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chez le rieur, le sentiment d’une supériorité, et, dans lobjet risible, une perte relative de dignité, sont plus à même d’expliquer le rire que les intellectualistes, car ils placent à côté de l'élément intellectuel (jugement ou perception) un élément émotionnel dont ils pourraient tirer parti; cependant de la théorie pure et simple de Ja dégrada-
tion il n’est pas sorti grand’chose pour l’explication des
manifestations motrices du rire.
Sans doute, le sentiment de la supériorité et celui de ra
dégradation s'associent souvent au rire, ainsi que nous .
l'avons vu; mais on ne voit pas le lien qui unit physiologiquement ces deux états affectifs à l'expression motrice du rire, et, pour comprendre que cebte expression en puisse sortir, il nous manque évidemment un ou plusieurs éléments essentiels. 8 SPENCER à Cru trouver ce qui nous manque, en reprenant, sous une forme affective, la solution, exposée par Kanë sous une forme trop intellectuelle, de l’attente qui se résout en rien, et la solution qu’il propose, bien que datant de 1863, est certainement une des plus satisfaisantes. T1 admet la théorie du contraste en distinguant deux espèces de contraste, celui qui va du moins au plus et celui qui va du plus au moins. C’est le contraste qui va du plus au moins qui fait rire, parce qu’il y à passage d’un état de conscience intense à un autre qui l’est moins, tout en contrastant avec lui. Le chien dans l’église, le ronfleur au sermon font rire, parce que notre émotion trouve matière à se dépenser dans un événement futile qui lui ouvre une issue inattendue ; en termes plus précis, le second événement comportant une quantité
d'attention et de sentiment infiniment moindre que le pre-
mier, il est nécessaire que le surplus trouve une voie d’écoulement qui est le rire (cf. RIBOT, 367).
Pour que cette théorie s'applique à tous les cas du comique, il est nécessaire que, dans chacun d’eux, nous retrouvions une énergie accumulée qui se dépense grâce à un contraste descendant, et nous pouvons assez souvent retrouver cette
énergie.
Nous la retrouvons notamment dans toutes les histoires de
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pince-sans-rire où l’art du conteur est justement de provoquer un sentiment d'attente sérieuse auquel il n’offrira pas l’issue attendue et dont il bénéficiera pour la production du rire. Dans d’autres formes du rire comique, l’émotion aceumulée est moins apparente, parce qu’elle est aussitôt dépensée qu’accu- | mulée et ne $e renouvelle que pour se dépenser encore ; mais elle n’en existe pas moins. Nous avons déjà rappelé le cas du chien dans l’église et du ronfleur au prêche; on pourrait rappeler de même le cas du perroquet, fe cas du Couac du chanteur; on retrouverait toujours un sentiment de respect, de pitié, d'attention sérieuse à qui le contraste descendant dû comique offre une issue subite dans le rire. Le comique de situation (Georges Dandin qui se plaint de sa femme à ses beaux-parents pour arriver à faire des excuses) et le comique de caractère (Boubouroche qui accepte que sa maîtresse cache un homrne dans une armoire pour des raisons de famille) nous apporteraient facilement une vérification de la théorie de Spencer.
I serait, par ailleurs, facile demettre d’accord cette théorie de Spencer avec la théorie de la dégradation qui nous offre d’excellents exemples de contrastes descendants, et partiellement d'accord avec les théories intellectualistes, puisque les contradictions de deux jugements sont en général corrélatives de contradictions affectives et peuvent prêter matière à des contrastes descendants. Il serait enfin possible de la mettre d’aecord avec la théorie plus générale de Bergson, puisque la substitution de la réaction automatique à la réaction intelligente peut se traduire, et se traduit effectivement dans notre esprit, sous des modalités diverses, par un contraste affectif qui va du plus au mo:us.
Toutes les causes invoquées peuvent donc concourir à produire le rire, à condition qu’elles aboutissent à des contrastes affectifs descendants.
Le rire qui s’associe au comique apparaît ainsi comme un phénomène de décharge par brusque dénivellation, et l’on pourrait le rapprocher, à cet égard, du rire de l’exubérance et de la joie qui est encore un phénomène de décharge par brusque élévation de niveau OU par suppression de