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L'IRRITABILITÉ CELLULAIRE

N ous nous proposons, au cours de ce chapitre, d'étudier le rapport des excitations avec certaines réactions organiques, parmi lesquelles nous considérerons surtout les réactions neuro-musculaires ; mais, pour la facilité et la clarté des analyses, il y à tout avantage à poser d’abord le problème de l'excitation et de la réaction dans la vie cellulaire, sous une forme qui ne suppose ni le fonctionnement ni l’existence d’un système nerveux.

Dans la cellule, toutes les fonctions résultent de la mise en

. jeu d’une propriété fondamentale qu’on appelle l’irritabilité et

que Claude BERNARD définissait «la propriété de réagir d’une

certaine manière sous l'influence des excitants extérieurs ».

Cette irritabilité présente deux caractères particuliers : 19 la spécificité de la réaction ; 20 le manque de proportion entre l’intensité de la réaction et celle de l’excitation.

Tout le monde sait qu’un excitant quelconque (choc, électrisation, compression, brûlure), agissant sur l’œil ou sur

| Voreille, ne provoque jamais, dans les centres nerveux, que

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des sensations de lumière et de son ; mais le fait est général : Paction d’un excitant quelconque détermine, dans la cellule musculaire une contraction, dans la cellule glandulaire une

sécrétion, et, s’il s’agit de monocellulaires isolés comme les

amibes ou les noctiluques, on voit les excitants les plus

divers, caloriques, chimiques, électriques, mécaniques, provoquer toujours chez les premiers une rétraction des pseudopodes et chez les seconds une production de lumière. La spécificité de ia réaction est constante, quel que soit le degré de spécialisation et de différenciation de la cellule.

Pour ce qui concerne le manque de proportion entre . l'intensité de l’excitation et l’intensité de la réaction, nous donnons plus bas un exemple (v. p. 241).

T’irritabilité ainsi caractérisée peut-elle être expliquée par l’action ordinaire des lois physico-chimiques qui régissent la matière ? — La plupart des physiologistes contemporains répondent par l’affirmative et proposent une interprétation mécaniste de l’irritabilité ; mais HERTWIG fait très justement remarquer que cette interprétation sera forcément superficielle et péchera par excès de simplicité, si l’on oublie que, dans la nature inorganique, il n’existe aucune substance dont la complexité soit égale à celle de la cellule vivante. La complexité des matières albuminoïdes, qui constituent le protoplasma et le noyau, est en effet extrême, bien qu’elles ne contiennent guère que cinq éléments, C, H, Az, S et O; d’après des évaluations forcément approximatives, le nombre des atomes de la molécule d’albumine serait supérieur à 1.000 et la formule de l’albumine contenue dans l’hémoglobine du cheval serait même, d’après Zenoffsky :

On ne pourra donc pas donner, conclut HERTWIG (87), des explications « directement mécanistes », et toutes les explications mécanistes de l’irritabilité auront un caractère symbolique, du fait qu’elles reposeront sur des analogies et non sur des identités.

Cela posé, il semble bien que toutes les conditions de l’irritabitité doivent être cherchées dans l'instabilité qui, suivant une conception très vraisemblable de Pflüger et de Robin. caractériserait les albumines vivantes. Pen-

L À e dant la formation de ces substances il s’amasse en elles

des provisions d’énergie qui restent à l’état potentiel tant

qu’elles ne sont pas sollicitées par des ébranlements exté-

Tieurs ; mais si des excitants de ce genre viennent à produire

des excitations motrices, électriques, chimiques, les substances se décomposent, les énergies sont libérées brusquement, et c’est le phénomène par lequel se traduit, dans les cellules, Pirritabilité.

On peut ainsi, suivant une comparaison souvent reprise, assimiler les substances cellulaires à des explosifs et l’irrita-

bilité à une sorte d’explosion.

On comprend alors très bien comment il se fait que des énergies subitement libérées puissent être supérieures, en intensité, à l'excitation libératrice ; c’est le cas de toutes les substances explosives. La nitroglycérine, par exemple, se décompose sous l'influence d’un choc, avec un déplacement considérable de force, en eau, acide carbonique, oxygène et azote, eb répond, par conséquent, à une excitation extrêmement petite par une énorme production d'énergie, en même temps que par une modification matérielle. On comprend de même comment une molécule explosive, se décomposant toujours suivant le même mode, ne peut donner naissance qu'aux mêmes réactions spécifiques ; mais on peut invoquer ici des faits infiniment plus généraux que la décomposition des substances explosives, et LE DANTEC (177 ) fait très justement remarquer que tout corps, composé ou simple, soumis à lPaction d’une force, donne une réaction spécifique qui n’est pas la même pour un autre Corps.

Nous pouvons done rendre plus précise la définition de Claude Bernard en disant que d’irritabilité est la propriété que

possède un corps vivant de réagir aux excitants extérieurs

par une réaction spécifique, sans qu'il existe une proportion déterminée entre la grandeur de la réaction et la grandeur

de l’excitant »; et nous avons à peine besoin d’ajouter,

après ce qui précède, que cette définition ne fait de l’irritabilité qu’un cas particulier de la loi d'action et de réaction qui gouverne le monde inorganique.

Nous sommes loin de pouvoir constater toujours dans

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