RE
la nature et les propriétés psychiques des images, pour expliquer avant tout leurs modes d’évocation et de groupement.
Au contraire, toute une série de psychologues et de physio-
ogistes arrivent à considérer l’image mentale comme la base
de toute vie psychique. Les physiologistes enseignent en quels points du cerveau sont recueillies et conservées les traces des excitations sensitives et sensorielles ; suivant quelles voies elles s'associent et se réveillent réciproquement ; comment elles peuvent être détruites ou isolées par des lésions
-en foyer. Dans ces constatations d'ordre anatomique, physiologique et pathologique, les psychologues puisent une
conception nouvelle des fonctions psychiques. La mémoire, Pexpérience, les fonctions supérieures de l'intelligence ellesmêmes, apparaissent comme des modes variés de combinaisons d'images ; les images motrices dirigent les mouvements volontaires et, en particulier, ceux du langage. T° esprit dévient, suivant l’expression de TAINE, « un polypier d'images ».
Depuis quelques années, une vive réaction se manifeste
contre ces théories. L’atomisme psychologique de Bain et de Maine cède partout la place au dynamisme de W. JAMES et de BERGSON. En particulier, on s'aperçoit que l’image n’a pas en réalité d'existence indépendante dans le présent, pas d'i-
dentité dans la durée. La vie psychique, continue et fluente, ne se résume pas en une juxtaposition d'éléments isolés, définis et durables.
Par des méthodes d’introspection et de questionnement *,
‘Binet et l'Ecole de Würzburg mettent en évidence la fré-
quence des opérations intellectuelles sans images et la pau-
-vreté du rôle joué par ces dernières.
MARBE, au cours de recherches sur le jugement, constate
J’existence d’états de conscience sentis ou connus sans repré-
gentation. Il donne comme exemples le doute, la surprise, lhésitation, etc., qu’il réunit sous le nom Roi de la <onscience (Bewusstseinslagen).
» 4, V. Traité, I, 22.
Acx, étudiant l’activité volontaire, y découvre « la pré- ; sence actuelle d’un savoir sans images » (das Gegenwärtig- - sein eines unanschaulich gegebenen Wissens) (A, 210). Le contenu de ce savoir est complexe, on ne saurait l’analyser; cependant il intéresse une région bien déterminée de notre : connaissance.
} Le mot inducteur!, la sensation, simples heurts d’abord, ‘ deviennent créateurs d’un état de tension : la Bewusstheit. Au travers des sensations accessoires : visuelles, auditives, kinesthésiques, etc., ou de leurs souvenirs, des tendances essentielles, résultat d’expériences passées, se font jour. Elles s’éveillent, s’amassent en nous, se pressent sous le seuil de la conscience. Peu d’entre elles franchissent ce seuil, deviennent images; celles qui apparaissent ainsi à la surface ne renferment qu’une faible partie du sens du mot, elles ne sont qu’un signe, qu’un symbole. La signification profonde est contenue dans les éléments non représentés, et nous la sentons d’autant plus forte que ces éléments sont plus nombreux, plus étroitement serrés sous le seuil de la conscience.
Le savoir sans images n’est pas un état immuable. Son intensité peut varier : la répétition l’affaiblit, le langage intérieur, l’attention durable l’augmentent. Les divers éléments du complexe peuvent d’ailleurs avoir une intensité, une clarté inégale : selon les moments, tel d’entre eux peut. pâlir ou au contraire s'affirmer (A, 212). A cause de cela la Bewusstheït est subjective, elle dépend de l'expérience indi-viduelle, varie avec les individus et les moments de la vie: de chacun. | .. Ach distingue et décrit en détail quatre sortes de Bewusst-
heit : de signification (extension et compréhension d’un mot), de détermination (action volontaire), de tendance | (recherche d’un mot oublié, etc.), de relation entre impres- ” sions successives (surprise, doute, etc.). |
A côté de la Bewusstheit, connaissance précise qui dirige:
1. Le mot inducteur (Reizwort) est le mot prononcé devant un sujet dont &n veut Ctudicr la réaction; le mot induit, mot de réaction, est la. réponse du sujet. +
l’action volontaire, Ach décrit la valence, tendance agissante.
: L'image n’est donc plus l'essentiel de la pensée. Son évocation, utile il est vrai, dépend entièrement d’une tendance, du savoir non représenté.
WATT, étudiant l’activité intellectuelle, par la méthode des associations prédéterminées !, aboutit à des conclusions voisines.
La représentation et la pensée, l’image et sa.signification sont séparées, indépendantes l’une de l’autre. Elles sont: souvent inadéquates. L'image qui apparaît peut ne correspondre ni au mot inducteur ni au mot de réaction, ou n’y correspondre qu’en partie, comme chez ce sujet de Watt qui, au mot inducteur «orchestre », réagit par le mot «violon »
a une image très vive de tuyaux d'orgue, et simultanément la conscience très nette que le mot ne correspond point à l’image (324). L'image reste. « générale » et vague, quand le mot inducteur évoque une quantité de représentations qui ne peuvent Coïncider. On peut se demander si, dans ce.cas, le caractère de généralité réside dans la direction de pensée qui accompagne l’image ou dans l’image même®?. Watt ne résout pas la question.
Dans les cas de « reproduction à direction unique » (les. plus fréquents), quand le sujet trouve la solution dans la direction où il la cherche, le mot de réaction peut apparaître de quatre manières différentes : 1° après l'évocation d’une image visuelle (plus ou moins nette) ; 20 après l'évocation d'une image verbale (estompée parfois jusqu’à n'être plus qu'une «attitude de conscience »); 3° sans aucune image intercalaire et après recherches ; 40 sans image intercalaire et sans recherches, comme sous l'effet d’un déclenchement mécanique (303-5). D’autres modalités sont d’ailleurs possibles, mais Watt ne les à pas rencontrées.
4. Le mot de réaction, dans ces expériences, doit être dans un rapport logique déterminé avec le mot inducteur. Pratiquement, on propose au sujet l'une des six épreuves suivantes : trouver un concept surordonné, — un concept subordonné, — un tout, — une partie, — un concept coordonné, — une autre partie d’un tout commun, — par rapport au concept exprimé par le mot inducteur.