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CHAPITRE IV DERMATOSES PRURIGINEUSES

Nous allons étudier dans ce chapitre l'action des rayons X sur des affections d'aspect objectif différent ; mais comme dans toutes on rencontre un élément commun, le prurit, il nous a sembla possible de les réunir en un seul groupe au point de vue radiothérapique.

Dans beaucoup d'entre elles le prurit semble être le point de départ ; mais il peut rester seul ou s'accompagner de modifications locales. Aussi l'action des rayons X pourra-t-eile s'exercer simplement sur l'élément prurit, comme dans le prurit sine materia% ou bien sur le prurit et les lésions cutanées qui compliquent la situation.

Dans ce dernier cas, les rayons de Rôntgen non seulement feront disparaître le prurit, mais ils exerceront en plus une action favorable sur la dermatose concomitante. Nous passerons en revue successivement le prurit sine materia, le prurit avec lichcttiticatioiu le prurigo, le lichen ruber planus, le lichen corne et I Votent* .

raritrr suit uatcria - prurit jlxjll st tul^

Vu effet indiscutable des applications radiothérapiques sur los restons prttriginouscs est la diminution rapide du prurit et

PHUAIT ANAL ET VULVAlftE

même sa cessation complète. Nous avons traité Je cette façon quelques malades, qui ont été rapidement soulagés; mais il semble que l'amélioration ne soit que passagère dans certains cas.

Sjùgren et Sederholm ont constaté que des malades souffrant de prurit anal ou vulvaire ont vu leurs douleurs diminuer rapidement sous l'influence des rayons X. La guérison complète peut même survenir, s'il n'existe pas de graves lésions cutanées et si le régime du malade est surveillé.

Scholtz a rapporté un cas de prurit vulvaire qui fut amélioré à la suite de faibles irradiations.

Récemment M, Pennington a expérimenté l'emploi des rayons cathodiques dans le traitement du prurit anal. Les résultat* obtenus par ce procédé paraissent avoir été excellents : dans les 13 cas où ce praticien y a eu recours, a l'exclusion de toute autre méthode générale ou locale, il a obtenu une guérison complète et qui se maintient depuis plusieurs mois. La durée du traitement doit varier avec l'ancienneté et surtout avec la gravité de l'affection. Chez une femme, par exempt souffrant depuis trois ans, il a suffi de quelques séances pour faire disparaître le prurit» tandis que dans le cas d'un homme, chez lequel la dermatose ne remontait qu'à deux années, on dut continuer les séances pendant quatre semaines consécutives pour obtenir la disparition des phénomènes morbides,

MM* Delherm et Laquerrière ont essayé la radiothérapie sur une malade atteinte de prurit ano-vulvaîre depuis des années, et qui avait subi sans résultat de l'effluve statique, de la haute fréquence, de la révulsion faradique, etc. L'ampoule, ayant un degré de vide équivalent à 5 centimètres d'étincelle fut placée à 20 centimètres de distance. La première séance dura 1 minute, puis augmentation progressive jusqu'à 4 minutes. La guéri son fut complète en 6 séances ; elle se maintient depuis quatre mois.

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Clioz un autre malade atteint de prurit anal horriblement intense, qui avait résisté, il y a trois ans, à la haute fréquence, ces auteurs ont obtenu une amélioration considérable. Les séances eurent lieu, au début, trois fois par semaine, puis elles furent plus espacées. Après une douzaine de séances, il n'y avait plus que do légères petites crises passagères. Le malade peut dormir la nuit pondant huit heures consécutives, alors qu'auparavant il n'y avait jamais plus de deux heures de sommeil sans interruption.

Dernièrement, Oudin a publié un cas analogue.

Pour le traitement de cette affection, les rayons doivent être pou pénétrants et la quantité doit être faible, car il faut éviter toute réaction locale. La dose de 3 à 4 H ne nous semble pas devoir être dépassée, et les applications peuvent être faites tous les Sou 10 jours, en surveillant l'état des tissus.

On devra d'abord prescrire un régime sévère, appliquer les flluvos do haute fréquence, qui, le plus souvent, donneront de bons résultats, et ce n'est que dans les cas rebelles qu'il sera légitime d'essayer la radiothérapie.

PRURIT AVEC LICBÉNIFICAlïOH. — lrèVRODERHITBS.CnCOHSCBITBS

Sohollf a obtenu une notable amélioration chez 3 malades Atteints de cette affection.

Nous avons essaye la radiothérapie dans cette dermatose, et les résultats obtenus ont été très encourageants.

Il s'agissait de malades qui avaient été traités sans résultat |var les autres méthodes. Une femme, entre antres, souffrait depuis longtemps de démangeaisons intolérables, localisées en certains points, sur lesquels le grattage incessant avait détermine une lichenincation très prononcée. Le prurit fut rapidement calme. Les effets se tirent sentir le soir même on le

NEVR0BERMITE9

lendemain de l'application. Puis, peu à peu, la surface irradiée devint rouge ; elle s'assouplit, prit une teinte violacée, puis brunâtre. A ce moment les démangeaisons avaient totalement disparu. Au bout de quelque temps la peau avait repris sa souplesse primitive (elle était devenue lisse), les stries et quadrillages s'étaient effacés, et, à part la pigmentation, les endroits traités pouvaient être considérés comme guéris.

Depuis un mois, les démangeaisons n'ont pas reparu. Sur d'autres placards, le résultat a été moins rapide, et il a fallu, au bout d'une quinzaine de jours, faire une seconde séance.

En général, voici comment nous procédons. Noua faisons absorber à la plaque lichénifiée environ a à 6 unités H de PéobeUâ d'Holzknecht, en une seule séance, en préservant la peau saine par une lame de plomb, ou en nous servant du localisateur. Les rayons ont une pénétration correspondant au n° \ ou 5 du radïochromoraètre de Benoist. Trois ou quatre séances sont le plus souvent suffisantes pour obtenir la guérison.

Les résultats que nous avons obtenus sontintéressantst parce que les cas traités étaient des cas rebelles, qui avaient résisté à toutes les médications et même aux scarifications linéaires quadrillées.

Nous ne prétendons pas que la radiothérapie donnera des guérisons définitives, mais elle est capable de soulager te malade et même parfois de le guérir objectivement ; l'avenir nous montrera la durée de la guérison*

Obs. L — Mme */, /?*.., 2<j ans. — Névrodermite circonscrite de la région caroMdienne gauche, du dos et des cuisses (tiers moyen, face postérieure).

25 mars 1904. — 4 H sur la plaque do la région carotidieone. Le lendemain 26, les démangeaisons ont disparu sur le point traité.

3 mai* — Nous revoyons Ja malade, la plaque est complètement guérie, Il n'y a plus de démangeaison, ni d'infiltration ; il reste un peu de pigmentation,

Du 25 mars au 20 mai, elle a reçu 6 applications en des points

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différents, avec doses moyennes de 3 à 4 H suivant les régions et l'état des téguments.

Partout le prurit et l'infiltration sont en régression ; en quelques endroits la guérison est totale ; sur d'autres points on a dû faire une seconde séance au bout d'un mois environ. La malade est très améliorée.

Obs. H. — L. A...t 39 ans. — Placard de lichénification de la jambe gauche, mesurant 8 centimètres de longueur sur 6 centimètres de hauteur. L'ensemble est très pigmenté et très prurigineux.

14 mai. — Dose absorbée, 5 H ; rayons n° 4-5.

4" juin. — Les démangeaisons ont diminué ; l'infiltration est moins marquée, la peau est un peu rouge ; on fait cependant une seconde séance avec dose de 3 H.

La malade est encore en traitement.

11 en est de même de 4 autres malades qui sont déjà très améliorées.

Octobre. — Ces malades revues en octobre étaient complètement guéries.

PRURIGO

Scholtr a rapporté un cas de prurigo, dans lequel il n'obtint par la radiothérapie aucune modification apparente. Le côté non irradié guérit aussi vite que celui qui l'avait été.

Nous avons traité un enfant atteint de prurigo de Hebra, chez lequel l'affection datait de plus de deux ans. Il n'avait été amélioré ni par les pommades, ni par le régime sévère qu'il suivait. Nous basant sur les effets antiprurigineux des rayons X, nous l'avons soumis à la radiothérapie. Comme le sujet était peu docile, nous avons été obligé, pour assurer son immobilité, de Tattacher, avec des bandes de toile, sur une planche que nous avions fait faire spécialement. Nous avons traité successivement les différents points malades. Chaque région a absorbé en moyenne 4 À 5 11 avec des rayons peu pénétrants (n° A ou 5). Tne seule application a été suffisante.

l-a guérison sVst faite de la façon suivante. Dès les premiers jours qui ont suivi l'irradiation, le prurit a totalement disparu. LVrythème préexistant sVst accentué, le suintement a été plus

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abondant pendant quelques jours : puis la peau a desquamé, les excoriations ont disparu et le tégument a repris son aspect normal ; c'est à peine si la peau a conservé une teinte un peu plus foncée.

En somme, le résultat a été rapide. Nous avons fait sur la face, il y a quelques jours, une dernière irradiation pour achever la guérison. L'état de la peau des creux poplités était toujours excellent; le prurit n'avait pas reparu : ces régions étaient cependant guéries depuis plus d'un mois.

Il faudra prendre garde à la sensibilité des plis articulaires, protéger les testicules, à cause de l'effet nocif des rayons X pour les éléments cellulaires de ces organes, et proportionner la quantité de rayons absorbée à Fêtât inflammatoire de la peau,

En faisant des réserves sur la possibilité des récidives, il nous semble que cette guérison apparente mérite d'attirer l'attention. Les rayons X peuvent devenir, par conséquent, un précieux auxiliaire du médecin dans des cas analogues»

Obs. L — \f. L. &,., "2 uns cl demi, — Prurigo de llébra, ayant apparu chez cet enfant, à l'âge de 3 mois, sur la joue droite. La lésion s'est étendue peu a peu et a gagné un grand nombre de régions.

L'enfant éprouve de violentes démangeaisons et porte des traces de grattage. La peau est infiltrée, rouge, suintante et pigmentée ; elle présente par places uu peu de lichen ilîca lion. Les points les plus malades sont : la face, la tète, le cou, les creux poplités, Il a élé soigné par les pommadas pend an L un an, sans résultat. Comme le sujet ne veut pas rester tranquille, il est attaché sur une planche spéciale.

Du M février au 25 avril 1904, il a reçu 7 applications, avec dose de 4 à 5 H environ (rayons n° 4-5), sur les différents points malades. Une seule séance a suffi par région.

La guérison était complète partout (le 9 mai), sauf sur la face qui avait été traitée la dernière et incomplètement.

Les phénomènes ont évolué de la façon suivante: après chaque irradiation la rougeur qui existait déjà s est accentuée, l'épidémie a desquamé, les croùtellessont tombées, Je suintement s est arrêté, l'infiltration a disparu et la peau a repris son aspect normal. Les démangeaisons cessèrent ordinairement dès le lendemain ou le surlendemain des applications.

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LICHEN RUBER PLAIfUS. - LICHEN CORNÉ

Il semble que ce soit Scholtz qui ait appliqué un des premiers la radiothérapie au traitement du lichen. L'observation qu'il a publiée est la seule qui soit signalée dans l'ouvrage de Freund et dans celui de Williams.

Les irradiations furent de courte durée, et les lésions disparurent relativement vite. « Après un petit nombre de séances, dit-il, les lésions guérissaient sur la jambe droite, avec production légère de desquamation, accompagnée ou non de pigmentation, tandis que du côté opposé qui n'avait pas été irradié, on ne pouvait constater qu'une modification insignifiante des papules. » L'auteur reconnaît que le cas qu'il a traité n'était pas un cas rebelle, car, au bout d'un certain temps, les éléments qui n'avaient pas été soumis aux rayons X disparurent à la suite du traitement arsenical.

William L. Heeve a guéri un cas de lichen plan du bras, après 14 semaines de traitement; de même, Zeisler, Macleod, Pusey, et dernièrement Ullmann, ont obtenu de bons résultats.

Nous avons traité, à Broca, un cas de lichen plan. Il s'agissait d'une jeune femme qui avait été adressée à M. Brocq par M. le docteur E. Besnier. Les lésions étaient peu étendues, mais elles s'accompagnaient d'un prurit intense. Nous traitâmes un côté par la radiothérapie, et l'autre par les topiques ; aucun médicament interne ne fut administré à la malade.

Les démangeaisons cessèrent rapidement sur le côté irradié ; les papules de lichen s'atténuèrent et finirent par disparaître; une séance fut suffisante sur la plupart des éléments ; sur quelques-uns, on dut, au bout de quelques jours, faire une nouvelle application.

L'amélioration a été beaucoup plus lente sur les régions traitées par les pommades ; les démangeaisons ont subsisté

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