‹ Traité de Raja YogaChapitre 31 sur 36 · LES ÉTAPES A FRANCHIR · texte numérisé non relu

LES ÉTAPES A FRANCHIR

Je vais maintenant tacher de décrire les pas que l’on doit faire sur le chemin du Yoga, les états delà conscience, de l'intelligence et aussi des véhicules de cette conscience, sujet assez difficile que je ferai tous mes efforts pour rendre clair.

Le premier Soutra de Patanjali définit le Yoga « La suppression des modifications du mental » ; dans le S&nkhya, la philosophie sur laquelle se basent les Soutras, on dit que a Le corps mental reproduit eu luimeme les objets sur lesquels il se dirige ».

Je crois facile de se méprendre sur le sens exact de ces mots. J ai trouvé des étudiants hindous qui pensaient que l’on pouvait voir, dans le corps mental, les images des objets ; que, par exemple, pensant à une table, on voyait dans le corps mental l’image d’une table : ce n'est pas cela.

Les pensées d’un autre ne peuvent, en effet, se lire aussi facilement que cela. Assurément le corps mental se modifie, mais il serait plus exact de dire que ces

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modifications se traduisent en symboles que de dire qu’il reproduit les objets du plan physique. Il y a là, plutôt, une langue de symboles, symboles de formation difficile à expliquer.

Si vous pouvez penser à un cristal, imaginez-vous ce qu’on appelle les lignes de force de ce cristal, non pas la surface du cristal, mais seulement ses lignes de force; si vous avez étudié la cristallographie, elles vous permettront, à elles seules, de reconnaître l’espèce du cristal. Il en est de même pour les pensées : il y a des modifications qui indiquent, à celui qui est très instruit, l’objet, la forme qui, sur le pian physique, sera créé par les forces.

Un clairvoyant qui ne regarde que le corps mental ne peut facilement comprendre les pensées de celui qu il regarde ; mais si la conscience est ouverte, si elle peut s’identifier avec la conscience de cet autre corps mental, alors on peut lire les pensées, non pas d’une vue s’exerçant du dehors, mais d’une vue intérieure. Si vous pouvez identifier votre conscience, le Soi en vous, avec la conscience d’un autre, vous pourrez lire ses pensées ; mais si vous êtes seulement clairvoyant, que vous puissiez voir les formes-pensées, comme on dit, vous ne pouvez lire les pensées ; le mental n’est pas ouvert pour les yeux mêmes du sens mental.

Donc, quand on parle de supprimer les modifications du corps mental, il ne faut pas vous imaginer, comme on le fait quelquefois parmi les Hindous, qu’il y a suppression d’une masse de formes objectives ; ce n’est pas cela. On supprime les vibrations qui sont accom-

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pagnées des changements d’états de conscience qui sont des pensées.

La grande différence entre l’Aura d’un homme ordinaire e£ celle d’un Yogui, c’est que, chez le premier, chaque Aura, mentale ou astrale, est modifiée sous l’action des corps inférieurs et par les contacts du plan sur lequel elle agit et que, chez le Yogui, elle est modifiée sous l’action des corps supérieurs.

Pour un homme ordinaire, la vue des objets sur le plan physique, leur contact, sont comme un stimulus réagissant sur le corps astral en forme de désirs ; la plupart des vibrations du corps astral ont leur origine dans le plan physique, commencent avec les objets du plan physique ; les désirs s’éveillent sous l’influence de ces objets.

De môme, dans le corps mental, les pensées sont stimulées par les désirs du corps astral et ainsi de suite, de plan en plan.

Considérez, au contraire, l’Aura d’un Yogui. Ses sens du corps physique sont d’une indifférence parfaite ; s’il fixe un objet, il n’a aucun désir qui se rapporte à cet objet ; de même pour les objets astrals, le corps astral reste tout à fait tranquille, sans couleur : c’est comme un clair de lune ; si des couleurs apparaissent dans le corps astral, elles ne sont que le reflet des pensées dans le corps mental.

Ainsi, les couleurs du corps astral, chez le Yogui, reproduisent les pensées ; chez l’homme ordinaire, elles reproduisent les désirs éveillés par les objets du plan physique.

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Si donc l’on veut pratiquer le Yoga, il est absolument nécessaire de développer ce qu’on appelle le Vaïrâgya , c’est-à-dire l’absence de désirs pour les objets du dehors ; c’est le premier pas, Vaïrâgya composé du mot Râga , rage, en français (vous avez de la rage pour tel ou tel objet), et d’un préfixe privatif ; le premier pas est donc la « non-rage », l’absence de passion pour tous les objets qui éveillent les désirs de l’homme ordinaire.

Quand ce pas préliminaire est franchi, le corps astral reste tranquille en face de tous les objets, indifférent à tout.

Cette indifférence obtenue, il faut s’efforcer d’avoir la même indifférence pour tous les objets du plan astral, puis du plan mental.

Maintenant, il faut, en Yoga, distinguer deux buts différents : vous pouvez désirer faire fonctionner vos corps, astral, mental, meme bouddhique ; ou bien vous pouvez désirer trouver le Soi.

Vous pouvez trouver le Soi en vous élevant de plan en plan ; c’est vrai, lorsque vous avez dépassé le plan bouddhique et que vous êtes sur le plan âtmique, vous pouvez trouver le Soi.

Mais vous pouvez aussi décider d’aller au Soi tout droit, par la voie de la conscience et non par le chemin des véhicules.

Tout dépend de vos moyens, mais les étapes sur les deux* chemins sont les mêmes, c’est-à-dire qu’elles ont les mêmes noms ; seulement, sur un de cès chemins, les étapes sont des états de conscience aussi purs que pos-

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sible ; sur un autre, c’est ce qu'on appelle les Siddhis , qui appartiennent à la matière et non pas à la conscience. Il faut alors se décider pour un chemin ou pour l’autre, et vous pourrez comprendre tout à l’heure pourquoi l’on dit quelquefois, aux Indes : « Le développe ment des Siddhis est un obstacle sur le chemin du Yoga. »

Ce sont, en effet, des obstacles si vous cherchez à réaliser en vous le Soi, la Divinité, parce que tous les Siddhis sont des pouvoirs psychiquer, c’est-à-dire observant les objets du dehors. Clairvoyance, clairaudience, tous les pouvoirs du plan astral se dirigent vers les objets du plan astral ; la lucidité d’un rang supérieur, lucidité du plan mental, se dirige vers les objets du plan mental.

Il en est de même dans la religion, si l’on cherche les plaisirs du ciel, si l'on cherche la vie de l’au-delà pour jouir du bonheur , céleste. Ce n’est pas là vraiment la recherche de Dieu : le ciel et Dieu sont choses très différentes.

Quand le Christ précisait « la vie éternelle », il ne parlait pas de la vie immortelle des deux, mais de la sagesse de Dieu, de la connaissance de Dieu. Dans la pratique du Yoga, il faut choisir : voulez-vous avoir cette sagesse profonde, la Vidyâ , la vraie connaissance du Soi ? ou cherchez-vous seulement à vous promener dans l’univers, parmi ses mondes si différents ?

Les deux buts ont du bon, mais lequel choisissezvous, car du but dépendront les moyens à employer.

J’ai dit qu’il y a des étapes à parcourir : si l’on veut

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poursuivre le Yoga, il faut les répéter de plan en plan, soit pour la conscience, soit pour les véhicules de la conscience.

Elles sont au nombre de quatre : je vais tâcher de les décrire sur le plan physique, et si vous les comprenez sur ce plan, vous les comprendrez sur tous les autres. Le principe de correspondance sur tous les plans peut servir à vous guider ; vous pouvez saisir les idées sur un plan et les suivre sur un plan supérieur ; mais, ordinairement, il est plus facile de les saisir parmi les objets que l’on connaît.

Si ces répétitions continuelles de pian en plan sont des questions de conscience, c’est que la conscience recule toujours sur un plan intérieur ou supérieur (j’aime mieux dire intérieur , car les choses ne sont pas au-dessus les unes des autres).

Vous agissez dans le corps physique, la conscience est sur le plan astral. Imaginez que la conscience soit sur le plan mental, alors votre « corps *> se compose du corps astral et du corps physique, et la conscience de veille c’est la conscience qui agit dans les deux corps, qui sont comme un seul corps, un seul véhicule.

Elevez encore plus haut la conscience, sur le plan bouddhique : alors le corps mental, le corps astral, le corps physique ne forment qu’un « corps », et la conscience de veille, conscience journalière, est celle qui agit dans ces trois corps ; ils s’unissent ; c'est le Yoga des corps.

Si vous pouvez élever votre conscience sur le plan âtmique, le Nirvâna, vous aurez la conscience de l’Adepte.

Pour Lui, les corps bouddhique, mental, astral, physique, ne forment qu’un seul grand a corps») dans lequel est sa conscience de veille journalière ; elle agit dans ces quatre plans inférieurs avec une unité parfaite.

Vous ne voyez que sur le plan physique ; pour vous, le plan astral c’est le plan du rêve ; pour l'Adepte, le plan du rêve est celui qui est au-dessus du plan bouddhique ; le plan de sa conscience ordinaire, c'est le plan composé des quatre plans extérieurs, inférieurs. C’est l’union des corps ne formant plus qu’une unité dans laquelle sa conscience agit partout. L’Adepte n’a plus besoin de retirer la conscience du corps physique afin de voir sur le plan astral, ni de la retirer du plan astral pour voir sur le plan mental, ni de la retirer du plan mental pour voir sur le plan bouddhique. Il voit tout au même instant. Cependant, il peut se concentrer sur un plan pour un moment, mais seulement de la même façon que vous, avec vos yeux ordinaires, vous voyez.

En ce moment, je vois ce tableau bien clairement ; je vois aussi, avec les mêmes yeux, les auditeurs qui m’entourent, mais je les vois d’une façon imprécise, vague, parce que mon attention est plus particulièrement fixée sur ce tableau.

De même l’Adepte voit sur tous les plans, mais II ne voit tout à fait clairement, nettement, que l’objet d’un plan sur lequel il porte son attention ; tous ces plans n’en forment, pour lui, qu’un seul. Ainsi, à ce même moment, Il voit tous les objets sur tous les plans, de la même façon que, dans cette salle, je vois tout l’auditoire alors que mon attention est fixée sur un tableau.

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Or, dans le Yoga, il n’y a que deux choses : Prâna , la conscience, et Pradhâna , la matière ; tous les corps sont pour le Yogui, un seul corps au-dessous du centre de sa conscience.

Ainsi, il a pu passer de plan en plan et, comme sa conscience s’élève à chaque plan supérieur, tous les autres plans se confondent dans le dehors, le non-soi, et il s’identifie à chaque instant avec le plan où il trouve le « moi ».

C’est ainsi que vous pouvez trouver, pour vous-mêmes, où vous êtes en vous demandant : qu’est-ce qui est pour moi le « moi » ?

Quand je parle du « moi », qu’est-ce que cela veut dire ? Bien certainement ce n’est pas votre corps physique ; vous êtes au delà de cette idée, vous ne vous identifiez pas avec le corps physique ; vous savez très bien qu’il y a en vous quelqu'un qui dit : ma tête, ma main, mes yeux; quelqu’un qui parle, qui regarde le corps comme un instrument, comme un outil, mais non comme le moi ; vous n’avez pas la conscience physique, vous l’avez perdue ; cette conscience physique, c’est votre subconscient. La conscience des cellules de votre corps, ce n’est pas votre conscience à vous ; vous ne pouvez pas suivre la vie intime des cellules ; l’Adepte peut le faire, vous ne le pouvez pas. Vous avez perdu cette conscience, pour le moment, et toutes les fonctions de cette vie physique s’accomplissent pour vous sans la conscience correspondante.

Si vous êtes en santé, le jeu des fonctions vitales se poursuit ; c’est vraiment vous qui guidez le corps ; vous

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ne le savez pas, mais c’est votre Soi qui guide toutes les fonctions de la vie dans le corps et pourtant ce n’est pas la conscience de veille, conscience journalière..

Vous êtes sur le plan astral quand votre conscience est dans son centre ; vous êtes des hommes, des femmes ordinaires, cultivés.

Cette conscience sur le plan astral est une conscience avec laquelle il faut travailler, mais vous travaillez sur le plan physique.

Youlez-vous vous identifier avec cette conscience ou avec la matière du plan astral ?

Si vous voulez développer les Siddliis , c’est-à-dire les pouvoirs psychiques au delà de la conscience qui travaille dans le cerveau et dans le système nerveux, il faut pour le moment vous identifier avec la matière du plan astral ; il faut vous figurer en imagination la constitution du corps astral ; vous identifier avec ce corps, vivre en lui. Imaginez tous les objets du plan astral dans votre méditation, et, peu à peu, vous verrez, vous entendrez sur le plan astral, parce que, en identifiant la conscience avec le véhicule astral, tous les sens de ce véhicule commencent à s’organiser.

Si, de jour en jour, dans vos méditations, vous vous identifiez avec la matière du plan astral, peu à peu votre conscience s’élèvera au plan mental comme centre et se servira du corps astral comme, en ce moment, la cons^ cience astrale se sert du corps physique.

Mais quelles sont les étapes de cette transformation V Il y a, pour les désigner, des mots sanscrits : je ne m’en servirai pas, bien qu’ils soient très commodes pour ceux

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qui en connaissent le sens. Cependant, je me servirai d’un de ces mots, parce qu'il désigne clairement ce dont je veux parler, et que vous le connaissez.

Bien souvent, dans notre littérature, on parle des états de Samâdhi : Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ce n’est pas le sommeil ; la différence entre le sommeil et le Samâdhi , — qui est un état de trance — c’est que la conscience est tout à fait retirée du corps qui est en Samâdhi , et que vous ne pouvez l’éveiller par les moyens du plan physique, même les plus violents et les plus prolongés.

L’homme peut être en Samâdhi sur le plan astral, ce n’est pas une trance bien élevée ; mais s’il est vraiment sur le plan astral, dans son corps astral, en pleine connaissance de ce plan, vous ne pourrez l’éveiller par les moyens physiques ; vous aurez beau le pincer, le piquer, le fouetter, il ne s’éveillera pas ; au contraire, on peut facilement éveiller un dormeur ordinaire.

Ce mot Samâdhi qu’il faut traduire par trance est un état de la conscience et du corps dans lequel on ne peut éveiller le corps d’un plan donné, avec les moyens de ce -plan.

Si C’est un Samâdhi sur le plan mental, on 11e peut éveiller le corps astral, sur le plan astral, avec des moyens astrals.

Montant de plan en plan, il y a Samâdhi pour chaque plan, et quand on parle du Samâdhi de l’Adepte, du Maître, c’est un Samâdhi se produisant sur un plan supérieur au plan âtmique.

L’Adepte commence son Samâdhi sur un plan supé-

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rieur au plan âtraique, mais vous et moi pouvons commencer le Samâdhi sur le plan astral, mental ou bouddhique : cela dépend entièrement de la situation qu’occupe le centre de conscience. Le Samâdhi est toujours dans le plan supérieur au plan où est le centre de la conscience.

Si vous lisez les livres théosophiques ou hindous, vous ne pourrez jamais comprendre les instructions qui vous sont données si vous n’avez pas saisi ce principe que tous les mots du Yoga appartiennent à tous les plans. Il faut donc savoir où vous commencez, afin d’organiser vos mots dans une succession invariable et qui se répétera sur chaque plan.

Des quatre étapes dont j’ai parlé, la première est donc la connaissance complète du plan, où tous les objets peuvent être saisis par les sens éveillés.

La deuxième étape, c’est perdre la connaissance du plan et de tous ses objets, en restant complètement vide, sans connaissance sur ce plan.

On traduit généralement le mot Vidya par « connaissance », c’est inexact ; ce n’est du moins pas la connaissance ordinaire, c’est une connaissance plus vive, mais intérieure qui s’est retirée en arrière des objets du plan, qui s’est concentrée en dedans, qui a perdu pour le moment tous les objets et n’a pas encore saisi les objets du plan supérieur. C’est ce que l’on nomme en anglais « la vie inconsciente » mais ce n’est pas l’inconscience, c’est une conscience qui n’est plus en contact avec le plan sur lequel elle se trouve.

La troisième étape est la plus difficile à décrire.

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C'est l’idée qu’il y a des choses qui nous environnent de tous côtés, mais que vous ne pouvez saisir; c’est une idée imprécise, mal définie; vous ne pouvez pas voir, mais vous sentez qu’il y a quelque chose.

Placé dans une chambre obscure, on peut cependant savoir que quelqu’un est à côté de soi. Comment le savez-vous? Vous ne pouvez le dire. Ce n'est pas l’oreille, ce n’est pas l’œil qui vous informe de cette présence, mais vous sentez une présence que vous ne pouvez définir.

Voilà la troisième étape.

La quatrième étape est la vision parfaite des objets de ce nouveau plan.

Et vous arrivez ainsi à l’entrée du plan supérieur, sur lequel ces quatre étapes se recommencent.

Une image tirée du plan physique vous permettra de suivre plus facilement cette progression.

Prenant un livre, vous lisez avec les yeux les mots, les lettres qui les composent ; dans cette étape première, vous avez des objets extérieurs sur lesquels la conscience se fixe.

Alors, vous fermez les yeux, vous ne voyez plus le livre, l’attention est fixée sur les pensées de l’auteur ; vous avez encore la mémoire des mots, mais vous n’avez plus la vision de ces mots ; vous pouvez répéter, dans votre mémoire, ce que vous avez lu, mais la conscience est détachée des objets du plan physique, vous créez en vous l image de ces objets : c’est le second pas.

Si votre attention est bien concentrée sur ces pensées,

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alors faisant un pas de plus, vous pourrez sentir comme le mental de l’auteur, quelque chose de plus que ce qui se transmet par les paroles, des idées plus vastes que les paroles, lesquelles ne peuvent exprimer qu’une partie de l’idée. Vous ne pouvez les saisir clairement tout d’abord, les idées ne se dessinent pas nettement, mais vous en avez un sentiment vague.

Si, après ce troisième pas, vous persistez dans la concentration de votre esprit, le brouillard disparaîtra, et vous aurez une vision parfaitement nette des idées C’est le quatrième pas.

Vous pouvez comprendre cela, si vous voulez un instant arrêter votre attention sur ce problème géométrique appelé le 47 e problème d’Euclide. Vous fixez l’attention sur les lignes, sur les angles ; vous fermez les yeux : vous reproduisez ces lignes, et vous les expliquez. Vous pouvez, par une logique rigoureuse, faire cette preuve d'un problème que connaissent tous ceux qui ont étudié les mathématiques élémentaires.

Mais, si vous voulez vous concentrer sur ces idées, laissez de côté les lignes, concentrez-vous tout à fait sur l’idée quelles représentent, l’idée de certaines relations, relations universelles. Vous sentez qu’il y a une idéemère au delà de ces relations. Quelle idée, me demanderez-vous ; vous ne savez pas ce qu’est cette idée, vous ne la connaissez pas, vous la cherchez ; peu à peu cette concentration dessinera pour vous des lignes vagues que vous ne pouvez saisir, mais vous sentirez la présence de quelque grande idée tout à fait au delà, qui est figurée dans le monde du temps et de l’espace par les

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idées prises sur le plan physique et qui y trouvent leur expression dans des lignes et des angles.

Si vous pouvez surmonter ce brouillard où vous sentez quelque chose que vous ne saisissez que vaguement, soudain il disparaîtra, et vous verrez le plan sur lequel le système solaire est dessiné, parce que c’est là vraiment la signification de ces lignes.

Pour cela, il faut monter au delà de la conscience concrète, au delà même de la conscience abstraite, il faut monter jusqu’au plan bouddhique. Lorsque vous êtes arrivés sur ce plan, ce qui n’était qu’un problème do géométrie sur la page d’un livre devient le plan géométrique du grand architecte de l’univers qui se trouve renfermé dans ces formes mathématiques.

Voilà donc les quatre étapes : le problème sur la page du livre, les idées exprimées que l’on peut y trouver dans la logique rigoureuse, le brouillard où l’on se perd pour un moment en sentant qu’il y a quelque chose de sublime et de grand que l’on ne peut saisir, le plan immense de l’architecte du monde, le Logos, qui surgit du brouillard.

Voilà ce que Pythagore a vu lorsqu’il a dit : « Je l’ai saisi, je comprends. » G’est le plan du Divin architecte qu’il a perçu.

Voilà donc comment l’on progresse sur un plan.

On fait ensuite la même chose sur le plan astral ; si vous montez du plan physique au plan astral de la façon que je viens de dire, en vous identifiant avec l’imagination qui est le pouvoir créateur de l’homme, en vous identifiant avec le corps astral, en vous environnant des

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objets du plan astral, en vous efforçant de regarder par les sens astrals ces objets, avec une obstination entière, vous verrez, vous verrez, alors, c est ce qu’on appelle la tranee avec conscience ; le plan astral est là.

Alors, il faut tâcher de reconstituer ce plan astral, ce plan des objets, dans les idées-mères qui demeurent sur le plan mental, avec gradation : vue des objets, concentration de la conscience et vide parfait, puis le brouillard et le nuage dans lequel vous soupçonnez quelque chose que vous ne pouvez saisir, et enfin pleine vision sur le plan mental.

Dans chaque plan, il faut toujours passer par ces quatre étapes : vision des objets sur le plan où est la conscience, vue de l’idée exprimée par ces objets, soupçon des objets plus subtils de l’autre plan, vision de l’autre plan.

Lorsque, ayant monté sur tous les plans, on arrive au plan bouddhique, quand, sur ce plan bouddhique, vous trouvez le nuage que vous avez déjà rencontré sur les autres plans mental, astral, physique, c'est alors que vous entrez dans ce que l’on appelle dans le mysticisme : le Nuage sur le Sanctuaire , expérience de tout mystique.

Dans l’Ecriture sainte des Hébreux, on dit : « Sur le mont où était Dieu, il y avait des nuages qui cachaient le mont » ; dans les écrits des mystiques allemands, toujours ce mot de « nuage » est répété ; en effet, c’est une expérience de tous les mystiques, de tous les Yoguis, subie après le vide, avant la vision du plan supérieur. Ainsi, lorsque, sur le plan bouddhique, on sent ce

• : * ! ; K •?**. * : t! -Ht* *! ;

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brouillard, ce nuage qui entoure lame, dans lequel on ne peut rien voir, rien saisir, mais où l’on sent une présence divine, alors, on est vaiment au seuil de la vision de Dieu.

Le nuage disparaît, le brouillard se dissipe, alors on voit et vous pouvez dire que l’on voit Dieu; si vous voyez, vous pouvez dire que vous voyez le Soi.

Si vous pouvez saisir ces quatre idées, commencez à pratiquer sur le plan physique, parce qu’il faut commencer sur le plan où vous êtes ; commencez à franchir ces quatre étapes l’une après l'autre ; cela fait, vous vous trouverez sur le plan astral ; recommencez les quatre memes stages sur le plan astral, vous atteindrez au plan mental ; puis après les quatre étapes du plan mental, vous atteindrez au plan bouddhique. Au delà du plan bouddhique, vous aurez la vision parfaite de l'unité, vous pourrez vous identifier avec le Soi.

Voilà comment on arrive par la voie des Siddhis, en supprimant les modifications des objets qui vous entourent après les avoir vivifiés. Vivifier la matière, recevoir toutes les impressions du plan, reculer en arrière du plan, en rejetant tous les objets, c’est le chemin où l’on développe les Siddhis.

Ce n'est pas le chemin de ce qu’on appelle la spiritualité, c’est le chemin de la science.

Si l’on veut faire les mêmes étapes dans la conscience, encore'sur le chemin de la science, il faut commencer par supprimer et non pas par vivifier.

Si vous voulez faire éclore la conscience sans 1 aide des Siddhis, vous commencez toujours avec la pensée, et

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avec la plus haute pensée que vous possédiez en ce moment ; vous tachez de supprimer toutes les modifications de vos pensées intérieures et, premièrement de vos désirs.

Ainsi, puisque vous avez la conscience mentale, puisque vous pouvez penser, vous devez vous identifier pour le moment avec la pensée, mais pas avec le monde mental. Vous identifiant avec la pensée la plus abstraite que vous puissiez créer, avec la conscience abstraite, vous devez détruire la conscience concrète, supprimer toutes les modifications du corps astral et du corps mental qui répondent aux objets du dehors.

Ce chemin est beaucoup plus difficile mais moins périlleux que celui que je vous ai décrit tout à l'heure, car il est nécesaire que, avec la pensée, vous détruisiez les pensées concrètes, et alors, quand vous vous êtes identifiés avec cette conscience abstraite, quand la conscience inférieure a tout à fait disparu, alors commence à poindre en vous comme l’aube d’une conscience encore plus haute qne l’intelligence abstraite, l’intelligence bouddhique...

C’est une impossibilité dans la conscience que de rester où vous êtes ; si vous voulez vous identifier avec la plus haute conscience que vous ayez en faisant ce que je viens de dire et en supprimant les modifications de la concience inférieure, sans effort vous vous détacherez peu à peu de cette intelligence abstraite, parce qu’il y a, au delà de cela, une conscience qui commence à parler, qui commence à se faire sentir, lorsque vous êtes tout à fait concentrés dans la plus haute conscience que

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vous connaissiez : vous ne pouvez pas être concentrés dans l’intelligence abstraite sans que l'aube d’une autre commence à poindre. Au moment où vous sentez qu’il y a quelque chose ou delà de cette conscience dans laquelle vous êtes concentrés, il faut, par un grand effort, vous jeter sur cette conscience qui commence ] comme on 1 a dit : « il faut perdre la vie afin de retrouver la vie ».

C’est vrai, parce qu'il y a aussi dans la conscience ces quatre étapes. Quand vous avez l'intelligence, la conscience parfaite, l’identification complète avec cette intelligence abstraite qui est la plus haute pour vous en ce moment, alors, si vous voulez vous dire : «je ne suis pas ceci, je ne suis meme pas cette intelligence abstraite, je suis quelque chose au delà », vous possédez la foi.

11 faut avoir la foi de quelque chose au delà que l’on ne connaît pas vraiment encore, mais qui est le Moi. Dites-vous : « Je ne suis pas ce moi que j’identifie avec « cette intelligence abstraite, il y a quelque chose au « delà, j’en suis certain ; le témoignage est en moimême « que je ne suis pas cela. »

Ainsi, il faut rejeter même cela, il faut se jeter dans le vide.

Deuxième pas. Il faut rester dans ce vide avec une patience absolue ; il faut refuser de redescendre dans 1 intelligence, dans la vie que vous connaissez, rejeter tout, aller à ce qu’on appelle la mon véritable, le vide conscient, et rester dans le vide jusqu'au moment où le nuage, le brouillard commence à se faire sentir, jusqu’au moment où vous sentirez dans votre intérieur,

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plus intérieur que la conscience abstraite, qu’il y a quelque chose encore plus profond en vous-mêmes.

Restez alors dans le brouillard : il est l’indice de l’approche de la victoire : restez patiemment dans le nuage qui couvre le sanctuaire, et un jour — on ne peut préciser quand — le nuage disparaîtra et vous vous trouverez sur le mont, en face de Dieu, ou, si vous parlez la langue du Yoga, en face du Soi, dans un véhicule que le Yogui ne reconnaît pas encore comme véhicule, mais qu’il pense être soi-même.

Quand on applique le Yoga de Patanjali,que reste-t-il après que toutes les modifications du mental sont supprimées ? « Il y a », dit Patanjali, « le Soi qui demeure en Soi-même, dans sa forme propre ».

Mais ce qu’il est important de saisir, c’est que c’est toujours le Soi et que s’il s’identifie par erreur avec chaque véhicule, un véhicule rejeté, il s’identifie avec un autre sans conscience : en rejetant ce véhicule quand il devient conscient, il monte encore dans un véhicule plus élevé, mais toujours il y a un véhicule quelconque ; même si c’est la matière la plus subtile, la matière du plan atmique, c’est toujours une forme, la forme du Soi ; il demeure dans sa forme propre.

Maintenant si l'on monte par ce chemin si difficile parce que l’on ne peut mesurer ses progrès, sauf par le calme, la sérénité, l’indifférence qui se manifeste pour toutes choses, quand on sent que toutes les choses qui sont du dehors sont indifférentes, qu’on peut s’en servir, mais qu’il y a toujours en soi-même une conscience, les Siddhis sont des obstacles, parce que toujours

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la conscience va au dehors avec les Siddhis, tandis que dans cette seconde voie, la conscience cherche toujours en elle-même un soi plus intime que le soi qu’elle rejette.

C’est pourquoi ce deuxième chemin est très difficile ; cependant il est possible de le suivre, mais à condition d’avoir ce que j’ai appelé la foi.

Qu’est-ce que la foi ? Quelquefois on répond : c’est la crédulité. Non ; la foi est une certitude innée, plus haute que la raison, que le Soi existe. Voilà la vraie foi. Elle n'est pas opposée à la raison, mais au delà de la raison, et la foi parle avec une voix impérative à laquelle rien ne peut résister, voix magistrale qui n’admet pas la contradiction, qui dit : <* je sais » ; c’est la vérité suprême, et il faut avoir foi en cette voix intérieure qui se proelame existence éternelle, qui ne peut se perdre. Sans cette foi, on ne peut traverser le vide immense où l’on n’est conscient de rien, sauf que l’on existe.

C’est là, vous le comprendrez, un chemin difficile, c’est le premier chemin du Raja Yoga ; l’autre chemin est aussi un chemin du Raja Yoga, celui qui monte de plan en plan, par la matière des plans.

Si l’on prend le chemin le plus difficile, la conscience du Soi, alors quand on arrive au plan bouddhique, au plan atmique, tous les Siddhis s’offrent au Yoga comme serviteurs ; ils lui appartiennent parce que tous les pouvoirs de la matière sont à la disposition de l’âme, de la consciënce qui est libre.

Il n’est donc pas nécessaire, pour le Yogi qui a suivi ce chemin, de cultiver les Siddhis ; tous ces Siddhis sont

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ses serviteurs et s’offrent à lui : « Nous voici », disent-ils, « servez-vous de nous comme vous le désirez »:

Ainsi, quoique ce chemin soit très long et très difficile, au bout de la route, tout est conquis, par conséquent, le chemin à suivre est une simple question de tempérament.

Mais, je vous en prie, choisissez entre les deux chemins ; il ne faut pas les confondre ; si vous rejetez les Siddhis, il faut le faire pour une raison que vous compreniez, et non pas par un préjugé aveugle, déraisonnable, en disant : « Je ne veux pas m’en servir », et sans savoir pourquoi vous ne les recherchez pas.

Quand vous êtes absolument indifférents à tous les sens corporels, quand, pour vous, avoir la vue ou être aveugle est exactement la même chose sur le plan physique, être sourd ou entendre, peu vous importe, alors vous pouvez faire peu de cas des Siddhis ; mais je doute qu’il y ait parmi vous des personnes capables d’une telle indifférence. Certains disent : « je ne désire pas les Siddhis parce que c’est le psychisme » ; mais je n’ai pas trouvé un seul théosoplie qui veuille rejeter les dons psychiques sur le plan physique où on les connaît ; toujours on les rejette sur un plan où on ne les connaît pas; on croit plus spirituel de repousser les Siddhis parce que l’on sait que de grands Yogîs les ont repoussés, mais on rejette ainsi, sans connaissance et sans pouvoir, ce que les grands sages ont rejeté en pleine connaissance des causes et des lois.

Ce n’est pas de la sainteté, cela, mais de l’inintelli-

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gence, de la folie ; ce n’est pas vraiment être grand, c’est être petit.

Ainsi, je vous prie, lâchez de comprendre les choses, alors vous pourrez choisir. Si vous pouvez comprendre ce que j’ai dit de ces étapes, de ces méthodes, même en théorie, alors vous pouvez choisir par quel chemin vous voulez vous élever ; mais rappelez-vous toujours que si vous voulez marcher sur le chemin de la conscience pure et simple .vous devrez rejeter absolument toutes les choses du inonde, parce que, si vous aimez les choses que vous voyez, vous aimerez aussi les choses que vous ne voyez pas lorsque vous pourrez les voir.

Si vous êtes vraiment indifférents au point de ne rien désirer au monde, ni l’amour, ni la haine, si amour et haine sont pour vous identiques, calomnie et éloge absolument semblables, si aucun de ces sentiments n’éveille en vous une vibration, alors vous pouvez dire : « oui, je vais marcher sur ce chemin » ; si cet idéal est attrayant pour vous, vous pouvez suivre cette voie, mais, je le répète, c’est la plus difficile de toutes. Il y faut un courage sans bornes, une persévérance sans limites pour dépasser tout, surmonter tout et vivre seul dans le néant : peu d’âmes peuvent supporter ces difficultés et franchir ces obstacles.

Le chemin de la spiritualité est plus simple ; c’est autre chose.

Là, il y a toutes espèces de plaisirs, de joies de l’âme qui sont comme des fleurs sur le chemin.

Mais le sentier de l’occultisme proprement dit, soit par la matière, soit par la conscience, est un sentier

MADAME BESANT SUR LA YOGA 2*23

aride, plein de rocs, où les pieds se déchirent et où le cœur se brise.

Très peu de personnes sont capables d’affronter le véritable occultisme, et si je vous parle de cette façon sérieuse, c’est qu’il faut être sérieux, car c’est vouloir accomplir rapidement ce que la nature accomplira pour vous en plusieurs milliers d’années.

Ce n’est pas un jeu d’enfant que d’apprendre le Yoga, c’est très difficile ; c’est une tâche de géant.

Demain, je tâcherai de montrer les obstacles qu’il faut franchir et aussi décrire peut-être, en quelques mots, un chemin plus facile, celui de la spiritualité, où tout homme de bonne volonté, toutes les personnes qui ont le cœur pur et le mental assez développé, peuvent marcher. En ce qui concerne le chemin de l’occultisme, c’est bien différent...

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