‹ Traité de psychologie 1923Chapitre 28 sur 237 · POIDS DU CERVEAU CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

POIDS DU CERVEAU CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME

Nous arrivons maintenant à la question délicate de la comparaison des deux sexes dans l’espèce humaine.

Il est bien connu que le poids moyen de l’encéphale de la Femme est moindre que celui de l'Homme. Nous avons relevé, dans les très nombreuses séries de pesées d’encéphale publiées, tous les documents utilisables, c’est-à-dire ceux provenant de sujets d'âge compris entre 25 et 40 ans, sans tare cérébrale connue (et ces limites nous en laissent des milliers) ; nous sommes arrivés, pour les Européens ‘ aux moyennes suivantes :

Homme : 1.360 grammes. Femme : 1.220 grammes.

Ces chiffres sont peu différents de la moyenne brute calculée par Vierordt sur toutes les séries européennes (1.357 et 1.235) ; ils diffèrent très peu aussi des chiffres calculés par Topinard sur les meilleures séries anciennes (1.361 et 1.211) ; les moyennes calculées sur leurs propres séries par Retzius (1.399 et 1.248) et Marchand (1.388 et 1.252) sont uu peu plus élevées, mais elles proviennent de races plus grandes que la moyenne de l’Europe, et le rapport de l’Homme à la Femme reste sensiblement le même,

Il y à donc une différence de 140 grammes en en de J’Homme ; différence importante, dépassant le 1/10 du poids moyen. Mais les différences individuelles dans chaque sexe sont bien plus larges ; en négligeant les cas très rares, les Femmes vont de 1000 à 1.500, les Hommes de 1.150 à 1.700, de sorte que sur une grande partie de l’échelle des varia ions, on trouve à la fois des Hommes et des Femmes. En

4. Anglais (Boyd-Marshall), Français (Broca-Topinard), Bavaroïs (Bi- .schoff), Suédois (Retzius), Tchèques (Matiegka), Hessois (Marchand).

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construisant la courbe de fréquence des diverses valeurs dans chaque sexe, on peut constater que la moïtié environ de la surface comprise dans chacune des courbes, c est-à-dire la moitié des chiffres de pesée, est commune aux deux sexes ; ou encore, sous une autre forme, un quart des poids encéphaliques féminins se trouve au-dessus, et un quart des poids masculins au-dessous de la moyenne des deux sexes réunis. Cela, en ne tenant pas compte du poids du corps. Mais le corps féminin est en moyenne moins grand et moins lourd que le corps masculin. Prenant comme base les pesées que Jon peut appeler physiologiques, recueillies sur des sujets vivants et en bonne santé (séries de Krause, Quetelet, Hassing, Hoffmann, et Kobylin, toutes séries européennes, comparables aux séries de pesées encéphaliques), on obtient, chiffres ronds, 66 kilos pour l'Homme et 54 kilos pour la Femme.

Le poids relatif de Cuvier donnerait 1 /48,4 pour l'Homme,

1/44,2 pour la Femme, qui paraîtrait ainsi supérieure à l'Homme ; il s’agit simplement de l’erreur systématique de ce calcul, qui, entre deux êtres, avantage toujours le plus petit.

MANOUVRIER, dans son important Mémoire de 1885, après avoir longuement discuté la comparaison entre les deux sexes, étabEt entre eux une égalité parfaite au moyen de la formule e — à + m. On a parfois écrit que Manouvrier avait donné une démonstration de cette égalité, mais il s’agit seulement, comme il est facile de le voir, et comme l’a explicitement indiqué l’auteur lui-même, « d’une égalité supposée dans les prémisses du raisonnement ».

‘Nous savons aujourd’hui que, pour comparer deux STOU PES d'êtres, en faisant correctement abstraction du poids du corps, il faut diviser le poids de l’encéphale par la puissance. 0,56 du poids du corps si ces êtres appartiennent à deux espèces distinctes ; par la puissance 0,25 de ce poids s'ils appartiennent à la même espèce. Il semble donc, à première vue, que, des moyennes de l'Homme à celles de la Femme, il faille calculer avec la puissance 0,25. Pourtant, si l’on serre ce raisonnement, On voit qu’il n’est pas justifié.

Quand nous comparons de grands chiens à de petits chiens, nos groupes sont arbitrairement découpés dans une série continue. Ici, nous avons affaire à deux catégories objectivement distinctes, et chacune de ces catégories à sa loi propre, unissant la grandeur encéphalique à la grandeur corporelle, tandis que pour les grands ou les petits chiens, c’est la même loi, avec seulement une autre valeur de la variable.

Il y a là une différence profonde que l’on sent fort bien sans considérer de loi abstraite.

Les grandeurs corporelles des deux sexes s’entremêlent comme les grandeurs encéphaliques. Il est facile de constituer deux séries soit de même taille, soit de même poids, en prenant d’une part des hommes relativement petits, d'autre part des femmes relativement grandes. A-t-on le droit de comparer ensuite en valeur absolue les moyennes encéphaliques de ces deux séries ? Bien qu’on ait parfois usé de ce procédé, ‘un naturaliste y sent quelque chose de choquant. Sexe à part, une femme de 1m. 60 n’est pas identique à un homme de la même taille. Il y à un canon différent pour l'Homme et pour la Femme, de sorte que ces tailles, globalement égales, ne correspondent pas à une même somme de parties ; il y à une proportion différente dans les tissus, de sorte qu’un même poids de corps correspond à des quantités différentes d’eau, de sels, d’albumine, de graisse, ete. Mais, sans entrer dans le détail, ii suffit que l’un des groupes soit au-dessus de normale de son type, pendant que l’autre est au-dessous, pour que la comparaison directe soit au moins contestable.

En effet, ce que nous avons appelé : A, loi d'espèce à espèce, — B, loi intérieure à l'espèce, — nous pouvons le formuler comme suit :

A. Entre deux types animaux différents par la taille, les poids encéphaliques sont fonction de la puissance 0,56 du poids du corps.

B. Dans les écarts individuels autour d’un type, l’encéphale varie comme la puissance 1 /4 du poids du corps.

Ces énoncés comprennent soit deux espèces comme precédemment, soit les deux sexes d’une espèce avec dimorphisme sexuel caractérisé par une différence de taille. Dans

ce second cas comme dans le premier, nous avons affaire à deux {ypes.

Sur un grand nombre d'individus de même sexe, les variations de la taille, ou d’un caractère quelconque lié à la taille, se répartissent suivant une courbe plus ou moins voisine de la loi des erreurs de Gauss. Quelques individus de l’autre sexe, comme des individus d’une autre espèce, introduits dans la série, apporteraient une irrégularité, un accident dans la courbe ; facilement visible si le caractère différentiel présente de l’un à l’autre sexe un écartimportant, peut-être perdu au cas contraire, dans les irrégularités contingentes, : cet accident existe théoriquement toujours. Cela veut dire que nous n’avons pas le droit de suivre d’un sexe à l’autre une corrélation à la taille de la même facon qu'entre les individus du même sexe. En particulier, la corrélation du poids encéphalique au poids du corps dans un sexe suit, nous l'avons établi en fait, la loi B ci-dessus. Tout calcul avec la puissance 0,25 du poids du corps équivaut à la comparaison directe entre hommes et femmes de même poids et constitue la même erreur que la comparaison directe du Loup ou du Renard aux chiens du même poids.

Deux types, qu'ils soient spécifiques ou sexuels, ne peuvent être comparés qu'entre leurs moyennes, et au moyen de l’exposant 0,56. Faisant ainsi le calcul sur l'Homme et sur la Femme, on arrive au résultat suivant :

0,56 —— A FLOIMINE, . "PANNES AT: on 2,73 j 1220 À ARE D SG: NET Vie | Femme P | L4G 240 2,74

C’est l'égalité. ï

De crainte que la discussion ne sorte du terrain due | et ne se passionne, remarquons que ce résultat n’a pas grande portée pratique. Socialement, même si l’on attachait une importance de premier ordre, ce qui serait exagéré, au poids relatif de l’encéphale, l’admission à l’égalité des hommes et M des femmes dans les divers emplois, soit après concours, soit sous réserve d’une appréciation des aptitudes par la

‘pratique, s'imposerait par ce seul fait que les grandeurs s’entremêlent d’un sexe à l’autre ; dans un lot un peu nombreux de concurrents, il y aura toujours quelques femmes qui l’emporteraient sur certains hommes par le poids de leur encéphale, en valeur absolue. Cette admission à égalité est d’ailleurs en train de se généraliser et ne soulève plus guère de résistances. :

Nous pouvons, avec sérénité, maintenir la question au point de vue fort intéressant de la biométrie spéculative. LA Le résultat ci-dessus à été publié par nous en 1907, et aucune contradiction ne s’est encore fait jour. .. Récemment, en 1918, Eugène DuBois l’a explicitement accepté pour l'espèce humaine. Il l’a même étendu aux Singes, mais il le rattache à des conditions particulières de musculature et refuse de la généraliser aux autres animaux. Quoi qu’il en soit, puisqu'il s’agit en ce moment de

l'espèce humaine, nous pouvons conclure : la différence de grandeur encéphalique ne constitue pas par elle-même une différence sexuelle secondaire ; il n’y a qu’une différence de |. grandeur corporelle, avec retentissement normal sur le sys- | tème nerveux.

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