‹ Traité de puéricultureChapitre 9 sur 14 · IIYGIÈYE DES VÊTEMENTS ET DES SOI VS DE PROPRETÉ · texte numérisé non relu

IIYGIÈYE DES VÊTEMENTS ET DES SOI VS DE PROPRETÉ

Nous approuvons les personnes qui ne craignent pas de laver journellement les enfants à l’eau froide aussitôt après leur naissance ; c’est le meilleur moyen de fortifier le système nerveux et une excellente méthode pour les prémunir de bonne heure contre les influences atmosphériques. Cette opération, que l’on doit commencer par le visage et la tête, doit être rapide, suivie d’une bonne friction sur la peau, et renouvelée chaque fois que le bébé est changé complètement.

Deux fois par semaine, il faudra faire prendre aux enfants un bain d’eau chauffée de vingt à vingt-huit degrés, suivant les saisons. Cette

coutume aura l’avantage de les entretenir dans un grand état de propreté et de calmer l’irritation et l’inflammation auxquels ils sont si souvent exposés.

Il règne encore aujourd’hui, dans quelques familles, des préjugés absurdes. Sur la tête, les pellicules, les croûtes sont, disent-elles, la santé des enfants ; erreur capitale, qui peut amener de graves inconvénients pour le cuir chevelu. Il faut humecter légèrement la tête du nouveau-né avec de l’huile d’amandes douces ou d’olives et la frotter journellement avec une brosse en chiendent, pour faire disparaître progressivement les pellicules et les croûtes. La vermine doit aussi être expulsée avec soin, et au fur et à mesure qu’elle se produit.

La tête du nourrisson doit aussi être couverte très-légèrement ; arrière ces épais bon-

nets de laine, ces lourdes calottes qui entretiennent une chaleur intense et font affluer au cerveau le sang, qui s’y transporte déjà avec assez de force et d’abondance !

Puisque dans le premier âge le cerveau est l’organe à la formation duquel la nature consacre presque exclusivement ses efforts, exciter encore , par un accroissement de chaleur, le sang à se porter vers un organe où il se rend spontanément avec une force vivace, c’est s’exposer à faire naître toutes ces maladies cérébrales dont la guérison est si problématique.

S’il faut redouter la chaleur extrême à la tête, par contre, il faut la produire aux parties opposées, et il sera bon de mettre aux enfants des bas en laine et des chaussons épais, souples et tricotés.

À sept ou huit mois, des chaussures un peu plus rigides peuvent remplacer les premières, parce qu’alors, l’enfant s’exerçant à la marche, il est important de protéger plus efficacement ses petits pieds.

Il est nécessaire de présenter souvent l’enfant à la garde-robe, afin de le préparer à des selles régulières et le garantir du fâcheux contact des évacuations.

Nous ne saurions trop recommander aussi l’entretien des berceaux, souvent négligé. Il faut éviter avec soin que l’enfant séjourne dans l’humidité. L’imbibition des urines et des matières fécales répand une odeur fétide, pernicieuse à la santé. Il est donc de toute nécessité de ne jamais laisser le nouveau-né dans cet état ; lorsqu’il sera levé, on exposera au grand air draps, paillassons, couvertures*

oreillers; jamais on ne se servira des draps ou des langes imprégnés sans les avoir fait laver ou tout au moins passer à l’eau. Lorsqu’on s’éloignera de la demeure, ne pas oublier de se précautionner de langes, pour remplacer ceux qui viendraient à se salir durant l’absence.

Le lit de l’enfant doit se composer de deux paillassons en balle d’avoine, d’oreillers en crin, jamais en plume. Les couvertures de laine sont préférables à celles de coton, qui, plus lourdes, sont moins chaudes et plus sujettes à entretenir l’humidité.

En ce qui concerne l’habillement des nouveau-nés, tel prône une idée, un mode, un genre, critiqués par un autre.

Quelques médecins conseillent l’usage

multiplié de la flanelle, d’autres attribuent mille inconvénients à cette étoffe.

Nous sommes de l’avis de ces derniers pour le premier âge ; l’enfant , ainsi que nous l’avons dit précédemment, a besoin de s’accoutumer aux diverses températures; l’emploi de la flanelle combat cette bonne habitude, entretient la peau des enfants dans un état continuel de moiteur, source d’épuisement, surtout lorsqu’ils sont faibles.

La flanelle ne doit s’employer qu’avec modération, jamais sans nécessité. Lorsqu’on veut supprimer ses services, il faut toujours profiter des temps de chaleur, pour éviter les inconvénients d’une suppression spontanée.

Pour l’habillement des enfants, il est nécessaire de se régler sur le développement de

calorique, plus faible chez eux, dans le premier âge, qu’à une période plus avancée de la vie.

Les vêtements devront être larges sur la poitrine plutôt qu’étroits; ii faut bien se conformer à cette règle, beaucoup plus importante qu’on ne le pense, car, dans le premier âge, les effets remplissent l’office d’appareils orthopédiques. Les manches seront disposées de façon que la main de la nourrice trouve facilement celle du nourrisson ; des cordons remplaceront les épingles, dont un déplacement malencontreux pourrait blesser l’enfant. On peut cependant employer un modèle d’épingles, dites anglaises, dont la conformation est moins dangereuse.

11 faut que l’enfant puisse librement gigoter dans ses ellcts, et non l’empaqueter, suivant

la mauvaise habitude des nourrices inexpérimentées. La contrainte forcée des membres empêche leur gymnastique naturelle, si profitable au développement, oppresse la poitrine, gêne la respiration, nuit à la digestion et contrarie le bébé, qui exprime son mécontentement par des cris, que l’on peut attribuer à d’autres causes; et puis, parmi les enfants comprimés dans leurs vêtements et leurs maillots, sous prétexte d’éviter les difformités, beaucoup en sortent bossus, cagneux ou estropiés.

A deux mois , au plus tard , on devra mettre les nourrissons en robe ; au maillot succédera la couche mise en culotte, c’est-àdire une serviette pliée en deux et par pointes, de manière que chacune d’elles puisse entourer une jambe de l’enfant, afin de les garantir ; par-dessus sera placée une autre couche en flanelle et disposée de la même

manière ; cette dernière aura l'avantage, en cas d’évacuation intempestive , de prévenir l’humidité en entretenant le siège et les membres inférieurs dans un état de chaleur continuelle.

Avant de placer les couches, il faut saupoudrer abondamment de lycopode ou de fécule de pommes de terre les parlies coupées ou non, en ayant soin d écarter tous les plis que peuvent former les chairs, afin que ces poudres puissent bien pénétrer partout.

IIY<.llv\i: DU UEPO», DU somis iu ET DES IIOUVEIIETTS

Les enfants vivent vite, dit le docteur Bouchut ; ils dépensent tant d’influx nerveux, et leurs fonctions s’accomplissent si rapidement, qu’ils ont fréquemment besoin de réparer leurs forces et leurs organes ; c’est ce qui motive une alimentation bien réglée et la nécessité du sommeil.

La nuit ne saurait suffire au repos des enfants; le jour, ils s’endorment encore pendant quelques heures, et durant les deux premières années de la vie on doit respecter ce sommeil ; s’il se prolonge trop et que l’on ait à craindre un état maladif, il serait urgent de consulter

immédiatement son médecin*

Il ne faut jamais endormir le nourrisson sur les bras ou les genoux, mais le placer dans son berceau, un peu penché sur le côté, afin qu’en cas de vomissements il puisse rendre à son aise; ne jamais le bercer ; les premiers temps il criera, mais, si on sait lui résister, au bout de quelques jours il finira par s’y habituer. L’on ferait bien aussi de l’accoutumer à dormir malgré le bruit : cela lui sera utile dans le cours de son existence.

Le lit de l’enfant sera placé de façon que les yeux soient dirigés du côté d’où vient le jour ; en éviter toutefois le trop grand éclat et l’assombrir au moyen d’un épais rideau.

On aura soin de ne coucher l’enfant que deux heures après son repas, surtout le soir ; on lui préparera ainsi un sommeil calme et réparateur.

Le matin, ne jamais provoquer son réveil; le soir, ne jamais prolonger sa veillée au delà de huit heures, et surtout ne pas l’agiter, le secouer trop vigoureusement, comme certaines personnes ont la mauvaise habitude de le faire.

On ne saurait trop protester contre la manie de certaines mères et nourrices couchant les enfants près d’elles; de nombreux accidents produits par cet usage ont appelé l’attention des législateurs, et si les lois n’interdisent cette mauvaise habitude , il est d’autres considérations qui 1a, condamnent. Le repos nécessaire aux femmes qui allaitent pour se maintenir bonnes laitières, les sueurs, émanations corporelles , états maladifs, fièvres accidentelles, sont, par leurs inconvénients, les meilleurs arbitres de la question.

En cas d’indisposition de la mère ou de la nourrice, dans les familles aisées, on confiera, pendant la nuit, l’enfant à une domestique dévouée, intelligente. Elle pourrait ainsi, une ou deux fois, donner au nourrisson un liquide préparé pour remplacer nuitamment le lait naturel.

Lorsque l’enfanta atteint l’âge de deux ans, il faut se dispenser de le coucher pendant le jour, parce que, à cette époque de la vie, le bébé a besoin d’exercices plus prolongés pour son développement, et qu’à cet âge le sommeil dans le jour empiéterait à tort sur la promenade.

On ne doit point, avant sept ou huit mois, exercer les enfants à la marche ; jusqu’à cette époque, les laisser se rouler tout à leur aise sur des tapis ou du gazon sec ; lorsqu’ils se sentiront assez forts, ils s’essayeront à se redresser seuls et peu à peu à marcher.

Il ne faut jamais employer les bourrelets, ceintures dites promenettes, ni les chariots, mais aider les enfants en se baissant et en les tenant légèrement sous les bras, en évitant toutefois de les soulever, mouvement qui leur fait rentrer la tête dans les épaules et ' amènerait, si l’on n’y prenait garde, une difformité ; il ne faut pas non plus tirer les enfants par les bras, dans le but de leur faire prendre des exercices au-dessus des forces de leurs petits membres, ni les enlever par la tête, comme certaines personnes en ont la mauvaise habitude; en agissant ainsi, on pourrait produire la luxation d’une vertèbre qui déterminerait instantanément la mort.

Vers le milieu de la tête, l’enfant a plusieurs fontanelles, c’est-à-dire des parties qui ne sont pas encore ossifiées; il faut prendre toutes les précautions possibles pour qu’un

choc ne puisse léser ces parties, dont la plus importante se trouve au-dessus et vers le milieu du crâne.

Les enfants, dès leur plus bas âge, ont souvent l’habitude de porter leurs mains aux parties génitales ; il faut bien surveiller ces mouvements, car des attouchements réitérés les énervent et les disposent, pour l’avenir, à des habitudes honteuses, fléau qui frappe un grand nombre de sujets. Il serait de bonne mesure de leur mettre pendant la nuit une grande chemise dépassant les pieds de 50 centimètres, et dont l’extrémité, ainsi que le bout des manches , serait fermée par une coulisse ; sur la poitrine et audessous des bras, une autre coulisse serrant peu formerait ceinture, de façon à ce que les bras sortis des manches ne puissent se glisser en dessous.

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