LES DEUX CORTÈGES
Deux cortèges se sont rencontrés à l'église. L'un est morne : il conduit la bière d'un enfant; L'ne femme le suit, presque folle, étouffant Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.
L'autre, c'est un baptême. Au bras qui le défend Un nourrisson gazouille une note indécise ; Sa mère lui tendant le doux sein qu'il épuise, L'embrasse tout entier d'un regard triomphant!
On baptise, on absout, et le temple se vide.
Les deux femmes, alors, se croisant sous l'abside.
Echangent un coup d'oeil aussitôt détourné ;
Et — merveilleux retour qu'inspire la prière — La jeune mère pleure en regardant la bière, La femme qui pleurait sourit au nouveau-né.
JOSÉPHIN SOLLARY.