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ANALYSE DES RELATIONS DU POIDS CÉRÉBRAL AVEC LA GRANDEUR | DU CORPS ET LE DEGRÉ DE L'INTELLIGENCE
Nous avons jusqu'ici, tout en pensant au cerveau, considéré ia totalité de l’encéphale. Le raisonnement reste valable en passant de l’un à l’autre. Sans doute, la proportion de cerveau dans l’encéphale varie avec les deux conditions envisagées, grandeur du corps d’une part, niveau de perfectionnement nerveux de l’autre. Mais la première de ces variations est aible ; la seconde va dans ce sens, que plus l’encéphale est lativement grand, plus le cerveau y prend de part. La première variation est négligeable ; la seconde ne peut que renrcer la hiérarchie basée sur le poids encéphalique total. Les documents quantitatifs sur les hémisphères cérébraux
isolés ne sont pas assez nombreux pour qu’on puisse des prendre comme base. Il ne faut d’ailleurs pas s’illusionner sur ce qu’on pourrait ainsi gagner en précision au point de vue psychologique. D'abord, la séparation des parties à peser est plus ou moins conventionnelle et peut varier. Pour le cerveau de la Femme, Sappey trouvait 1.093 grammes et Broca 995. Ensuite, ce cerveau coupé quelque part dans les pédoncules n’est pas une quantité homogène ; les parties blanches conductrices ne devraient pas, logiquement, être additionnées avec les parties grises ; les noyaux caudés et lenticulaires ne sont pas fonctionnellement homologues à l'écorce, et même théoriquement, abstraction faite de toute difficulté pratique, chercher à isoler anatomiquement, pour le mettre sur la balance, l’organe de l’intelligence, pur ss net, serait poser incorrectement le problème.
Un homme intelligent, c’est celui qui établit, entre les données de ses sens, des rapports lui permettant de tirer parti des phénomènes qui l'entourent pour les fins qu'il se propose. Quand il s’agit d’un animal, ce que nous pouvons constater et apprécier, c’est la complexité des réactions et leur souplesse à s’accommoder aux changements de conditions. 4
Sous cette forme comme sous la première, la supériorité . consiste dans un nombre plus grand de combinaisons possibles entre les excitations et les réponses. Le mécanisme nerveux qui effectue ces combinaisons peut se concevoir comme une accumulation de commutateurs.
À priori, il n’y aurait rien d’absurde à supposer que le nombre des commutateurs soit fonction seulement du nombre des combinaisons, et qu'il ne dépende en rien du nombre des « appareils périphériques manœuvrés, ceux-ci pouvant être réunis en groupe plus ou moins nombreux sur un même commutateur. En fait, il y à dans le système nerveux réduction à divers niveaux du nombre des neurones, à mesure qu’on va de la périphérie vers les centres ; ainsi, dans la rétine, : plusieurs éléments récepteurs de cette membrane aboutissent « à une seule fibre du nerf optique ; dans la moelle, une seule fibre pyramidale, venant d’une cellule psychomotrice de
l'écorce, commande à plusieurs neurones moteurs de la corne antérieure.
Quand les surfaces sensibles ou les sections motrices s’agrandissent avec le carré de la taille de l’animal, elles sont innervées, suivant une loi sur laquelle nous reviendrons, par un nombre de neurones primaires croissant. On pourrait concevoir néanmoins que, du Chat au Tigre, par exemple, on retrouve un même ensemble de neurones cérébraux, cérébelleux, eté.;mmanœuvrant un mécanisme ici plus petit et là plus grand ; il suffirait que chaque cylindraxe de ces neurones secondaires se divisât davantage à la périphérie, pour embrasser un nombre convenable de neurones primaires.
Gn retrouverait ainsi l'hypothèse de Manouvrier; il y aurait dans le poids du système nerveux une partie, sinon proportionnelle au poids de l’animal, du moins fonction de ce poids, et une autre, la plus intéressante pour nous en ce moment, invariable, à intelligence constante.
À une condition : c’est que la grandeur des neurones soit pratiquement invariable avec la grandeur de l’animal.
À Ja base de tout raisonnement sur la signification du poids cérébral se trouve, explicite ou scuvent implicite, une hypothèse plus générale dans laquelle cette condition est englobée : c’est à savoir que ce poids mesure le nombre des éléments nerveux. Le degré de complication d’un mécanisme d’horlogerie, d’un tableau de distribution électrique, etc., sera mesuré par le poids de l’appareil si celui-ci est constitué de rouages et de pièces toujours de même grandeur. Sinon, la pesée n’a plus aucun sens. A-t-on idée de comparer parle poids une montre de dame et une horloge de campagne ?
L’histelogie nous montre chez les animaux en général,
L | quelle que soit leur taille, des cellules de dimensions peu
variables. Les cellules nerveuses ou neurones, précisément, présentent une des rares exceptions : les cylindraxes eroissent en longueur avec la taille du sujet ; puisqu'il s’agit de conduction, c’est inévitable ; au lieu d’un seul élément plus long, si on avait des éléments plus nombreux, comme les maillons d’une chaîne, le retentissement sur le poids de l’ensemble du système serait le même. Un cerveau plus gros
nécessite géométriquement une plus grande longueur de
fibres pour unir deux points homologues de sa surface. En
fait, il y à dans le cerveau des grands animaux plus de sub-
stance blanche que dans celui de leurs congénères plus petits. On peut s’en faire une idée par la proportion variable de l'extrait alcoolique que l’on obtient dans l’un ou l’autre cas,
cet extrait alcoolique étant constitué principalement par
la myéline des conducteurs (LAPICQUE, DHÉRÉ et GIRARD, 1398 et 1908).
I! est évident que l’allongement des fibres ajoute du die au cerveau sans accroître sa complexité fonctionnelle ; il y aurait donc lieu, pour la comparaison d’une grande à une petite espèce, d'apporter une certaine correction aux données de la balance qui avantage Le gros cerveau. D’ autant plus que la grosseur de la cellule nerveuse (perikaryon) eroît aussi avec la longueur du cylindraxe. (Hardesty, Donaldson et son école; E. DUBOIS, 1918). En reprenant ces données, on pourrait actuellement gagner en précision dans l’analyse du poids cérébral ; le sens des raisonnements ne serait pas changé.
Nous en resterons pour le moment à la conclusion suivante : En première approximation, et sauf quelques cas aberrants comme les Mammifères aquatiques ‘, les neurones sont toujours du même ordre de grandeur et le poids d’un centre nerveux est une mesure de sa complexité ; cette complexité croît pourtant moins vite que le poids. |
La condition exigée étant approximativement réalisée, à
4. Les Phoques, d'après les chiffres de Hnapzicxa, atteignent un coefficient céphalique de 1,18 qui les placerait à mi-distance entre les Anthropoides et l'Homme ! D'après nos propres chiffres, la Loutre a un coeff- .cient double de celui des Mustélidés purement terrestres, tandis que le Dauphin monte jusqu à 2.
L'écart, à partir de la situation vraisemblable dans la hiérarchie ae céphalisation, croit avec l'adaptation à la vie aquatique. À
L'hypothèse d'un alourdissement des éléments nerveux a été vérifiée par LEGENDRE (1912) sur le Dauphin ; cet animal présente d'énormes gaines de myéline.
Pour reprendre la compar aison ci-dessus avec un tableau de distribution électrique, on voit qu'une plus grande épaisseur de gutta sur les fils, si elle reste ignorée, faussera la signification du poids de l'appareil.
‘quoi nous conduirait lhypothèse provisoirement admise ? À un poids d’encéphale à peu près indépendant de la taille de l'animal.
Nous disons l’encéphale, car le raisonnement est le même pour le cervelet, organe d’équilibration inconsciente, que pour l'écorce cérébrale ; dans les deux cas, nous avons affaire à ces arcs de neurones secondaires que nous avons comparés à des commutateurs ; quant au reste de l’encéphale, isthme,
pont, ganglions de la base, etc., il se‘constitue également pour la plus grande partie, soit d’arcs secondaires aussi,
soit simplement de conducteurs appartenant aux arcs pré-
cédents.
Or, l’encéphale varie avec la grandeur de l’animal ; la loi de similitude la plus simple et la plus rationnelle serait que le nombre des neurones s’accrût proportionnellement à la surface, et le poids des centres nerveux un peu plus vite ; ce qui conduirait à un exposant de relation égal à 2/3, plus quelque chose.
Mais l’exposant est plus petit que 2 /3; il y a donc réduction du nombre des neurones par rapport à la similitude logiquement envisagée.
Cette réduction n’a nullement lieu, comme le voudrait la
théorie ci-dessus d’un organe de l'intelligence défini à part
du reste du système nerveux, entre les neurones primaires et les neurones cérébraux (ou encéphaliques) ; elle à lieu à
la périphérie. Les variations de l’encéphale suivent l’inner-
vation périphérique, aussi exactement que permettent d’en
juger les documents actuellement recueillis.
* La relation la plus frappante s’observe contre le poids
encéphalique et l’étendue de la rétine.
Chez les Vertébrés inférieurs, quand deux espèces voisines
… et à peu près de même poids présentent une grande différence
. dans les dimensions oculaires, il y a une différence même de
” ordre dans le poids encéphalique (LAPICQUE et LAUGIER,
à 1908). Le fait nous à été révélé par deux espèces de Dorades,
… puis nous l’avons retrouvé chez les Batraciens.
…. La Grenouille verte (R. esculenta) et la Grenouille rousse
n (A. fusca) présentent sensiblement le même poids du corps ;
elles ne paraissent pas se distinguer l’une de Fautre par la complexité de leur vie de relation ; l’encéphale pèse 20 p. 108 de plus chez la première que chez la seconde ; le diamètre | transversal de l’œil varie de l’une à l’autre à peu près dans le même rapport. Inversement; le Crapaud accoucheur (Alytes obstetricans), pour un poids corporel double de celui de la Rainette (Hyla arborea), présente à peu près le même poids de cerveau avec la même grandeur oculaire.
La relation se retrouve très nettement chez les hace et les Mammifères. Ainsi l'Ecureuil, avec un poids corporel un peu inférieur à celui du Rat brun, présente un poids d’encéphale double et un diamètre oculaire double. D'ailleurs, dans l’ensemble de cette famille des Rongeurs, très hétérogène (c’est probablement un groupement par convergence), les poids encéphaliques paraissent tout à fait irréguliers si on ne considère que les poids du corps ; ils suivent beaucoup plus fidèlement les grandeurs oculaires.
Naturellement les centres optiques sont les premiers, influencés, mais ils ne le sont pas seuls. Chez les Vertébrés inférieurs, nous avons pesé à part les lobes optiques et les hémisphères cérébraux, et constaté une relation manifeste entre les poids de ces derniers et les dimensions de l’œil. Chez les Mammifères, la région occipitale est considérablement plus développée chez les Chevaux et les Ruminants, qui ont un œil relativement très grand, que chez les Canidés, qui ont un œil moyen ; au contraire, la région oecipitale occupe une portion bien moindre, relativement, chez les Mustelidés (Blaireau, par exemple), qui ont un petit œil.
Eci, nous voyons directement le cerveau suivre une certaine innervation périphérique. Cette relation influe, naturellement, sur l’ensemble du cerveau, dont la zone visuelle est une part si importante. Or, entre añimaux semblables, Chat et Panthère, Renard et Loup, etc, l’œil s'accroît beaucoup moins par rapport à la grandeur du corps que ne l’exigerait la loi de similitude (cette remarque date des plus anciens anatomistes). Nous avons calculé que la surface rétinienne mesurée simplement par le produit des deux diamètres transversaux de l’œil, s’accroît environ deux fois moins vite
que la surface cutanée. Rapproché des faits précédents qui nous ont montré l'influence prépondérante de la surface rétinienne, cela suffit à nous expliquer que le poids de l’en-
céphale croisse suivant une puissance an poids du corps
moindre que 2 /3.
Et si nous nous rappelons que la rétine est une surface sensorielle, composée pour ainsi dire totalement d'éléments nerveux, une mosaïque de terminaisons sensibles accolées, de sorte que l'étendue de la membrane mesure le nombre des éléments nerveux périphériques, comme le poids du cerveau mesure le nombre des éléments nerveux centraux, nous voyons que le nombre de ces éléments centraux suit le nombre des: éléments périphériques et nous saisissons sur un cas particulier, mais cas très important, la réduction périphérique expliquant que le poids du cerveau suive le poids
du corps pris à une puissance plus petite que 2 /3.
Chez le Chien, où l'énorme variation de poids corporel et le nombre des sujets disponibles nous permet de déterminer avec précision la loi intérieure à l’espèce, la grandeur de l’œil est fonction des dimensions générales du corps suivant une puissance juste deux fois plus petite que celle observée entre deux espèces distinctes ; même réduction de l’exposant que pour l’encéphale.
Dans cette espèce, nous pouvons ajouter un autre document concernant le reste du corps, tronc et membres, et qui nous montre là aussi, par rapport à la loi de similitude géométrique, la même diminution dans les neurones périphériques que dans les neurones centraux. La section moyenne de la moelle épinière (chiffre obtenu en divisant le poids de la moelle par sa longueur) varie presque exactement comme lx racine quatrième du poids du corps. (LAPIOQUE et DHÉRÉ, 1898).
Si nous cherchons, en sens inverse, à examiner la quantité des neurones qui sont aux neurones sensori-moteurs de
l'écorce ce que l'écorce est aux centres de la base du crâne ‘ et à la moelle, à savoir des neurones d’association superposés
aux neurones de projection, nous ne pourrons guère faire de mesure proprement dite, mais nous nous rendons compte,
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99 Un NOTIONS PRÉLIMINAIÉES
en gros, que, là aussi, il s’agit d’une PPOROF RUES au reste et non d’une quantité per se.
Ainsi, d'étage en étage depuis la périphérie, la masse des éléments nerveux est conditionnée à la fois par le nombre
des appareils à manœnvrer (fonction de la grandeur du corps) et la complexité de la manœuvre (degré d'intelligence). La supériorité d’un système nerveux ne peut pas être représen-
tée par une quantité donnée, par un ferme additif, elle ne
peut l’être que par une proportion, par un coefficient. Le coefficient de Dubois répond à la question.
Encore faut-il savoir l’interpréter. Parfois, une condition
particulière peut fausser la comparaison directe. Ainsi les Equidés et les Ruminants ont un coefficient céphalique de 0,40 à 0,48 ; les Canidés, un cœfficient de 0,38; cela ne veut pas dire que le Cerf et le Cheval sont plus intelligents que le Chien et que le Renard, car le coefficient oculaire (quotient du diamètre de l’œil par la racine huitième du poids du corps) est égal à 10 chez les Ruminants et à 6,5 seulement chez les Canidés. Le Lapin a un coefficient céphalique de 0,19 avec un coefficient oculaire de 7 ; le Rat, un coefficient céphalique
de 0,08 avec un cæfficient oculaire de 2,6. Le Lapin n’est:
pas deux fois et demi plus intelligent que le Rat ; de même, la supériorité des Ruminants sur les Canidés est visuelle, non intellectuelle. L'Homme à un coefficient oculaire médiocre : 5,7. La supériorité de son coefficient céphalique, 2,74, apparait ainsi comme réellement intellectuelle.
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* Les mémoires marqués d’un astérisque contiennent Ja biblio-
graphie antérieure.