BERGSON, D
3° Maïs il faut de là revenir à la science, c’est-à-dire à la communication et à l’assimilation des esprits. Pour qu’il y ait progrès scientifique, on doit faire participer de nouvelles intelligences à la vérité ainsi découverte. L’intuition pourra sans doute, tout d’abord, rafraîchir et renouveler l’analyse conceptuelle ; mais pour se communiquer réellement, elle demande une autre méthode, qui consiste surtout dans lPemploi de l’analogie. C’est pourquoi la psychologie de l’intuition s'exprime pour la plus grande part en images, en métaphores, en schémas. (qui sont des métaphores dessinées). Mais toute expression psychologique qui s’enfermerait dans une seule métaphore fausserait ce qu’elle prétendrait exprimer; elle reviendrait précisément à ce défaut du langage psychologique usuel, où les termes, techniques en apparence, sont souvent en réalité des comparaisons routinières. C’est un défaut où tombent facilement des esprits médiocres ou inexpérimentés, qui se croient bergsoniens en répétant quelques-unes des images frappantes qu’a créées Bergson. Celui-ci
insiste au contraire sur cette règle de méthode, qu’il ne
faut jamais s’en tenir à un seul de ces symboles, mais les multiplier en les empruntant aux domaines les plus divers, voire les plus opposés, de telle manière que, par la convergence de leur action, ils puissent « diriger la conscience sur le point précis où il y à une certaine intuition à saisir. En choisissant les images aussi disparates que possible, on empé-
chera l’une quelconque d’entre elles d’usurper la place de
| l'intuition qu’elle est chargée d’appeler, puisqu'elle serait alors
chassée tout de suite par ses rivales. En faisant qu’elles exigent toutes de notre esprit, malgré leur différence d’aspect, la même espèce d'attention, et, en quelque sorte, le même degré de tension, on accoutumera peu à peu la conscience à une disposition toute particulière et bien déterminée... on l’aura placée dans l’attitude qu’elle doit prendre pour faire l’effort voulu et arriver d’elle-même à l’intuition. » (D, 7).
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