‹ Traité de puéricultureChapitre 2 sur 14 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Tous les jours, dans nos villes, nos grands centres ruraux, Ton institue de nouveaux prix en l’honneur des éleveurs de bestiaux : excellente idée, que nous approuvons, puisqu’elle touche au bien-être de l'humanité ; mais la propagation de cette humanité ne vaut-elle pas aussi des prix, des récompenses?

Le soldat, au champ d’honneur, offrant son existence pour la gloire et la défense de la patrie ; le citoyen, se dévouant pour sauver un citoyen ; le médecin, bravant l’épi-

démie; l’avocat, dont l’éloquence est le soutien du droit méconnu ; le grave et austère magistrat, infatigable champion de la justice; le clergé, tribu nomade s’en allant au loin, partout, flambeau de lumière et de charité, affrontant le martyre, les batailles, abnégation sans bornes toujours près de la souffrance; l’artiste, fouillant les secrets de la nature pour en extraire cette pure et suave poésie, expression sublime de l’âme, et dont le génie immortalise le souvenir des grands hommes, en les reproduisant aux nouvelles générations ; cette grande classe d’apôtres littéraires, adeptes de l’instruction; ces fonctionnaires, représentants de la tribune, du pouvoir et de l’édilité ; l’homme de science, sacrifiant sa santé, torturant son intelligence pour sonder de profonds mystères, déchirer les voiles de l’ignorance derrière lesquels se dérobe encore une partie de notre bien-être ; l’industriel, dont

l’existence n’est qu’un labeur continuel d’efforts, de recherches, risquant pour des inventions, des perfectionnements et améliorations commerciales sa vie, sa santé et sa fortune; en un mot, dans toutes les professions concourant au bien-être de l’humanité, tous tra- *

vaillent, presque toujours soutenus par l’espoir de la fortune et de la gloire ; ils méritent des récompenses, et ils en reçoivent.

Mais cette femme, consacrant ses veilles, son repos, sa santé; donnant sans réserve ses soins, son affection à un nourrisson inconnu ; cette femme, dont chaque minute est un trésor de sollicitude, toujours penchée sur un berceau, vivant de la vie d’un enfant qui n’est pas le sien, ne fait-elle pas preuve d’un dévouement d’autant plus sublime qu’elle n’espère, comme récompense, que la satisfaction du devoir accompli ?

Page 1