‹ Traité de Raja YogaChapitre 32 sur 36 · QUALIFICATIONS REQUISES · texte numérisé non relu

QUALIFICATIONS REQUISES

J’ai dit dans la partie précédente que je voulais parler des obstacles que l’on rencontre sur le chemin de l’occultisme, mais je crois qu’il vaut mieux envisager ces obstacles de l'autre côté, c’est-à-dire considérer les capacités qu’il est nécessaire d’avoir pour marcher sur ce chemin ; en effet, il vaut mieux toujours regarder les choses du côté positif que du côté négatif, les verlus, plutôt que les vices ; par suite, il vaut mieux considérer les capacités qui ne sont que l’envers des obstacles.

Il est trois grandes capacités qu’il faut posséder : la première est un désir ardent ; la deuxième une volonté ferme ; la troisième une intelligence vive.

Sans ces capacités, impossible de marcher sur une route aussi difficile ; il nous faut donc les considérer toutes les trois afin de comprendre comment ces capacités peuvent être évoluées en nous-mêmes.

Bien que le Yoga ne soit que l’application des lois de l’évolution de la matière, des pouvoirs de l’intelligence

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ouverte, néanmoins, le Yoga, dans le sens spécial, n’est pas pour tout le inonde; il est seulement pour peu de personnes. Tout le monde peut commencer, tout le monde peut tacher de comprendre, d’appliquer ces lois peu à peu à soi-même, mais une application consciente, suivie, résolue ne peut être le fait de tous les hommes ni de toutes les femmes ; seuls quelques-uns d’entre nous peuvent vraiment devenir ce que l’on appelle des Yoguis, ceux-là seulement qui pratiquent avec possibilité de succès le Yoga proprement dit et résolument suivi.

Ainsi donc, le Yoga demande, en premier lieu, un désir ardent ; sans ce désir, pas de possibilités de succès ; le chemin est si long, les difficultés sont si grandes, que seul celui qui le désire ardemment peut marcher dans cette voie.

Examinez-vous vous-mêmes : vous trouvez en vous un grand nombre de désirs, mais ce sont des désirs passagers, fugitifs, non des désirs permanents ; aujourd’hui vous désirez telle chose ; demain vous désirerez telle autre. Les désirs changent continuellement sur le chemin du progrès ordinaire de l’évolution. Il faut absolument éprouver tous ces désirs afin d’évoquer les pouvoirs de l’intelligence et de l’âme.

On parle quelquefois des désirs comme si c’était une chose mauvaise, et l’on dit qu’il ne faut pas avoir de désirs ; c’est vrai sur le chemin du retour, mais ce n’est pas vrai sur le chemin où l’on cherche les expériences.

Nos livres parlent de deux chemins appelés Pravrilii ,

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le chemin qui va en avant, et Nivritti , le chemin par lequel on revient, et, suivant le chemin que l’on suit, on doit ou l’on ne doit pas avoir de désirs.

Mais c’est une erreur fatale, commune à bien des personnes que de chercher à détruire les désirs quand elles ne sont pas évoluées. Croyez-vous que le Logos, créateur de l’univers, aurait rempli ce monde d’objets propres à éveiller les désirs, s’il voulait que le désir disparût. Si Dieu ne voulait pas que les hommes sentissent des désirs, le monde serait très différent de ce qu’il est; l’on ne rencontrerait pas, sur le chemin, des objets agréables, qui attirent et qui vous disent de tous côtés : « Me voici, prenez-moi ».

Le Logos est comme une mère dont l’enfant ne marche pas encore : un jouet à la main, pour attirer l’enfant, la mère le lui présente de loin, en disant à l’enfant : « Viens, marche, tâche de marcher ». Poussé par le désir de posséder ce jouet, l’enfant commence à marcher. Le Logos n’agit pas autrement avec ses enfants pour lesquels il a des jouets de toutes sortes.

Le plaisir, la joie de vivre, les éloges, le pouvoir, toutes choses qui ne sont pas complètement satisfaisantes pour Pâme humaine, l’attirent cependant pour un moment, et ont ainsi leur fonction dans le monde : celle de nous pousser à l’effort pour les saisir et pour les développer quand nous les avons saisies.

C’est donc rendre un fort mauvais service à un jeune homme,que de détruire en lui tous les désirs, car ces désirs sont pour lui une protection efficace contre bien des péchés du monde*

madame besant sur la yoga

Un jeune homme ambitieux ne peut pas marcher dans ce monde par tous les chemins boueux, parce qu’il ne peut devenir grand, il ne peut posséder les pouvoirs sur les autres sans se respecter lui-même; poussé par le désir, très souvent, il reste dans le chemin de la vertu, évitant le chemin du vice, grâce à ce désir plus élevé qu il a de posséder le pouvoir soit politique, soit social. Dans la circonstance, peu importe le but : seul l'effort a de la valeur.

Le Logos qui comprend très bien sa fonction étale tous les objets de désir aux yeux de ses petits enfants afin qu ils apprennent à marcher pour devenir des hommes ; les désirs pour de grandes choses détruisent les désirs plus bas, les désirs nobles sont les épées qui abattent les désirs mesquins.

Le désir de s’unir à Dieu, de trouver le Soi, de réaliser sa divinité, est lin désir noble et nécessaire ; sans ce désir ardent comme une flamme, on ne peut supporter les difficultés, les dangers, les souffrances de ce Sentier si difficile et si court qui mène à la connaissance rapide du Soi.

En second lieu, il faut avoir une volonté ferme, invariable.

Quelle est la différence entre le désir et la volontés Une différence très importante. Le désir est la même énergie que la volonté, mais il en diffère en ce qu’il est toujours déterminé par un objet du dehors, même quand il est ce désir ardent dont j’ai parlé; le désir est toujours attiré par un but. La volonté, c’est la même énergie déterminée par le Soi lui même, déterminée du

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dedans et non du dehors. Par suite, la volonté ne change pas comme les désirs, elle est permanente, et elle est dirigée par l’intérieur, par toutes les expériences antérieures de Pâme durant la longue vie pendant laquelle l’homme parcourt le monde.

Et cette volonté est ferme. Il faut la trouver ; elle reste cachée dans le Soi ; c’est la dernière qualité divine du Soi, mais elle dirige toutes les expériences cachées dans la « caverne », toutes les expériences de nos vies, si nombreuses qu’elles soient. Toute la direction imprimée au cours de ces vies vient de la volonté qui reste cachée en nous, divinité cachée qui dirige tout#

Mais il faut que cette divinité se montre, quelle ne demeure pas cachée, et la volonté de l’homme, volonté vraiment libre, est le don le plus précieux que possède Pâme humaine. C’est Dieu Lui-même en nous.

La volonté en nous, c’est la volonté divine qui marche toujours, toujours, avec la volonté suprême, et qui s’efforce de dominer ces désirs qui marchent par les inondes inférieurs, reflet de ses propres pouvoirs, mais s’élevant contre celui dont ils sont véritablement les enfants.

En troisième lieu, il faut une intelligence vive, large, sans quoi, pas de Yoga.

Mais comment faire éclore, comment faire grandir ces pouvoirs de l’àme ?

On peut répondre à cette question en trois mots, chaque mot se rapportant à une capacité.

On peut faire grandir le désir en pensant , la volonté en agissant , Vintelligence en étudiant.

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Voilà les trois moyens ; je dois les préciser encore.

Vous pouvez créer en vous exactement ce que vous voulez : c’est seulement une question de temps et d’efforts, rien de plus : tout ce que vous pouvez penser, imaginer, concevoir, peut être créé en vous-même : c’est la vérité la plus importante pour vous.

On peut dire avec raison des Hindous qu’ils ont une très forle volonté ; je sais bien que, au contraire, le plus souvent, on dit que l’Hindou est passif. C’est que malgré une très forte volonté, il y a pour l’Hindou peu d’objets qui lui paraissent valoir la peine de mettre en œuvre cette volonté. Il passe indifférent, trop indifférent même, quelquefois écrasé par une idée imparfaite de ce que l’on appelle le Karma ; l’Hindou, quelquefois, envisage le Karma comme une destinée imposée du dehors et non comme la création de l’aine.

Ainsi, l’Hindou, souvent, manifeste cette indifférence passive, cette paresse. Mais qu’il trouve un objet vraiment attrayant, aussitôt vous verrez jaillir la volonté de cet être.

Que pensez-vous d’un homme capable de tenir son bras en l’air jusqu’à ce que ce bras se dessèche et devienne insensible? Pensez quelle grande volonté il faut pour cela, songez aux angoisses, aux douleurs qui ont précédé le moment où ce bras est resté définitivement dans la position élevée. Essayez de le faire pendant une heure, vous vous rendrez compte de ce que ce serait que de le faire pendant des années : vous mesurerez ainsi la fermeté de volonté de l’Hindou lorsqu’il veut véritablement quelque chose. Ordinairement, il ne veut pas ;

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rien ne mérite de retenir sa volonté, et c’est pour cela qu’aux Indes on trouve souvent des Yoguis capables d’actes inutiles, comme de faire mourir un bras : mais la volonté qui peut obtenir ce résultat est une chose sans prix.

Ce n’est pas à cette volonté que j’ai fait allusion tout d’abord ; c’est à la volonté dirigée vers une pratique, à la méditation sur une vertu, par exemple, chose qu’on comprend bien aux Indes.

J’ai connu un hindou d’âge mûr — il avait à ce moment environ 55 ans — qui, pendant quarante ans, avait pris l’habitude de méditer chaque jour sur une seule vertu, la vertu de la vérité. C’est long, n’est-ce pas? mais aux Indes, des méditations comme celle-là sont fréquentes. Quel était l'effet de ces méditations répétées?

Nul ne pouvait lui imposer une contre-vérité sans qu’il s’en aperçût immédiatement, et comme il était alors juge d’un canton, jamais un seul témoin, jamais un seul accusé n’a pu le tromper.

Comprenez-vous comment il était arrivé à ce résultat? c’est chose tout à fait simple.

A chaque vibration de la matière, je vous l’ai dit, correspond un état de conscience; à l’état de conscience qui est la vérité, à la pensée de la vérité, correspond une vibration dans le corps mental : chaque fois qu’on pense à la vérité, cette vibration se répète dans le corps mental. Si chaque matin, pendant quarante ans, vous répétez cette pensée de vérité, votre corps mental toujours répète les mêmes vibrations spéciales. Le corps

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mental ayant pris cette habitude, s’il est mis en présence d’un état de conscience autre qui présente un mensonge, il se produit en lui une vibration toute différente ; les deux vibrations se rencontrent, mais en complet désaccord, comme un faux accord musical.

Voilà tout, c’est très simple. Ce juge ne lisait pas dans le mental du témoin ou de l’accusé : il n’était ni clairvoyant, ni clairaudient, et ne voyait pas le mensonge ; la note donnée par le témoin ou l’accusé était tout simplement en désaccord avec la vibration qu’il ressentait dans son corps mental ; la sensation était aussi immédiate que celle d’un accord faux donné par deux notes de musique.

Vous pouvez obtenir le même résultat si vous le voulez ; mais vous comprenez, n’est-ce pas, qu’il faut avoir un désir bien ardent de connaître la vérité pour méditer ainsi chaque matin pendant quarante ans.

D’ailleurs il n’est pas nécessaire de méditer aussi longtemps pour acquérir peu à peu cette sensibilité. Seulement une telle persévérance est très difficile à obtenir des Occidentaux ; toujours ce sont des excuses. On médite bien pendant une semaine, peut-être, à l’occasion, pendant un mois,mais pendant un an, c’est impossible; et puis, même au bout d'une semaine, on voit qu’aucun progrès ne se manifeste, on ne peut pas reconnaître, après une si courte expérience, la vérité, et alors on abandonne.

Si donc vous voulez vraiment perfectionner votre corps mental, ce qui est nécessaire pour le Yoga, il faut avoir cette volonté parfaite dans le pouvoir de la pensée.

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L’imagination, voilà votre énergie créatrice. Imaginez ce que vous voulez, mais imaginez-le assez fortement, et vous deviendrez créateur.

C’est là le seul pouvoir dont le Logos Se serve en créant un univers : Il S’imagine un univers, et l’univers est là.

Vous aussi pouvez exercer ce pouvoir nécessaire pour le Yoga ; tâchez tous les jours, ne fût-ce que pour deux ou trois minutes, d’imaginer quelque chose clairement, nettement, comme un artiste qui veut faire un tableau : si vous pouvez visualiser un objet, c’est déjà un résultat. Chacun de vous possède cette capacité d'imagination, les uns plus que les autres, c’est vrai ; il y a des gens chez qui l’imagination n’est pas très vivace. Cependant, je le répète, tous ont en eux le germe de ce pouvoir ; cultivez-le, tâchez de le faire accroître et grandir en vous, car, dans ce pouvoir d’imagination qui est vraiment divin, vous posséderez tous les pouvoirs qui vous sont nécessaires pour votre évolution. Pendant deux ou trois mois, consentez à en faire une expérience sur vous" mêmes, imaginez en vous quelque vertu qui vous fait défaut, et au bout de quelque temps, vous verrez cette vertu commencer à poindre dans votre vie.

Lorsque vous avez fait cette expérience pour vousmêmes, vous avez fait plus qu’en lisant une douzaine d’ouvrages sur le pouvoir de la pensée : les livres sont l’expression des idées d’un autre ; votre expérience sera en vous-et vous serez plus convaincus par votre propre expérience que par un livre ou une conférence.

Si donc vous comprenez que vous avez en vous cette

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énergie créatrice deTimagination,commencez par le désir.

Il vous est impossible de changer vos désirs en tant que désirs ; vous désirez ou vous ne désirez pas ; une chose vous plaît ou vous déplaît : c’est un fait contre lequel vous ne pouvez rien.

Gomment donc peut-on agir sur le désir au moyen de pensée ?

Vous pouvez regarder en face un désir et penser à toutes les conséquences qui suivront la satisfaction de ce désir s’il est bon ou s’il est mauvais.

En pensant aux conséquences funestes d’un mauvais désir, une répulsion naîtra en vous pour les objets que vous désiriez auparavant.

Voici encore une chose que vous pouvez faire. Vous trouvez qu’un de vos désirs vous apporte toujours quelque malheur ; ne pensez pas à l’objet qui présente de l’attrait pour vous, songez au malheur, et au bout de peu de temps, la vue seule de l’objet que vous désiriez vous causera une répulsion pour cet objet.

Au contraire, si vous voulez cultiver un bon désir qui vous élève, fixez la pensée sur les conséquences bonnes qui en suivront la satisfaction ; ce désir deviendra en vous de plus en plus fort, de plus en plus ardent. Si vous voulez cultiver ce désir ardent pour le Yoga, qui est nécessaire pour le succès, alors vous devez penser pendant longtemps, des mois, même des années, à tous les résultats magnifiques du succès dans le Yoga, à tous ces résultats de l’union avec le Soi, à tous ces pouvoirs dont vous pourrez aider les autres quand vous aurez trouvé l’identité avec le Soi.

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De cette façon naîtra en vous ce désir que j’ai comparé à une flamme dévorant tout ce qu’il y a de mauvais en vous, les liens qui vous attachent aux choses inférieures de ce monde.

Gomment, maintenant, peut-on rendre plus ferme la volonté? Simplement en agissant

Il ne s’agit plus de pensée, mais d’action, d’activité. Il faut pratiquer chaque jour, il faut vous forcer à faire une chose prescrite, même si vous ne voulez pas la faire à ce moment; il faut vous prendre en main et vous pousser à cette activité que vous avez résolu d’exercer et chaque jour la répéter, dominer la résis tance du corps, vous imposer cette contrainte.

Peu importe le sujet sur lequel vous ferez porter votre activité : l’essentiel, c’est que cette activité s’exerce.

Les jeunes Zains ont l’habitude de choisir chaque matin trois ou quatre tâches qu’ils imposent à leur activité pendant la journée ; un enfant de dix ans, par exemple, dira : « Je ne veux pas m’asseoir aujourd’hui sur plus de trois sièges », c’est une sottise, je vous le concède ;

mais quand cet enfant s’est assis trois fois, il ne s’assied

plus.

Le résultat est minime, presque ridicule, mais la volonté s’est développée par ces promesses répétées chaque matin et tenues au cours de la journée, et par ces moyens elle devient volonté consciente.

Au point de vue pratique, il serait fort utile pour vos enfants*d'exiger d’eux une petite promesse chaque ma** tin, promesse qu’ils tiendraient dans la journée ; vous verriez alors avec étonnement l’éclosion de la volonté

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résistant à la tentation de faire ce que l’on a promis de ne pas faire.

Mais, dans cette voie, ne choisissez jamais au début des choses diflicites ; choisissez des buts faciles, parce que c’est très difficile de faire ou de ne pas faire une chose, si petite qu’elle soit ; il faut avoir de la mémoire aussi bien que de la volonté ; on devient alors beaucoup plus conscient, on guide ses actions, on décide ce que l’on fera, et c’est vraiment la conscience continuelle du Soi qui fait le Yogui.

Faites-vous donc à vous-mtmes. le matin, de ces promesses ; n’en parlez à personne ; mettez votre amourpropre à les tenir, et vous verrez vite s'affermir votre volonté.

Mais n’oubliez pas que s’il est simple de faire une promesse, il est beaucoup plus difficile de la tenir.

Reste maintenant l'intelligence vive : comment développer cette intelligence.

Vous y arriverez en étudiant les choses absolument nécessaires ; je ne veux pas dire en lisant les livres, chose très facile, mais en étudiant les livres.

Un certain nombre d’entre vous lisent beaucoup, trop même, et cela sans grand résultat au point de vue de l’évolution du mental qui reste comme une corbeille toujours à moitié vide ; car lire un livre, c’est seulement suivre le mental d’un autre ; l’étudier, au contraire, c’est évoluer le corps mental.

Etude sévère, suivie, persévérante, voilà ce qui est nécessaire pour faire éclore l’intelligence, pour la vivifier,

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étude à laquelle il faut se livrer tous les jours sans jamais y manquer.

Voilà donc pour les trois capacités absolument nécessaires.

Mais il en est une quatrième qui est nécessaire sur un des chemins que j’ai décrits hier soir, et non sur l’autre: je veux dire le courage.

Si vous voulez marcher par ce chemin où vous développez les véhicules physique, astral, mental, afin que l’intelligence puisse les employer, alors, il vous faut du courage ; au contraire, le courage n’est pas nécessaire pour 1 autre chemin où I on fait éclore les pouvoirs du Soi; dans cette voie ci il y a des difficultés, mais il n’v a pas de dangers. L’autre chemin de l’occultisme est, au contraire, très périlleux; il présente une quanlité de dangers qui ne se retrouvent pas sur le chemin de la spiritualité.

Dans la voie de l’occultisme, je le répète, il faut faire preuve de courage, parce que les corps, physique, astral, mental, doivent affronter beaucoup de dangers sur chaque plan ; si le courage est nécessaire au soldat qui se bat, il n’est pas moins nécessaire à celui qui développe les Siddhis.

Donc, sans le courage, le progrès est impossible ; mais il faut aussi régler les corps afin de les purifier et les organiser. Sans cette purification, les dangers deviennent des pouvoirs de destruction parfaits.

Gomment donc purifie-t-on les corps V

On purifie le corps physique en ne faisant usage que d’aliments purs,

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Les Hindous divisent les aliments en trois classes : aliments sattviques harmonieux ; rajasiques pleins d’énergie, de force, tumultueux, dont les vibrations sont très fortes, mais sans être rythmiques ; tamasiques, dont les vibrations sont lourdes.

Comment reconnaître ces trois sortes d’aliments ?

Ils ont des qualités bien caractérisées.

Tous les aliments qui ne sont pas parfaitement frais, comme le gibier que l’on a gardé longtemps, tous les aliments que l’on a fait cuire, mais que l’on a mangés beaucoup plus tard, le lendemain, par exemple, sont des aliments tamasiques ; toute substance en décomposition est tamasique. Il faut éviter celte nourriture.

Les aliments rajasiques sont ceux qui contiennent le suc vital des animaux ; ils ont des propriétés rajasiques parce que l’animal a le mental très peu développé ; il est l’incarnation des désirs, il est organisé d’une façon kâmique, passionnelle, avec des instincts très violents.

Ces aliments sont bien de quelque utilité pour le corps, mais il faut les éviter dans le Yoga, aussi bien qu’il faut éviter les aliments du règne végétal qui possèdent quelque partie du magnétisme animal.

Les aliments parfaitement rythmiques sont les aliments sattviques ; ce sont tous les végétaux dans lesquels la vie est renforcée et où les grains surtout qui produisent de nouvelles vies sont des réserves d’une vitalité toujours croissante. Les fruits, les grains, voilà les meilleurs aliments pour le corps physique, ceux qui le rendront sensitif et qui mettront de l'harmonie dans ses vibrations.

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11 faut donc éviter la corruption sous toutes ses formes, parce qu elle agit sur certaines régions cérébrales encore incomplètement développées chez l’homme ordinaire, mais absolument nécessaires pour le corps physique quand on pratique le Yoga ; je veux parler du corps pituitaire et de la glande pinéale.

Ces deux petites parties du cerveau sont essentielles pour le développement du Yogi, et l’alcool, par exemple, les tue très rapidement ; il faut donc rejeter l’alcool, sous toutes ses formes, si vous voulez pratiquer, sans quoi, la méditation, la concentration développeront 1 irritation et l'inflammation dans ces parties du cerveau au point de rendre la guérison très difficile.

Voilà donc pour le corps physique. Mais rappelezvous que, si vous avez, dans le corps astral, des désirs qui ne sont pas purs, ou dans le corps mental, des pensée impures, vous aurez beau purifier votre corps par l’usage d’aliments purs, la réaction de ces désirs et de ces pensées en fera toujours des corps impurs. 11 faut des désirs et des pensées purs à celui qui veut que le corps physique soit pur.

Quelquefois, on oublie ces questions de purification et l’on affronte quand même les dangers très sérieux du plan astral.

Sans doute vous avez entendu parler de cet être qu’on appelle « Gardien du seuil du plan astral ». Ce mot « gardien » est appliqué, en occultisme, à trois espèces d êtres tout à fait différents, et il faut toujours préciser le sens dans lequel vous vous servez de ce mot « gardien ».

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Les premiers gardiens du plan astral sont des élémentals, et puisqu’on entre dans le plan astral par les sous-plans les plus proches du plan physique, et que les éléinentals des sous-plans appartiennent au royaume animal, — ce sont des sous-devas ; ces élémentals naturels ne font pas preuve d’amitié envers les hommes.

Vous pouvez comprendre pourquoi.

A leur point de vue, l’homme est l’agent destructif dans la nature, qui marche sur l’herbe et l’écrase, qui coupe les arbres, tue les animaux ; pour ces élémentals, l’homme est un diable semant partout la mort, et tous les maux qu’ils cherchent à éviter, dans les royaumes végétal et animal, proviennent de l’homme.

Aussi les élémentals détestent l’homme, et voient en lui un esprit malfaisant.

Quand l’homme commence à agir, à marcher, à fonctionner dans le corps astral, cette foule des élémentals se précipite vers lui pour tâcher de l'effrayer. Ils ne peuvent lui faire vraiment de mal, ils n’en ont pas le pouvoir; ils tâchent seulement de l’effrayer en prenant les figures les plus abominables, en faisant les grimaces les plus terribles et les plus répugnantes.

Armé de courage, on marche en avant, sans faire la moindre attention à tous ces êtres qui bouillonnent autour de soi. On se dit : « Ces êtres n’ont aucun pouvoir de me faire du mal ; je suis un être conscient, divin ; que peuvent contre moi ces créatures beaucoup plus petites que moi dans le royaume de l’âme V »

Si l’on a ce courage, tous les élémentals reculent, prennent la fuite et disparaissent.

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Ensuite, peu à peu, on gagne leur confiance, on devient au contraire, leur ami; ils commencent à comprendre que vous n’avez nulle haine contre eux, que vous ne voulez rien détruire, que vous êtes vraiment les amis, non les ennemis de tous : ils perdent tout leur effroi et deviennent vos amis.

Ce premier danger est donc de minime importance mais je n’en dirai pas autant du second. Ce danger ci, c’est votre propre pensée incarnée dans les formes-pensées que vous rencontrerez sur le seuil du plan astral.

Tout ce qu’il y a de mauvais dans votre passé, tous les crimes inexpiés, toutes les injures dont vous vous êtes rendus coupables, tout ce que vous appelez le mauvais Karma s’incarne en formes élémentales artificielles pour vous repousser de ce seuil.

Vous sentez donc la nécessité de bien des vies de bonté et de bienfaisance avant d’affronter ces dangers, afin que ce Karma du mai soit expié le plus possible, qu’il n’en reste que très peu en opposition avec vous lorsque vous entrez sur ce plan.

Voilà quel est le second gardien du seuil.

Le troisième gardien est beaucoup plus rare, mais encore plus terrible.

Quelquefois, dans une de ses vies, l’homme peut descendre au lieu de s’élever ; ce n’est pas qu’il ne résiste pas aux tentations, c’est plutôt qu’il les accueille ; il cède à tout ce qui est mauvais dans la nature, et rejette tout ce qui est bon en lui-même ; il combat toujours contre ce que le Soi supérieur tâche de faire en lui ; la chair, les passions luttent toujours contre la vertu, et

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remportent, dans ces luttes acharnées, la victoire, au points que les corps physique, astral,mental deviennent si noircis par le péché que l’Ego supérieur les repousse avec horreur et dit : « Je ne veux pas de vous ; vous ne m’appartenez plus ».

On lit dans une des Ecritures de l’Inde : a Le Soi devient l’ennemi de celui qui ne veut pas se soumettre à ses lois ». Alors, il rejette ses corps, et, de la sorte, les corps sont séparés du Soi : ils ont perdu ce principe de la vie éternelle et errent sur le plan mental, sur le plan astral, môme quelquefois sur le plan physique, sans âme, sans le Dieu inné qui s’est retiré de son temple ; le temple n’est alors pins le saint temple, — le Dieu en a disparu.

Quelques hommes, sur terre, n’ont la conscience ni du bien, ni du mal ; ils vivent dans le mal comme dans une atmosphère où ils n’éprouvent aucune difficulté à respirer.

La mort lue le corps physique qui a perdu son âme, mais le corps astral persiste pour quelque temps encore très fortement vitalisé, parce que les désirs sont vraiment des pouvoirs, désirs de l’animal, et non pas désirs de l’homme. Si ces désirs sont vitalisés jusqu'au point où l’Ego revient se fabriquer de nouveaux corps mental, astral et physique, c’est-à-dire s'il revient sur la terre avec des corps nouveaux avant que le corps astral n’ait subi la désintégration, alors, c’est ce corps astral de la vie précédente qui devient le gardien le plus farouche du seuil de l’astral.

Mais, fort heureusement, ce cas est rare ; cependant

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vous comprenez quels dangers il faut alors affronter.

11 est possible de vaincre meme cette destinée terrible, mais c’est difficile, et ceux qui possèdent un tel gardien du plan astral feront bien de ne point pratiquer le Yoga dans leur existence présente, mais seulement de vivre une vie noble, bienfaisante, afin que ce gardien terrible se désintègre avec le temps.

11 est donc utile, avant de commencer méthodiquement le Yoga, de demander à quelque clairvoyant sur ce plan si on a l’esprit tout à fait libre de ce passé, de ce danger que j’ai cherché à décrire.

Il y a encore d’autres dangers, moins grands sur ce plan, ce qu’on appelle les dangers du feu, des liquides, des solides, de l’air.

Vous avez à apprendre, par des leçons assez simples, que rien dans la matière du plan astral ne peut s’opposer à la volonté humaine, absolument rien ; la matière y est toujours à la disposition de la volonté.

Par conséquent, vous pouvez marcher où vous voulez. Si vous voyez quelque chose qui est tout à fait solide en apparence, ce n’est pas solide pour vous, si vous désirez marcher en avant ; mais il faut le savoir, sans cela vous ne pouvez pas passer.

M me Blavatsky nous racontait, un jour, une histoire assez curieuse. Comme vous le savez, elle avait un certain embonpoint, et, se trouvant, une fois, sur le plan astral, elle voyait qu’elle pouvait cependant facilement passer dans un lieu très étroit; néanmoins, voilà que, au milieu de ce passage, elle se dit : « Je suis bien trop grosse pour passer par là », et aussitôt, elle se

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trouva serrée sans plus pouvoir avancer ni reculer.

C’est qu’elle avait pensé qu’elle ne pourrait pas passer. Mais elle se reprit, en disant : « je suis folle ; je puis passer partout sur le plan astral », et immédiatement elle retrouva la liberté de ses mouvements.

Il y a donc là un petit danger si vous êtes éveillé sur le plan astral, c’est celui de penser, même pour un instant, que quelque chose peut vous faire du mal, car cette pensée réagira sur le corps physique.

Ce n’est pas un gros danger, cependant c'en est un.

Durant le naufrage d’un navire sur lequel je me trouvais en corps astral, je vis qu’un des mâts allait tomber, et, tout à fait sottement, je pensai : « Ce mât va tomber sur moi » ; mais aussitôt je me repris et dis : « Puisque je suis en corps astral, ce mât ne peut me faire du mal physique » ; mais il était trop tard, à mon réveil, mon corps avait reçu la blessure physique, causée par le mât physique, tombé sur le corps astral.

En somme, ces petites aventures sur le plan astral sont sans danger.

Un autre danger plus sérieux est celui des illusions astrales.

Chacun de vos désirs apparaît comme un ami sur le plan astral, objectivement ; vous ne le reconnaissez pas comme votre désir, mais comme quelqu’un qui vient vous voir et vous souhaite la bienvenue, et si c’est un désir mauvais ou imparfaitement bon, c’est un ennemi certain et il peut vous séduire, vous écarter du chemin, et former avec vous une union qui va vous retenir dans votre marche en avant.

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Vous ferez donc bien, avant d’affronter le plan astral, de congédier tous les désirs du plan physique ; alors vous serez tout à fait en sûreté ; mais si vos pensées ne sont pas tout à fait correctes, exactes, si elles ne répondent pas aux faits actuels, alors vous subirez toujours des déceptions sur ce plan, parce que ces pensées vous montreront comme réalité ce qui n’est que mensonge et duperie.

Il faut donc tâcher de ne penser que des choses absolument vraies, sans quoi les déceptions s&it continuelles ; vous verrez des anges, des amis, des guides là où il n’y a que des ennemis qui vous font tomber dans des pièges sans que vous sachiez que ce sont des pièges.

Là encore, vous le voyez, se fait sentir le besoin d’une purification aussi parfaite que possible.

Quelquefois il y a des malentendus sur ces questions parmi les théosophes. Quand je répète qu’il faut se purifier et quand j’ajoute qu’il y a des disciples qui n’ont pas la parfaite pureté, on m’accuse de contradiction ; il n’y en,a pas. Il est possible de franchir ce seuil sans la pureté, il est possible d’être libre sur le plan astral sans la pureté ; mais il y a des dangers terribles si l’on n’est pas pur.

Aussi est-ce le devoir de quiconque sait qu’il y a des dangers de dire à 1 étudiant i ne parcourez pas le plan astral si vous n’êtes pas pur. Vous pouvez y arriver, c’est certain, mais vous affronterez alors de nombreux dangers, vous aurez des chutes terribles.

Mais si l’on me pose cette question : telle ou telle

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personne peut-elle circuler sur le plan astral, bien qu’elle ne soit pas pure, qu’elle ait même peut-être des vices ? je réponds : oui, c’est possible.

Voilà ce qu’il faut tacher de bien comprendre afin d’éviter de continuels malentendus qui vous feraient beaucoup de mal.

11 y a encore un danger beaucoup plus grand, mais celui-là ne se présente qu’à ceux qui sont montés vraiment haut sur le Sentier, je veux dire les efforts continuels des « frères noirs » qui agissent sur les vertus mêmes afin de les détruire.

On ne peut, par les vices, détruire une âme élevée, puisqu’elle les a surmontés, maison peut quelquefois la faire tomber par l’excès des vertus qui vraiment deviennent des vices pour le disciple, quand l’équilibre est rompu.

Il est possible d'avoir l’excès d’une seule vertu ; « la vertu, c’est toujours un milieu », a dit Platon, et dans une Ecriture hindoue, on lit que le sentier est aussi étroit que le fil d’un rasoir, et que l’on peut tomber d’un côté ou de l’autre.

Il faut donc être absolument équilibré pour traverser ce Sentier ; aussi, les « frères noirs » ne pouvant se servir des vices, appellent à leur aide les vertus.

De même, on peut créer des brouillards qui jettent la confusion dans le mental, dans lesquels il ne peut rien voir ni décider où est le Sentier du devoir, brouillards épais qui causeut souvent des chutes.

Pour ceux qui comprennent, la chute n’est absolument rien, c’est seulement une expérience ; même si la

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chute dure une vie entière ; qu’est-ce qu'un jour parmi les jours nombreux de la vie immortelle?

Pour ceux qui se souviennent du passé et qui ont en vue l’avenir, qui ont saisi quelque chose de cet avenir, qu’est-ce qu’une seule vie, si longue soit-elle? Un jour seulement, pas autre chose. On peut avoir un accident qui durera un jour, une semaine de la vie présente, est-ce une chose si terrible, si horrible? Pas du tout : c’est l’affaire de quelques jours.

Si ceux qui veulent gravir le Sentier de l’occultisme, sentier plein de dangers, tombent en route, ce n’est rien ; ils se relèveront, ils reprendront leur marche : ce ne sera là qu’une expérience enrichissant leur vie.

Mais on ne doit pas marcher sur ce Sentier si l’on ne peut pas distinguer entre le Soi et les véhicules, si l’on ne peut pas dire en soi-même : ce véhicule-là n’est pas moi, et si l’on ne peut pas dire, avec un calme parfait : ce véhicule in’est utile pour cette vie, mais cela ne fait rien, je suis toujours moi même et môme quand je rejette ce.véliicule, je suis moi qui suis éternel et qui ne puis tomber.

Mais il faut être monté bien haut avant de pouvoir être équilibré dans ces circonstances et de pouvoir dire que, si ce moi inférieur : Jean, Marie, Guillaume, ou tout autre nom, succombe, peu importe. Si c’est son Karma d’expier un crime du passé dans la vie présente, c’est une très bonne chose, parce que ce crime et son expiation seront alors du passé, et qu’ensuite on pourra marcher en avant sans plus s’en préoccuper.

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Il est vrai que ce n’est pas ainsi que l’on envisage les choses dans le monde.

Aussi, le sentier de l’occultisme est ouvert à bien peu de personnes, et toujours l’occultisme sera incompris du monde.

Mais, je le répète, il n’est pas nécessaire d’emprunter ce chemin pour monter ; on peut prendre un chemin présentant moins de dangers, malgré les difficultés et les souffrances que l’on y rencontre, le Sentier de l’amour de Dieu et de l’homme.

Sur ce Sentier là, le mystique, le vrai myslique, plein d’amour pour Dieu, a des élans d’émotion, de joie spirituelle, des flots de joie dans lesquels son être peut se baigner.

Quel est donc le revers de la médaille, car toute médaille a son revers ?

Ce sont les douleurs profondes que l’on appelle « la nuit de l’âme » et auxquelles, sur ce chemin, on ne peut échapper. Vous savez ce que, dans les Vies des saints, des mystiques, on appelle toujours « la nuit de l’âme obscurité écrasante, aridité partout, où la vie disparaît, où l’âme se sent tout à fait dépourvue de la vie, où elle erre dans un vide immense sans pouvoir rien y trouver, ni Dieu, ni homme, isolée quelle est, désolée, sans Dieu, sans secours humain.

Traverser cette obscurité, c’est le prix dont on paie les joies du mysticisme, et si vous êtes incapable de supporter cette nuit de haine, ne cherchez pas ces joies.

« Le jour le plus clair, le soleil le plus brillant est tou-

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jours suivi de l’obscurité de la nuit ; la nuit, à son tour, est remplacée par le soleil ; on peut donc très bien subir l’obscurité quand on sait ensuite que l’on se réjouira dans la pleine lumière. Mais, ne l’oubliez pas, on ne saurait avoir l’un sans l'autre, le soleil sans l’obscurité.

Si donc vous voulez éprouver les joies du mystique, supportez ces peines et cette nuit.

Ni le mysticisme ni l’occultisme ne sont le chemin de la spiritualité pure et simple ; c'est le dernier chemin dont il me reste à parler.

Ce chemin est très difficile, et bien des personnes qui croient y marcher en sont incapables.

J’ai dit que la spiritualité est la conscience de l’unité, et une intelligence un peu développée peut comprendre jusqu’à un certain point ce que l’on entend par unité.

Mais la spiritualité n’est pas seulement cette connaissance purement intellectuelle de l’unité ; la spiritualité, c’est 1 identification avec l’Un, le seul Etre, le Soi — chose extrêmement difficile.

Vous comprendrez ce que c’est en étudiant les vies de ces grands maîtres spirituels qui, de temps en temps, sont venus sur notre terre, le Bouddha, le Christ.

Le Bouddha, le Christ présentent deux types d’une spiritualité parfaite.

Parmi les personnes vraiment bonnes, compatissantes, vous trouvez quelquefois une grande horreur du péché,

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contre lequel elles manifestent une indignation passionnée.

Cela est fort bien, et cette horreur du péché est nécessaire au monde, sans quoi la société ne se purifierait pas ; même quand cette indignation va contre le pécheur, c’est une bonne chose, mais ce n’est pas la spiritualité ; c’est comme un grand vent qui dissipe les brumes, purifie les rues ; c’est parfait pour le bonheur de la société humaine, et je ne saurais y trouver à redire.

Mais, je le répète, ce n’est point là la spiritualité.

Lorsqu’on a l’indignation contre le péché — je ne dis pas contre le pécheur, car tout le monde l’aime — lorsque le péché vous répugne, c’est qu'on est en danger soi-même de tomber dans ce péché, et le soi personnel écarte avec force, avec énergie les véhicules loin de ce péché.

Les femmes, souvent, considèrent comme une marque de pureté féminine la haine de l’impureté, le blâme contre le manque de chasteté — c’est parfait, cela montre qu’elles désirent être pures ; mais cette haine de l’impureté montre aussi, à l’œil qui peut voir — qu’il y a danger pour leur vertu.

Repousser la femme impure, lui fermer sa maison, écarter de soi la pécheresse — c’est très bien ; mais le Christ était heureux de voir la pécheresse lui baiser les pieds.

Voilà la grande différence : tout le monde n’est pas le Christ! Toute cette haine contre le péché est alors comme un rempart qui protège les faibles, rempart né-

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cessaire, car tous les hommes ordinaires, toutes les femmes ordinaires sont faibles. Et s’ils sont bons, pour la plupart, c’est qu’ils ne sont pas tentés.

Et les femmes sont plus pures que les hommes parce qu’elles n’affrontent pas les memes tentations ; de plus, on ne demande pas à l’homme la même pureté qu’à la femme. Cependant, la pureté est la même pour l’homme que pour la femme. L’homme impur n’est pas, comme âme, meilleur que la femme impure. La pureté n’a pas de sexe, sauf dans la société humaine. Aux yeux de l’àme, il n’y a pas de différence entre l’homme et la femme quand il s’agit de pureté : on doit exiger de chacun la même parfaite pureté.

Pour ceux qui sont vraiment spirituels, pour les Christs du monde, Ils n’ont pas de haine, même contre le péché, encore moins contre le pécheur, parce que le Christ sait très bien que le péché, tout comme le bien, est nécessaire pour l’évolution de l’homme et que ceux qui pèchent sont ignoranls et manquent d’expérience. Sachant l’unité de la vie, S’identifiant avec cette vie, le ^Christ, tient le péché d’un autre pour Son péché à lui et II ne peut S’en séparer.

Voilà la gloire du Christ : Il ne peut Se séparer des péchés des hommes ! Le péché de l’humanité, c'est le péché du Christ, et l’Evangile a même dit : « Il est devenu le péché » — pour sauver les hommes !

Seulement, voilà : vous aimez le Christ d’il y a deux mille ans, et vous n’airneriez pas le Christ parmi vous, dans votre société mondaine. Vous diriezdeLui : c’est un être immoral, Il ne déteste pas le péché, Il est tolérant,

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compatissant ; et vous ne Le laisseriez pas même entrer chez vous de peur que sa présence ne souille votre pureté.

Evidemment, c’est une chose difficile que d’être vraiment spirituel ; vous désirez vous unir avec les saints et avec le Christ parce que cette union vous élèverait, mais vous ne désirez pas vous unir avec les pécheurs du monde, de peur de vous avilir. Moi, je vous dis que vous ne pouvez pas vous unir d’un côté et ne pas vous unir de l’autre ; vous ne pouvez pas vous unir au Christ seul et laisser le pécheur de côté. Il n’y a qu’une seule vie, un seul Soi, et si vous vous êtes identifiés avec ce Soi, vous l’êtes avec le pécheur le plus dégradé aussi bien qu’avec le Dieu le plus pur (Applaudissements).

Si vous ne vouiez pas recevoir cette grande vérité, si vous ne voulez pas voir qu’en réalité ce que je dis est vrai, alors vous pouvez être de bons citoyens, vous pouvez être des hommes, des femmes vraiment bons, mais vous n’êtes pas des êtres spirituels.

Et si vous comprenez ce qu’est la spiritualité, je ne sais même pas si vous voudrez y aspirer ; elle est trop haute pour ceux qui sont encore petits.

Je sais ce qu’est la spiritualité, mais je ne puis monter à ce point si élevé ; je ne puis que reconnaître la beauté, la divinité d’un Etre pour qui le saint et le criminel sont des frères, d’un Etre qui aime tout, qui comprend tout, qui pardonne tout. Ai-je dit qu’il pardonne? Il n a pas à pardonner puisqu'il S’identifie avec tous ; on n’a pas à pardonner quand on est le même que ceux à qui on voudrait octroyer le pardon.

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Ainsi, mes frères et mes sœurs, tâchez seulement de comprendre, et choisissez votre chemin particulier. A vous le choix, à vous les possibilités ; mais, pour les autres, soyez, je vous en prie, charitables; vous ne pouvez pas les comprendre ; vous ne savez pas leur passé, vous ne pouvez préjuger de leur avenir , ils sont une partie de vous-mêmes : je ne dis pas qu’ils sont vos frères, j’insiste, ils sont une partie de vous-mêmes.

C’est une chose bien grande que la fraternité, c’est l’identité parfaite, et, dans l’idée théosophique, c’est le Soi unique au cœur de chaque forme, c’est dire que, vous et moi, nous sommes Un !

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