‹ Traité de psychologie 1923Chapitre 152 sur 237 · RENAN · texte numérisé non relu

RENAN

contrainte. Cette décharge et les mécanismes divers qui y aboutissent s'expliqueraient eux-mêmes par ce fait que les centres réflexes du rire sont situés dans cette même région opto-striée qui contient tous les centres réflexes de l’expression émotionnelle. C

On concevrait par là qu’une émotion qui se réduit subitement à rien, une élévation subite et joyeuse du niveau affectif, la suppression subrte d’une barrage puissent se tradue, dans la région opto-striée, soit par une décharge et une dérivation, soit par une excitation banale et non organisée de l’énergie nerveuse, d’où résulteraïit une excitation musculaire affectant les muscles du corps, en raison inverse de leur poids.

Il y aurait ainsi, à l’origine psycho-physiologique du rire, une loi de mécanique nerveuse, et les causes psychologiques du rire ne pourraient le produire que conformément à cette loi fondamentale.

On s'accorde, en général, à penser que la dite loi ne fonctionne pas quand la dérivation est gênée par la persistance d’une émotion plus forte. Par exemple, si le premier état de conscience est trop douloureux, s’il est trop grave, s’il contient des idées de mort, de sacrilège, de deuil qui nous aient profondément touchés, l'émotion associée à cet état lui survivra et ne se résoudra pas en rire.

On pourrait citer quelques exceptions à cebte loi générale, et notamment le cas de certains rires appelés communément «rires nerveux » qui peuvent se produire au Cours d’émotions déprimantes et exercent alors une fonction d’affranchissement et de libération, mais, sous réserve de ces exceptions, l plupart des émotions susceptibles de se résoudre en rire sont des émotions superficielles qui n'engagent pas notre intimité affective, et c’est la raison pourquoi l’homme qui | aime à rire à facilement une réputation de légèreté. Ÿ

Le rire lui-même, qu’il exprime la simple bonne humeur ï ou qu'il résulte d’un contraste descendant, est, dans la majo- ; rité des cas, une excitation légère autant qu'agréable et ne devient que très rarement douloureux. Â

Nous vérifions ainsi, à propos du rire, cette loi générale

causes pour expliquer, sinon l’origine même du rire, du moins l'intensité et la durée de certains rires. |

LE RIRE ET LES LARMES Fix

que les excitations agréables sont des excitations légères.

Mais, en dépit de toutes les explications psychologiques ou physiologiques, il reste vrai que vous rions souvent beaucoup pour des raisons minimes et que les manifesta-

‘tions motrices du rire peuvent être disproportionnées, par leur intensité et leur durée, avec leur cause D

ou physiologique apparente.

Aussi croyons-nous qu'il faut faire intervenir d’autres

Une cause générale est le plaisir même que nous trouvons au rire et qui fait que nous nous y prêtons volontiers, qu’il vienne du comique ou qu’il traduise la simple gaieté. On va au théâtre pour rire, on recherche les réunions et les dîners où l’on rit ; on aime à rire. Il y à ainsi, chez beaucoup de rieurs, des dispositions préalables au rire et, pendant le rire lui-même, une bonne volonté pour prolonger par l’imagination, par l'attitude affective, toutes les raisons de rire.

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