EXÉCUTION DES TRAVAUX TECHNIQUES MILITAIRES EN GÉNÉRAL
A. Personnel.
La technologie militaire forme à elle seule une science; car quoiqu’elle île soit qu'un rameau de la technologie générale, elle entre néanmoins profondément dans la plupart des subdivisions de cette dernière, et y forme chaque fois un domaine spécial, important, souvent détaché des rapports généraux ; la technologie militaire a même ses disciplines spéciales qui lui sont exclusivement propres et nécessaires. Aucun technologue n’a besoin de connaissances aussi étendues que le militaire, et pourtant ces connaissances 11e sont, pour le militaire proprement dit, que des moyens subordonnés.
Ceci explique les obstacles que l’on rencontre à chaque pas dans le dév eloppement des parties les plus élevées de la technologie militaire. La difficulté devrait être vaincue comme accessoire.
Cet inconvénient particulier étant une fois reconnu, il en résulte immédiatement de quel point de vue il convient d’organiser le tout.
Pour que la technologie militaire remplisse au plus haut degré sa désolation , d faut qu’elle subsiste indépendante, et devienne l’objet des rec herches exclusives de ceux qui s’y adonnent par goût ou par tout autre intérêt. A cause de la grande difficulté que présente cette partie , il faut y employer tout ce qu’il y a de mieux en intelligence et en moyens techniques, et subdiviser le tout en branches, plutôt d’après les exigences du travail, que d’après les habitudes militaires existantes; mais en même Omps il faut assurer l’harmonie de l’ensemble en confiant la direction générale à une seule main.
Eans cette organisation générale ainsi que dans l’exécution des détails, d faut commencer par se détacher de toutes les idées traditionnelles dans l’armée, lorsqu’on 11e peut trouver aucun motif ^solide pour les jus-
INTRODUCTION
tifier. — Les métiers ont longtemps opposé une barrière invincible aux progrès que la science aurait pu leur faire faire en les éclairant librement ; cette barrière consistait dans l’organisation en castes ou corporations rigoureusement isolées, dans lesquelles le maître transmettait son expérience à l’apprenti sous forme de secrets ou tour de main. Le mouvement du temps, et le besoin pressant ont brisé ces entraves. Alors l’homme encore exempt de préjugés eut accès, et put voir clairement ce qui était fondé sur des principes et ce qui ne l’était pas. Il rejeta sans ménagement, et sans égard pour l’espèce de consécration donnée par les siècles aux erreurs» tout ce qui n’était pas fondé sur quelque raison valable ; là où il découvrit le vrai, il le dépouilla du déguisement que le hasard lui avait donné, et qui en arrêtait le libre essor, et détruisait partiellement les bons résultats. Les progrès de la technologie réalisés par cette action de la science sur les arts mécaniques, depuis les quelques dixaines d’années qui viennent de s’écouler, ne peuvent être méconnus même par le partisan le plus prévenu des anciens us et de la conservation absolue de ce qui existe.
Les arquebusiers, poudriers, fondeurs de canons, étaient parmi tous les gens de métiers les plus mystérieux, les plus imbus de préjugés. Leurs connaissances réelles étaient encore en partie paralysées par les erreurs de l’alchimie. Lorsque plus tard de maîtres ouvriers libres ils devinrent serviteurs des seigneurs guerroyants , le progrès indépendant leur fut interdit ; ils furent soumis à la volonté des supérieurs , et l’ignorance des gens de guerre qui leur étaient préposés , ne permettait que rarement la fructification complète d’une pensée féconde.
Même aujourd’hui l’examen raisonné de ce qui est établi, et l’exécution d’idées nouvelles dans la technologie militaire rencontrent beaucoup plus de difficultés que dans toute autre organisation. D’un côté le secret observé sur ce qui existe forme un voile à travers lequel on ne voit qu’imparfaitcment, et qui embarrasse la pensée en mettant des entraves à son libre développement, de l’autre affluent des propositions nombreuses d’innovations à introduire dans ce départemeut du service auquel chacun croit pouvoir prendre part, et qui paraît si accessible et si simple à tous ceux qui n’y sont pas initiés. Même les meilleures idées qui ne sont appuyées que sur des essais en petit, ne supportent pas toujours immédiatement et sans autres efforts l’épreuve en grand ; puis ce qui est établi a l’avantage d’être devenu familier, on s’y attache; les modifications complexes qui sont la suite nécessaire de tout changement, prédisposent surtout les appréciateurs les plus âgés, et par conséquent les plus puissants, contre le peu d’innovations qui peuvent avoir triomphé de toutes les contrariétés d’un essai pratique. C’est ainsi que des opinions préconçues du côté de ceux appelés à juger se fortifient malgré les meilleures intentions , et malgré les exigences pressantes de l’époque ; certaines conditions posées finissent
INTRODUCTION. VII
par paraître indispensables dans l’opinion publique; des dispositions mal raisonnées et même nuisibles s’enracinent et s’attachent à la plus noble partie de l’armée ; de sorte que ce n’est qu’un renversement subit et violent de l’échafaudage existant, ou une longue lutte conduite avec patience et résignation , qui peut encore faire triompher la vérité.
Parmi ces préjugés enracinés dans les armées modernes il faut ranger eelte idée , que le matériel de guerre devient le plus parfait et le moins coûteux lorsque l’armée elle-même le confectionne; on va même jusqu’à croire que l’armée doit réunir la matière première ou même la produire. Mais par une contradiction manifeste il n’y a aucune armée qui applique complètement ce principe tant choyé; chacune au contraire fait construire une partie de son matériel (partie qui est différente dans chaque armée) par des technologues exclusifs, en faisant passer les objets à recevoir par le contrôle d’une commission militaire. Cette contradiction, qui n’est même pas expliquée par des particularités locales, prouve déjà par elle-même, que le principe en question ne ressort pas nécessairement des données primitives, mais au contraire que des mesures temporaires qui ont pu avoir leur utilité à une époque déterminée, se sont converties en loi générale et immuable par suite de la vénération accordée aux choses traditionnelles.
Le présent ouvrage doit servir de guide pour celui qui veut juger les opérations qui se présentent dans la Pyrotechnie militaire, ainsi que les produits qui en résultent. Dans cet écrit on n’a tenu aucun compte de ce qui n’existe; plus aujourd’hui, et on a essayé d’écarter autant que possible les critères purement empiriques, et qu’on ne parvenait à reconnaître que par une longue pratique; on les a remplacés par des méthodes d’essai précises , plus faciles à exécuter pour des hommes ayant reçu une éducation scientifique ; on a cherché à coordonner les éléments épars, et à les rattachera leur base scientifique. — Et cependant il en coûtera bien des efforts sérieux à un militaire instruit, même familier avec les sciences Préliminaires, pour s’approprier ce qui est enseigné ici, de manière à Pouvoir s’en servir avec certitude. Mais si outre {'appréciation de la qualité do matériel, on avait encore dû enseigner d’une manière aussi complète Sa confection, pour que la technologue à former put instruire à cet égard Ses subordonnés, quelle dépense de temps et de travail lui incomberait Mors, surtout s’il fallait non seulement exécuter ce qui est prescrit, mais ai, ssi perfectionner? Où trouvera-t-on le soldat, qui l’étant devenu par S°ût ou par vocation, le restera enjore après avoir été soudain aussi cons »dérablement détourné de sa destination? Car lorsqu’il choisissait l’état Militaire, il n’entendait certainement pas devenir fondeur de canons ou fabricant d’armes !
tout ceci on peut déjà conclure en général que la confection du Matériel de guerre pourra bien être contrôlée pour autant que les intérêts
VIII INTRODUCTION
de l’armée l’exigent par des officiers, s’ils font quelques efforts et si de bonnes mesures ont été prises; mais que l’exécution du travail doit être abandonnée à de véritables technologues pour que cette branche du service puisse faire des progrès ( 4 ).
(1) C’est précisément en cela que pèche le projet de l’auteur. Lorsqu’il n’y a pas des Officiers qui se mêlent directement de la technologie en y portant tout l’intérêt qu’excite la responsabilité personnelle, et le plus souvent le goût individuel, il arrive au bout d’un certain nombre d’années qu'on ne trouve plus d’officiers en état d’examiner convenablement un produit, uns arme, etc. Ce n’est pas dans les livres qu’on peut apprendre la technologie „ de quelque secours qu’ils puissent d’ailleurs être pour le praticien intelligent et réfléchi. La participation active dans les détails d’exécution en apprendra plus en une année, que l’étude des livres ne le peut, quelque prolongée qu’elle soit, et quels que soient le goût et l’aptitude de celui qui s’y adonne. Ce serait d’ailleurs une grande erreur que de croire qu’on arriverait au même résultat en détachant des officiers près d’établissements où tout serait dirigé et exécuté par des technologues civi's; dans les cas les plus favorables, ils n’y acquerraient que des notions superficielles. D’un côté il n’est pas naturel à l’homme de diriger ses facultés intellectuelles avec beaucoup d’énergie vers des recherches qui lui sont présentées comme du ressort spécial des autres, et;qui ne peuvent être pour lui d’une application immédiate, ni se matérialiser en résultats positifs. D’un autre côté il est évident que l’intérêt de ceux qui exécutent serait de faci iler le moins possible l’initiation des officiers aux détails de leurs fabrications, afin de ne pas se préparer des juges trop clairvoyants, et peut-être aussi pour maintenir toujours leur supériorité en connaissances techniques. L’auteur touche encore un autre point ; il semble croire que son système favorisera les progrès. Un raisonnement bien simple prouvera le contraire. On ne pourra pas contester d’après ce qui précède que les connaissances technologiques répandues dans l’artillerie ne soient beaucoup plus solides lorsque les officiers détachés aux établissements se seront occupés directement du travail, que lorsqu’ils l'auront suivi en amateurs. Cela posé nous demanderons, qui réalisera le progrès ? Ce ne sera certainement pas le technologue civil monopoliste, intéressé pécuniairement à maintenir le statu quo afin de fabriquer couramment ; car les changements causent toujours des pertes de tout genre dans un atelier; les essais sont très-coûteux, causent des interruptions, des perturbations dans le matériel et dans le personnel ? etc.,- etc. Seront-ce ies officiers qui provoqueront des ameliorations? .liais en supposant même que leurs connaissances technologiques trop superficielles ne leur fassenl^pas faire de faux pas, il sera toujours faci e à celui qui exéeute d’entraver de toute façon les opérations par des obstacles invisibles de toute espèce, et même de fausser les résultats de toutes les expériences qu’on voudrait faire- U y a d’ailleurs dans l’emploi de technologues exclusifs un inconvénient majeur. qni à lui seul suffirait pour faire rejeter sans autre examen te système de l’auteur Cet inconvénient consiste en ce que ces hommes spéciaux i. ayant pas servi dans les troupes, et étudié pratiquement l’emploi des objets qu’ils sont chargés de construire, manqueraient nécessairement des connaissances fondamentales indispensables à l’exécution 0 e leur mission . et ne pourraient que travailler machinalement, d’après les données q 111 leur seraient fournies Or, qui établira ces données convenablement, si ce ne sont le» officiersquiconnaissent à la fois tescondilionsà satisfaire elles moyens d’exécution?Lt d’où lirera-l-on ces officiers lorsque le système proposé aura été en vigueur pendant ^0 ou 50 ans? 11 résulte de tout ceci, qu’au lieu do favoriser le progrès, l’organisation
INTRODUCTION. 1X
Même les ouvriers 11e doivent pas être militaires. On doit nécessairement avoir égard à l’extérieur du soldat, et c’est justement ce qui empêche l’emploi des plus exercés qui ont été courbés et blanchis par le travail. Pour qu’un établissement prospère, il ne tant pas qu’outre le travail et le paiement, il y ait d’autres conditions qui exercent une action perturbatrice sur la vie de l’ouvrier; il doit rester, comme l’industriel 1 , homme libre , et entre les deux doit exister un contrat volontaire; ce n’est que la possibilité d’un renvoi immédiat qui met à l’abri de la maladresse et même de la négligence. - La formation d’ouvriers spéciaux n’est puis nécessaire aujourd’hui où les armées ne sont plus composées d’oisds recrutés, mais des enfants du peuple , et par conséquent pour une partie notable d’ouvriers qui sont disponibles en tout temps jJ). Ce n’est pas en campagne qu’on fait des affûts neufs, mais tout au plus dans des villes , où les ouvriers ne manquent pas'; et comme les maîtres armuriers des régiments qui n’ont que leurs modèles et leurs outils personnels se procurent les ouvriers lorsqu’ils ont de grandes réparations à faire, de meme dans les colonnes qui exigent le secours de métiers, un petit noyau d ouvriers tirés des ateliers principaux, saura lorsqu’il y aura beaucoup a construire, s’adjoindre les meiiusiers et forgerons nécessaires qui apprendront à travailler d’après les gabaris qu’on a amenés. 11 n’est donc pas nécessaire de former des ouvriers aux dépens de la qualité et du prix du matériel de guerre, mais on pourra utiliser très-avantageusement poulies travaux techniques militaires les pièces préparées dans les petits ateliers.
La qualité du matériel de guerre, et la condition que par une perfeelion croissante , il doit se plier de plus en plus aux plans les plus harcus
Vantée par l'auteur conduirait directement à l'immobilité, ou a des efforts infructueux vers le perfeclionueihèut. On ne peut pas d'ailleurs tirer de ce 1,01 se passe dans 1 indnsli te libre un argument contre le raisonnement qni précède, car là une cause puissante, a libre concurrence, cire en jeu pour ftreer l'industriel à perfeclionner-, dans Indium civile, où les acheteurs sont libres et nombreux, chacun choisit et pa.e e mieux. upqut
lui convient ie plu,, le pHgrta y devient ainsi pour l'.ndnslriel ..condition d CMS ne,,
d'étre ou ne pas être. Le tedmohgu. qui travaille pour PElut est dans des conditions complètement différentes ; il n'a qu'c acheteur, pue ,1c cm.murent, et son acheteur trouverait même probablement très-mauvais qu'il s’avisât dans le but du perfectionner, d'introduire des ehaniietnents dans ses produits. Qu'on se «pure la contusion mexuteable qui sans cela se présenterait dans le matériel d'une armée, dans lequel la plus parfaite uniformité est une nécessité de premier ordre ! ficus aurions encore bien nés choses à dire mais nous ne voulons pas faire un mémoire prélexte de note.
U) On prend les hommes beaucoup trop jeunes pour qu’ils soient déjà ouvriers en entrant dans l’armée. Généralement à cet âge ils nfc savent encore que gâter .ies matériaux. ' T) '
INTRODUCTION
du général en chef, et entraver de moins en moins le développement le plus libre des moyens de guerre, exigent par conséquent qu’il soit construit par de véritables technologues et même par les meilleurs, et que l’armée ne soitgaranlie contrela malveillance éventuelle, ou contre des maladresses isolées, que par un contrôle sévère exercé par des militaires instruits.
Même le prix du matériel qui a tant d’importance, vu les grandes masses qu’en exigent les armées nationales, veut que l’acquisition de la matière première et sa préparation ne soient pas faites immédiatement pour compte de l’État. Dans tout établissement de l’État les frais d’administration sont beaucoup plus grands que dans les établissements privés; les employés surveillants, auxquels s’ajoutent encore ceux purement militaires dans ce cas, rendent le travail essentiellement plus cher ; l’entretien du soldat sous le rapport de l’habillement, du logement, etc., est plus cher que celui de l’ouvrier civil. Si l’on veut occuper le soldat dans un établissement technique plus longtemps qu’il ne l’est dans le service proprement dit, on doit lui donner des indemnités de travail, qui, avec la solde et les autres petits émoluments, forment une dépense considérable en argent comptant. Beaucoup de journées payées sont perdues pour le travail et employées à des services purement militaires, sans que ces derniers puissent contribuer en compensation à l’instruction militaire de l’armée. Celui qui devient invalide devient une charge pour l'Etat. L’ouvrier civil au contraire amasse pendant la durée du travail pour cette éventualité, ou bien il entre dans la catégorie des autres nécessiteux de la communauté. — Ce qui est gâté dans les établissements de l’État doit être reporté sur les frais imprévus; l’entrepreneur au contraire le décompte de son bénéfice. Les restes doivent être vendus à vil prix par l’État tandis que l’industriel les utilise , en en faisant confectionner des produits non militaires ( 1 ).
(1) L’auteur se donnant beaucoup de peine pour rassembler des objections contre l’exécution des travaux par l’État, s’est laissé entraîner à en glisser plusieurs qui ne soutiennent pas l’examen. D’abord la nécessité de rendre des comptes très-détaillés rend l’administration chère aussi bien pour le particulier que pour l’Etat, si le premier veut s’assurer aussi bien que le dernier que les sommes absorbées sont convenablement dépensées , et malheur au grand industriel qui essaierait de se dispenser d'exercer ce contrôle! Quant au personnel militaire dont la présence aux établissements est ici comptée par l’auteur comme une charge inhérente au système du travail exécuté par l’Etat, il est nécessaire aussi dans l’organisation contraire, vu qu’un peu plus bas on reconnaît la nécessité de répandre dans le corps de l’artillerie les connaissances techniques en détachant des officiers aux établissements; celte charge qui produit des résultats aussi désirables, est donc inhérente à l’organisation générale des armées, et ne peut être imputée au système critiqué. — L’entretien du soldat comprenant tout ce qu’il coûte est moins cher que celui des ouvriers de moyenne capacité, du moins en Belgique; il serait d’ail-
ÎNTUODUCTION.
Qu’on abandonne donc au négociant l’acquisition de la matière première, qu’on remette les ateliers à l’industriel qu’on connaît avantageusement, et qui fournit des cautions pour la responsabilité pécuniaire; qu’il en jouisse sans loyer et qu’ils soient entretenus aux frais de l’État, ou que ce dernier paie une indemnité pour entretien ; qu’il soit dégrève de toutes impositions ainsi que les établissements militaires le sont, qu’on lui donne les matières premières reconnues exemptes de défauts, ainsi que les modèles à suivre rigoureusement dans l’exécution, et qu’on le contrôle dans les diverses divisions du travail, alors le matériel sera meilleur et coûtera moins que si l’État le construit lui-même (1).
Les militaires destinés à exercer ce contrôle devraient être adjoints pendant une année à ceux qui les précèdent et les accompagner pendant ce temps avant d’agir par eux-mêmes ; ensuite on leur laisserait remplir ces fonctions pendant 2 à 5 ans, pour les réintégrer ensuite dans leur position purement militaire. On les choisira principalement dans l’artillerie , parce que pour l’officier d’artillerie c’est un devoir de porter une attention spéciale au matériel, et que toute son instruction est plus dirigée vers ce point. Or celui qui a consacré sa vie au service de l’artillerie, et qui veut par son arme acquérir de la gloire et de l’honneur, peut
leurs absurde de vouloir employer partout des soldats; les ouvriers civils ne sont donc pas exclus des établissements de l’État; au contraire on les emploie partout où cela est avantageux ; les journées employées aux détails relatifs à la discipline par la classe des ouvriers militaires, ne sont pas précisément perdues, car la discipline parmi les ouvriers est aussi une des conditions qui produisent le travail à bon marché, et certes si les industriels privés en avaient le pouvoir, ils introduiraient les mêmes formes dans l’intérêt de la régularité. — Si l’invalide militaire tombe à la charge de l’État, l’ouvrier civil tombe à celle du public, ce qui en dernière analyse revient au même, à moins que ce ne s oii un défaut barbare d’organisation sociale. — Si le bénéfice de l’entrepreneur peut couvrir les frais résultant d’objets gâtés, il est évident que l’État peut aussi supporter ces Perles en ne pas payant de bénéfice .—Il n’y aurait jamais avantage pour un industriel ^ créer une fabrication spéciale uniquement dans le but d’utiliser ses restes, bans un Pays industriel les restes qui peuvent être utilisés réellement se vendent bien à eur valeur, non à vil prix. (T).
(1) Là où l’on a essayé ce système d’entreprise on en a reconnu les inconvénients ; dùe foule de circonstances que l’auteur passe sous silence rendent illusoires la plupart des mesures qu’on peut prendre dans l’intérêt de la qualité à obtenir. Somme l° u te, la dépense devient beaucoup plus considérable pour les États qui ne possèdent Pas en propre les moyens techniques; lorsqu’un gouvernement non despotique a besoin *to matériel dans un cas d’urgence, et qu’il est obligé d’avoir recours aux industriels, 0,1 to rançonne d’une manière incroyable ; il paie la marchandise mauvaise au décuple s a valeur. Alors il y a une perte réelle du trésor public, perte qui enrichit quelles particuliers. Celle-là u’a pas besoin d’une preuve laborieuse pour être immédiatement appréciée. (T).
XÏI
INTRODUdTlON.
bien donner trois années de son temps de service, à veiller au perfectionnement de celte arme.
B. Etablissements.
Pour faciliter la surveillance du travail, et épargner les frais qui croissent avec le nombre des établissements, il convient de restreindre ce nombre autant que possible, mais en prenant en considération les frais de transport de la matière première vers les établissements et du produit (qui pèse toujours beaucoup moins que la matière première employée) vers les magasins. Lorsqu’il est question de la poudre le danger du transport est un nouvel élément à considérer.
On doit diviser les travaux rigoureusement d’après leur genre , et on réunira ceux qui ont des rapports communs. On disposera d’ailleurs les établissements d’espèces différentes de manière qu’ils puissent autant que possible sejsoutenir les uns les autres, afin qu’on ne soit pas obligé de tenir dans chaque établissement des ouvriers spéciaux pour les travaux accessoires , ou même de s’adresser à des ouvriers civils qui ne peuvent pas exécuter le travail avec autant de perfection que ces établissements.
Les travaux de laboratoire ont été considérés jusqu’à présent comme le domaine général des artilleurs ; ils étaient mal exécutés, parce que l’on croyait que chacun devait savoir les exécuter, quoique ceci ne fut plus arrivé depuis le temps des maîtres arquebusiers , de même que la plus grande partie des ouvrages qui s’y rapportent. Ce n’est pas l’artilleur qui fait la bombe , non plus que la charge explosive , il ne fait pas la fusée en bois dans la plupart des cas, pourquoi doit-il la charger? Un tailleur exercé coudra bien mieux un sachet en serge, qu’un forgeron dont on a fait un artilleur ; la coulure faite par ce dernier laissera bien plutôt passer des grains de poudre ; comment veut-on que dans ce cas la surveillance remplace le défaut d’habileté? D’un autre côté un cordonnier doit couler de bonnes balles, ou faire manœuvrer convenablement une presse à balles , là où un plombier ou étainier et un serrurier seraient à leur place. Personne ne fera aussi bien qu’un relieur une cartouche bien fermée , gardant plus longtemps la poudre intacte- On doit donc aussi considérer les travaux de laboratoire comme techniques, et abandonner du moins la confection des approvisionnements principaux en temps de paix à des établissements spéciaux techniques, et en campagne à des ateliers passagers. On obtiendra ainsi une certitude de résultats presque inconnue jusqu’à présent. Lorsque la masse du travail à exécuter est très-grande on donne des travailleurs auxiliaires à ces établissements de campagne ; mais en choisissant ces travailleurs, il faut de nouveau avoir égard au métier qu’ils ont appris.
La position des établissements de paix au bord des roules et des rivières
INTRODUCTION
navigables, a beaucoup d’avantages ^ainsi que dans l’intérieur des pinces fortes. Si outre cela on peut avoir la main d’œuvre à bon marché, et disposer d’une chute d’eau comme moteur, les avantages n’en sont que Pins grands. Quant aux considérations spéciales qui doivent influer sur le ohoix de l’emplacement d’une poudrerie, on les a développées plus bas ($• 275 et suiv.)
Lorsque la distribution des établissements techniques est complètement facultative, on les groupe sur certains points. Les établissements dans lesquels chacun de ces groupes doit être scindé sont les suivants :
A. La préparation des matières combustibles, dont une subdivision spéciale (raffinage du salpêtre et du soufre et fabrication du charbon) peut former une dépendance séparée. Dans tous les cas cette dernière doit à cause de ses foyers être isolée de la partie où les matières sont mélangées. Cette division principale pourrait s’appeler poudrerie, quoiqu’elle ne produise pas seulement de la poudre , mais toutes les mixtures de ce genre dont de grandes quantités sont requises.
B. L’emploi des mixtures combustibles, comme la confection de charges, des moyens d’inflammation , des tubes moteurs de toute espèce, pour autant qu’ils contiennent des mixtures combustibles. Laboratoire militaire.
C. f a fonderie militaire , en bronze, en fonte , et en laiton.
J). La confection des voitures, des attirails , des cordages, des outils.
Les ateliers militaires de construction.
E. Confection des armes portatives. Manufacture d'armes ai forges d'armes blanches.
Ces subdivisions réagissent el décomptent sans cesse réciproquement. La poudrerie donne aux laboratoires les mixtures combustibles; les fonderies et les ateliers donnent au laboratoire les projectiles, les ouvrages c n tôle , et pour les ouvrages primitifs, les outils. Les fonderies fournissent toutes les parties coulées pour voitures, armes etc., ainsi que pour les diverses machines qui opèrent dans les autres subdivisions; ces pièces coulées sont achevées dans les ateliers de construction ; la fonderie fournit encore les gobilles en bronze pour la poudrerie, etc., etc. Tous les établissements se donnent ainsi réciproquement la main , et plus fa nombre d’entrepreneurs est jvtit. «lus les relations seront facilitées. — Ils ne prennent que la matière pi t. mi ère au dehors , tout travail Ultérieur est achevé dans l’intérieur du groupe.
Même les grands pays n’ont besoin que d’un petit nombre de pareils groupes ; ainsi pour la Prusse il suffirait d’en avoir un sur le Rhin, un 'fans les Marches el un en Silésie ou en Prusse; il serait pourvu ainsi a tous les cas possibles. À proximité de l’un de ces groupes devrait être placée l’école centrale d’artillerie.
l'on déchire ces groupes de manière qu’un établissement se trouve
INTRODUCTION
isolé, les désavantages se feront clairement sentir. Si l’atelier de construction doit lui-même couler au moyen de creusets ses pièces de bronze, ou même les faire fournir par des ouvriers externes. elles seront moins tenaces que si elles provenaient des grands fourneaux de la fonderie, qui produisent une température plus élevée. Si la fonderie doit elle-même construire et réparer ses armatures de moules, ses bancs de forage , etc., cela ne pourra avoir lieu que beaucoup moins avantageusement et moins économiquement que si l’atelier de construction en était chargé. Beaucoup de fer que les manufactures isolées ne peuvent plus utiliser devient immédiatement très-utile dans les ateliers. Un laboratoire sans poudrerie et sans atelier, a beaucoup plus d’ouvrage à cause de la purification des matières, et produira des cartouches, des baguettes à fusées, etc., moins bons et plus chers que lorsqu’il sera situé dans le groupe. Les outils de la manufacture d’armes; et les machines de la poudrerie seront mieux entretenus par l’atelier de construction que par des ateliers auxiliaires de serruriers , constructeurs de machines, etc.
Il s’agit donc encore ici comme dans les autres parties de l’organisation des armées , de former de bonnes subdivisions convenablement coordonnées entre elles pour les assembler en un tout indépendant.