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Ils peuvent se révéler par leur absence, et la fonction dont … ils étaient l’indispensable condition £e trouve alors abolie : ainsi des impressions articulaires et musculaires qui échappent normalement à la perception consciente. Leur disparition, par suite de radiculite postérieure, s’accompagne d’incoordination dans les mouvements, d’ataxie, et parfois d’une

impuissance totale à exécuter les gestes les plus automatiques,

ceux de la marche par exempie : n'est-ce pas la preuve qu'à

toute contraction musculaire, à tout déplacement des mem-

bres, répondent des stimulus qui mettert en jeu les processus

capables d’en régler instantanément la direction, l'amplitude et l'énergie ? Maïs que servirait-il au sujet de les connaître ? Tous les états groupés sous le nom de cénesthésie sont normalement ignorés de la conscience : ils n’expriment que des rapports internes, sur lesquels Pactivité volontaire est sans prise immédiate. Mais leur influence sur la vie mentale n’en est pas moins considérable. À leurs modifications sont attribués certains troubles de la personnalité. De véritables délires paraissent en procéder plus où moins directement : telles ces impressions étranges dont le malade s'efforce de rendre compte en recourant à des comparaisons minutieuses et souvent extravagantes. (V. Traité, IT, La Pathologie meniale). Leur invasion dans la conscience est constante, s’ils ne sont pas réduits par les représentations et concepts qui suscitent et

définissent l’activité du sujet, essentiellement tournée vers

le monde extérieur. C’est le cas dans la démence et l’idictie, où sont abolis toute imagination, tout intérêt, tout motif d'agir : gestes et habitudes paraissent avoir directement leur source dans des impressions intimes. Bien des stéréotypies et des tics, dont le malade est occupé des heures, des journées entières, ne peuvent avoir d’autre raison que le besoin de satisfaire et de tenir en éveil telle sensation, dont un sujet normal est à ce point distrait par la projection perpétuelle de sa vie sur les objets de son activité qu’il en reste absolument inconscient. L’idiot au contraire paraît sensible à l’exercice de ses fonctions organiques : tel celui qui tourne sur lui-même, semblable au sujet dont le cervelet ou les organes périphériques d'équilibre et d’orientation sont lésés : manifestement il en éprouve quelque impression, sans doute analogue au ver.

tige. D’autres apportent, dans le choix de leurs aliments,

un discernement qui doit traduire, à la manière d’un instinct, le sentiment très délicat de leurs aptitudes digestives : par

exemple, en rigoureux végétariens, ils rejettent tout cequia

la moindre odeur de viande. Il arrive enfin que leur marche

ou leurs actes les plus automatiques sont modifiés par des influences très légères dont l’homme sain ne s'aperçoit pas, occupé qu’il est de l’objet et des fins de son activité. Pourtant, s’il se trouve distrait, sans conscience actuelle de son entourage ou de ses propres volontés, il peut d’un geste, d’une grimace, d’une altération quelconque survenue dans ses mouvements les plus habituels, s’y révéler sensible. Dans certains états de fatigue une alternance s'établit même parfois

entre sensations intimes et représentations objectives. Le

fait est fréquent dans la phase hypnagogique qui précède le sommeil ou le réveil complet. (V. Traité, IT, 211 sqq.). « Tant |

Que je restais couché les yeux ouverts, après une traversée

mouvementée, tout se passait d’une façon normale », dit un voyageur dont JASTROW (139) rapporte le témoignage, «mais lorsque je fermais les yeux, je sentais le lit se balancer de plus en plus et ensuite dès que je m’assoupissais il me semblait que le pied de mon lit se soulevait et que mon lit tout entier tournait ; naturellement cela me réveillait. Ce phénomène se reproduisit maintes fois et maintes fois jusqu’au moment où je finis par m’endormir. » Des deux SYStèmes de sensations, l’un se trouve donc réduit par l’autre, les sensations cénesthésiques d'équilibre par des sensations visuelles ; mais elles reparaissent instantanément dès que cesse l’influence antagoniste. Il faut bien qu’elles aient persisté : Imcompatibles avec le témoignage des yeux, elles étaient simplement pour la conscience comme si elles n’exis-

, taient pas. — C’est qu'entre nos perceptions la sélection

se fait au profit des plus représentatives, c’est-à-dire des plus aptes à traduire les réalités extérieures et à définir pour notre activité les conditions du milieu.

Par suite, loin de pouvoir donner la formule de notre vie

. psychique, la conscience reste habituellement fermée à nos - . états intimes, comme tels. Mais s’il arrive qu’ils en franchissent

le seuil, c’est pour y subir une transposition, car ils ne peuvent s’exprimer que sous les espèces des représentations dont

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la conscience est coutumière. Si vives, si site) si présentes que soient pour les cénesthopathes les impressions dont ils souffrent, ils ne peuvent résoudre ce qu’ils sentent qu’en s’efforçant d'imaginer avec une minutie inquiète quels dispositifs matériels, quels agents tangibles sont cause de leurs. maux. Mêmes procédés si le trouble atteint, au lieu de la sensibilité organique, la vie affective et morale; même tendance. à trouver dans des circonstances et des situations, sinon réelles du moins susceptibles de mise en scène et d’objectivité, l'illustration et la justification de tourments et d’appréhensions qui tiennent à des dispositions toutes personnelles. Imperméable aux sensations subjectives ou ne servant"qu’à les travestir, la conscience est toujours trompeuse. Et comment échapper à de pareils effets à moins d’être réfractaire à toute espèce d’activité sensitive ou de passion ?

Les exemples de ce rapport entre éléments affectifs et représentatiis fourmillent dans les rêves. A l’éclipse des perceptions relatives au monde externe répond comme une phosphorescence de nos états intimes, cénesthésiques ou émotifs ; mais ils n’arrivent à se fixer un instant que s’ils ont pu grouper, suivant des affinités symboliques ou fortuites, un ensemble de représentations, d’où leur vient une objectivité fugace et parfois fantastique. Ainsi, raconte JASTROW (133), « un orage amena une vision dans laquelle la tête du dormeur était placée sur une enclume et écrasée, ce qui produisait un grand bruit et des étincelles ». Un renversement dans l’habituel agencement et dans la hiérarchie de nos perceptions, fait ici des sensations viscérales le thème autour duquel s'organisent les éléments de conscience : l’ébranlement, ses conséquences sensitivo-réflexes d’ordre articulaire, muscu- . laire, hydrostatique, etc., dont la tête est le siège, dominent, | au lieu de faire aux perceptions plus objectives de bruit et de À lumière un accompagnement tout organique et ignoré : elles sont Peffet principal. Mais il n’a pu devenir le centre de la À représentation qu’en se substituant à lui-même des circonstances capables de l’expliquer matériellement, des circons-M tances qui dans l’espèce sont fort éloignées de sa cause objective et réelle, — c’est donc bien qu’avoir conscience de sois.

c’est se connaître par l'intermédiaire du monde extérieur. Que peut-il rester en effet d’un état psychique, s’il est sans rapports avec une réalité quelconque, ou l’image d’une réa-

lité ? La conscience manque de termes pour le définir, l’évo-

quer et l'identifier. Il faut une circonstance qui le fixe, un équivalent qui ne s’abolisse pas avec lui, dans un système capable d'offrir à la conscience des points de repère. Il faut

un Système de représentations dont l’objet subsiste en dehors

de la conscience. C’est à peine si le penseur, absorbé en luimême, et distrait du milieu par ses réflexions, peut conserver, de cette période méditative, un sentiment obseur, insaisissable et fuyant, à moins qu’elle n'ait été marquée de manifestations objectives, dans lesquelles il soit capable de retrouver les traces de son activité mentale. Prendre conscience de soi, c’est être en somme rappelé à soi par la représentation des réalités extérieures.

Par suite le domaine de la psychologie, loin de s'identifier avec la conscience, reste étranger à cette part de son contenu qui n’est pas d’origine ni de création individuelle, Or dans la perception la plus brute sont impliquées déjà des interprétations, des idées, des systèmes de eroyances et de représentations par lesquels l’homme participe à l'existence de son groupe social. De légères nuances distinguent sans doute en face du même phénomène les sensations du physicien et de ignorant ; au degré près, ils sont pourtant de culture identique, Linz vie est inscrite dans les mêmes formes de eivilsation. Moœurs, coutumes, idéologie, langage, ils ont en

commun les conditions essentielles de l’existence, de l’acti-

vité et de la pensée.

Mais quand ees conditions sont autres, et différente la civilisation, combien va changer le système entier de repré- Sentations que l’individu tient de sa collectivité ! Or c’est au . moyen de telles représentations que la conscience parvient à formuler ce qu’elle peut atteindre de ses processus les plus

intimes et les plus personnels. Le témoignage de la conscience

ne sera donc pas accepté par le psychologue, comme expression adéquate des réalités psychiques.

À d’autres il laissera la connaissance des tonshobs qui $e développent selon des lois dépassant l’individu. Il ne prétend pas ramener à des faits de développement individuel les diversités de dialecte, ni les formes, ni l’évolution du langage; pas davantage il ne le tentera pour les systèmes de représentations qui dominent notre perception des choses. Mais la parole à chez tout sujet dés conditions d’ordre anatomique, physiologique et psychique, en dehors desquelles elle est anormale ou impossible. De même la conscience : il s’agit pour la psychologie beaucoup moins d’en étudier le contenu ‘que l’organisation et le progrès, la dépendance réciproque des fonctions mentales et leurs rapports avec tous les facteurs capables de leur faire subir une modification quel- . conque.

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