HYGIENE HE L’AEI AIENT ATION
Certaines commères se figurent avoir la science infuse et connaître les meilleurs moyens d’élever les enfants. Nous sommes loin d’avoir la prétention de ces docteurs en jupons, car elles ignorent que chaque nouveau-né n’est pas doué de la même constitution ; nous croyons que les avis des médecins sont indispensables pour réglementer l’alimentation ; quant à nous, voici en général ce que nous conseillons.
Dans la première phase de la vie de l’enfant, la mère ou la nourrice ne doivent point contrecarrer ses désirs; il faut le laisser téter chaque fois qu’il en manifeste
l’intention et au gré de sa volonté, en adoptant néanmoins pour la nuit des mesures de régularité, autant pour assurer le repos nécessaire à la nourrice que pour conserver de nonnes digestions à l’enfant.
Dans la deuxième période de l’âge, c’està-dire de deux à six mois, l’on doit commencer à adopter une règle pour le régime alimentaire et fixer tà peu près le nombre des repas, aussi bien le jour que la nuit, en ayant soin de ne laisser l’enfant au sein qu’autant qu’il suce avec avidité, car des repas trop multipliés embarrassent l’estomac, gênent les digestions, produisent l’irritation et l’inflammation, causes premières de graves maladies.
Ces préceptes sont difficiles à établir par rapport aux diverses constitutions des en-
fants ; les médecins seuls, après mûr examen, sont aptes à prononcer.
En avançant en âge, le nourrisson tette plus à ia fois et moins souvent ; il finit par s’habituer à ne prendre le sein que trois ou quatre fois le jour et une ou deux fois la nuit; excellente habitude, qui inllue avantageusement sur sa santé et son développement.
Généralement, on pense qu'avant le bain il n’y a nul inconvénient de faire boire le nourrisson ; grave erreur : au moins deux heures avant et pas plus qu’entre les repas il ne faut rien lui faire absorber.
Soumis à un régime convenable, il le manifeste toujours par son bien-être et sa vivacité ; il repose aisément, son sommeil est tranquille ; s’il en était autrement, il faudrait aussitôt rechercher le défaut du régime et le
combattre s’il est nécessaire par des modifications médicales.
11 arrive une époque où presque toujours le lait de la mère ou de la nourrice ne suffit plus à l’enfant ; là, commence, jusqu’au sevrage, le rôle de la troisième partie de l’alimentation.
Si pendant une année entière l’abondance du lait de la mère ou de la nourrice pouvait suffire au bébé, il serait inutile de lui faire prendre d’autres aliments, certes bien inférieurs en qualité, car, dans sa composition, le lait de la femme possède les éléments nutritifs les plus naturels pour le nouveau-né, dont le faible estomac a besoin d’une alimentation bien appropriée ; mais si la mère est fatiguée, ou si l’enfant a besoin d’une plus forte alimentation, nous conseillons l’usage d’un
lait animal. Quelques personnes prônent le lait d’ânesse ou de jument ; mais nous sommes d’avis d’adopter le lait de chèvre ou de vache qui, bien préparés, remplissent parfaitement le but, en optant néanmoins pour le dernier, comme le plus facile à se procurer et le moins dispendieux. Dans les villes où se trouvent des vacheries il faudrait, autant que possible, obtenir du lait toujours de la même bête, avant mis bas récemment et, s’il se pouvait, la faire visiter par un vétérinaire.
Pour les premiers mois de la vie, nous sommes de l’opinion de presque tous les docteurs, c’est-à-dire de couper le lait avec moitié d’eau ; de la fin du premier mois au troisième, un tiers d’eau ; du troisième au sixième mois, un quart d’eau ; après cette époque, on peut le donner pur.
L’on ne préparera ces mélanges qu’au moment de faire prendre les repas à l’enfant ; ils doivent toujours être additionnés d’un peu de sucre et de très-peu de sel ; pour régulariser la quantité d’eau nécessaire, il existe un appareil peu coûteux, le pèse-lait.
Jamais il ne faut faire bouillir le lait ; il suffit de tiédir le breuvage au bain-marie, de vingt-cinq à trente degrés de chaleur environ ; à cet effet, l’on a inventé un petit thermomètre d’une utilité incontestable.
On ne doit pas modifier le breuvage par des décoctions d’orge, de riz, d’avoine, de gruau, etc. , sans avoir pris conseil de son médecin, car ce sont des moyens thérapeutiques employés pour régulariser l’état des intestins.
A six mois , lorsque l’enfant a l’appétit un peu plus fort, la digestion plus facile, on peut lui faire prendre des aliments moins liquides, tels que bouillies claires, faites avec de la mie de pain desséchée, réduite en poudre et délayée avec du lait coupé d’eau , dans les proportions que nous avons indiquées plus haut, mais ne jamais se servir de farine sujette à fermentation.
Pour varier le régime alimentaire, on peut employer le tapioca, la semoule, la fécule de pomme de terre, l’arrow-root, la crème d’orge, de riz, de racaout, les biscottes de Bruxelles et un grand nombre d’autres pâtes.
Dans le cas où cette nourriture se digérerait facilement, on pourra donner des panades préparées avec du pain rassis, du beurre et un jaune d’œuf, des potages avec de légers
bouillons de viande et de poulet, des œufs frais à la coque, car le blanc coagulé est indigeste.
Si tous ces mets réussissaient parfaitement, on pourrait sans crainte offrir à l’enfant des tartines de pain, recouvertes de gelée de fruits ou de beurre frais, mais seulement comme appât, pour exciter l’appétit, c’est-àdire en très-petite quantité , et ne jamais lui donner des friandises ni des fruits crus.
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