‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 67 sur 114 · LETTRE A LAMARTINE · texte numérisé non relu

LETTRE A LAMARTINE

Fragment.

J'ai connu, jeune encor, de sévères souffrances ; J'ai vu verdir les bois, et j'ai tenté d'aimer. Je sais ce que la terre eng-loutit d'espérances, Et, pour y recueillir, ce qu'il y faut semer.

Mais ce que j'ai senti, ce que je veux t'écrira, C'est ce que m'ont appris les ang-es de douleur ; Je le sais mieux encore et puis mieux te le dire. Car leur g-laive, en entrant, l'a gravé dans mon coeur.

Créature d'un jour qui t'ag-ites une heure. De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure : Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir.

Tu te sens le cœur pris d'un caprice de femme, Et tu dis qu'il se brise à force de souffrir. Tu demandes à Dieu de soulager ton âme : Ton âme est immortelle, et ton cœur va guérir.

Le regret d'un instant te trouble et te dévore ; Tu dis que le passé te voile l'avenir. Ne te plains pas d'hier ; laisse venir l'aurore : Ton âme est immortelle, et le temps va s'enfuir.

Ton corps est abattu du mal de ta pensée ; Tu sens ton front peser et tes genoux fléchir. Tombe, agenouille-toi, créature insensée : Ton âme est immortelle, et la mort va venir.

Tes os dans le cercueil vont tomber en poussière, Ta mémoire, ton nom, ta gloire vont périr. Mais non pas ton amour, si ton amour t'est chère : Ton âme est immortelle, et va s'en souvenir.

Alfred de Musset.

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