‹ Traité de psychologie 1923Chapitre 12 sur 237 · FH · texte numérisé non relu

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vü, une homogénéité foncière entreles faits « externes » etles aits « internes » : si je puis observer les choses, c’est-à-dire es perceptions, je puis observer mes images, noter qu’elles ont claires ou obscures, qu’elles apparaissent dans tel ou tel ordre, qu’elles sont ou ne sont pas orientées, et ainsi de suite (cÉ TIroHeNER, chap. 4, $ 6); et d’autre part, puisqu’une partie importante des états psychologiques consiste en sen- sations internes, l'observation les atteindra précisément de La même manière, sinon avec la même clarté, qu’elle atteindrait

un objet situé hors du corps. Tout ce que l’on peut conclure k est donc qu’on n’a pas le droit de prendre, comme les Ecossais + comme les Eclectiques, le « témoignage de la conscience » pour la révélation directe d’une réalité qui n’admet ni critique, rectification”. Le fait qu’un phénomène est indécomposable pour ma conscience, ne prouve pas qu'il soit simple. La consciencenette que j’ai de sentir ou de croire quelque chose ouve que je le sens ou que le je crois, mais non que cela est. en des gens, en toute sincérité, sont convaincus d’être cou-

4. Nous läissons de côté la célèbre et profonde remarque d'Auguste Comte, sur l'impossibilité pour Fœil de se voir lui-même. Elle à un sens beauoup plus fort que celui qu'on lui prête d'ordinaire, et concerne surüt l'impossibilité pour le sujet de la connaissance, en tant que tel, de représenter à lui-même en tant qu'objet. C'est surtout une remarque de . «psychologie réflexive », dont la vérité n'empêche aucune observation de hologie empirique.

Voir spécialement cette thèse de méthode exprimée dans Jourrror, , $2) : « De toutes les certitudes, la plus invincible à nos yeux est celle ättache aux dépositions du sens intime... La plus absurde des suptons serait qu'un homme püût penser, vouloir, sentir, sans en être nformé... » etc.

rageux, quise révèlent poltrons devant le danger ; et l'inverse: se rencontre (quoique sans doute moins souvent). De même, le fait de considérer un sentiment, une idée, une habitude comme: cause d’un acte, est extrêmement sujet à caution : une expérience plus large et mieux conduite montre que dans un très grand nombre de cas les évidences de ce genre sont de pures: illusions. L’observation quotidienne, le roman, la Paie MS mentale en donnent une foule d’exemples t.

Outre cette grande distinction entre l'existence des pensées individuelles et celle de leur objet, il y a lieu de relever quelques précautions nécessaires dans les observations qu’on prend sur soi-même :

1° On doit noter les faits observés aussitôt que possible, et. considérer comme suspect tout fait dont la notation à été.

différée. Le souvenir (même celui des faits externes) se déforme peu à peu à un degré qu’on ne saurait croire quand: on n’en à pas systématiquement fait l’épreuve (expériences de Stern, Claparède, Marie Borst, etc., sur le témoignage). Cette déformation est encore plus grande, chez la plupart des. sujets, pourle souvenirdes faits psychiques : Foucault l’a montré en particulier pour les rêves, dont il comparait les notations immédiates et les notations différées, et Philippe, pour les images mentales, reproduites après des temps variables.

20 Toute conclusion, pour avoir une valeur scientifique,

doit porter sur le général ; il est donc évident que la science:

psychologique résultera du rapprochement d’un nombre plus ou moins grand de documents ainsi recueillis par introspec-

tion. Il y aura lieu, par suite, d'exercer sur ces documents.

tous les procédés de la critique historique: critique de provenance, d'interprétation (les mêmes expressions n’ont pas le: même sens pour tout le monde ?), desincérité et d’exactitude.. Or cette critique est loin d’être naturelle etspontanée, même. pour des hommes intelligents. Il faut ici se mettre à l’école des historiens. La première partie de l’Introduction aux études

4. Voir p. ex. Traité, Il, 369 ; et LaALANDE, 183-187. 2. Un bon exemple est le contre-sens sur courageux, relevé par Mala-

pert dans le dépouillement de l'enquête faite en 4902 sur le caractère des.

enfants.

hustoriques, de MM. Langlois et Seignobos, est à cet égard une lecture de première utilité. |

Les documents psychologiques empruntés à des œuvres littéraires (poèmes, romans, etc.), ne doivent donc être employés qu’à titre d'illustrations et non de preuves. Ils sont \ assimilables à des pièces anatomiques artificielles, qui peuvent être très parfaites, très utiles, mais sur lesquels il serait absurde de vouloir faire des expériences.

30 Il y à deux manières de recueillir des documents psy- <hologiques en assez grand nombre pour distinguer ce qui est individuel de ce qui est général : le questionnaire et l'enquête personnelle. Le questionnaire est généralement imprimé à un nombré élevé d'exemplaires, et publié dans un périodique ou confié à la poste. On cherche surtout à obtenir la plus grande masse possible de réponses. L’enquête personnelle se fait au contraire en interrogeant soi-même un petit nombre de sujets, dans des conditions bien définies ; elle vise surtout à obtenir

«des réponses d’aussi bonne qualité que possible. RIBoT,

qui à pratiqué et comparé avec soin les deux procédés, con- <lat que l'interrogation orale et directe, si elle est faiteavec conscience et critique, donne des résultats de beaucoup supérieurs (C ; D, 239). — Au reste, le questionnaire et l’enquête peuvent aussi s'appliquer à la psychologie de réaction

pure : ce qu’on étudie est alors la réponse brute, sans recher-

cher les représentations psychologiques qui la produisent, ou les raisons que le sujet a pu avoir de répondre ainsi. Dans ce <as, la portée en est sans doute restreinte, maïs les causes <’erreur sont aussi notablement diminuées.

49 Il est très utile, et peut-être indispensable, que celui qui procède sur les autres à l’étude d’un phénomène conscient æ<n ait une connaissance directe, introspective, et non pas seulement la connaissance extérieure qui résulte de la des-

æ<ription donnée par autrui. S’il s’agit de faits qui peuvent

être provoqués expérimentalement chez n’importe quel

‘ su jet (sensation, mémoire, motricité), il devra donc refaire lui-

même les expériences essentielles 1, S’il s’agit de faits rares, et

4. F£ré (17) a relevé avec force la nécessité de jouer soi-même, dans

18 INTRODUCTION PRE Re |

qui 2e se produisent pas à volonté, il serait bon den’enabor:

der l’étude que si l’on a eu l’occasion d'en observer au moins

quelques cas d’une manière directe! : on peut voir, dans l’étude de la mémoire, que ceux qui n’ont jamais eu connais-

sance des paramnésies proprement dites que par la description d'autrui, les ont ordinairement confondues avec lesphé-

nomènes courants de pseudomnésie et en ont proposé des interprétations qui en révélaient parfois une idée très

inexacte. (Voir Traité, TI, 103.)

5° Quand la vérification d’une hypothèse comporte une observation interne, on doit avoir sans cesse présent à l'esprit, que même chez les esprits les plus critiques, l’auto- -suggestion

est d’une extrême facilité. Il est donc toujours nécessaire,

. dans ce cas, de réaliser des conditions telles que l’observateur ignore le résultat attendu. Cette précaution est également nécessaire, soit que le psychologue s’observe lui-même, soit qu’il utilise le secours d’un autre sujet. Les procédés à suivre pour éviter la suggestion sont très variés, suivantle cas. Pour ce qui concerne la psychologie de laboratoire, on trouvera de bonnes indications dans la Technique de psychologie expérimentale de MM. TOULOUSE et PIÉRON ; pour ce qui concerne la psychologie « de plein air » (si Hon peut emprunter cette expression aux biologistes), il appartient au jugement et à l’ingéniosité de chaque psychologue de prendre les précautions appropriées.

certains cas, le rôle de sujet, par exemple s'il s’agit de discerner les effets. de la fatigue et ceux de la douleur. Foucaurr a fait une observation analogue pour l'étude des rêves. Il faut, bien entendu, prendre alors toutes

les précautions nécessaires pour éviter les effets d'autosuggestion, dont.

nous parlions un peu plus bas.

4. On pourrait être tenté de caricaturer ce principe en disant ques'ilen

est ainsi, les aliénés seuls devraient faire de la pathologie mentale. Mais

4o ceci ne concerne pas la psychologie de réaction ; 2 au point de vue de . la psychologie de conscience, la plupart des phénomènes élémentaires que

présentent les aliénés ne diffèrent des phénomènes «normaux » que par leur intensité, leur ordre, leur adaptation, et non par leur nature ; sans quoi ils nous seraient inaccessibles.

NL A | ue fs Nov di | 2, L'Intuition.

| Tout ce qui précède ne concerne que la notation des faits ; . mais l’œuvre de Bergson à apporté à l’ancienne méthode introspective une transformation profonde par sa critique des présuppositions intellectuelles sous-jacentes à l’obser- __ vation psychologique ordinaire.

Le Nous pensons à travers notre langage, et notre langage est approprié surtout aux rapports sociaux, à la communication des ordres ou des émotions, à la conduite de la vie pratique. He Il s'ensuit qu’il roule presque totalement sur des idées physiques, ou même spatiales, et que, comme il est facile de s’en convaincre par la plus rapide observation, tous les termes qui concernent la vie mentale désignent primitivement des représentations matérielles : dme, esprit veulent dire souffle; penser, c’est peser ; les prépositions de temps se tirent des prépositions de lieu ; la psychologie des mouvements de l’intelligence, ou du cœur, emprunte son vocabulaire à l’expérience des mouvements locaux. Puisque les choses ont cer- . tainement, dans la vie de l'esprit, d’autres rapports que dans ht la représentation sensible, il faut donc, dans une certaine mesure, faire violence à nos habitudes de classification, de raisonnement et de langage pour arriver à l’appréhension vraie des données immédiates de la conscience, dépouillées des formes adventices qu’elles empruntent à l’action du «discours »! (BERGSON, À).

En particulier, tout ce qui concerne la durée est traduit spontanément en {déplacement dans l’espace, et par suite profondement altéré (BERGSON, A). Or, si l’on peut, dans une certaine mesure éliminer la durée pour l’étude de l’ordre physique, elle est au contraire un facteur de premier rang ja dans la vie personnelle. Tout le reste en dépend et y parti-

MY

À. Nous ne considérons ici cette critique qu’en tant qu’elle touche à la méthode de la psychologie. Mais on sait qu’elle s'étend également à la connaissance philosophique du monde extérieur, des autres êtres, en tant qu'elle se distingue de la connaissance analytique que nous en avons. (Bercsox, B, ch. 1v ; D, 16, 24, etc.)

cipe, lors même que certaines fonctions se développent par

une réaction contre cette durée. Le principe d'identité, par

exemple, bien qu’il tende à la fixité, n’aurait pas de sens s’il ne concernait la permanence de la vérité à travers es moments successifs d’une pensée qui progresse. Mais si, pour ces raisons, l’analyse par concepts ne peut être qu’une première approximation, souvent trompeuse, en

matière de psychologie, comment faire davantage ? Ces cons-

tatations, en rendant suspect le langage, ne nous interdisentelles pas de communiquer toute connaissance introspective, ce qui est pourtant la condition d’une pensée vérifiable ?

Non. Maïs il faudra pour y parvenir, appliquer à cette recherche et à l’expression de ses résultats une méthode à plusieurs degrés : ti

19 Préparer pour nous-mêmes, par une analyse conceptuelle, par une documentation aussi complète que possible, la connaissance que nous voulons acquérir. Ainsi, pour l’étude d’une fonction déterminée, la première nécessité sera d’exa-

miner d’abord à fond, comme Bergson lui-même en a donné

l'exemple en ce qui concerne la mémoire des mots, toutes les observations psycho-physiologiques recueillies, qui sont tenues pour des faits exacts par les spécialistes compétents.

20 Changer alors radicalement de méthode et chercher à faire la synthèse de tous ces matériaux, non sous un concept ou sous une loi générale, mais dans une intuition : c’est-à-dire

exercer un effort direct, actuel, et sui generis, analogue à

l'effort de synthèse par lequel l’historien fait revivre dans sa

conscience le passé individuel — avec cette différence que l'intuition n’est pas seulement ici l’œuvre de la faculté d’imaginer et d'organiser, mais comporte un contact immédiat du sujet avec une réalité, intérieurement sentie ; elle est, par sa forme, semblable à la vision indivisible par laquelle un écrivain, un artiste, saisit le principe générateur de son œuvre ; mais elle en diffère en ce que cet acte, au lieu d’être production, reste essentiellement connaissance, et donne cette impression nette de certitude positive que nous éprouvons devantun fait actuel et indubitable. C’est le célèbre « coup de sonde » par lequel les vrais philosophes (moins différents entre eux

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que leurs disciples) âtteignent tous le fond du même océan

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