‹ Traité de pyrotechnieChapitre 45 sur 69 · DIVISIONS DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DIVISIONS DU TRAVAIL

Pesage.

Si le salpêtre est sous forme de petits cristaux , ou fondu eu pains, et que charbon est fraîchement préparé, ou qu’il a clé conservé quelque temps

TRAITÉ

en morceux dans des vases bien fermés, on peut procéder au pesage sans correction. Dans le cas contraire on doit sécher fortement un échantillon de charbon, en fondre un de salpêtre, et dans le pesage tenir compte delà perte trouvée, en l’estimant comme humidité.

Trituration et mélange.

Le salpêtre qui a été fondu en pains se triture particulièrement bien, presqu’aussi bien en petits cristaux, et très-mal en grands cristaux, parce que ceux-ci renferment des eaux mères ; dans ce dernier cas il doit être à moitié broyé, puis desséché , puis trituré à fond. — Le soufre se pulvérise difficilement seul, parce que le frottement le constitue dans l’état électrique , et que les parcelles s’attachent et se pelotonnent;il est d’autant plus difficile à triturer que sa densité est plus forte, c’est-à-dire que sa température a été plus élevée à la fusion (§.86), et qu’il a été coulé en morceaux plus petits (§. 98). Plusieurs poudres des pilons, lorsqu’on les délaie dans l’eau, en remuant, et qu’ensuite on les laisse reposer , déposent leur soufre isolé en parcelles assez grosses au fond du vase. Le salpêtre et le soufre, convertis séparément en poudre très-ténue, et conservés quelque temps en tas un peu considérables, s’agrègent de nouveau en masses compactes, et demandent une nouvelle trituration. Cet effet est d’autant plus prononcé que le degré de finesse des matières était plus élevé. Triturés ensemble ils forment également des grumeaux , mais pas si durs que quand ils sont séparés. Le charbon se pulvérise d’autant plus facilement qu’il est plus roux (§. 145) ; il éprouve de la perte dans cette opération, par la formation du poussier, et s’enflamme quelquefois par suite d’une forte friction. Par ces deux motifs on l’humecte lorsqu’on le triture séparément. — D’après ce qui a été dit plus haut il est préférable de ne jamais triturer le soufre et le charbon séparément, mais toujours ensemble, ou bien chacun de son côté simultanément avec le salpêtre, ce qui procure en même temps un commencement de mélange. Mais il est avantageux de broyer d’abord grossièrement chaque substance séparée.

Les substances triturées, ont toujours encore besoin d’être tamisées, quelque bons que soient les appareils de trituration ; car même lorsque l’opération est prolongée considérablement au moyen de machines, de petites portions de matière sont toujours soustraites à la pulvérisation. Dans les dispositions les plus avantageuses, l’appareil de blutage forme une partie immédiate d e la machine à triturer. Dans le cas où l’on n’emploie pas cette disposition on se sert de blutoirs cylindriques. Ils consistent en un axe en bois portant des rais qui le relient à une cage, laquelle est enveloppée de la toile à bluter. Ils ont l m ,80 à 3 m ,75 de longueur, et 0m,50 de diamètre, sont placés dans une

Dr Pyrotechnie.

caisse, dans une position inclinée, l'extrémité supérienre étant de 0 m ,20 plus élevée. A la partie supérieure de l’axe est fixée une manivelle au moyen de laquelle on lait tourner le blutoir ; un entonnoir sert à introduire par la partie supérieure les matières pulvérisées. Dans la caisse et près de l’ouverture inférieure du blutoir se trouve un compartiment, pour recevoir la matière qui n’a pu traverser le canevas.

Il paraît qu’on peut, h l’effet de mieux boucher les pores du charbon, et de lui enlever son pouvoir hygroscopique, employer avantageusement la méthode de triturer et de mélanger simultanément le soufre et le charbon , de chauffer le mélange jusqu’à 103°, point de fusion de soufre, afin de faire absorber ce dernier par le charbon , puis de triturer de nouveau. Il paraît que l’intimité du mélange et la densité sont déjà rehaussées, et que l’eau devient inutile lorsqu’on mêle à une température de 50°.

Le triturage et le mélange exécutés par les pilons ou les marteaux, ainsi que par les meules, sont laborieux et acccompagnés d’une perte de matières ; ces opérations se font beaucoup plus rapidement, plus complètement, et sans déchet au moyen des tonnes. Ce sont des cylindres de fort diamètre dont l’axe est horizontal. Le travail est d’autant plus économique, et la trituration d’autant plus complète que le diamètre est plus grand et l’axe plus court. On De peut pas, en prolongeant le mouvement des petites tonnes, produire un Diélange aussi intime que celui qu’on obtient en peu de temps au moyen des grandes. Le mélange est beaucoup plus parfait,que celui opéré parles pilons ou les meules, et sans qu’on ait besoin d’humecter. Or l’humectation est nuisible, et doit cependant être considérable, jusqu’à 10 p. 0|q dans les deux derniers procédés, soit pour diminuer la formation du poussier, soit pour éviter le danger, soit enfin pour rendre le mélange plus complet par la diss olution d’une partie du salpêtre.

Pour opérer la trituration, on introduit par la portière de la tonne, outre la substance à pulvériser, des gobilles en bronze dur, en alliage d’étain et d’arsenic ou d’antimoine; le poids des gobilles monte jusqu’au triple de celui de la matière à triturer ; la portière est ensuite fermée. Pour pulvér iser le charbon seul on peut aussi employer des balles en plomb. L’enveloppe c °Dvexe des tonnes doit faire ressort, parce que sans cela la masse s’échauffe lr °p; mais cette enveloppe doit en même temps offrir une résistance suffisante ï ) °ur pouvoir supporter le choc des gobilles qui sont constamment lancées contre °^ e * Les meilleures sont construites en fort cuir de semelle, qu’on soutient par ^ tringles en bois en forme de prismes à base triangulaire, formant le sque-

Ï2S TRAITÉ

Jette de la tonne, et que les gobilles choquent. Il vaut encore mieux de substituer au cuir une forte toile métallique à mailles très-fines (1), qui laisse immédiatement passer les substances pulvérisées, et qui expose aux chocs des balles celles non encore suffisamment écrasées, en les faisant passer sur des lattes obliques disposées comme les aubes d’une roue hydraulique à courant par dessus. Lorsqu’on emploie les tonnes en cuir, on remplace la portière pleine par une autre munie d’une toile de tamis, quelque temps après I’achevement de la trituration et la cessation du mouvement, afin que le poussier qui voltige dans l’intérieur ait le temps de se déposer préalablement. Puis on tourne lentement la tonne ce qui fait tomber la matière pulvérulente dans une caisse placée en dessous. Le mouvement de rotation des tonnes qui doit commencer et finir avec lenteur, donne une vitesse à la circonférence de l m ,25 à l m ,50 (2). La charge occupe environ le tiers de la capacité de la tonne. Les gobilles sont coulées d’un alliage de 20 parties d’étain sur 100 de cuivre, soit en sable soit en coquilles, puis polies. La tonne et le récipient sont renfermés dans une chape en bois, afin que le poussier formé ne puisse se répandre dans l’ateliér (V. le dessin).

La mixtion par les tonnes s’exécute d’und manière analogue à la trituration; seulement on opère sur une masse de matière beaucoup plus considérable, et quelquefois, pour diminuer le danger, on y remplace par des boules pressées hors des galettes au moyen d’un appareil spécial, les gobilles métalliques, qui dans ce cas ne sont qu’en bronze (78 de cuivre et 25 d’étain). Ces boules en galette deviennent d’autant plus dures qu’elles ont servi plus longtemps. On se servirait aussi de ces boules pour la trituration au lie" desgobilles métalliques, (ces dernières introduisant dans la matière un sulfure métallique en s’usant), mais elles seraient trop promptement brisées parce que la masse de matière est trop petite. Les gobilles les plus avantageuses pour la trituration sont les grosses (de 26 n ' m de diamètre) ou les grosses et le* petites à la fois; pour le mélange il faut employer les petites (de 9 rara ). Les tonnes mélangeoirs mêleraient mieux, avec moins de danger, et coûteraient moins si l’on n’employait pas de gobilles, mais une tonne entièrement en

(i) Pour pouvoir exécuter ce projet il faudrait d’abord pouvoir se procurer une toile mè' tallique assez résistante et en même temps à mailles assez fines, deux conditions qui ne p a raissent pas faciles à réunir. (T)

(i) D’après cela si l’on nomme d le diamètre de la tonne il faudra que la poulie motn cC

fasse par minute un nombre de tours exprime par n— •--- ; par exempt

le diamètre de la tonne est de i m , elle devrait tourner à une vitesse de i\ à 3o tours P ar minute. (T)

bois avec des parois de séparation suivant les rayons, portant un grand Nombre d’entailles longitudinales à angles vifs.

Par le mélange au moyen des tonnes le poids spécifique de la matière augmente avec l’intimité du mélange. La densité augmente donc avec la durée de l’opération, lorsque la machine est la mè-t.e; quand les tonnes sont différentes, cette densité croît avec le diamètre des tonnes, et par conséquent avec la hauteur de chute et la vitesse de rotation (1). La densité du mélange due à la durée du travail croît rapidement au commencement de l’opération, puis de plus en plus lentement, et finit par atteindre un maximum. L’intimité du mélange se reconnaît encore à ce que ce dernier paraît graisseux au toucher, manifeste peu de tendance à se dissiper en poussier, s’agglomère facilement en boule par la pression de la main , et se prête aux empreintes délicates. Plus le liant communiqué à sec à la matière par un mélange intime est considérable, moins on aura besoin d’eau d’humectation pour la condenser et grainer, ce qui est d’un grand avantage pour la consistance du grain et pour sa conservation dans les magasins et durant le transport. L’influence qu’une bonne trituration exerce sur le temps de la combustion , paraît se dessiner surtout quand la densité de la masse est faible.

Pour fabriquer les espèces de poudres plus fines et plus chères, on pousse plus loin la trituration et le mélange , que pour la poudre de guerre. On atteint ce but en augmentant la durée des opérations et diminuant en même temps la quantité de matière sur laquelle on opère.

Compression .

La compression de la matière mélangée peut tomber déjà dans la dernière Période de la trituration et du mélange, ou avoir lieu seulement après l’ac Lèvement de cette dernière opération.

(0 L’auteur oublie qu’il a posé au § 290 la règle d’une vitesse à la circonférence indépendante du diamètre de la tonne, ce qui exige que la vitesse de rotation , c’est-à-dire le nombre de révolutions complètes correspondant à un temps donné, soit inversement proportionnelle au * diamètres des tonnes. Or pour que la vitesse à la circonférence augmentât avec le dia- ^'ètre des tonnes, et influât sur la densité de la matière, il faudrait que celle de rotation fut c °nstante pour toutes les tonnes, et par conséquent, que la vitesse à la circonférence de- ' lnt proportionnelle aux diamètres de celles-ci. Cette observation s’applique à l’erreur qui ax 'stedans la pensée de l’auteur; il y a une seconde erreur dans l’emploi du mot (umdreu "gsge 8 ch\vindigkeit vitesse de rotation), où l’auteur a voulu évidemment parler de la v desse à laciiconfére.ice- (T)

TRAITÉ

Une partie de la densité obtenue par la compression, est perdue pour îa poudre finie, lorsqu'on humecte la masse pour exécuter celte opération ; car cette humidité doit ensuite être expulsée. L’espace qu’occupait l’eau se remplit alors d’air, et comme l’eau, pour être éloignée, doit être convertie en vapeur, que celle-ci occupe beaucoup plus de volume que le liquide, et que le salpêtre qui a été dissous dans l’eau , tend avec une grande énergie vers la forme cristalline, en écartant les autres particules, la masse doit se dilater, c’est-à-dire perdre de sa densité par suite de cette transformation. Cette perte de densité sera d’autant plus considérable, que la matière contenait plus d’eau durant la compression. Les méthodes de condensation produiront donc d’autant'moins d’effet, que le moyen employé exigera le concours d’une plus grande quantité d’humidité. Les saisons ont môme de l’influence sur le plus ou moins de densité de la galette, en ce que pour la môme méthode elles forcent à employer plus ou moins d’eau suivant le plus ou moins de rapidité avec laquelle la matière se dessèche. C’est pour cette raison que de deux poudres fabriquées à l’aide des mômes machines, celle* qui a été faite en hiver se conserve mieux que celle confectionnée pendant l’été. ■— Dans le battage de la matière déjà mélangée, exécuté au moyen de pilons en bois ou en métal, ou de marteaux, et de mortiers en bois, le danger et la perte de poussier sont grands; c’est pour celte raison qu’on doit humecter fortenient, et l’on est obligé, afin que la poudre des pilons ne devienne pas trop peu dense , de la former en grains très-fins. Le travail qui s’exécute au moyen de deux lourdes meules tournent sur une semelle horizontale, présente moins de danger. On peut donc dans ce cas réduire beaucoup l’eau d’humectation , et une condensation opérée au moyen de meules très-pe' santés et marchant très-lentement, produit par conséquent (à peu près dans le quart du temps) un grain fini beaucoup plus dense que le battage au moyen de pilons. Le moulin à meules achève la mixtion qui n’a pu atteindre le dernier degré de perfection dans la tonne, et produit en dernier lieu la condensation. Les presses hydrauliques et celles à vis, lui sont donc inférieures, en partie parce que ces machines ne peuvent pas compléter la mixtion faites par les tonnes, et en partie parce qu’elles compriment à la fois un grand nombre de couches de matière humide, et que la force ne suffit pas pour leur communiquer à toutes la densité désirable. On doit donc ici employer une assez grande quantité d’eau d’humectation , afin de chasser l’air qui empêche l’adhérence des particules; malgré cette humectation la condensation laisse a désirer, sans compter que l’eau se partage inégalement, entre les partit intérieures et celles extérieures des couches de matière, (elle s’écoule roôrt> c sous une très-forte pression); il résulte de là que les grains finis sont trc s inégalemcnt denses, et que les plus denses broient les autres durant le traos"

port. Ces presses qui compriment beaucoup de couches à la fois, ne sont donc pas plus avantageuses que les meules , et leur maniement, même dans les circonstances les plus favorables, exige 8 fois plus de temps. Si l’on veut employer utilement ces presses , il faut les faire agir, non sur la matière simplement mélangée , mais sur celle dont le mélange a été achevé et qui a été comprimée par les meules , puis triturée de nouveau. Le laminoir est dans tous les cas beaucoup plus avantageux ; il ne comprime qu’une couche à la fois, et avec une très-grande force, cette couche passant entre les deux rouleaux , et n’exigeant pas d’humectation. Dans ce cas aussi on obtient le résultat le plus favorable, en achevant le mélange et en exécutant une condensation préparatoire par les meules, et réduisant la matière ainsi pressée poudre ténue, qu’on fait passer ensuite au laminoir sans humecter davantage. La matière pulvérulente soumise à la deuxième pression a conservé dans chacune de ses particules la densité reçue par la pression préparatoire La condensation, serait encore plus considérable, si outre la pression on faisait agir sur la matière une température de 80 à 100°, ce qu’on pourrait obtenir en chauffant les deux rouleaux, ou l’un d'eux seulement, et sans qu’U en résultât une augmentation notable du danger.

Lorsqu’on fabrique la poudre très-fine (celle de chasse), on répète toujours la compression plusieurs fois, afin d’obtenir la densité la plus forte; on pulvérise pour cela la galette obtenue par les meules, et on condense de nouveau sous les meules. Pour la poudre superfine cette galette est grainée, puis grain séparé du poussier , formant par conséquent la partie la plus dense , est de nouveau converti à sec en galette au moyen du laminoir ; puis on graine de rechef; on repète ces opérations six à huit fois pour obtenir la poudre la plus fine. Les meules constituent donc la machine à condenser la plus avantageuse pour la poudre de guerre, et le laminoir pour la poudre de c hasse; le travail au laminoir serait trop dispendieux pour la poudre de guerre.

La condensation au moyen des meules est d’autant plus forte, à temps %al, que les meules et la table sont plus lourdes et plus lisses , (les meules Posent jusqu’à 2400 lui. chacune). La densité obtenue augmente encore avec ^lenteur du mouvement (4 m ,40 à l m ,50 par seconde), et enfin avec la pelisse de la charge et celle de la proportion d’eau qu’elle contient à la fin de l’o- Poî ation. Si les deux premières données sont fixées par la construction de la Machine, les deux dernières sont à la disposition de l’ouvrier. Le minimum la charge est déterminé par la condition que toute l’étendue de la voie des boules doit être couverte de matière sur une épaisseur d’au moins là*”"’; la Quantité d’eau doit être telle, quêtant que la trituration continue la matière So, t pâteuse, et s’écarte de dessous les meules, mais que durant la conden-

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salion la consistance augmente jusqu’à ce que du poussier commence à se former. L’humeclalion doit donc varier d’après la sécheresse plus ou moins grande de l’atmosphère. Le poussier provenant d’opérations antérieures ft qui doit être simplement condensé, demandera aussi moins d’eau que la matière neuve, et cela parce qu'il a déjà été mélangé et condensé, ce qui fa' 1 qu’il est moins enclin à la pulvérulence. En général une composition exig e d’autant moins d’eau pour avoir la consistance pâteuse, que le mélange devient plus intime.

L’eau qu’il est nécessaire d’ajouter à la matière sous les meules, doit être très-uniformément distribuée. On laisse donc reposer plusieurs heures, après l’avoir humecté, le mélange qui sort des tonnes à l’état sec, et on le fait remuer souvent afin que l’eau soit absorbée bien uniformément. Celle qu’on ajoute pendant le travail doit être distribuée au moyen de cribles à trous trèsfins, ou ce qui vaut encore mieux, on la fait arriver en vapeur.

La durée du travail par les meules, variera beaucoup suivant l’état de l’atmosphère, (la condensation se faisant d’autant plus lentemenlque l’eau d'humectation se vaporise plus vite), et suivant l’intimité du mélange, et la densité que possède la matière. Lameule travaille en tous cas dans lesconditions les plus avantageuses, lorsque le mélange de la matière qui forme la charge est déjà aussi avancé que les appareils à mélanger le permettent. Lorsque la mixtion est encore très- incomplète, les meules emploient à la parfaire presque le double du temps qu’il aurait fallu pour cela à la tonne. Plus on ajoute à la matière neuve de poussier provenant d’opérations antérieures, plus la durée du travail est abrégée. Lorsque les ouvriers sont bien exercés , il n’est pas nécessaire cle faire chaque fois un nouvel essai pour s’assurer que la densité convenable soit atteinte ; toutefois il faut qu’il existe à cet égard un contrôle. b a vérification la plus simple de la densité consiste à couper au moyen d’un petit appareil , un cube de galette de dimension donnée, et à le peser.

Le laminoir opère rapidement et produit une forte densité ; la matière destinée à être comprimée par cette machine n’a pas besoin d’être plushumid e qu’avant les opérations précédentes.

Grainage.

Il y a deux méthodes différentes de grainage. D’après la première, on brise la galette en parcelles anguleuses que des opérations subséquentes arroo-

dissent plus ou moins. D’après la deuxieme, on forme des grains sphériques avec la matière telle qu’elle sort des tonnes à mélanger. Parla deuxième méthode on n’a pas encore pu réussir à donner au grain peu compact la densité nécessaire au moyen d’opérations subséquentes. Cette méthode de grainage ne peut donc pas être employée pour des poudres destinées aux armes de forts calibres, parce que leur combustibilité serait trop grande, et que par conséquent elles endommageraient ces armes.

Tous les grains anguleux sont formés de la manière suivante : La galette, qui contient encore environ 8 à 9 p. °/ 0 d’eau, est brisée au moyen de lourds tourteaux dans des cribles mus rapidement, ou dans des plaques trouées» ou sur des tringles en bois très-rapprochées, sur lesquelles tombent de lourds disques métalliques ou des balles, etc. ; les parcelles assez petites sont chassées à travers les ouvertures. Ces parcelles peuvent être classées par des opérations subséquentes, ou bien elles le sont immédiatement après leur formation en tombant par les ouvertures précitées. Ces ouvertures sont, pour la facilité du travail, généralement plus grandes que le grain le plus fort demandé ; les parcelles qui sont plus fortes que ce dernier sont séparées pour être soumises à un nouveau grainage, ou lorsque la classification des grains a lieu simultanément avec le grainage, ces parcelles sont quelquefois ramenées sur le crible par une disposition de l’appareil même.

Plus les galettes sont humides, moins il se répand de poussier, et par conséquent moins il y a de danger; mais par contre le grain perd plus de sa densité, et forme plus de poussier ensuite. D’après cela lorsque les galettes sortent très-humides de la dernière condensation, on les laisse essorer à l’air l1n à trois jours avant de procéder au grainage; il suffit que la galette c onserve .3 p. 0/0 d’eau. Si les galettes sont très-compactes, on les concasse u vec des marteaux à main, avant'de les mettre sur le crible, ou bien on les soumet à un grainage préparatoire au moyen de cribles a percées très-larges » a ûn d’abréger le grainage proprement dit et de ne pas obtenir des grains trop denses (?). Les galettes légères sont fortement condensées par la chute des Cor ps lourds destinés à faire passer la matière par les ouvertures. Par conséquent, lorsque la galette n’est pas suffisamment dense, on peut utiliser l’o- Pération du grainage pour compléter la densité, en ne concassant pas les gantés avant de les introduire dans le crible. Veut-on, au contraire, obtenir Ulle poudre légère, on brisera les galettes en parcelles très petites , de man 'ère qu’elles passent promptement par le crible. Le grainage est toujours l,tle des opérations les plus dangereuses de la fabrication de la poudre , et le an ger croit avec la petitesse de la quantité de matière qui reste sur les Cri hles. Il est donc avantageux de maintenir plein le crible dans lequel la di-

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vision s’opère, en remplaçant constamment par de la galette nouvelle celle qui passe sous forme de grain. De plus, on doit nettoyer fréquemment les cribles (une fois par heure ou par demi-heure).

Les cribles, consistant en plaques percées, etc., ont le plus souvent la forme des cribles ou des tamis ordinaires, et alors on leur communique le mouvement de va-et-vient à la main; quelquefois on ne les pousse que dans une direction; une disposition agissant en guise de ressort les relance alors dans la direction opposée. On fixe aussi plusieurs cribles sur un châssis suspendu au moyen de cordes, et qu’on pousse ou qui est rais en mouvement par un arbre coudé. Plus récemment on a employé comme crible la paroi convexe percée d’une tonne rotative.

Le mouvement des cribles doit être renfermé entre certaines limites variables avec la grandeur de ces outils, le poids des corps choquants et les dimensions des perces. Si le crible se meut trop rapidement, le danger est augmenté, et il se forme trop peu de grain et trop de poussier; le mouvement est-il au contraire trop lent, il se forme un trop grand nombre de grains trop gros ayant besoin d’une seconde opération, qui produit de nouveau du poussier. Le nombre d’excursions est de 60 à 70 par minute (1); on obtient alors f de la galette en grains.

Les toiles à tamis sont en fil de laiton, en filaments d’écorces ou de racines, en roseau ; les fonds de crible sont des feuilles de cuivre, de parchemin ou de cuir, percées. Les cribles ou tamis en métal sont ceux qui se nettoient l 0 plus facilement; ils retiennent aussi le moins de poussier. Les cribles en cuivre se recouvrent bientôt d’un sulfure de cuivre et donnent alors un grain très-lisse. Ceux en parchemin sont sujets à se couper lorsque les galettes sont très-dures, et que par conséquent les grains présentent des angles vifs; d s souffrent aussi beaucoup de l’humidité. Comme les perces s’élargissent par là? elles doivent toujours, dans les cribles en parchemin et en peau, être moindres que les mailles des tissus métalliques, pour fournir le même grain que ceuxci. Celte différence doit être d’environ f. Les cribles en parchemin doivent être percés à l’aide de machines , afin que lesperces soient uniformes de grandeur et également espacées.

Les tambours de grainage (écureuils) ont une construction spéciale. Po (,r grainer les galettes ordinaires des meules, on emploie un cylindre horizon'

(i) Le texte dit par seconde , ce qui est probablement une faute typographique. (Td

tal dont la paroi convexe est une toile métallique. On y introduit la galette au moyen d’un entonnoir qui débouche dans l’un des fonds; et la division de ta matière est opérée par 20 balles en bois de 0 m ,04 de diamètre. Les grains traversent les mailles de la toile métallique, et tombent sur des tamis égalisons mis en mouvement par la force motrice qui produit la rotation. Les galettes provenant du laminoir sont trop dures pour se prêter à cette opération, c t l’appareil qu’on emploie dans ce cas est plus compliqué. Il consiste, comme le précédent, en un tambour de l m ,067 de diamètre dont la paroi convexe est composée de portions en toile métallique qui se rapportent au moyen de cadres sur lesquels la toile est tendue. Ce tambour reçoit son mouraient de rotation d’un fort axe horizontal qui ne le traverse pas entièrement, mais qui est fixé à une forte bride dans l’intérieur du tambour. Dans l’autre fond du cylindre sè trouve une ouverture circulaire dans laquelle débouche la douille courbe d’un entonnoir auquel la galette est apportée directement ou par un babillard (comme dans les moulins à farine). Dans l’intérieur de ce tambour cylindrique s’en trouve un autre composé de liteaux fixés dans les deux fonds du premier. Ce deuxième cylindre a 0,879 de diamètre, et entre les liteaux on a ménagé des intervalles de 0 m ,002. On y introduit avec la galette 8 à 10k de balles d’étain (du même diamètre que les balles de fusil). Ces balles rompent la galette contre les liteaux: les plus petites parcelles traversent et tombent sur la toile métallique , que les grains les plus fins traversent également, pour tomber sur un système d’égalisoirs placés dans une position oblique et qui sont mis en mouvement par un agitateur. Les grains qui sont trop gros pour traverser la paroi convexe en toile métallique, sont ramenés par la force centrifuge dans le cylindre interne en b°is par un conduit oblique en cuivre dirigé en sens inverse du mouvement. Arrivés dans le cylindre intérieur, ces grains sont de nouveau rompus. Tout 1 appareil est renfermé dans une caisse en bois. L’écureuil fait 30 tours à la minute et opère en 24 heures la granulation de lOOkil. de poudre de chasse, de 500 kil. de poudre de guerre. On peut aussi donner un mouvement lent n celte machine, ce qu’on ne peut pas faire dans les autres méthodes de 8 r ainage. Celte circonstance permet de diminuer le danger, et même de grain °r des galettes entièrement sèches, au moyen de gobilles en bois creuses 'tans l’intérieur desquelles on coulé du plomb. On emploie aussi l’écureuil pour diviser la galette destinée à repasser au laminoir. En dix heures il ^> v ise ainsi 300 kil. Cette machine opère plus rapidement et avec moins de <tanger que les cribles ordinaires; le prix d’acquisition en est, il est vrai, plus c °nsidérablc, mais elle mérite sans contredit la préférence.

ba classification des grains ( l’égalisage ) s’exécute dans toutes les méthodes moyen de tamis dont les mailles ont des largeurs différentes. Le premier

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arrête les grains trop gros* viennent ensuite autant de tamis de numéros différents qu’on veut avoir d’espèces de grains différant parleurs dimensions. Le poussier traverse tous les tamis jusque dans le tambour inférieur dont le fond n’est pas percé. Les parcelles trop grosses sont grainées de nouveau ; quant au poussier, on en décrira l’emploi plus bas. L’époussetage est quelquefois répété encore au moyen d’appareils spéciaux.

L’appareil servant à former des grains sphériques au moyen de la matière pulvérulente, consiste en une tonne mobile autour de son axe , dans laquelle on introduit les grains les plus petits de l’opération précédente ; on les humecte , on y ajoute la matière pulvérulente, et on donne le mouvement de rotation ; les grains grossissent par couches concentriques.

Lissage.

Le lissage comprend plusieurs modifications du grain:

1) Le grain anguleux tend à s’arrondir et devient plus petit. On peut même , au moyen de grains anguleux, produire ainsi des grains sphériques et transformer une poudre à gros grains en poudre fine.

2) La densité du grain augmente (jusqu’à £ p. 0/0) ; celte opération peut donc servir à donner une densité plus forte à une poudre trop légère.

3) La surface rude du grain, produite par la rupture delà galette, devient lisse ; le pouvoir absorbant des grains diminue, ainsi que leur tendance à l’agrégation.

Toutefois cette opération produit beaucoup de poussier qui doit ensuite être éloigné. La nuance du grain devient plus foncée. Lorsqu’on doit opérer sur une poudre finie et déjà sècbe pour en arrondir, diminuer ou condenser le grain, on doit l’humecter de 2 à 3 p. 0/0 d’eau , ce qu’on exécute le mieux en la faisant traverser par de la vapeur d’eau. Le but principal de cette humectation est la diminution du danger, car le grain est condensable à sec,

Le lissage de la poudre consiste à produire le frottement des grains entre eux. On emploie ou des enveloppes flexibles, qu’on roule avec le grain sur des surfaces inégales, ou bien des tonnes qu’on fait tourner autour de leurs axes. Dans le premier procédé on se sert de sacs de canevas de la contenance de 50 lc de poudre, attachés à des tubes qui peuvent tourner sur des fusée® fixées horizontalement à un arbre rotatif vertical ; les sacs roulent ainsi sur une plate-forme circulaire présentant des saillies, qui consistent en lattes a r ' rondies assujetties suivant les rayons de la plate-forme. Le roulement est de H à 20 révolutions par minute. Cette méthode est avantageuse pour atteindre

lés résultats indiqués sous 1) et 2) du paragraphe précédent. Plus on veut augmenter la densité, plus les sacs doivent être petits (d'environ 10^), et plus on tourne longtemps, même jusqu’à deux heures; autrement on ne roule qu’un quart d'heure. Le procédé du lissoir-tonne est plus avantageux pour produire le lissage proprement dit. Si l’on voulait, au moyen de ce lissoir, obtenir une augmentation de densité , on ne de\rail le remplir qu’à moitié, ot commencer à tourner lentement en accélérant le mouvement peu à peu. Les tonnes à lisser opt de l m ,50 à 3 m de longueur; leurs diamètres hors couvre sont, au milieu d’environ 0 m ,84, et aux bouts de 0 m ,63. Elles peuvent contenir jusqu’à 100 k . On fait tourner 5 à 24 heures avec une vitesse de 20 « 40 révolutions par minute, de sorte que la vitesse à la circonférence du plus grand parallèle est de 0"*,88 à l m ,78. Si l’on veut condenser la poudre, elle doit être aussi humide qu'elle l’est en sortant du grainage. Si on veut la fendre très-lisse et lui faire conserver celle propriété, elle doit contenir le moins d’eau possible, et on doit la laisser refroidir dans la tonne avant de l’amener au contact de l’air. Il est avantageux de mêler une partie de la poudre déjà sèche avec deux de poudre non séchée. — La chaleur favorise considérablement le lissage, de même qu’une croule de poudre qui s’attache aux parois intérieures du lissoir.

Séchage.

Le séchage a pour but l’éloignement de l’eau qu’on a clé obligé d’introduire dans la poudre durant les opérations précédentes, pour éviter la formation du poussier, rendre le mélange plus intime, donner le liant à la matière et diminuer le danger. Plus il y a d’eau dans la poudre, et plus la v apeur qui s’éloigne a de tension, plus le grain devient léger, poreux, friable, mat; il sera donc aussi d’autant plus enclin à l’absorption de l’humidité et à la pulvérulence dans le transport. Une poudre de ce genre peut, Aussitôt après le séchage, montrer beaucoup de force, mais elle s’avarie promptement. Plus la température est élevée durant le séchage, plus l’eau qui s’éloigne entraîne de salpêtre à la surface, plus le mélange est altéré, et Par conséquent moins la poudre aura de force et d’inflammabilité. La quantité de poussier formé lors de l’époussetage qui suit le séchage croît dans le mémo sens.

Le séchage à l’air libre, qui produirait la moindre tension de la vapeur d’eau qui s’échappe, traîne ordinairement en longueur, de manière à exiger de très-grands locaux. Le séchage au soleil produit déjà de la tension, et assujettit d’ailleurs beaucoup sous le rapport du temps. Le séchage au moyen de courants d’air présente l’inconvénient de la poussière que Pair amène

TRAITÉ

quand le courant est naturel, ét demande de la force motrice lorsque ce courant doit être produit artificiellement en séchoirs clos. L’échauffement de l’air au moyen d’un chauffage quelconque est toujours désavantageux. Si la dessiccation marche rapidement, on découvre à la loupe des fissures dans la surface lisse du grain. Le séchage dans l’air artificiellement privé d’eau, et à la température de 15 à 19° centigrades, forme par conséquent en général la méthode la plus avantageuse. On étend donc la poudre sur des plateaux en tôle étamée, dans des bâtiments revêtus intérieurement d’une boiserie, et sur le sol en argile battue on range des vases contenant du chlorure calcique* Lorsque ce sel est dissous, on le calcine de nouveau. Celte calcination s’exécute au moyen de la chaleur qu’on emploie à la préparation des matières premières (la carbonisation, et le raffinage du soufre et du salpêtre). Celte méthode est peu coûteuse et complètement exempte de danger ; l’emploi des plateaux empêche que le poussier ne se répande, le grain conserve presque en entier son volume et son poli, et l’altération du mélange est évitée.

11 n’est pas avantageux de remuer souvent la poudre durant le séchage* pour amener en haut les grains les plus humides des couches inférieures. On brise beaucoup de grains par cette opération, et on produit beaucoup de poussier. En étendant la poudre en couches très-minces, on n’a pas besoin de ce remuage.

§ 3Ifi.

Il est nécessaire de s’assurer que la poudre est bien sèche avant de l’extraire du séchoir. Un échantillon de 240 grammes mis pendant un quart d’heure sur un bain de sable à 50° centig., ne doit pas perdre plus de 4 décigrammes de son poids.

La poudre séchée doit toujours encore être époussetée, parce que le poussier absorbe avidement l’humidité.

Égalisage.

Lorsque la classification des grains n’est pas exécutée simultanément avec la granulation, on y procède après la dessiccation en même temps qu’au dernier époussetage. Cette opération s’exécute au moyen de plusieurs tamis superposés, penchés alternativement en sens inverse, ou bien encore au moyeu de tamis ressemblant aux cribles qui servent au grainage. Chaque tamis verse encore ici son contenu dans un récipient spécial. Une force motrice comm 11 ' nique un mouvement oscillatoire aux tamis.

Le dernier époussetage s’opère dans un blutoir incliné (de 3 m ,76 de longueur sur 0 m ,47 de diamètre), ou bien dans des tamis oscillants dont le fond est en parchemin ou en toile métallique. Le premier a du reste exactement la construction décrite au paragraphe 287. On peut épousseter 125 k par heure, et l’on obtient environ 12 p. 0/0 de poussier. 11 est avantageux de renfermer la poudre durant cette opération, de manière que le poussier soit isolé sans pouvoir se reporter de nouveau sur les grains, et de charger et décharger les tamis dans un local exempt de poussier. L’époussetage doit être continue jusqu’à ce qu’un échantillon de la poudre sur laquelle on opère, exposé au Yent d’un soufflet énergique, n’abandonne plus de poussier.

Traitement du poussier.

Le déchet sous forme de poussier qui a lieu dans les diverses divisions de la fabrication de la poudre, forme une très-grande partie de la totalité de la matière soumise au travail. Ce déchet doit donc être soigneusement recueilli et remanié. Si son dosage n’est pas altéré, il fournil toujours, étant comprimé de nouveau, un grain plus compact; il paraît que cette augmentation de densité croît jusqu’au huitième remaniement. Dans une fabrication continue et uniforme, il est avantageux, pour ne pas obtenir de variations, d’ajouter constamment une môme dose de poussier au mélange des matières neuves.

Le poussier a généralement une composition un peu différente de celle qu’on a donnée à la matière neuve. Ordinairement il contient un peu plus de charbon, parce que ce dernier ayant une pesanteur spécifique moindre que les deux autresingrédiens, s’échappeplus facilement. Mais si dans l’une des opérations on a fortement humecté la matière , le poussier qui sc forme contient plus de salpêtre que la poudre, parce que l’eau, en se vaporisant, a entraîné du salpêtre à la surface du grain, laquelle fournit le poussier.

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