‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 78 sur 114 · SALUT A LA PATRIE · texte numérisé non relu

SALUT A LA PATRIE

Salut, terre des monts, ô Suisse ! ô ma patrie ! Jamais sur tes voisins n'abaisse un œil jaloux : Pour être plus petite en es-tu moins chérie ? Le cœur te garde-t-il un souvenir moins doux ?... — Non, disent tes enfants, et leurs chants à la ronde Vont d'échos en échos le proclamant au loin, Terre plus adorée il n'en est point au monde, Il n'en est point, il n'en est point !

Salut, miroir limpide, ô golfes! ô montag-nes ! Est-il pour s'abriter un rivage plus sûr, Où plus joyeusement fleurissent les campagnes, Où l'oiseau plus léger respire un air plus pur?...

— Non, dit à son retour la fidèle hirondelle, En retrouvant son nid fait de mousse et de foin.

Au bord d'un plus beau lac terre qui soit plus belle. Il n'en est point, il n'en est point !

Salut, ô Liberté!... Dans la nuit des vieux âges Ton astre a-t-il jamais brillé plus glorieux Que sous les noirs sapins de nos rochers sauvages. Et sur le front bruni de nos mâles aïeux?...

— Non, dit la Poésie, et sa voix inspirée En appelle à l'Histoire, impassible témoin. Rayon plus lumineux, gloire plus assurée,

Il n'en est point, il n'en est point !

Salut, vieil étendard ! Salut, croix helvétique ! O Suisse ! ô ma patrie ! est-il un seul drapeau Qui sur des fronts humains flotte plus magnifique. Et montre à l'univers un emblème plus beau?...

— Non, dit la Suisse entière, et l'étranger lui-même; Non, j'en prends l'univers et le ciel à témoin, Drapeau plus magnifique et plus auguste emblème.

Il n'en est point, il n'en est point !

Eugène Rambert.

LE VIEUX LÉlVfAN

0 vieux Léman ! toujours le même.

Bleu miroir du bleu firmament.

Plus on te voit et plus on t'aime, 0 vieux Léman !

J'ai parcouru d'autres rivages.

Vu d'autres flots et d'autres cieux, Des lacs plus gais ou plus sauvages Et l'Océan prodigieux ;

Je n'ai rien vu qui te ressemble.

Rien qui soit beau de ta beauté, Qui mêle ainsi, qui fonde ensemble La douceur et la majesté.

A l'étransrer, quand la tristesse Jette sur nous son voile noir, On donnerait gloire et richesse, Tout ce qu'on a pour te revoir ;

Pour voir surgir la silhouette De la Dent d'Oche ou de Jaman, Pour voir plonger une mouette Dans une vague du Léman.

En vain se hâtent les années Sur nos pas semant les«débris.

Espoirs déçus, roses fanées.

Désirs éteints, boutons flétris :

Ce désir grandit avec l'âge, Le retour seul peut en guérir ; Quand on est né sur ce rivage, Sur ce rivage on veut mourir.

0 vieux Léman ! toujours le même, Bleu miroir du bleu firmament.

Plus on grisonne et plus on t'aime, 0 vieux Léman !

Eugène Rambert.

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