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comme nous l’avons déjà vu, ne diffère pas du contenu de la représentation au moyen de laquelle nous constituons les. choses. Une expérience de physique est un état de con Science ; un regret suppose des images spatiales et une sen sation cénesthésique. Si donc la psychologie de la connais- sance se distingue de la physique et de la biologie, c’est qu’elle. envisage ce même contenu sous un autre rapport, de même | quele chasseur voit dans le lièvre un futur rôti, et le biologiste un mammifère de l’ordre des rong®urs. La psychologie . réflexive consiste à considérer les éléments de l’expérience dans leur rapport à un sujet, à une personne pensante (et ) dans certains cas à la pensée en général), tandis que les sciences de la nature les rapportent les uns aux autres, par l’intermédiaire des lois qui les relient entre eux, et que la simple psychologie de conscience les considère comme des moments historiques d’un individu. Nous comptons, nous avons con- science de compter, et nous remarquons dans notre acte de compter la répétition d’une même opération mentale qui constitue le nombre. Cette distinction, très ancienne, et que toutle monde sait faire aux premiers degrés, était représentée :. dans la langue philosophique du Moyen Age par les expres- sions d'intention première et d'intention seconde. L’intention ‘1 première de la douleur, c’est la douleur elle-même. L’in- tention seconde, c’est l’idée que j'éprouve cette douleur ; idée qui, selon la profonde remarque de Lachelier, n’est pas douloureuse, mais vraie (LACHELIER, 148), et qui pourrait même, à son tour, être cause de joie, par exemple si cette douleur était considérée comme un symptôme favorable dans une crise de maladie. — (Cf. SÉAILLES, A.).
+ Tout contenu de pensée peut donner ainsi naissance à l’idée de ce contenu; et cette propriété, tout à fait unique en son “genre, ouvre une série de problèmes d’analyse réflexive, en Nous poussant à réfléchir sur les conditions générales, voire même sur les conditions universelles et nécessaires de nos pensées. Elle constitue donc bien une forme de psychologie istincte des deux précédentes, sans pourtant se confondre vec la psychologie ontologique dont nous parlerons un peu plus oin. On y constatera, par exemple, que la pensée implique
eertaines formes d’affirmation, de négation, d'identité, d'al-
térité, de temps, d'espace, d'ordre, de nombre, de nécessité, dont il s’agit de déterminer les rapports et le sens précis.
Elle a pour caractère de procéder à cette détermination par une sorte d'expérience mentale, analogue à celle que décrit Mach dans la méthode physique, sauf qu’elle ne s’appli-
que pas aux choses, mais à l’acte par lequel les choses sont pensées. La question difficile, dans ce cas, est de savoir jusaw’où l’on peut aller dans cette voie et quel est le degré de
fécondité de la méthode réflexive si elle demeure scienti-
fique : j'entends par là incontestable et susceptible de donner des résultats concordant à ceux qui la pratiquent. Son écueil serait une dialectique verbale, dont l’élasticité se prêterait à toutes les constructions individuelles.
On à même cru longtemps qu’on pouvait découvrir par
cette voie les principes des mathématiques et de la logique ; de fait, les points de contact sont nombreux entre ces deux sortes d’études, et la classification, ici comme presque partout, implique une part de choix, non pas arbitraire, puisqu'il est raisonnable, maïs qui n’est pas nécessaire non plus. Il est bien certain que ces sciences, en définissant depuis quelques années d’une façon précise leur position hypothético-déductive, tendent à exclure le point de vue catégorique qui serait gelui de la psychologie réflexive. Cependant la discussion reste encore ouverte, au moins pour la logique, de savoir si &ette séparation radicale est possible. Et de là vient que les questions d'analyse réflexive, en tant qu’elles concernent
lintelligence, sont souvent rapportées à la logique plutôt.
qu’à la psychologie. Ce point de vue, il est bon de le remarquer, implique également l'absorption dans une esthétique et dans une morale largement entendues des parties correspondantes de l’étude des fonctions mentales. Si on le pousse à bout, il transfère aux sciences normatives la charge de fournir la connaissance la plus haute de l'esprit, celle qui ne consisterait pas seulement en une description de phénomènes; et cet aboutissement ne saurait nous surprendre quand nous pensons au mot si pénétrant d’Aristote : l’essence d’un être, <'est sa fin.
} 4° Psychologie ontologique. — On s’est enfin proposé, par
| l'étude des faits de conscience, soit expérientielle, soit ré-
| flexive, de définir l’âme humaine, sa nature, son origine etsa
destinée (unité, identité, liberté, immortalité de l’âme). IL semble bien acquis, depuis le criticisme et le positivisme,
qu'iln’yarien à espérer d’une méthode de ce genre, et qu’on
ne saurait conclure par voie logique de l’immanent au trans-
L cendant. Mais il faut bien remarquer, comme le faisaient eux-
mêmes Kant et Auguste Comte, que par là le matérialisme
l n’est pas moins exclu de la psychologie que le spiritualisme
traditionnel : ces deux doctrines donnent des solutions
inverses, mais répondent aux mêmes problèmes, et présup-
… posent le même substantialisme ; or ce sont justement ces
| problèmes que le progrès de la réflexion fait apparaître non seulement comme insolubles, mais même souvent comme
- dépourvus de signification.
1 Peut-être sont-ils susceptibles de reprendre un sens et une valeur si on les transpose dans un autre plan ; c’est ainsi que le néo-criticisme a défendu l’idée d’un personnalisme réel, quoique purement phénoménal; et que Durkheim, traduisant en langage de sociologie positive la théorie de l’homo duplex,
estime qu’on peut démontrer parles faits un néo-spiritualisme. Les problèmes longtemps débattus ont dû nécessairement contenir un sens plus ou moins confus, mais réel et fort, qui attirait à leurs solutions des partisans ou des adversaires.
Nous avons évité, dans ce qui précédait, de parler de psychologie métaphysique : ce mot est trop équivoque. Beaucoup de psychologues s’en servent simplement pour désigner les problèmes, ou quelquefois même les solutions qui ne sont pas de leur goût. C’est évidemment manquer d’objectivité. — On la confond souvent avec l’ontologie ; c’est alors la métaphy-
sique pré-critique, dont nous venons de parler; mais au
xIxe siècle, le mot a pris (ou repris) un autre sens ; il désigne
l'étude des conditions générales d’une œuvre, soit théorique,
soit pratique, telles qu’elles résultent de l’analyse critique
… qu’on peut faire par avance de son objet et de ses présuppo-
- sitions : et cela n’est pas étranger à la psychologie, puisque.
les fonctions et la nature de l’esprit humain sont les condi--
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d4 A INTRODUCTION 0 |
tions, au moins préliminaires, de tout savoir et de toute action réfléchie. — On peut aussi l'entendre d’une manière plus large, plus voisine de €e qu’on nomme souvent de nos jours philosophie générale : on sait que Bergson, dans un article célèbre (D), à défini la métaphysique par la repré: sentation sympathique des autres consciences : quelque opinion qu’on ait sur la certitude de l'intuition par laquelle il croit possible dé les attéindre, il reste que ce seris du mot métaphysique rentrerait dans ce que nous avons appelé psychologie de conscience on de sympathie et qu’il ne saurait être interdit au psychologue, par une décision de principe, de s'élever, grâce aux faits qu’il étudie, à une vue générale des rapports de l’homme et dela nature. Cette interdiction serait particulièrement absurde au moment où les spéculations de ce genre, longtemps négligées par les physiciens et les biolo-
gistes, reprennent de nouveau faveur auprès d'eux, souvent
même dans des conditions beaucoup plus défavorables que celles où se trouve le psychologue. On ne peut donc que souscrire à cette remarque méthodologique d’Alfred BINET : « Comme personne ne pourrait dire où la métaphysique commence et où la science positive finit, et que cette question . reste nécessairement dans le vagüe, proscrire « la métaphy- © sique » c’est faire une loi des suspects, entreprise aussi dange-"
reuse dans les sciences qu’en politique; c’est risquer d'arrêter une recherche qui peut être intéressante et féconde, c’est mettre des armes dans les mains de tous les détracteurs
. d'idées nouvelles. » (A, 695.)