation et l'instruction.

Je dis que, ce jour-là, nous tous, nous avons contracté une dette, un engag-emcnt que nous ne pouvons rompre sans faire ou-

* Sorte d'omnibus.

trag-e à la plus sacrée de toutes les lois humaines, la solidarité sociale.

Nous avons pris l'engagement devant nous et pour les autres, puisque nous reconnaissons la démocratie et le suffrage universel, de nous vouer incessamment à l'émancipation de ceux qui n'ont pas joui du même bénéfice de la fortune, de les attirer vers nous -et de travailler à leur assurer tous les jours plus de lumière et plus de bien-être.

Nous n'aurons pas autrement, messieurs, — et c'est par là que je reviens à la politique, — nous n'aurons pas autrement dans ce pavs l'ordre et la stabilité; car je tiens à l'ordre et à la stabilité. Oui, crovez-le, si je veux, si j'appelle de toutes mes forces l'avènement de notre forme républicaine, c'est que ce sera un vrai gouvernement qui aura conscience de ses devoirs et qui saura se faire respecter.

LÉON Gambetta.

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