MÉCANISME ORIGINEL DES RÉACTIONS ORGANIQUES
En vertu de quel mécanisme psycho-physiologique une représentation ou une perception initiale déclenchent-elles, par lintermédiaire du cerveau, les phénomènes organiques qui accompagnent ou constituent la variété des émotions
humaines ? :
Sur cette question comme sur bien d’autres, nous ne vou
drions pas dissimuler la grande insuffisance de nos connaissances ni le caractère forcément hypothétique de toutes les solutions proposées.
Avant d’en esquisser une, rappelons un fait capital NE bien mis en lumière par SERGI. Dans son livre sur. Les émotions, ce psychologue à montré, par l’analyse des réactions de la vie végétative qui accompagnent l’émotion ou la constituent, que les centres de ces réactions se trouvent dans. le bulbe, qui peut être considéré de ce chef comme le centre commun de tous les sentiments (A, 93). Le bulbe contient en effet le centre vaso-moteur, le centre cardiaque, le centre respiratoire et les centres qui président à l’activité propre de tous les viscères abdominaux ou pelviens. Cela posé, on doit, pour répondre à la question formulée plus haut, répondre à deux questions qu’elle contient, et se demander :
19 Comment les variations fonctionnelles de l’activité cérébrale agissent-elles sur les centres bulbaires ?
29 Comment les représentations ou les perceptions causes de nos émotions agissent-elles par l'intermédiaire du cerveau, sur les centres bulbaires ? Comment passe-t-on de la perception à la variation cérébrale et de la variation cérébrale à la variation bulbaire ; de la nouvelle d’un héritage à l'excitation cérébrale, et de cette excitation à l’accélération de toutes les fonctions organiques ? d’un bruit violent et soudain à l'accélération des battements du cœur par l’intermédiaire du cerveau et du bulbe ? ;
Pour savoir quelle influence exercent les excitations cérébrales sur l’activité des divers centres bulbaïres, on est tenté d’abord de s’adresser à la physiologie expérimentale et de voir ce qu’elle nous apprend touchant les résultats bulbaires de la faradisation corticale. Nous savons, par exemple, que la faradisation de l'écorce en des points divers de la zone motrice détermine. soit une augmentation soit une diminution de fréquence des « mouvements respiratoires, c’est-à-dire des réactions bulbaires variables selon l’excitabilité de l’écorce elle-même; nous connaissons également l’influence exercée par les excitations périphériques et les excitations centrales faradiques sur les mouvements du cœur ; les unes et les autres déterminent
L’EXPRESSION DES. É:IOTIONS 643
l'accélération quand elles sont faibles et l'arrêt quand elles . sont fortes. Toutes ces excitations, comme les précédentes, se | propagent jusqu'aux centres bulbo-médullaires, où elles sont transformées et réfléchies sur les centres accélérateurs ou modérateurs du cœur. |
L'action de lécorce sur les centres vaso-moteurs du bulbe peut être mise en lumière par la faradisation de la partie postérieure du gyrus qui détermine les phénomènes de vasoconstriction et par celle de quelques points voisins qi détermine des phénomènes de vaso-dilatation.
L’exeitation du gyrus et des régions voisines agit de même sur les centres thalamiques de la salivation et fait sécréter Jes glandes salivaires des deux côtés.
De pareils faits sont intéressants, puisqu'ils nous montrent, d’une façon incontestable, l’action des stimuli corticaux sur les grandes fonctions organiques ; mais ils sont encore trop peu cohérents et trop rebelles à une systématisation pour qu’on puisse en tirer des éclaircissements sur le mécanisme et les résultats physiologiques de chaque émotion particulière. L’imperfection des résultats de l’expérimentation tient vraisemblablement iei à l'impossibilité où nous sommes de déterminer avec exactitude les causes qui font varier l’excitabilité des parties de l’écorce sur lesquelles nous Opérons, comme de doser avec précision l'intensité des excitations électriques dont nous disposons et qui constituent, par là même, des exeitations brutales par rapport aux excitations fonctionnelles psychiques avec lesquelles nous sommes tentés sans cesse de les comparer.
Dans limpossibilité où nous sommes de résoudre le problème expérimentalement, nous devons nous borner à interpréter les effets produits sur les fonctions organiques par les variations de l’activité fonctionnelle du cerveau, ef voicice que nous obtenons : Pour la respiration, nous savons que Pactivité cérébrale en augmente l’ampleur et la vitesse, que le ralentissement ou l’inertie. cérébrale produisent les résultats, inverses et que ces résultats sont dûs à l’action excitante exercée par l’activité cérébrale. sur le bulbe. La décérébration et la dépression mentale suppriment ou dimi-
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nuent cette action du cerveau, tandis que les excitations de l'activité cérébrale l’augmentent ou l’exagèrent. |
Des faits très analogues ont toujours été observés pour le cœur ; ou se borne à dire d’ordinaire que les excitations légères du cerveau l’accélèrent tandis que les excitations fortes le ralentissent ou l'arrêtent ; il conviendrait d’ajouter que, d’une part, l'arrêt ou le ralentissement de l’activité cérébrale et, de l’autre, l’accélération de cette activité produisent le même effet sur les centres cardiaques bulbaires que sur les centres respiratoires.
Dans l’ordre des faits vasculaires, MEYNERT a invoqué une expérience bien connue de Landoïs et Eulenburg pour attribuer à l’écorce une fonction de vaso-constriction : « La physiologie, écrit-il, nous apprend que si l’on excise les cellules de l’écorce cérébrale qui meuvent la jambe de devant d’un chien, on obtient, conjointement avec le trouble moteur, une ascension de la température dans le membre en question; il s'ensuit que les cellules enlevées devaient avoir une action vaso-constrictive. » (B, 204).
Et de cette action qui ne paraît guère contestable, il tire aussitôt, sous forme d’hypothèse, cette conclusion que l'écorce exerçant une fonction d’association et uae fonction de vasoconstriction, ces deux fonctions doivent s'exercer aux dépens l’une de l’autre; l’activité fonctionnelle psychique agirait ainsi sur le centre vaso-moteur pour diminuer le tonus vasculaire et favoriser la vaso-dilatation périphérique passive.
Pour les centres secrétoires, bulbaires et mésocéphaliques, c'est un fait bien connu qu’il est des excitations centrales qui en suspendent l’activité comme il en est qui l’exagèrent, et les émotions dépressives ou pénibles se traduisent par une sécheresse de la bouche tandis que les émotions toniques comme la joie et la colère se traduisent par une exagération de la sécrétion salivaire. Il résulte même d’expériences que nous avons faites avec MALLOIZEL que le résultat sécrétoire de certaines émotions excitantes est d’abord une sorte de réflexe pluriglandulaire qui affecte en même temps les glandes salivaires, les glandes stomacales, le rein et sans doute aussi d’autres glandes qui échappent à notre contrôle.
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Enfin l’activité cérébrale exerce son action sur la calorification par l’intermédiaire des centres moteurs, toniques, cardiaques, respiratoires, vaso-moteurs, et, grâce à l’activité incessante qu’elle entretient, par là même, dans tous les éléments de l’organisme, elle accélère puissamment les échanges chimiques dans les tissus.
La systématisation de ces données est un peu moins difñcile que celle des résultats des excitations électriques, et l’on entrevoit, encore que confusément, une loi générale Que l’on pourrait formuler ainsi : L’activité cérébrale stimulant, par l'intermédiaire des centres bulbaires, la plupart des fonctions organiques, et le ralentissement ou l’arrét de cette activité se traduisant dans ces fonctions par un ralentissement ou un arrêt, On conçoit que les émotions, suivant qu’elles stimulent ou paralysent l’activité cérébrale, agissent différemment sur les fonctions organiques.
Reste la seconde question, l’action d’une perception sur les
centres bulbaires par l'intermédiaire du cerveau. | . Pour le choc, la réponse est relativement simple, puisque la perception est suivie d’un heurt et d’un désordre de tendances qui agissent par leur masse, comme tous les chocs, sur l'écorce et par l’intermédiaire de l’écorce sur les centres bulbaires pour les exciter ou les paralyser en raison de leur intensité. L'effet n’est pas sans analogie avec celui des excitations électriques.
La question se complique singulièrement avec les émotions qualifiées, car il faut introduire dans les données précédentes des variations qui les individualisent.
Nous savons déjà que les chocs émotionnels sont excitants ou déprimants suivant leur intensité. On pourrait être tenté de transporter d’abord cette distinction préalable dans chacune des émotions particulières que nous avons analysées et d'admettre, par exemple, qu’à un faible degré la peur, la tristesse, la colère, la joie sont excitantes, tandis qu’à un degré ù plus élevé les mêmes émotions se traduisent par des phénomènes de paralysie, d’arrêt ou de dépression. C’est ainsi quele général PERCIN explique les manifestationsactives et passives de la peur qu’il a observées sur le champ de bataille ; c’est de
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même une constatation d'expérience commune que Îles grandes douleurs sont muettes tandis que les douleurs plus légères s'expriment par des cris. La colère et la joie se prêteraient, semble-t-il, à la même distinction, puisque les colères muettes et pâles passent pour plus intenses que les coïères rouges et bruyantes et que certaines joies subites et très intenses s’accompagnent, s’il faut en croire les mystiques, de phénomènes de passivité et d'inertie.
Chaque émotion qualifiée, tout en gardant sa marque earactéristique et sa qualité propre et en se développant sur un . plan particulier, aurait ainsi, comme les émotions-chocs, des effets excitants à dose faible et des effets ALa à dose forte.
Il y à du vrai dans cette conception en cesens s que, dans la mesure où elle est quantité et agit par sa masse, toute émotion se rapproche du choc émotionnel et participe à ses effets ; mais il est dans la tristesse, dans la peur et même dans la joie des formes dépressives qui correspondent à des émotions légères et infiniment moins fortes que certaines formes excitées des mêmes émotions ; qu’on compare par exemple la dépression légère provoquée par un jour de pluie avec l’excitation douloureuse du désespoir. D’autres éléments que les variations brutales de plus ou de moins interviennent donc dans la forme générale de l'émotion qualifiée et à plus forte raison dans sa nature et son expression spécifiques, encore qu'il ne
soit pas toujours facile de discerner ces éléments avec préci- M sion. Essayons cependant d'indiquer les différents processus «
suivant lesquels une cause psychique et corticale peut engen-
drer les diverses émotions, avec les phénomènes organiques |
associés.
On à certainement exagéré, dans chacune d'elles, le rôle N préalable et le jeu des représentations qui, nous l’avons vu M . plus haut (471), agissent souvent comme de simples signaux, « et peuvent se réduire à de simples schèmes ; en tenant compte \ de cette réserve voici à peu près comment se laissent conce- |
voir les processus d’origine.
Pour ce qui concerne la joie, les représentationsou les schè- 4 mes sich er Loue exercent une influence légère et tonique #
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sur notre activité psychique fonctionnelle, par suite sur notre activité cérébrale idéo-motrice, par le retentissement qu’elles ont sur nos tendances et nos instincts auxquels elles annoncent des satisfactions prochaïnes et dont elles facilitent le jeu. |
Elles exercent ainsi sur le cerveau et par son intermédiaire . sur notre activité neuro-musculaire, comme sur toutes nos fonctions viscérales, une influence légèrement tonique, et la respiration, la circulation, la combustion, la température, la force et l’activité musculaires se ressentent de cette tonicité.
Le phénomène inverse a lieu dans la tristesse passive où des représentations analogies et inverses déterminent une limitation de nos désirs, de nos tendances, de nos instincts dont . elles entravent le jeu ; il ÿ à alors une diminution générale, un ralentissement ou un arrêt de notre activité fonctionnelle psychique et conséquemment de nos fonctions cérébrales ainsi que les fonctions organiques corrélatives.
Nous tenons à remarquer toutefois que cette genèse de la tristesse passive n’est pas la seule et que, lorsqu'elle se produit, elle suppose que l'événement qui la provoque était prévu et attendu. Souvent l’abattement apparaît après une crise d’excitation douloureuse qui s’est marquée par des manifestations aiguës et positives ; l'abattement peut être considéré alors comme une résultante de l'épuisement si la crise de douleur à été violente et longue, et plus souvent comme le résultat de cette adaptation au malheur qu’on appelle la résignation, et qui se traduit par le sentiment que tout effort est vain, comme par le ralentissement de l’acti. vité mentale.
Dans la peur passive, la représentation, même très confuse, d’un danger possible exerce sur les fonctions psychiques, sur les tendances et sur les instincts, une action paralysante, action qui peut être, suivant les cas, passagère ou durable, et qui se traduit par des caractères physiologiques très analogues à ceux de la tristesse passive mais plus marqués, de telle sorte qu’on y peut constater, avec quelques phénomènes d’agitation viscérale, le dérobement des jambes, la tendance syncopale du cœur, l’affaissement du sujet sur lui-même, etc.
Il semble donc que l’on puisse construire au moins trois des
émotions principales en fonction de l'effet tonique, limitatif,
épuisant ou paralysant, exercé par un événement extérieur
sur l’activité psychique, partant cérébrale et du: à après le premier choc émotionnel.
Cependant, pour concevoir ce mécanisme dans toute sa complexité, il est indispensable de se dire que, dans les mani- - festations organiques de toute émotion naturelle, nous bénéficions non seulement d’associations réflexes héréditaires,.
mais d'associations acquises grâce au mécanisme des réflexes conditionnels ; certaines sensations, certaines images, certains schèmes, certains mots sont capables d’intensifier et d’éten-
dre les manifestations organiques d’une émotion non seulement en vertu des mécanismes précédents, mais parce que notre expérience passée les à associés à des réflexes sécrétoires, circulatoires, respiratoires, musculaires déterminés. Au cours des émotions qui suivent la mort d’un être cher, il est des objets que nous ne pouvons revoir, des mots que nous ne pouvons prononcer sans que les larmes jaillissent et que la voix s’étrangle ; au cours de la dernière guerre, où l'émotion patriotique était, pour ainsi dire, latente et chronique, il y avait également des mots qui ne pouvaient nous venir sur les lèvres sans mouiller nos yeux. Tandis que les tendances dont le heurt, la désaptation ou la réadaptation constituent le contenu psychique de l’émotion peuvent être, dans une large mesure, excitées ou inhibées par des représentations, des schèmes ou des mots (v. Traïté, I, 471), les expressions émotionnelles peuvent être provoquées, dans la, - même proportion, en vertu de réflexes conditionnels, et, à vrai dire, c’est du même mécanisme qu'il s’agit dans les deux cas, encore que les éléments moteurs attirent particulièrement notre attention dans le second.
Mais il se peut que le sujet réagisse d’une façon plus OU. moins vive à son émotion au lieu de la subir et, dans ce cas, des phénomènes très différents peuvent apparaître. Si les. représentations ou les schèmes de la joie provoquent des réactions émotionnelles marquées, si le sujet réagit vivement à sa joie, au lieu de la subir, nous avons affaire aux joies, exubérantes de l’enfance et de la jeunesse et, dans ce cas,
toutes les réactions organiques qui caractérisent les joies calmes sont plus amples, plus intenses, plus nombreuses, et elles tendent, par là même, vers une certaine incoordination.
Si les représentations ou les schèmes limitatifs de la tristesse provoquent une réaction positive, nous pouvons avoir affaire, suivant les tempéraments et les circonstances, à deux ordres de réactions mentales et organiques qui sont les réactions marquées d’impuissance qui caractérisent la souffrance morale, et les réactions marquées de force et de violence qui caractérisent la colère. Ces manifestations traduisent, dans Jes deux cas, la révolte; mais la tristesse active, avec ses contorsions, ses lamentations, son accélération cardiaque avec hypotension, son accélération respiratoire avec des abscisses d'inspiration réduites, son hypothermie, sa diminution des combustions, est une réaction de déprimé qui garde ce caractère jusque dans les manifestations lés plus intenses du désespoir, tandis que la colère, avec sa respiration plus ample et plus profonde, sa mimique de menace, ses abscisses d’inspiration très accrues, sa circulation plus rapide, son hypertension, son excitation neuro-musculaire, ses sécrétions augmentées, est une réaction de fort qui se sent supérieur aux événements, capable de les maîtriser, et se grise de sa force même.
Si la peur laisse place à des réactions positives, nous avons affaire à des réactions de fuite, d’agitation souvent désordonnée, qui s’accompagnent d’une respiration haletante, d’un pouls rapide, d’une hypertension extrême qui luttent contre la dépression et même s’y substituent parfois tout à fait.
Serions-nous réduits à admettre que, dans beaucoup de cas où l'intensité exceptionnelle d’une émotion n’exerce pas des effets d’inhibition qui l’apparentent au choc, les réactions positives et marquées témoignent d’une émotivité plus accusée, capable par ailleurs de s’épuiser et de renaître au cours d’une même émotion ?
Ce qui rend les données du problème particulièrement complexes, c’est que les manifestations actives peuvent, dans certaines émotions, traduire une passivité sous-jacente ou s’y associer; dans la tristesse active, par exemple, où toutes les réactions positives sont marquées de faiblesse et d’im-
puissance, dans la peur aussi où le sujet qui fuit éperdûment garde sa pâleur, son atonie tetes son obtusion
cmhaEe. etc., etc.
Quelques physiologistes américains, au premier rang des-
quels il convient de citer CANNON, ont tenté, au cours de ces.
dernières années, d'expliquer les manifestations organiques des émotions qualifiées, en associant des explications ch1miques aux explications psycho-physiologiques dont l’insuffisance n’est pas contestable et où l'interprétation des faits reste forcément très lointaine.
CANNON part de cette constatation que les éléments de l'organisme les plus particulièrement affectés dans les émotions sont les glandes et les muscles lisses des viscères. Les pleurs, la sueur froide, la dilatation des pupilles, l’érection du système pileux, la pâleur qui résulte de la vaso-constriction, l’accélération cardiaque, toutes ces modifications du ton général de la vie seraient uniquement provoquées par la violence de la vague émotive.
Or, autant que nous le savons, les glandes et les muscles
lisses des viscères ne sont pas innervés directement par le
système nerveux central. Toujours, entre les neurones cérébro-spinaux et les viscères, s’interposent des neurones situés en dehors du système nerveux central; ces neurones extéjeurs, groupés en ganglions ou distribués dans les viseères euxmêmes, forment ce qu’on appelle le système autonome. Conformément aux idées de Langley, Cannon désigne, sous ce nom, un système plus étendu que le système sympathique
et qui comprend non seulement les fibres du sympathique
mais toutes les fibres de caractère analogue qui sont engagées dans des nerfs craniens ou sacrés, se rendent, par ces voies, à des muscles lisses ou à des glandes (cf. GLEY, A, 1126) et passent toutes par des ganglions, comme les fibres du sympathique. Il y à ainsi un vaste système nerveux autonome qui se subdivise en système para-sympathique‘, d’origine
4. Le terme de para-sympathique cranien désigne ici le système autonome
mésencéphalique et le système autonome bulbaire (v, Traité, I, 144).
eranienne ou sacrée, et en système sympathique, d’origine médullaire; c’est le système nerveux des glandes et des muscles lisses involontaires.
, Cannon insiste sur ce fait que, si la partie médiane (le sympathique) innerve un viscère également innervé par [à partie cranienne ou sacrée (le ParTa-Sympathique), il y à antagonisme entre les deux innervations. Ainsi le para-sympathique cranïen préside à la contraction de la pupille, le sympathique la dilate; le para-sympathique éranien Ÿalentit le cœur, le sympathique l’accélère ; le para-sympathique sacré contracte le côlon, le sympathique le relâche ; le sympathique contracte l’urètre, le para-sympathique sacré le relâche. Il insiste également sur les deux faits suivants qui vont jouer dans sa théorie un rôle capital : 19 Les capsules surrénales produisent une substance -(l’adrénaline), qui affecte les organes innervés par le sympathique précisément comme S'ils recevaient une excitation nerveuse. Ainsi lPadrénaline injectée dans le sang déterminera la dilatation des pupilles, l’érection du système pileux, accélération du cœur et la constriction des vaisseaux sanguins ; elle ralentira l’activité du canal alimentaire et libérera le sucre du foie. 20 Les capsules surrénales sont innervées par les fibres pré-gan£glionnaires du système autonome et la stimulation de ces fibres provoque la libération de l’adrénaline dans le courant sanguin.
Mais, puisque les capsules surrénales sont innervées par Ges fibres autonomes de la division médiane et puisque l’adrénaline provoque dans cette division la même activité que l’excitation nerveuse, il est possible, remarque Cannon, que les troubles de l’innervation Sympathique, bien que déclenchés par des décharges nerveuses, soient prolongés automatiquement par action chimique.
Voyons maintenant ce qui se passe dans les émotions.
Lorsqu'un chien aboie après un chat dans une cage fermée, que cet animal soit effrayé ou qu’il se prépare à l'attaque, les changements qui se passent dans les muscles lisses sont les mêmes. Les pupilles sont élargies, les mouvements de lestomac et de l'intestin sont inhibés, les poils se hérissent sur là tête et la queue, et l’animal présente, d’une extrémité
à l’autre, les effets de l’innervation sympathique. Les capsules surrénales participent-elles à cette excitation générale de la division médiane ?
CANNON et DE LA PAZ ont trouvé que, chez un chat efirayé ou mis en colère par le moyen qu’on vient de lire, le sang des veines surrénales témoigne de la présence de l’adrénaline par l’action qu’il exerce sur l’innervation intestinale, tandis que le sang de la même région pris avant l'excitation émotionnelle ne produit aucun effet. Plus tard CANNON à constaté, avec HosKINs que des violentes excitations du sciatique, chez un animal anesthésié, provoquent l’activité de la partie médullaire de la capsule, activité qui se traduit par augmentation de l’adrénaline dans le sang. Les observations sur les effets de: la peur, de la rage et de la douleur ont été confirmées depuis par les études d'ELLIOTT qui à établi que la frayeur épuise les les capsules surrénales et que l’excitation des nerfs afférents, comme le grand sciatique, provoque les mêmes résultats.
La stimulation artificielle des splanchniques ne provoque pas seulement la libération de l’adrénaline, elle libère. également le sucre du foie, et cette libération est si considé-rable que l’animal présente de la glycosurie. Si les surrénales sont extirpées, la stimulation des splanchniques ne produit plus de glycosurie. La participation de la surrénale médullaire paraît donc être indispensable pour la mobilisation du. sucre dans le sang, quand cette mobilisation s’opère sous une influence nerveuse. D’autre part, puisque la sécrétion surrénale est accrue dans les grandes émotions ou dans la stimulation douloureuse des nerfs, et puisque l’hyperglycémie est l'accompagnement normal des stimulations nerveuses expérimentales qui augmentent la sécrétion de l’adrénaline, il est raisonnable de penser que la peur, la colère et la douleur provoquent l’hyperglycémie.
Que la douleur expérimentale provoque l'apparition du
sucre dans l'urine, c’est établi depuis longtemps par Box et. HorrMANN. Que de pures excitations émotionnelles aient lemême effet, CANNON l’a établi, dit-il, avec SHoHL et WRIGHT, en expérimentant sur des chats. Il rappelle en outre que le Dr W, G. Smillie a constaté que, sur neuf étudiants en méde-
<ine, quatre étudiants, normalement aglycosuriques, avaient de la glycosurie après un examen difficile, et qu’un seul étudiant sur les neuf avait de la glycosurie après un examen facile,
Le trait le plus caractéristique de toutes ces réactions organiques paraît être à Cannon leur nature réflexe qui les soustrait complètement à l’action et au contrôle de la volonté. Or on s’accorde depuis longtemps, nous dit Cannon, à reconnaître que la caractéristique de tous les réflèxes, c’est leur utilité. Les réflexes émotionnels ont cette même caractéristique, et l’on à souvent signalé l'association utile qui s’est établie entre les émotions particulières et leurs réactions innées : association de la peur avec la fuite, de la colère avec Pinstinct du combat et de l'attaque, etc., etc.
Puisque l’adrénalinémie et lPhyperglycémie qui suivent les douleurs et les émotions foztes ont un caractère réflexe, On peut se demander si l’adrénalinémie et l’hyperglycémie sont utiles. |
Pour que ces réactions soient utiles, il faut d’abord qu’elles Soient rapides. Tel est le cas, nous dit Cannon. La présence de l’adrénaline dans le sang peut être constatée seize secondes après l’excitation des splanchniques, lhyperglycémie après Cinq minutes. |
On a le droit de penser, par ailleurs, en vertu de laliaison signalée plus haut entre la peur et la fuite, la colère et l’attaque, qu’à l’état sauvage les émotions de colère et de peur étaient suivies de dépenses d’énergies que demandait, pour ‘un combat suprême et prolongé, la contraction de grandes masses musculaires, et que la mobilisation du sucre dans le Sang à pu rendre des services signalés aux muscles en travail.
Pour ce qui concerne la douleur, Darwin n’a-t-il pas écrit que les grandes douleurs poussent tous les animaux, et les ont poussés au cours de générations infinies, à faire les efforts des plus violents et les plus divers pour échapper aux causes de souffrance ?
Comme il est physiologiquement établi que le sucre #ournit aux muscles la meilleure part de leur énergie (v. Traité I, 302), Cannon croit pouvoir affirmer le caractère utilitaire
de la réaction émotionnelle md a dore provoquée sl ladrénaline.
Mais la surrénalectomie ayant un résultat débilitant: béur a force musculaire et l’injection d’adrénaline ayant des effets inverses, il semble possible de penser que l'augmentation de l’adrénaline n’est pas seulement utile parce qu’elle libère le glyeogène ; cette augmentation est vraisemblablement un facteur dynamogénique direct du travail musculaire. CANNON & constaté, avec NICE, que la stimulation des splanchriques exerce, comme l'injection d’adrénaline, un effet favorable sur la contraction des muscles fatigués et sur l’élévation de 14 pression sanguine. C’est d’ailleurs une théorie d’AÆbelous et de Langlois (GLEY, A, 657), appuyée sur des exnérienees et acceptée par beaucoup de physiologistes, que les surrénales détruisent normalement ou neutralisent les substances toxiques résultant de la contraction musculaire. |
Cannon continue sa démonstration en montrant que les modifications vasculaires produites par l’adrénaline ont les résultats les plus heureux pour le sujet émotionné. Oliver et Schäfer ont montré, nous dit-il, que les territoires innervés par le splanchnique diminuent de volume par vaso-constrietion quand l’adrénaline est administrée, tandis que les membres où reïlue le sang croissent en volume ; c’est-à-dire qu’au moment critique le sang passe des organes végétatifs qui président aux besoins routiniers du corps aux muscles du squelette qui ont à exercer une action supplémentaire dans le conflit.
Mais tous les viscères ne sont pas vidés de leur sang ! H y à des exceptions pour les organes essentiels : le cœur, les poumons et le cerveau, ce « trépied de la vie». L’adrénaline exerce une action vaso-dilatatrice sur les artères du cœur et elle affecte peu ou pas du tout les vaisseaux pulmonaires ou cérébraux. Voilà ce que peut faire l’adrénaline — et nous en passons — pour le plus grand bien des sujets qui sonten . proie à la colère, à la peur ou à la douleur!
Nous nous sommes étendus quelque peu sur cette théorie de Cannon non seulement parce qu’elle est récente et célèbre, mais surtout parce qu’elle constitue une tentative des plus inté-
ressantes pour faire place à la chimie etaux sécrétions internes
dans les explications génétiques de l'émotion. Il se peut qu’il y ait beaucoup à faire dans ce sens et que les décharges diffuses du système nerveux trouvent, pour prolonger leurs effets émotionnels ou pour y suppléer, des alliés naturels dans les produits des glandes endocrines. Il se peut que toute
la mécanique neuro-musCulaire, par laquelle nous prétendons expliquer la colère, la peur, l’angoisse, etc. soit non seule- :
ment hypothétique mais extrêmement superficielle paï rapport à la réalité profonde des faits. Nous devons en outre savoir beaucoup de gré aux physiologistes qui s’'attaquent aux questions de psychologieet qui, même avec des moyens d’investigation insuffisants et des résultats contestables, aident les psychologues à poser les problèmes dans toute leur complexité psycho-organique ; mais nous n’en ferons pas moins les réserves que comportent les expériences et les interprétations de Cannon.
Et d’abord, comme il ne dispose que d’une seule explication, il à été amené à faire entre les manifestations organi-
ques de la colère, de la douleur et de la peur, des assimilations
très contestables. C’est ainsi, par exemple, qu’il parle de la dilatation des pupilles comme d’un trait commun aux trois émotions précédentes, alors que la pupille se dilate dans la douleur et la peur et se contracte dans la colère, De plus, il n’a parlé que des formes Sthéniques, et encore pas de toutes, Comme si la douleur ne se présentait jamais dès Le premier choc, sous la forme de l’abattement et comme si la peur qui cloue sur place n’était pas une émotion au même titre que la peur qui donne des ailes. Evidemment, il avait besoin d’ex-
pressions émotionnelles positives et de manifestations muscu-
laires sthéniques pour asseoir sa théorie avec quelque vrai-
semblance, mais nous souhaiterions savoir comment il l’étend
aux formes passives de l'émotion, et, s’il à pris le parti de contester à ces formes tout caractère émotionnel, nous aimerions au moins qu’il nous dît pourquoi.
Le système finaliste qu’il édifie par ailleurs ne laisse pas
d’apparaître par endroits comme factice ; on avait déjà vu,
<hez Darwin et chez beaucoup d’autres naturalistes, ces.
explications finalistes et l’on espérait un peu en être sorti. L'adrénaline favorise la fuite, mais elle favorise aus:i la lutte. L’adrénaline vide l’intestin de sang au profit des bras, mais elle ne fait rien pour le cerveau et pour le poumon qui avaient bien le droit d’espérer quelque chose. L’adrénaline envoie du sang aux muscles du squelette qui ont besoin d'agir, mais la prétendue vaso-dilatation qu’elle exerce sur la périphérie aux dépens des viscères n'empêche pas les fuyards d’être pâles et certaines colères d’être blanches. Quand on est bien décidé à trouver partout le finalisme de l’adaptation, il va de soi qu’on le trouve, mais c’est en exagérant la signification des cas favorables et en négligeant les autres. Et tout cela n’est pas dit pour mettre en cause la loi de l’adaptation, mais pour montrer que Cannon en a fait quelques applications discutables qui doivent nous rendre indulgents pour les naïvetés célèbres du finalisme théologique.
STEWART et ROGOFF ont vu par ailleurs que des chats sur lesquels ils avaient enlevé une surrénale et coupé les nerfs de l’autre et qui, dans ces conditions, ne pouvaient plus excréter d’adrénaline sous une influence nerveuse, présentaient les mêmes réactions de colère et de frayeur que les chats normaux (cf. GLEY, B, 55). Et pour ces diverses raisons nous “écarterons les explications neuro-chimiques par lesquelles Cannon a voulu rendre compte du mécanisme originel des manifestations viscérales et glandulaires de l’émotion.
Il eût été particulièrement grave, pour sa théorie émotionnelle, aussi bien que pour ses théories plus générales sur action de l’adrénaline physiologique, que l’on pût contester que l’adrénaline passe, à dose active, des veines surrémales dans la circulation générale; or, ç’a été la conclusion des recherches de Gley et Quinquaud (1910-1918) que ladrénaline des veines surrénales ne se retrouve pas dans le sang du cœur droit ni a fortiori dans le sang artériel, et que cette substance est très vite détruite dans le sang général ou s’y dilue à un degré tel qu’elle ne peut plus manifester ses pro- “priétés (GLeY, À, 661); mais TOURNADE vient d’opposer à cette conclusion de nouvelles expériences. (Voir sur la vie affective et les sécrétions internes, Traité, IT, dernier chapitre.)