PATHOLOGIE DE L'ATTENTION
Il n’est pas une opération mentale qui ne’soit, en un sens, une opération de attention ; de même, il n’est pas de maladie mentale ou de trouble mental qui ne soit une maladie ou un trouble de l'attention. Par exemple, le persécaté interprétant possède souvent, en dehors de son «délire partiel », une attention tout à fait normale, par la capacité au travail, par le souci de la tenue, des convenances, des usages. Mais dans le cercle de son délire, en proie à des jugements faux, il fait preuve d’une attention acharnée, tendancieuse, créatrice d’interprétations morbides. Nous devons nous bor- k ner ici à envisager les plus typiques manifestations de l’atten- : tion malade, qu’elle soit diminuée, pervertie ou exaltée.
Paur l'étude de l'attention diminuée, les sujets de choix sont les déprimés, mais surtout les faibles d'esprit, idiots, imbéciles, et les esprits affaiblis, déments. Instabilité, rai-° deur, lenteur, déviation, incontinence, récalcitrance, inaptitude aux actes d'attention multiple, tels sont les symptômes
ER
principaux. Il en résulte, dans les cas légers, l’infériorité ow la nullité du travail professionnel, socialement utile; dans les cas moyens, l’infériorité ou la nullité de la conversation, par difficulté ou impossibilité de s’adapter à des sollicitations. successives rapides ; et dans les cas profonds, l’infériorité ow la nullité même de Pidéation spontanée, alors que rien. r’oblige à se hâter, ni à affronter de l’inconnu, du nouveau. Les plus curieuses perversions attentionnelles, et les plus instructives pour le psychologue, s’observent dans les états. de confusion mentale‘. L’attention du confus ne saurait être mieux caractérisée que par le mot hagarde. Elie est égarée,. elle cherche, elle se cherche, elle est tâtonnante, vaguement interrogative, comme submergée par des énigmes indébrouillables. Nous distinguons trois degrés de confusion mentale. Le premier, plus léger, est un hyper-schématisme ; le second. plus profond, un hypo-schématisme ; le troisième, total, un aschématisme. Le confus du premier degré est en proie à des illusions sensorielles : les dessins de la tenture, les plis d’un rideau, les ombres du feuillage sur le sol, le gravier du chemin, tout ce que la perception présente d’un peu quelconque, dun peu amorphe, prend tournure, prend figure, se revêt d’un aspect, s’incorpore un schème obsédant, forme des apparences inquiétantes d'êtres hétéroclites, de visages qui grimacent et se meuvent, et dont il est difficile de savoir jusqu'à quel point elles sont irréelles. Les bruits confus, de la rue et de la maison, s'organisent de même, s’animent de significations suspectes et douteuses. Il peut exister, il existe souvent des ballucinations parallèles, sans que nous soyons autorisés. £ à regarder l’hallucination comme une illusion poussée à son: | comble, et qui se passe de prétexte objectif. Car si les ilusions se développent, si elles s’attaquent non plus seulement aux perceptions inférieures, mais aux aperceptions supérieures, alors, ce saummum de l’hyper-schématisme, c'est un : état d’hypo-schématisme, c’est la déformation de tout le réel : aperceptif, allant de la désorientation jusqu’au manque de compréhension sociale des personnes, de compréhension pra--