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CONCLUSION

Définition de l'attention.

L’attention, sous presque toutes ses formes, perceptives

(voir, entendre\, aperceptives (regarder, écouter), attributive (juger), conceptuelle (comprendre), rationnelle (déduire,

induire), est une opération à plusieurs facteurs synergiques. Une stimulation externe ou interne qui surgit sur un fond mental neutre n’est que le plus bas degré de l'attention. Elle ne devient objet d'attention vraiment intelligente que si, en même temps qu’elle, apparaissent des points de repère. Faire attention intelligemment, c’est envisager une chose par delà ou à travers une ou plusieurs autres choses. Des souvenirs de sensations sont indispensables pour qu’il y ait attention

perceptive ; des sehèmes interprétatifs, dans l'attention aperceptive, jouent le rôle de la clef sur le cryptogramme; des symboles graphiques, verbaux, conceptuels sont les instruments de l’attention conceptuelle et attributive ; des méthodes syllogistiques ou cruciales (v. I, 868) sont les moyens de l’atten-tion rationnelle. L’attention, même sous sa forme sensitive, est une intellection indirecte, instrumentale. Elle est linterposition, instinctive ou intentionnelle, au devant d’une donnée, .. de dispositifs physiologiques et mentaux, d’impressions et: d’évocations capables de conférer à la donnée, par leurs relations avec elle, une valeur différente de celle qu'elle aurait sans cela. Les inhibitions qui accompagnent tout acte d’attention ne tendent point à faire autour d’un élément unique le vide complet ; elles ne font la place nette que pour permettre l'entrée en scène des mécanismes élaborateurs, à la fois corporels et psychiques, par lesquels l’ordre des valeurs de présentation est modifié, bouleversé. | L’attention, surtout sous ses formes intelligentes, réclame donc la synergie de deux ou plusieurs éléments psychiques, concourant à un même but, et qui, lorsqu'ils apparaissent séparés, se détachent également ou inégalement sur le fond mental. Elle n’est pas un monoïdéisme, elle est une collabora- | tion active de facteurs restés distincts s’il s’agit d’attention discursive, et que l’analyse peut distmauer s’il s’agit d’attention intuitive‘.

4. Succy (B, chap. 1v), à remarqué le caractère plural et synergique de l'attention : « Ce que l'on appelle faire attention à un objet, c’est, strictement parlant, suivre une série d'impressions ou d'idées connexes, avec un intérèt continuellement renouvelé et approfondi. Par exemple, quand on assiste à un spectacle dramatique... Même quand il s'agit d'un petit objet matériel, comme une monnaîïe ou une fleur, il y a une transition continuelle de l'esprit d'un aspect à un autre, une série de suggestions. Il serait donc plus exact de dire que l’objet est un centre d'attention, le point d'où élle part et où elle revient continuellement. » Riot cite cé passage et l'interprète comme suit : l'état d'attention n'est pas continu, il est intermittent (p. 45). Nous soutenons que ce que Ribot considère ici comme défaillance de l'attention, à savoir l'acte d'envisager l'objet activement à travers une ou plusieurs données ou évocations, est l'attention même ; et qu'au contraire la contemplation isolée et immobile j de l'objet (monoïdéisme) est une fascination, phénomène essentiellement distinct de l'attention intelligente, et forme tout à fait inférieure de l'attention. |

biologiques que nous venons d’énumérer ne permettent même pas, à elles seules, de différencier l'effort physique et l’effort intellectuel, à plus forte raison l'effort de la mémoire, celui

Distinction entre attention et effort.

Enfin, nous pensons qu’il faut se garder de confondre attention et effort.

L’attention volontaire est parfois accompagnée d'effort. Or ce phénomène concomitant séduit le psychologue, car l'effort offre à l’investigation des conditions physiologiques mesuräbles : les combustions et l’exhalaison carbonique s’accroissent ; le rythme respiratoire s’accélère ; la respiration devient plus superficielle ; la pause entre les actes respiratoires (entre une expiration et l'inspiration suivante) s’abrège et, dans l’effort intense, disparaît ; l'effort maximum ferme la glotte

et supprime momentanément toute respiration ; diverses con-

tractions expressives caractérisent la physionomie et la mimique dans l'effort : en particulier, les têtes des sourcils

s’abaissent et se rapprochent, déterminant des plis verticaux à la racine du nez.

… Mais l'attention volontaire doit être distinguée de l'effort. Si ces deux faits, volonté et effort, sont fréquemment unis, en revanche, ils sont très souvent disjoints. La volonté et l’attention pleinement développées, à leur comble de réussite et de puissance, sont sereines. L’effort n’est que le cortège adventice de toute opération imparfaitement organisée ou

imparfaitement accessible. Il peut être très grand chez un inattentif ou chez un aboulique, précisément alors que l'acte

ne parvient pas à se réaliser. Il résulte de la disproportion entre la fonction et l’obstacle ; mais si la volonté, si l’attention

sont proportionnées à leur tâche, quelle que soit cette tâche,

elle est accomplie sans effort.

Nous ne considérons donc pas l’étude de l’effort et de son

mécanisme comme pouvant tenir lieu d’une analyse de l’attention. Ce n’est pas à la contraction du sourcil que peut se mesurer la profondeur d’une pensée. Les modifications

de l'imagination, celui de la conception. Un même état des

sourcils et des échanges respiratoires peut traduire une colique ou la composition d’un poème. Et pour retrouver une erreur de cinq centimes dans un compte, un mathématicien

peut dépenser un grand effort, tandis qu’il a fait sans effort

une importante découverte.

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