Sens des attitudes (on des attitudes segmentaires). — On
entend quelquefois par là les sensations qui nous renseignent
sur les positions de nos membres. Il nes ’agit pas non plus ici de sensations spécifiques, d’un véritable sens. 6. Sensations d’innervation centrale. Sensations d'effort. —
Divers psychologues ou physiologistes ont admis une sensa-
tion d’innervation précédant, danslecas de mouvement volon-
taire, là contraction musculaire, accompagnant Pimpulsion
motrice, nous renseignant, avant qu’ils soient réalisés, sur le mouvement, ou, lorsqu'il s’agit simplement de maintenir un membre immobile, sur l'effort à produire. Cette sensation, par conséquent, au lieu d’être causée, comme les sensations ordinaires, par une excitation se propageant de la périphérie vers les centres nerveux, aurait une origine centrale.
La doctrine précédente a rencontré de nombreux adversaires ; elle à été remarquablement critiquée, en particulier, Mae JAMES (A; et B, t. II, 493). James a montré que nous n'avons pas ce du courant nerveux efférent qui provoque la contraction ou l'effort musculaires et que la sensation d'effort musculaire à une origine périphérique, résulte d’une excitation centripète, comme toute autre sensation.
Les principaux arguments qu’on peut faire valoir contre
DL: l'hypothèse de sensations d’innervation centrale sont les.
suivants :
Les organes périphériques intéressés dans nos mouvements et nos efforts renferment des éléments nerveux sensibles; on en trouve, par exemple, dans les muscles, dans les tendons.
La perception des positions de nos membres est aussi précise quand ces positions sont réalisées passivement que lors-
… qu’elles le sont volontairement. Si un bras est placé dans …. une position déterminée par un aide et si on essaie de donner
à l’autre bras une position symétrique, le résultat est le même
- que si on essaie de placer volontairement les deux bras dans
les mêmes positions (BLOCH).
Des poids sont distingués à peu près aussi exactement lorsqu'on en provoque le soulèvement par une excitation électrique des muscles que lorsqu'ils sont soulevés volontairement (Bernhardt ; FERRIER, 365). BREL)
Chez un malade dépourvu de toute sensibilité dans la moitié supérieure du corps et capable, néanmoins, de mouvoir ses membres, on constate que la perception non seulement des mouvements passifs, maïs encore des mouvements volontaires est très inexacte et que celle des poids et des résistances fait défaut (GLEY et MARILLIER).
On à objecté à la doctrine qui nie les sensations d’innervation ce fait, entre autres, que certains malades, atteints de paralysie d’un membre, et à qui on demande de mouvoir ce membre, ont la conscience nette de faire un effort pour le mouvoir. Mais il se produit alors, en réalité, des excitations es muscles dans d’autres membres non paralysés ; bref, €<haque fois qu’il y à effort, on peut constater que des muscles sont affectés dans quelque région du corps. FERRIER (357) insiste, en particulier, sur le rôle que peut jouer, pour causer dans certains cas la sensation d'effort, l’immobilisation des muscles respiratoires.
Une autre objection est celle-ci : On a constaté parfois que des amputés ont conservé la faculté de vouloir et d'exécuter en apparence un mouvement du membre qu’ils ont perdu (Werr-MITCHELL). Mais on peut répondre qu’il s’agit alors chez eux de représentations exactement comparables aux sensations illusoires de démangeaison, de chaud, de froid, ete., qu’ils peuvent éprouver aussi dans leur membre perdu. Une objection analogue à la précédente et qui se réfute de la même manière est celle-ci : Dans les rêves, on a parfois l'illusion d'exécuter des mouvements, alors qu’on reste immobile, de faire des efforts violents (BEAUNIS, B, 115).
Enfin, un fait pathologique, invoqué par HeLMxoLrz (A, 763) pour prouver que nous nous rendons compte de la direction de notre regard par l'effort de volonté que nous faisons pour mouvoir nos yeux, est le suivant : Lorsque, par exemple,
le muscle droit externe de l’œil droit ou son nerf est paralysé,
%e malade voit en apparence les objets se mouvoir vers la
côté des muscles de l’avant-bras inté-
croite, s’il essaie de tourner son œil vers la droite, l’autre œil étant fermé. Mais l'illusion s'explique facilement par le fait que l’œil sain, quoique fermé, exécute réellement le mouvement voulu ; quand nos yeux se meuvent, sans que les images des objets aperçus se déplacent sur nos rétines, c’est que ces objets eux-mêmes sont en mouvement.
Tout en reconnaissant l’origine périphérique de la sensation d’eftort, on peut douter, toutefois, qu’elle provienne en totalité des muscles. On à vu que Goldscheider a supposé que la sensation de poids, qui en réalité n’est, telle que la considère ce physiologiste, que celle d’effort, venait des tendons. Dans tout effort musculaire, non seulement les muscles, mais les tendons, en effet, et d’autres organes sont affectés ; observons les sensations qui $e produisent quand, les doigts immobilisés dans la position représentée par la figure 15, nous faisons un effort pour maintenir cette position, comme si nous voulions empêcher quelqu'un de nous ouvrir complètement la main : nous sentons alors des sensations très nettes d'effort dans les doigts, plutôt que du
ressés dans l'effort produit, sensations | qui peuvent, en effet, venir des ten- Fig. 45. dons, mais aussi d’autres organes, arti-
culations, ligaments, périoste, ete., tendus ou comprimés dans Peffort considéré. — Notons que dans l'expérience précédente nous pouvons faire croître ou diminuer l'effort, et en consé-
. quence, l’intensité de la sensation, sans agir aucunement sur
la peau ; des sensations cutanées n’interviennent donc pas ici. Les physiologistes entendent quelquefois par effort un
phénomène plus complexe que celui dont nous venons de
parler. Il s’agit de l’effort thoracique qui se réalise lorsque, pour vaincre une résistance matérielle ou même morale, nous
fermons la glotte, arrêtant ainsi notre respiration, et disposons . les muscles de la partie supérieure du corps et même parfois “ beaucoup d’autres pour faire effort. Dans l'effort ainsi com- Û . pris, il se produit une sensation d'effort diffuse, impliquant
une pluralité de sensations: d'effort en diverses régions du corps: On peut, d’ailleurs, constater d’autres efforts et analogues au précédent.
La sensation d'effort se manifeste très nettement dans les! cas suivants : lorsque nous tenons un poids soulevé : elle s'associe alors à une sensation de pression produite sur là sur: face du corps ; — lorsque nous éprouvons une résistance ; — enfin, lorsque nous percevons là consistance d’unobjet, c’està-dire son degré de dureté, de mollesse, d’élasticité, etc.
Quand nous voyons un poids à soulever, nous préparons à l’avance notre effort d’après là grandeur supposée du poids. C’est ce qui explique cette illusion que de deux poids égaux de volume inégal, que nous soulevons successivement, en les voyant, le plus petit comme volume paraît le plus lourd.
La sensation de fatigue. — Tia fatigue musculaire, là seule dont il s'agisse ici, se manifeste par divers phénomènes, par le ralentissement ou même l’arrêt du mouvement, par la diminution de la force musculaire, par la raideur des membres, On ane parler aussi d’une sensation de fatigue. Cette sensation n’a vraisemblablement rien de spécifique: Supposons qu’on tienne,à bout de bras, un poids et qu’on essaïe de maintenir pendant longtemps 1e bras horizontal; de la fatigue finira par se produire, mais on ne constatera pas, semble-t-il, l’apparition, à un certain moment, d’une sensation essentiel: lement différente de celles qu’on peut ÉrOUYEE pendant qu’il n'existe pas de fatigue.
La sensation de fatigue, si on la distingue. d’autres phénomènes, manifestement dépourvus de caractère spécifique, qui peuvent l’accompagner, paraît pouvoir se ramener à celle de poids, d'effort. Lorsque nous nous sentons fatigués, nous devons faire un effort anormal pour mouvoir nos membres, pour maintenir notre tête, notre corps droits, nous nous sentons« lourds», « abattus », nous cherchons des appuis pour notre tête, pour notre corps, nous nous étendons;, par’ exemple, et restons immobiles sur un lit pour éviter l'effort de soutenir: nos membres, notre corps (v. Traité, I, 306). |
Bref, la sensation de fatigue musculaire serait une sensation diffuse de poids accru de‘nos membres et de notre corps. .
do LES SENSATIONS 399 Outre la sensation de fatigue générale, qui est celle qui vient d’être considérée, on peut d’ailleurs distinguer une sen-
sation de fatigue locale, telle que celle qui se produirait si
nous nous appliquions, étant assis, à maintenir l’une de nos
jambes allongée sans que notre pied touche le sol. La sensa-
tion de fatigue qui finit par se manifester dans ce dernier cas paraît consister aussi essentiellement en une sensation intense
de poids ou d'effort.
à Contrairement à la doctrine qui précède, Has t (95) à
> admis qué la sensation de fatigue à un caractère spécifique.
: Elle la considère comme une sensation spéciale que causerait
l’empoisonnement des éléments nerveux sensitifs des muscles
parles déchets de la contraction musculaire. On peut objecter,
. en s'appuyant sur la loi de Pénergie spécifique des nerfs sen-
sibles, que l'excitation des éléments sensitifs des muscles
doit produire, quel que Soit l’excitant, toujours la même
espèce de sensations, c’est-à-dire une sensation €’effort, si la sensation normale est celle d'effort.
On pourrait encore supposer que la sensation de fatigue est à la fois une sensation spéciale et une sensation d’origine centrale : les substances ponogènes, produites par un travail musculaire excessif, transmises jusqu’au cerveau, y déter- . mineraient une excitation qui, à son tour, causerait une sensation spéciale de fatigue. IOTEYKO fait remaro'ier, contre Vhypothèse d’une origine centrale de la sensatica de fatigue, que cette sensation peut se manifester lorsque la fatigue … atteint simplement un groupe musculaire ou même un seul muscle et qu’il ne peut être question alors d’un empoisonnement général du sang. | À la sensation de fatigue s'oppose celle d’excitation mus- » culaire qui consiste, inversement, en une sensation de légè- reté, de facilité à mouvoir nos membres et tout notre corps. 7. Sensibilité osseuse (vibratoire). — Cette sensibilité, signalée par Max EGCER, est généralement attribuée au périoste. Elle se constate de la manière suivante : on appuie Sur un os le pied d’un diapason vibrant ; le sujet perçoit alors, s’il est normal, un frémissement chPautéristRas causé pañ . les vibrations de Pinstrument. — Comme tous les physiolo-
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eo:
(ii
gistes n’admettent pas qu’il s’agisse ici de sensibilité osseuse. il serait préférable de dire, ainsi que le font certains, sensibilité vibratoire.
8. Sensibilité viscérale. — L'observation vulgaire fait constater que certains viscères sont insensibles ou à peu près. à l’état sain : nous ne sentons pas les batterents de notre: cœur, les mouvements de notre estomac, de nos intestins. Mais, d'autre part, nous savons aussi, par la même observation vulgaire, que ces viscères, ou du moins quelques-uns d’entre eux, peuvent donner de vives sensations dans certaines maladies ou dans des circonstances anormales. ;
Si nous nous adressonsaux physiologistes et aux chirurgiens. qui ont étudié lasensibilité viscérale, leurs conclusions tendent à rejeter ou du moins à réduire considérablement la sensibilité propre des viscères: Schiff (cité par BEAUNIS, B, 8) a constaté que, chez le lapin, chez le chien, le contact, la piqûre,. la section, la cautérisation de l'estomac ne produisaient rien ; on peut, de même, d’après certains chirurgiens, couper, brûler, piquer, écraser, l’intestin del’homme en certaines régions sans provoquer la moindre douleur.
De tels faits, qui ne sont pas d’ailleurs rigoureusement. établis, étant contredits par des observations d’autres expérimentateurs, ont conduit un chirurgien, LENNANDER, à supposer que les douleurs de la cavité abdominale viennent, en. réalité, surtout du péritoine pariétal qui, lui, est sensible, particulièrement pour les tractions et les distensions et qui serait excité par les effets des maladies des organes contenus. dans la cavité abdominale. Des maladies de l'estomac et de. lintestin, par exemple, qui n’entraîneraient aucune irritation indirecte du péritoine pariétal, passeraient inaperçues.
Les observations de tous les expérimentateurs ne concordant pas, la doctrine précédente ne peut pas être considérée. comme solidement établie. Une objection théorique qu’on peut, en outre, lui adresser, c’est que l’insensibilité affirmée. par certains chirurgiens peut n’exister qu’à l'égard des excitants, principalement mécaniques, qu’ils ont employés, et. que les viscères considérés sont, au contraire, peut-être. sensibles à des excitants qui se produiraient spontanément.
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en eux soit à l’état sain, soit sous l'influence de la maladie. La cénesthésie cérébrale. — Une question obscure est celle
de la « cénesthésie » cérébrale. Des lésions graves peuvent
se développer dans le cerveau, et notamment dans l'écorce, sans que le malade en soit directement averti, ce qui autoriserait la supposition que le cerveau, au moins dans certaines régions, est dépourvu de sensibilité. A l’éncontre d’une telle Supposition, on à admis que le cerveau nous fournit en réalité de nombreuses sensations : ce serait ainsi que nous nous sentons bien ou mal disposés à travailler intellectuellement, que nous éprouvons parfois de la fatigue intellectuelle, que nous sentons nos idées s’associer plus ou moins facilement, etc. | Une question également obscure est celle de la sensibilité de la moelle épinière. D’après MoRAT et Doyon (t. II, 273), l'excitation des faisceaux postérieurs, indépendamment de celle des éléments radiculaires qu’ils contiennent, provoquerait, chez l'animal, des manifestations de sensibilité, moins nettes, toutefois, que celles qui résulteraient de l’excitation des racines postérieures,
Sensations composées tactiles.
De telles sensations peuvent se produire par association de douleur et de chaleur, de douleur et de froid, etc., et même de chaleur et de froid. Ar
Aux sensations composées du toucher peuvent être rattachées les sensations de sec et d’humide. Il ne s’agit pas là, il est vrai, semble-t-il, de véritables sensations; la simple sensation de froid peut parfois nous faire croire à la présence d’un objet humide ; nous concluons probablement,
plutôt que nous ne sentons, qu’un objet est sec ou humide, Yaprès sa température apparente, son degré de poli, sa
‘ consistance (éponge sèche, mouillée), son adhérence (main
sèche, humide).
D’intéressantes sensations composées du toucher sont celles de rugueux ou de rude et de poli. Il n’est pas nécessaire que la
% “main, par exemple, se déplace à la surface de l’objet pour
qu’on éprouve la sensation de rugueux ou de poli ; il suffit que l’objet soit déplacé sur la main ; il n’y a done. pas lieu de faire intervenir le «sens musculaire » pour expliquer les sensations de rugueux ou de poli. De 40 à 1.500.chocs par seconde sur le bout du doigt produiraient, d’après HAYORAFT. (A,193) une sensation de rudesse, un nombre plus grand, une sensation de poli." Pour le même savant, la sensation de. rudesse est une sensation spécifique, variant qualitativement comme les sons de l’échelle musicale, et le sens correspondant est d’une importance considérable pour nous faire connaître la nature des objets extérieurs.