‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 84 sur 114 · LA PETITE COUSINE · texte numérisé non relu

LA PETITE COUSINE

Un jour vint à notre maison Une g-entille demoiselle.

C'était au temps de la moisson ; J'étais en vacances comme elle.

Un beau sourire triomphant Etoilait sa lèvre mutine.

. Ma mère me dit : « Mon enfant, Voilà ta petite cousine ! »

J'avais alors douze ans : c'était L'âge qu'avait aussi Marie, Et pour nous l'oiseau bleu chantait Sur la même branche fleurie.

J'avais un esquif de bouleau Pavoisé d'un brin d'aubépine :

Je courus le lancer sur l'eau Avec ma petite cousine.

Or cbminenous lendioûs le côu Vers l'onde pleine de lumière, Son pied glissa sur un caillou, Elle tomba dans la rivière.

Mais sa main no me quitta pas, Et sur une berg-c voisine Je pus l'emporter dans mes bras, Ma pauvre petite cousine !

Pendant (jue le soleil séchait

Sa robe suspendue aux branches,

Notre mère l'endinianchait

Dans mt)n habit îles grands dimanches;

Mon chapeau semblait à dessein Pencher sur son oreille fine :

Oh ! le cliarinant petit cousin Qu'était m;i [ii'lilf cousine!

Quand il fallut nous séparer.

Les vacances étant finies, Nous fûmes une heure à pleurer, Nos mains tout doucement unies.

Puis la fleur des vag-ues amours Au fond de mon cœur prit racine.

Et dans mes livres, tous les jours.

Passait ma petite cousine.

Un matin que j'étais seulet.

J'embrassais dans ma rêverie Le chapeau qui me rappelait Les cheveux mouillés de Marie.

On vient, on m'appelle au parloir...

Hélas ! tout est deuil et ruine ; Le soir, j'avais un crêpe noir Sur le chapeau de ma cousine.

Depuis j'ai reg^retté souvent Les jours heureux de mon enfance, La rivière où chantait le vent, L'amour où chantait l'innocence.

Je livre au sort de long« combats Et souvent ma tête s'incline....

Heureux qui n'a pas ici-bas Perdu sa petite cousine !

Clovis Hugues.

Page 1