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MESURE DE L’ATTENTION

La technique. — Une mesure complète, un « cubage intel- 1ectuel »‘ de l'attention d’un sujet normal ou malade ne doit pas porter seulement sur la vitesse des réactions, mais elle doit embrasser toutes les caractéristiques du comportement fonctionnel de l’attention, c’est-à-dire la commande (mobilité, direction, frénation), la dépense (entrain, fatigue, récupération), la qualité de la production (progrès, niveau, exactitude), la quantité de la production (fréquence des actes,

productivité, durée). L'observation générale du sujet est donc indispensable, pour guider les expériences métriques.

Le chronomètre à employer pour la mesure de la durée des réactions attentionnelles doit être choisi d’après l’ordre des durées sur lesquelles on opère, et par conséquent d’après l'espèce d’acte intellectuel que l’on se propose de susciter.

Les actes intellectuels rapides ont des durées de l’ordre du dixième de seconde : ils nécessitent donc des appareils tels que les chronoscopes de Hipp (donnant le millième de Seconde) et de d’Arsonval (donnant le centième de seconde). Ce dernier est le plus usité en France. Une aiguille actionnée par un mécanisme d’horlogerie court à raison d’un tour par

1. Cette expression à été avancée par Bac et Cuauvanp (602). Vosw : ‘sur les difficultés de l'estimation quantitative des qualités mentales, Barn, #3-k1. Une célèbre tentative d'estimation quantitative des sentiments a été faite par Bentham, Déontologie (arithmétique du plaisir). Binet et ses élèves. ont souvent tenté la mesure de l'intelligence. (Cf. RevauLT D'ALLONNES, À.}

seconde sur un cadran divisé en cent parties. Une pile fournit du courant à un petit électro-aimant situé derrière le cadran ; tant que le courant passe dans les bobines, une pièce de fer doux, attirée, tient l'aiguille désembrayée, immobile tandis que l’axe continue à tourner; si le courant est rompu, un

ressort embraye laiguille sur l’axe tournant. Deux inter-

rupteurs, l’un à la disposition de l’investigateur, Pautre à la disposition de la personne examinée, permettent au pre-

Fig. 56. — Chronoscope de d’Arsonval*.

mier de lancer laiguille en donnant le signal, à la seconde d'arrêter l’aiguille par sa réplique : le nombre de graduations parcourues indique en centièmes de seconde le temps écoulé. |

Les actes attentionnels ont parfois des durées permettant l'usage d'appareils plus simples, tels que les chronoscopes de poche au cinquième de seconde construits pour Partillerie ou pour les sports. C’est le cas, en particulier, lorsqu'on à affaire à des sujets ralentis, à des aliénés : il est avantageux, dans la pratique clinique, de pouvoir se contenter d’instruments transportables et robustes. |

À l’aide de ces divers chronoscopes, on se propose de mesurer la durée d’exécution de trois espèces d’actes attention-

1. Le cliché de cette figure nous a été prèté par M. Boulitte, constructeur.

nels : 1° Attention perceptive (réactions simples) ; 29 Attention aperceptive (réactions de choix, fusion stéréoscopique, obtention d’une illusion, ete.) ; 39 Attention rationnelle (ealculs mentaux, jugemenits, raisonnements, ete.). | Mesure de l'attention perceptive : Réactions simples. — T'interrupteur pour le signal, dans l’apparat de d’Arsonval, est un marteau à tige flexible : un léger choc sur 14 table (signal auditif) ou sur le corps du sujet (signal tactile) interrompt le courant, et l’aiguille se met à courir ; l'interrupteur pour la réplique est une presselle que le sujet tient ouverte dans sa main, et qui rétablit la clôture du courant et arrête ainsi Vaiguille au moindre serrement. On prend plusieurs centaines

de mesures consécutives, séparées par quelques secondes de repos ; on note les chiffres au fur et à mesure ; la séance terminée, on pointe les valeurs obtenues sur une longue bande de papier quadrillé, en portant les durées de réaction en ordonnées et la série des signaux en abscisses ; On réunit les. points par des droites à l’encre noire, et cette ligne brisée est la courbe détaillée ; on peut ensuite pointer les valeurs moyennes de cinq en cinq ou de dix en dix réactions, et, unissant ces points par droites en pointillé, on a alors un profil moyen d’où sont éliminés les accidents négligeables. > Sur ces courbes, quand elles sont assez longues, on peut. généralement distinguer trois périodes : la période de mise en train, dont les moyennes sont relativement élevées et dont le détail indique des maladresses ; la période d’optimum, plus ou moins durable selon les sujets, dont les moyennes oscillent autour de 14 centièmes de seconde chez le normal, et dont le détail est peu aberrant ; la période de

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fatigue, dont la moyenne s'élève et dont le détail indique des défaillances.

La mesure des temps de réaction simple est exposée à

. une grave objection:tant que l’on ne s'adresse qu’à l’attention . perceptive, on n’est jamais sûr d’avoir eu affaire à elle seule, : OU à une collaboration entre l’attention perceptive, l’atteni tion aperceptive et l'attention rationnelle ; parfois le laisseraller peut produire justement le même résultat que la forte volonté, à savoir, abaisser les temps de réaction ; l'élévation de la moyenne peut signifier, sans que l’on ait aucun moyen de contrôle, soit la négligence et la faiblesse de lintellection, soit au contraire l’entrée en scène de l'intelligence et de la volonté rationnelles. Stanley Hall, opérant sur un sujet hypnotisé, à le premier constaté que l’absence d’attention intelligente abaisse le temps de réaction, tout aussi bien que l’application réfléchie (RIBOT, A, 108). KüLPE est revenu sur . ces faits en 1893 (CO, 38 sqq.) : et Pierre JANET (B, I, 91 $qq.) a publié en 1898 des « courbes paradoxales » dues à la réaction automatique.

Nous pensons que l'interprétation de ces faits est à reprendre. Il n’y à rien de paradoxal à ce que l’attention simplement et automatiquement perceptive ait des temps de réaction brefs, et l’attention aperceptive, conceptuelle, attributive, rationnelle des temps quelquefois aussi brefs — quand elles sont intuitives — et quelquefois plus longs — quand elles sont discursives —, On à trop souvent demandé à la méthode des réactions simples autre chose que sa fonction propre. Elle doit être réservée, à notre avis, à la mesure de l’attention perceptive, dite automatique ; ce n’est pas l” « automatisme » que l’expérimentateur doit ici s’efforcer d'éliminer, c’est au contraire l’intervention de réactions d'intelligence supérieure à la perception. L'erreur a été de vouloir mesurer « l'attention » en général, c’est-à-dire avant tout l'attention réfléchie, par un procédé qui, par sa nature, ne peut être judicieusement

. adressé qu’à l’une des formes de l'attention, à l'attention irréj xléchie, perceptive, à celle que l’cn appelle, plus ou moins proprement, « automatique ».

Mesure de l'attention aperceptive. — Quant à la méthode deg

« réactions de choix », elle s'adresse à ce que nous avons dénommé l’attention aperceptive. On exige ici du sujet le dis-. cernement du signal auquel il doit réagir, parmi divers faux signaux, c’est-à-dire parmi diverses perceptions analogues, . auxquelles il ne doit pas réagir. Le temps de discernement ou de choix s’ajoute souvent au temps de réaction simple, c’est ce qui se produit pour les aperceptions discursives (perception, puis aperception), et c’est pourquoi l’on obtient dans ces expériences des réactions ordinairement plus longues quedans les précédentes. Mais cela n’a rien d’absolu ; il peut arriver qu’un acte aperceptif soit aussi rapide qu’un acte perceptif, c’est ce qui a lieu pour les aperceptions intuitives (aperception d'emblée). En ce cas, la réaction de choix n’est pas décomposable en trois parties : perception, discernement, réaction, mais en deux parties seulement : aperception, réaction. Grâce à l’habitude, une aperception peut se produirenon à la suite, mais à la place d’une perception. Et le couple aperception-réaction peut s’exécuter aussi vite que le couple perception-réaction.

C’est également à l'attention aperceptive que nous rapportons l’acte stéréoscopique, dont la difficulté et la durée est, d’après Pierre JANET, accrue dans les états de fatigue intellectuelle et de psychasthénie. Cet acte devient alors discursif, tandis qu’il est souvent intuitif chez le normal reposé. Mesure de l'attention rationnelle. — T1 y à tout avantage, pour mesurer l'attention des sujets, à s'adresser à l'attention rationnelle. On peut en effet plus facilement en éliminer l «automatisme », qu’on ne peut écarter de l'attention perceptive lintervention de l'intelligence aperceptive, conceptuelle, attributive ou rationnelle. Parmi les actes d'attention rationnelle, : en voici un qui fournit un test précis et pratique. Nous l’avons d’abord proposé sous le nom de « déterminations », plus tard sous celui d’ « attention conjuguée », nous l’appelons aujour- . d’hui «attention cruciale ». Pour l’examen des sujets normaux, on peut se servir du chronoscope de d’Arsonval ; Un interrupteur vocal pour le signal devrait être actionné par la bouche : de l’investigateur lorsqu'il achève de prononcer le commandement ; un interrupteur pour la réplique serait constitué par-

910 LES FORMES GÉNÉRALI

une tablette, semblable à la figure-ci-contre, et don les c:

articulés, fermeraient le circuit à la moindre pression ; un dis- | positif particulier ne permettant, chaque fois, la clôture du. eourant que-parl’attouchement du bon carré. Mais la légende

Ps RTS

ss \ À { 4 RE AE Ê “ r 14 AN & # | { k } HA A ; (| st UE | ï NE Lg Fig. 58.

indique un procédé, celui du double ou triple signal, qui permet de se contenter, pour les normaux comme pour les ralentis, d’un simple morceau de carton et d’un ordinaire chro-. noscope de poche. pa M

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