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LES CENTRES MIMIQUES

La question des centres de l’émotion se présente sous une forme très différente, suivant que nous considérons le phénomène psychique de l’émotion, son expression musculaire ou : ses diverses manifestations circulatoires, respiratoires, trophiques, sécrétoires, viscérales, etc.

Sur le siège cérébral de l'émotion en tant que phénomène sensitif nous ne savons rien de précis sinon que la conscience de l’émotion est pour la plus grande part un phénomène cortical.

Sur la question des centres moteurs de l’expression nous sommes mieux informés. |

I y à d’abord des centres corticaux psycho-moteurs qui ont été étudiés par David Ferrier, Horsley et FRANÇOIS- FRANCE : « Quand on pratique l'excitation, écrit ce dernier (7-8), avec de très faibles décharges d’induction appliquées un temps très court, sur une partie circonscrite de la zone motrice des animaux supérieurs, en choisissant ceux qui, comme le singe et le Chat, traduisent leur expression par des attitudes appropriées et même par des jeux de physionomie, on peut provoquer aisément des expressions émotives très satisfaisantes. Une excitation corticale localisée provoque chez l'animal l'attitude et la physionomie de lattention, celles de la peur, détermine une série d’actes adaptés à un objet déterminé dans la préhension. » — Ft François-Franck laisse entrevoir ici, à titre d'explication, l'intérêt de la conception, pourtant bien hypothétique, de Morat qui voit dans les manifestations motrices des excitations corticales la représentation d'images commémoratives suscitées chez l’animal par la stimulation artificielle . du cerveau. | ;

On connaît donc les centres corticaux de la mimique. L’expérience nous apprend que ces centres peuvent être mis en jeu soit par des excitations volontaires, soit par des souvenirs

et des associations d'idées automatiques. De ces centres partent des incitations motrices qui vont directement, par le faisceau géniculé, provoquer les expressions .mimiques qui relèvent de la volonté. baie

D’autres incitations motrices, qui partent également de l'écorce, vont provoquer des expressions mimiques par leur action sur les centres réflexes de l'expression émotive. Ces centres réflexes ont été établis d’abord par les recherches anatomo-pathologiques de Nothnagel puis par les recherches expérimentales de BECHTEREW. Il résulte des travaux de ces deux physiologistes comme des travaux postérieurs, que la mimique émotive à son centre réflexe dans une masse mésocéphalique située à distance égale de Pécorce et du bulbe, ayant avec eux ses connexions propres eb formée de la couche optique ou thalamus et de certaines parties des noyaux lenticulo-caudés.

La déstruction de l'écorce supprime l'intelligence et l’émotivité consciente, mais laisse subsister des réactions de mimique, comme le ronron du chat sous l'influence d’une caresse, le srincement des dents, le hérissement des poils et des plumes sous l'influence d’un mauvais traitement, les coups de bec et les mouvements de mastication à vide sous l’influence de la faim, à condition que la couche optique et ses annexes soient intactes. |

On peut faire des réserves sur le caractère d’inconscience attribué à de tels phénomènes ; il semble résulter en effet des recherches récentes entreprises par D'USSER DE BARENNE chez un chat décérébré, porteur de couches optiques intactes, que Bechterew ait exagéré le caractère inémotif des réactions mimiques du thalamus qui jouerait un rôle dans la conscience de l’émotion. (

Becuarerew (A, B, C) tient ces relations pour automa- M tiques : 4

1° Parce que l’animal ne peut plus les produire spontané- | ment (sous l'influence des idées, images ou autres processus À psychiques), mais uniquement en réplique à des excitations | internes ou externes actuelles ; ‘1

20 Parce que ces réactions mimiques ne sont jamais répri- |

mées ou modifiées, mais se reproduisent toujours les mêmes et à point nommé pour chaque espèce d’excitation.

Chez l’homme, la lésion du faisceau géniculé et pyramidal, qui va de l’écorce au bulbe, paralyse la mimique volontaire mais laisse subsister la mimique réflexe mésocéphalique si la couche optique et ses annexes sont intactes. Inversement, la destruction des fibres excito-motrices cortico-thalamiques entraîne la suppression de la mimique réflexe mésocéphalique et laisse subsister, par les voies cortico-bulbaires, la mimique volontaire des mêmes muscles qui ne sont plus capables de mimique réflexe.

D'autre part, la couche optique reçoit de l'écorce non seulement des excitations d’ordre moteur, mais elle en éprouve ane influence inhibitrice qui permet, lorsque l'émotion n’est pas trop forte, d’en empêcher la manifestation extérieure.

11 suit de là que, dans tous les cas où ce pouvoir inhibiteur de Pécorce est affaibli ou supprimé, on peut constater, pour les plus légères excitations, des décharges motrices qui relèvent de Pautomatisme et se traduisent par des expressions mimiques spasmodiques. Ces troubles de l’inhibition corticale ont été magistralement étudiés par Bechterew et par Brissaud, dans lerire et le pleurer spasmodiques qui en sont les manifestations les plus courantes et dont il sera question tout à l’heure; mais il semble bien que d’autres expressions émotionnelles puissent, dans des conditions analogues, se produire suivant le même processus (cf. DÜOPRÉ, 1102).

Bien que là mimique spasmodique soit le plus souvent associée à des lésions circonscrites du cerveau, elle n’esb pas, comme le remarque DROMARD (217), lapanage exclusif de ces lésions ; elle est loin d'être rare au cours des lésions | disséminées ou diffuses, dans la syphilis cérébrale, au début de là paralysie générale, dans la démence sénile, ete.

Il y à lieu de remarquer également que le symptôme de la mimique spasmodique n’est pas nécessairement en Fapport avec le degré de la déficience mentale, quelle que soit” par ailleurs la nature des lésions. DUPRÉ cite à ce sujet Pexemple d’un malade présentant le symptôme qui nous intéresse, qui faisait preuve d’une activité intellectuelle

relative mais très évidente par ses actes, sa conduite journalière,et qui, au cours de ses accès de rire et de pleurer, témoignait par ses mouvements d’impatience et de ‘dénégation que son affectivité n’était nullement associée à sa mimique (1101).

Il y à ainsi trois étages de centres pour les réactions physiologiques de l'émotion : les plus bas, les centres bulbaires, correspondant aux réactions biologiques, circulatoires, respiratoires, trophiques, etc. (v. supra, p. 642); les moyens, les centres opto-striés, correspondant à la mimique réflexe; les plus élevés, les centres corticaux, correspondant à la mimique volontaire. GRASSET estimait, comme Hallion, que les expressions mimiques sont spéciales pour chaque émotion, tandis que les réactions circulatoires, respiratoires et viscérales seraient communes (II, 676). Nous avons déjà dit combien cette distinction est contestable ; si les réactions de la vie végétative paraissent banales, c’est tout simplement peut-être parce que nous manquons des moyens d'investigation nécessaires pour les caractériser ; mais, en dépit de cette difficulté, nous Croyons avoir indiqué trop de caractères différents dans les diverses fonctions organiques et notamment dans les réactions respiratoires et circulatoires pour qu’il soit permis de parler de réactions communes et banales.

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