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LA HIÉRARCHIE DES TENDANCES ET LA TENSION DE L'ESPRIT

Beaucoup de problèmes subsistent néanmoins, car l'esprit humain n’est pas constitué par une seule tendance dont la tension serait mesurable par ses degrés d'activation, mais il contient un nombre très considérable de tendances qui semblent être activées très inégalement. La même réception peut évoquer des tendances très différentes et, suivant que l’une ou l’autre se développera, les degrés d’activation atteints seront très diflérents. L’examen des malades ne nous montre pas seulement les divers degrés de fonctionnement d’une même tendance, mais encore l'inégalité du fonctionnement des

diverses tendances. Tel individu qui, dans un état de fureur,

<asse des meubles ou frappe les personnes, active au plus baut point certaines tendances comme celles de la lutte brutale et les mène bien jusqu’à la fonction du réel ; mais il est tout à fait incapable d'exécuter un ordre simple qu’on lui donne et arrive à peine à en concevoir la pensée. Pour <omprendre sa conduite et pour juger la force de son esprit il faut pouvoir comparer les deux tendances dont l’une s’active complètement et dont l’autre reste au premier degré.

Nous sommes donc obligés d'ajouter une conception nouvelle, celle de la différence que présentent les diverses tendances au point de vue de la difficulté de leur activation. Il y

1. Ges études ont fait l'objet de notre cours de 1916-17 sur Les degrés J'activalion des tendances.

aura des tendances élémentaires faciles à activer, qui arri-

vent aisément à la réalisation complète, et des tendances | supérieures qui atteignent difficilement les premiers degrés de ce développement, dont il est difficile d'élever la tension. - C’est, en se plaçant à un point de vue spécial et purement

pratique, le problème de la hiérarchie des tendances. :

Et est probable que cette hiérarchie varie plus ou moins

chez les divers individus : une tendance très exercée chez lun

devient chez lui facile et occupe un rang inférieur de la hié-

rarchie; elle peut être difficile chez un autre et occuper un rang élevé. Cependant, ces différences semblent devoir être assez minimes ; on constate facilement que certaines tendances sont élémentaires pour tous et que les grandes lignes de là hiérarchie doivent être à peu près les mêmes chez tous

les hommes. Il n’est pas aisé toutefois de déterminer ces

grandes lignes, et il y à là une étude capitale poux k psychologie, qui doit s'ajouter à la simple description des tendances. |

Nous avons essayé dans plusieurs travaux d'indiquer des

méthodes qui peuvent servir à cette étude. El y a des maladies dont. on peut assez bien apprécier l’évolution et qui ont des phases d’ageravation ou de diminution. Sur des sujets qui présentent des phénomènes de ce genre, on peut constater l’ordre dans lequel les diverses tendances disparaissent à.

mesure que la maladie augmente de gravité et: Pordre dans.

lequel ces tendances réapparaissent quand Pesprit se réta

Pt, Nous avons insisté à ce propos autrefois sur l'ordre à. réapparition des tendances après les syncopes, après les aecè: épileptiques, après les grandes dépressions mélancoliques.. Ces études, très difficiles et toujours très contestables, sont. encore très incomplètes et ne donnent que quelques indieations générales.

Nous pouvons entrevoir de cette manière. l'importance de la, complexité des tendances, Une action simple ne met.en. jeu qu'une tendance également simple que nous ne pouvons pas

subdiviser en plusieurs autres. La douleur par exemple ne … COntient qu’une tendance simple à l’écartement, au recul.

Au contraire des actions intelligentes sont le résultat de plu.

sieurs tendances élémentaires combinées. Nousavons essayé de montrer que certains actes intelligents comme l’acte de rem- plir un panier de pommes, de dessiner un portrait contenaient , toujours au moins deux tendances combinées et maintenues à des degrés inégaux d'activation. C’est pour cela, sans doute, que des actes de ce genre se présentent toujours sous un double aspect : remplir et vider le panier, faire et reconnaître le portrait, distribuer des parts de gâteau et manger sa part de gâteau, ranger l'armoire et déranger Parmoire, ete., parce que tantôt l’une, tantôt l’autre des deux tendances constitutives prédomine. Dans d’autres Cas, les tendances nécessaires pour faire un acte sont encore plus nombreuses. L’observation des malades nous montre évidemment que les actes simples persistent plus longtemps et à un plus haut degré d'activation malgré l’aggravation de. la maladie et qu'ils

réapparaissent plus tôt dans les restaurations. C’est à cette observation que l’on peut rattacher la difté- rence frappante que l’on constate entre les actions effectuées sans Conscience, avec distraction, et les actions accompagnées de conscience personnelle, c’est-à-dire compliquées par la réaction personnelle. Dans la suggestion, l’idée se développe Sifacilement aux degrés plus élevés d'activation parce qu’elle se développe isolément sans participation de la conscience personnelle du sujet. C’est aussi à cette observation qu’il faut ravtacher la difficulté des actions sociales. Une action faite quand on est seul est toujours plus simple et plus facile qu’une action faite devant témoins. La présence d’autres hommes, quand on la perçoit, apporte toujours de la complication à Paction et cette complication va croissant dans les diverses actions sociales : l'acte accompli devant des spectateurs est plus simple que l’obéissance ; Pobéissance, quoique | déjà fort compliquée, est plus simple que le commandement et surtout plus simple que la collaboration qui demande des alternatives d’obéissance et de commandement. C’est pourquoi il ne faut pas se figurer que l’on rend toujours une opération plus facile quand on prétend aider celui qui agit. Très .. Souvent cette aide complique énormément l’action, et tel |‘ malade peut encore faire une action quand il est tout seul

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mais en devient incapable quand une autre personne heu SL

le regarder, le surveiller, le commander et surtout lPaider.

Une autre notion doit s'ajouter à ces remarques sur les

degrés decomplication de l’action : c’est la notion de l’évolu- .

tion des tendances. Les tendances qui constituent l'esprit 1

n’ont pas toutes été formées au même moment : les unes sont

- bien plus récentes que les autres. Il y à en nous des tendances à

anciennes contemporaines des premiers animaux, comme les

tendances à des réactions viscérales variées, à des mouve- …

* ments violents des membres, à des fuites éperdues, à des

. attaques brutales. Les tendances sociales et les tendances : personnelles se sont développées plus tardivement ; le langage, puis les premières opérations intellectuelles relatives

au panier, à l'outil, à l’image, au récit enfin, point de départ de la mémoire, constituent une étape supérieure qui déjà.

p’appartient plus du tout aux animaux, mais aux premiers

hommes. Au-dessus, se sont développées les opérations rela- Lx tives à la recherche de la vérité, à la formation du réel, les …

explications de diverse nature, etenfinladispositionà profiter volontairement de l’expérience, à se rendre compte de ce que

c’est que l’expérience. Nous observons plus rapidement par l’étude des diverses maladies mentales que les tendances les plus récentes sont de

toutes les plus fragiles. On s'étonne à

tort de voir qu’un

malade ne modifie pas ses convictions par l'expérience des |

insuccès, de constater qu’il est inaccessible à l’expérience.

L’aptitude à modifier ses tendances, non par l'habitude, mais À par un petit nombre d'expériences ion onattribue,en tant que telles, une grande importance est une disposition morale très récemment acquise, qui n’est même pas encore “ égale chez tous les hommes et qui disparaît très aisément. On à

parle sans cesse des troubles de la mémoire, de l'incapacité de fixer des souvenirs nouveaux, de la maladresse pourutiliser les souvenirs anciens, pour appeler au secours d’une situation

présente tous les souvenirs qui s’y rattachent. Mais il faut

bien comprendre que la mémoire est une opération fort élevée et tardive, que l’usage de la mémoire personnelle dans la conduite est une sorte de méthode expérimentale qui s’est

dév eloppée plus tard encore et que ces opérations fragiles sont

très facilement atteintes par la maladie.

Ces diverses tendances à des actions de plus en plus com-

bliquées et de plus en plus récentes se Superposent les unes .… Aux autres à propos d’un même objet. Il semble en apparence qu'il s’agit d’une seule et même fonction qui se complique de plus en plus. Toutes les fois que les hommes prennent de la

Rourriture, il s’agit en somme de l’acte de manger, Mais cet

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