C£ Prcon (I
2. Cf. Vonor, IL, 333 ; James, À, 2, 79; TirenenEr, B, 201; Via, 314.
bre
taisistes de carrés noirs et blancs (quinconces, croix, etc.). On perçoit un pays du haut d’une colline, on aperçoit le panorama, et, à un degré plus élevé, la carte de ce pays. On perçoit un visage, on en aperçoit l’expression. On perçoit un modèle (figure, paysage, nature morte), on y aperçoit un sujet ou un motif. On perçoit de la al on y aperçoit des mélodies et des thèmes.
Nous avons eu à expertiser, pour un procès d'accident, la valeur résiduelle d’un œil gauche dont la vision centrale est abolie par une taie, d’origine traumatique, de forme arrondie, d’un diamètre de 5 millimètres, opacifiant la partie médiane de ia cornée ; le pourtour de la cornée demeure transparent. Toute vision délicate est im possible avec cet œil; le droit étant couvert, les petits objets, les visages mêmes ne sont pas reconnus. Mais une goutte quotidienne d’un collyre à l’atropine tient la pupille suffisamment dilatée pour qu'il existe une zone annulaire de vision marginale‘. Quand le sujet va par Îles rues avec son œil gauche atropiné, cet œil lui rend encore des services précieux. Il aperçoit la masse, la coloration dominante, le mouvement, la silhouette des gros objets. Cela lui permet, beaucoup mieux que s’il n'avait que son œil droit, d'éviter, à sa gauche, les voitures, les passants et autres obstacles mobiles ou immobiles.
Chez un être qui n'aurait jamais eu d’autre vision plus fine, ces données grossières ne seraient que des percepts insuffisants, inférieurs. Mais chez un être doué, dans le présent et le passé, d’une vision centrale analytique, et qui possède des percepts détaillés, ees mêmes données grossières acquièrent, par ce seul * fait, une fonction féconde, une valeur véritablement supé-' rieure au percept, un rôle aperceptif. Elles deviennent, par rapport aux réceptions fovéales, des schèmes simplifés, simplificateurs, génériques.
La présence d’une taie cornéenne accidentelle, comme celle qui vient d’être décrite, ou encore la confection expérimentale de taiïes artificielles amovibles, laissant subsister un anneau de vision marginale, permet de comparer les récep-
4. L'opération de l'iridectomie assurerait le même résultat et dispenserait du collyre.
tions rétiniennes centrales et les réceptions rétiniennes périphériques occasionnées par un même objet dans les mêmes conditions d'observation. Les réceptions marginales sont plus sommaires, les centrales plus détaillées. Soit que le resard se promène, soit que l’objet se déplace, chaque donnée passe par des alternances de simplicité et de complexité, avec tous les intermédiaires entre le maximum de l’une et de l’autre. Il
s’ensuit une relation à trois termes entre l’objet et ses deux
apparences ‘. Celles-ci sont considérées comme représentant un même objet, parce qu’en répétant un léger mouvement, on peut ane ch les substituer l’une à l’autre, autant de fois qu’on le désire ; et ainsi, par rapport l’une à l’autre, l’apparence simple est RARES comme simplifiante, l’apparence détaillée comme détaillante. Autrement dit, l’une? acquiert une signification synthétique, l’autre une signification analytique. La première devient schème, la seconde étant image. Et leur substitution prend la valeur d’une alternance d’aperception et de perception. En se substituant et en s ’appliquant sans cesse aux percepts détaillés, en les résumant, en les anticipant, les schèmes superposent au texte w déchiffrement *.
Les schèmes aperceptifs sont d’espèces et d’origines multiples. Outre les schèmes visuels marginaux, il y a des schèmes visuels centraux. En même temps que sa fonction détaillante, la rétine centrale possède une fonction schématique, grâce à la suppression des détails par l’obscurité, le brouillard, l’interposition d’un verre embué, l'éloignement. Il y à des schèmes auditifs, des schèmes moteurs, il y à des schèmes de tous
les sens. Enfin, quel que soit le sens, l'érosion de l’oubli
épure l'expérience passée et engendre des schèmes mnémoniques.
Il y a lieu de distinguer deux espèces d'attention aperceptive. L’une, originale, inventrice, crée ses schèmes : c’est le
1. Sur la « théorie des trois images », de BiNET (D), v. REvAULT D'AL- LONNES (C).
2. La première ou la seconde, selon:le point de vue où l’on se place.
3. Sur la rivalité possible entre la vision marginale et la vision centrale, v. ci-dessous notre seconde objection à la « théorie motrice. »
cas chez l’artiste, s’il sait s’affranchir du convenu. L'autre, machinale, stéréotypée, use de schèmes reçus tout faits Les schèmes tout faits sont les uns naturels, les autres arti ficiels. Des schèmes naturels sont fournis, ainsi qu’il vient d’être dit, par les perceptions d’objets lointains, ou mal éclairés, ou impressionnant la marge des rétines. L'art populaire, dans les enseignes, les réclames, les emblèmes, les jouets, confectionne également des schèmes, et nous les inculque. Ces silhouettes simplifiées et génériques offertes | à notre perception peuvent ensuite être appliquées apercep:: tivement pour l’interprétation des concrets complexes. En présenee d’un ensemble perceptif, l’attention aperceptive, armée de schèmes nouveaux et anciens, personnels et traditionnels, opère un prélèvement, discerne l’essentiel et néglige l'accessoire. |
L’attention aperceptive présente deux autres modalités, selon que les données sur lesquelles elle opère sont plus ou moins connues, plus ou moins aisément schématisables. Le premier cas est le déchiffrement aperceptif ou aperception improvisée ; le second est l’attente aperceptive ou aperception signalétique. Par exemple, si l’on regarde une préparation microscopique sans être averti de sa nature, les dessins coloriés qui apparaissent évoquent et sélectionnent des schèmes familiers pour les confronter à l’objet que l’on cherche à identifier (schèmes bien connus et classiques du tissu hépatique, rénal, cardiaque, rétinien, intestinal). Au contraire, si l’on examine une préparation dont on connaît la provenance, alors les schèmes mentaux, anticipants, sont à l'affût des détaïls de l’objet exploré, pour y déceler une lésion, la présence d’un microbe, ete. !.
Autre exemple ; quand on déchiffre un grimoire, l’écriture illisible que lon voit évoque et sélectionne des tracés familiers et lisibles, pour les superposer et les substituer aux tracés insuffisants que l’on à sous les yeux. Au contraire, quand on relit une page connue, les images mentales anticipantes guettent leurs confirmations dans le texte que la vue parcourt.
1. V. ci-dessous : Misère el grandeur des schèmes; Classification des schèmes (893 et 898).
858 LES FORMES GÉNÉRALES D'ORGANISATION | Dans le premier cas, le schème est cherché ; dans le second cas, e’est lui qui cherche. f 4 I'aperception attentive du mouvement, du temps, de La distance, du relief s’opère par le jeu de mécanismes physiologiques et par l’intervention d'images mentales schématiques. Ainsi la vision stéréoscopique est un acte d’attention aperceptive. Parmi les divers procédés qui permettent de l’étudier, “citons les anaglyphes (VUIBERT)
H. Richard a appliqué ce procédé à la représentation des figures de géométrie descriptive (angles dièdres ; droites et plans dans l’espace, volumes, plans sécants et constructions intérieures ; volumes cristallographiques ; droites focales d’un dioptre plan, etc.}). Il a exposé une quarantaine d’anaglyphes au Ve Congrès international des mathématiciens, réuni en août 1912 à Cambridge. |
On prépare de petits albums méthodiques à l'usage des divers enseignements (mathématiques, sciences naturelles, anatomie). En tirages imprimés sur papier, les anaglyphes réalisent l'illustration en relief; sur verre, ils permettent, devant toute une salle, les projections en relief, déjà usitées par le physicien Rollmann (chaque spectateur doit avoir un lorgnon bicolore). 5
L'effet anaglyptique étant obtenu, l’œil gauche étant, par exemple, armé du verre vert et l’œil droit du verre rouge, si l’on retourne le lorgnon de manière à mettre maintenant le verre rouge à gauche et le vert à droite, la perception s’inverse : ce qui était tout à l'heure en saillie paraît cette fois en creux et réciproquement (cette inversion n’a pas toujours lieu quand les dessins sont sur le papier, car le papier présente un plan de repère qui peut être gênant).
49 Attention attributive (juger).
Entre la conception et le raisonnement prend place le jugement, et son expression, la proposition. Par quels
4. Duces du Hauron à nommé anaglyphe (ävæfluo#, objet ciselé, figure en relief) un dessin où chevauchent l’une sur l'autre, avec l'écart convenable, deux vues stéréoscopiques, en deux couleurs complémentaires, par exemple lune en rouge et l'autre en vert. Le spectateur regarde avec un lorgnon dont les verres sont respectivement colorés comme les deux vües. Le dessin en rouge est invisible pour l’œil armé d’un verre rouge : cet œil ne voit que le dessin en vert, il le voit noirâtre ; le dessin en vert est invisible pour l’œil armé d'un verre vert : cet œil ne. voit que le dessin en rouge, il le voit noirâtre.
Ges deux images dissemblables perspectivement se fusionnent, et le ‘spectateur aperçoit un objet unique, d'un relief saisissant.
mécanismes attentionnels un attribut est-il compréhensivement et extensivement attaché à un sujet, comme propriété intécrante dans le premier cas, et, dans le second,
‘comme un genre dont une partie intégrante est le sujet ?
Nows distinguons quatre formes d’afttention attributive, ou, ce qui revient au même, quatre catégories attentionnelles de jugements : A, le jugement imagé ow imaginatif, non verbal ; — B, le jugement imagé, puis verbal; —C, le jugement verbal; — D, le jugement verbal, puis imagé. — D'autre part, dans chacune de ces catégories, le jugement peut être ou synthétique, — ou
analytique, — ou complet, — ou incomplet. Toutes ces distinctions vont s’éclaireir à l’occasion d’un seul et même exemple : soit à juger un spectacle, un sanglant corps-à-corps de deux animaux, Le jugement consiste, par l’application de schèmes réels ou verbaux, synthétiques ou analytiques, à déchiffrer tout on partie de cette scène. |
A. Le jugement imagé ou imaginatif, non verbal, consiste à déchiffrer la donnée par des schèmes imagés seulement, sans emploi de schèmes verbaux. Un unique schème imagé, synthétique et inverbal, à savoir, le cliché mnémonique ou le film mnémonique d’un (chat-dévorant-un-rai) peut incontinent et intuitivement juger tout le duel, sans le décomposer en ses
‘éléments ni en ses phases. De pareils jugements monoschématiques réalistes, instantanés, sans proposition, ni mot’, sont extrêmement fréquents chez les esprits les plus cultivés, sont presque les seuls chez les jeunes enfants, sont tout à fait les seuls chez les animaux. Sans cesser d’être complet et inverbal, le jugement imaginatif peut, d'autre part, devenir bi-schématique : par exemple, l’an des schèmes est celui d’un (chatdévorant), et le second celui d’un (rat): ou encore, l’un des schèmes est celui d’un (chat), et le second celui d’un (rat-dévoré). Le schème du (chat-dévorant) n’est pas un agrégat de deux éléments, d’un côté chat, de l’autre acte de dévorer ; c’est Pimage typique d’un chat en l’une de ses habituelles attitudes, image qui exclut celles de chats en d’autres positions (chats dormants, rôdants, faisant-leur-toilette, caressants, chassés,
4. Soit complets, comme celui-ci, soit incomplets, comme ceux dont il sera question plus loin.
fuyants, ete.). De même l’image (rat-dévoré) : elle n’associe pas deux images d’abord séparées, mais c’est la photographie mentale du rat en l’une de ses situations, excluant celles de (rats-trottinanis), de (rais-grignottants), de (rats-en-cage), de (rats-pris-dans-un-piège), ete. Le schème du (chat) et celui du (rat) laissent au contraire l’un et l’autre indéterminée la situation ou l'attitude, et se bornent à exclure les représentations d’autres petits animaux, tels que petlt-chien, renard, furet, fouine, souris, moineau, crapaud, et d’autres encore moins convenables.
Mais le jugement imaginatif inverbal peut encore n'être pas complet. C’est ce qui advient si une partie seulement des aperceptions indiquées se réalise. — Par exemple, il peut y avoir seulement reconnaissance du (chat-dévorant), ou seulement du (rat-dévoré), ou seulement de l” (acte-de-dévorer), les deux personnages restant en ce dernier cas à l’état d’identification vague; ou de la (situation-d’être-dévoré), sans détermination spécifique des adversaires ; ou même, plus simplement, il peut y avoir seulement reconnaissance ou du (chat), ou du (rat), ou du (corps-à-corps), sans préférence du corps-àcorps (dévorer — être-dévoré), à d’autres, tels qu’(allaiter — être-allaité), ou que (caresser — être-caressé), ete.
Quant à ce que nous appelons l'identification vague, elle suppose, bien entendu, elle aussi, l'intervention d’un schème ; mais seulement d’un de ces schèmes très pauvres et très extensifs, tels par exemple que celui de l’(animal) ou du (petitanimal), qui suffisent à l’exclusion sommaire de tous autres schèmes inadéquats, comme seraient ceux du (caillou), de la (motte-de-terre), de la (plante-agitée-par-le-vent), du (petitobjet-inanimé), et qui peuvent être abandonnés à une attention secondaire, indireete.
B. Passons au jugement imagé, puis verbal. Ici l'opération attentionnelle consiste, sur la base des aperceptions qui viennent d'être décrites, qu’elles soient complètes ou qu’elles soient incomplètes, à pousser jusqu’à l’état verbal tout ou partie des schématisations. L’état verbal d’un schème, c’est son étiquetage par un signe, c’est-à-dire, c’est l’adjonction, l'association à ce schème réaliste d’un autre sehème, attaché,
eb accrédité, au besoin, en qualité de substitut, comme plus maniable et plus communicable, et qui est affranchi de toute . Conformité aux réalités qu’il signale‘, Le schème étiqueté offre un double avantage. D’une part, grâce au mot, son attaché eÿ son substitut, il peut être laissé en son état d’extrême sim- plicité, sans travail imaginatif pour le détailler, ce qui facilite la possibilité de l’intégrer comme élément dans des actes complexes d’imagination, de conception, d'attribution, de raisonnement. D'autre part, il peut être évoqué dans l’imagination d’autrui, une autre personne, à qui l’objet est caché, ou qui ne le remarque pas, peut être sollicitée à le remarquer. La proposition : « le chat dévore le rat » peut correspondre à bien des modalités attentionnelles du jugement imagé-verbal. Elle peut, en premier lieu, n’être que lexpression du jugement monoschématique instantané complet, c’est-à-dire, elle peut n'être que le signal du cliché ou du film mnémonique (chat-dévorant-rat), indécomposé en éléments ni phases (jugement synthétique, intuitif). En second lieu, cette proposition peut formuler un jugement réel bischématique : (chat dévorant) — (rat) ; ou : (chat) — (ratdévoré) (jugement partiellement synthétique, partiellement analytique). En troisième lieu, le jugement réel peut. être trischématique : (chat) — (dévorer) — (rat) (jugement analytique, discursif). é
Si le jugement réel imagé exprimé par des mots est incomplet, alors la proposition revêt d’autres formes. La rédaction : «le chat dévore » laisse non identifiée la victime ; elle peut correspondre à un jugement réel monoschématique (chat-dévorant) ou bi-schématique (chat) + (dévorer). En ce second Cas, l’un ou l’autre des schèmes peut être principal. Si chat est le schème principal, l'expression exacte serait : « C’est un chat, qui dévore », c’est-à-dire, c’est un chat, à l’exclusion de tout autre dévorateur (l’acte de dévorer étant laissé à l’état d’at-
1. Comme exemples typiques de non-conformité d’un mot aux réalités qu il signale, citons : septembre, octobre, novembre, décembre, qui dans notre calendrier actuel désignent respectivement les 9e, 40e, {4e et 19° mois; les noms propres Blanche, Mélanie, Sophie, Andrée, René, attribués sans
souci de l’étymologie.
NE