F. CORPS INCENDIAIRES
Le projectile incendiaire en usage jusqu’à ce jour n’a été que peu employé à cause de ses effets insignifiants. S’il possédait les qualités qu’on peut lui donner, il constituerait une arme formidable de plus, pouvant être employée soit dans les bouches à feu de campagne soit dans celles qu’on emploie à l’attaque et à la défense des places ; car il sera plus dangereux que l’obus pour les voitures à munitions et même pour les troupes. Ce projectile pourrait alors, en remplaçant entièrement le boulet rouge dont l’emploi est toujours dangereux et compliqué, devenir important pour la marine et pour la défense des côtes.
Le projectile incendiaire doit pouvoir être tiré avec autant de justesseque le projectile creux, et doit renfermer la plus grande masse possible de composition; celle-ci doit donner une flamme grande et large, et laisser la coquille à l’état incaudescent.
Pour satisfaire à ces conditions, il convient le mieux d’employer des projectiles creux en fer battu de 5 à 6 millimètres d’épaisseur, ayant assez de solidité pour résister au choc d’un poids de 28l k tombant d’une hauteur de l m ,57, et la composition décrite § 236 et suivants.
On bat la plus grande quantité possible de cette composition dans le boulet creux; alors la masse de composition pèsera environ * du poids du boulet vide. Dans l’œil on place une fusée, dans les trous incendiaires on met des bouts de lances à feu qui ont été chargés d’une composition de 50 p. n. et 50 s. n., (v. § 198), et qui doivent communiquer avec la fusée. On ferme les trous incendiaires avec des rondelles en toile cirée. Les trous incendiaires doivent être assez grands , d’environ 5 cent, de diamètre, afin que la flamme puisse se développer tranquillement, sans bruissement. Lorsque la fusée achève sa combustion elle communique le feu aux quatre bouts de lance à feu, lesquels enflamment la composition, brûlent les coiffes de toile cirée, et dégagent les trous incendiaires. Sous la fusée on met une petite quantité non battue de la même composition de laquelle les bouts de lances ont été chargés.
D’après Congrère (brevet de 1822), il parait qu’un petit projectile, en guise de fusée, tiré dans les armes portatives, produit un bon effet incendiaire.
Un projectile destiné à incendier ne doit jamais contenir une charge explosive; de plus on doit éviter en le confectionnant tout ce qui pourrait lors de l’emploi produire des détonnations (p. ex. des chambres dans l’intérieur de la composition), et cela parce que les détonnations produisent une agitation violente dans l’atmosphcre, d’ou résulte l’extinction du feu par l’effet de la réaction qui amène une grande masse d’air froid sur la flamme.
Quand on peut s’approcher de l’objet à incendier et qu’on a le tefnps nécessaire , on entrelace certaines parties de petits branchages , de paille, etc. qu’on arrose abondamment de goudron saupoudré de pulvérin. Si l’on agit, à la hâte on remplit des sacs avec la composition incendiaire, et on les couche ou on les lie sur les parties à incendier. Il est toujours avantageux d’entailler de quelques coups de hache les pièces de bois à incendier, de manière à les fendiller.