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Traité de sociologie générale

Les chiffres arabes indiquent les paragraphes. Ceax qui sont munis d'un * se rapportent aux paragraphes les plus importuits.

GENERALITES

Les règles suivies dans un ouvrage n'ont rien d'absolu (II-O ; elles sont établies suivant le but de l'ouvTage. Exposé de ces règles et de ce but fChap. I, 4*, 5*, 6*, 70*, 71 ; voir Sociologie logicoexpérimentale. Etude à laquelle nous procédons].

Pour faciliter l'étude, nous divisons les faits observés dans les sociétés humaines en deux catégories : (M) Les manifestations, par actes ou paroles, des instincts, des sentiments, des tendances, des appétits, etc., des intérêts, et les conséquences logiqxies ou pseudo-logiques tirées de ces manifestations. Cette catégorie comprend donc les actions non-logiques et les actions logiques |Ch. II]. On peut di\iser en deux autres catégories la partie qui concerne les actions non-logiques, soit : L'ne partie (d). qui ne donne naissance à aucune manifestation verbale : une autre partie, (c), qui donne naissance à des manifestations verbales [851* à 854, 1690*, 2083]. (A) Tous les autres faits du milieu dans lequel se trouvent les sociétés humaines. Cette division des faits est ex-

clusivement expérimentale. Les deux catégories {M) et (X) ne correspondent nullement au « monde interne » et au « monde externe » des métaphysiciens (95* ; voir Concepts] ; ce sont de simples catégories de faits. Chez les animaux, la partie (c) fait défaut ; il ne reste que la partie (d) [voir : Actions non-logiques] ; chez les hommes, on néglige, on ne prend pas garde, on ignore que de nombreux groupes constituant (c) sont uniquement des manifestations d'instincts, de tendances, etc. [voir : Actions non-logiques. Dérivations]. L'un des buts du présent ouvrage est d'ôter ces voiles de la réalité [Ch. II, III, IV, V].

La partie (c) prédomine chez les hommes, puisqu'ils ont l'habitude d'exprimer verbalement instincts, sentiments, etc., et qu'ils se complaisent à y ajouter des développements logiques ou pseudo-logiques.

Elle se sépare facilement et spontanément des faits dont elle n'est qu'une manifestation, et paraît alors avoir une existence propre [1690 ; voir : III. Langage]. La partie (c) se di\ise en deux autres : (a) une partie peu variable [résidus] ; (6) une partie très variable [dérivations] — 798* à 841 ; Ch. V, VII, VIII, IX, X].

TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES

Nous avons à étudier les rapports suivants entre les catégories (M) et (A^) de faits : («) Les rapports mutuels entre (M) et (A') j^es rapports de (M) et de (N) avec les théories, les doctrines, les propositions ; (y) Les rapports de (M) et de (iV) avec la constitution des sociétés humaines. Dans une première approximation, on peut, en de très nombreux cas, réduire la partie (M) à la partie (c), spécialement dans l'étude des théories [Ch. II, III, IV, V].

(a) Rapports mutuels entre (M) et (N) Il existe un certain rapport, qui n'est pas une correspondance parfaite, entre (M) et (A'^) ; de même entre les diverses parties de (M) et de (A^), soit, en général, entre diverses catégories de faits [voir : Mutuelle dépendance]. Tout être vivant est adapté en une certaine mesure, au milieu où il vit, et aussi bien au point de vue des formes matérielles qu'à celles de l'instinct, des sentiments, etc., il se trouve dans une certaine dépendance avec ce milieu. Par exemple, l'instinct des animaux qui vivent de proie est en corrélation avec l'existence de cette proie [1768 à 1770]. Plus brièvement, on peut dire qu'il peut y avoir certaines corrélations entre ces groupes de faits de (M) et les groupes de faits de (N). Nous avons surtout à nous occuper des corrélations entre (c) et (A'^). On peut comparer les groupes de (c) à des nébuleuses ayant chacune un noyau entouré d'un amas. Dans quelquesunes de ces nébuleuses, il y a, tant bien que mal, une certaine correspondance entre le noyau et les faits (A') ; mais avec l'amas cette correspondance fait défaut.

Dans d'autres nébuleuses, la correspondance fait défaut avec le nojau et avec l'amas [1767]. En d'autres termes : certains groupes de (c) sont semblables à une mauvaise photographie de (N) [1778»*, (III-/)] ; certains autres n'ont que peu de chose ou rien de commun avec (A') [Ch. XI, XII].

Parmi les groupes de (c) qui n'ont rien de commun avec (A') se trouvent ceux qui

correspondent entièrement à un monde dit surnaturel ou métahpysique, en somme à un monde non-expérimental; et aussi ceux dans lesquels cette correspondance n'est que partielle. Les sciences logicoexpérimentales ne s'occupent pas de ces rapports [voir : (Il-gr), (Il-h), (II-/)].

(p) Rapports de (M) et de (N) avec les théories. Au lieu de (M) nous pouvons, pour une première approximation, considérer (c). Au point de vue indiqué, la catégorie (c) peut être divisée en deux souscatégories : (cl) celle qui réside en l'auteur de la théorie ; (c2) celle qui réside en d'autres hommes, avec lesquels il est en relations ; (cl) et (c2) ont des parties communes. Toute théorie dépend évidemment de (cl). Les différences entre les diverses théories proviennent des variétés de cette dépendance et des divers modes suivant lesquels on tient compte de (c2) et de A' [voir : Objectif et Subjectif, Dérivations, Résidus ; Ch. I, III, IV, V].

Il existe une partie commune à la souscatégorie (cl) et à la sous-catégorie (c2), chez les individus de la collectivité à laquelle appartient l'auteur. Ce fait explique l'illusion des personnes qui, dans leurs raisonnements, partant de (cl), croient partir d'une entité impersonnelle, et atteindre à l'absolu en s'élevant au-dessus du contingent [voir : Dérivations, Esprit humain, Consentement].

(y) Rapports de (M) et de (iV) avec la constitution des sociétés humaines. A ce point de vue, on peut diviser (M) en deux parties : (Ms) Instincts, sentiments, etc. [voir : Résidus] ; (Mr) Raisonnements [voir : Dérivations]. Théoriquement, à l'un des extrêmes, on a des sociétés déterminées par (Ms) et par (A') : telles sont probablement les sociétés animales. A l'autre extrême, on aurait des sociétés déterminées par (Mr) et par (A). Mais ces

TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES

sociétés n'existent pas dans le monde concret (2143]. Croire qu'elles peuvent exister, est l'un des dogmes qui divinisent la Raison ou la Science (voir : Religion et métaphysique de la Raison, Idem de la Science]. Les sociétés humaines occupent des degrés intermédiaires [2146]. Pour autant que nous pouvons le savoir, l'ensemble de (M) et de (X) paraît déterminer la constitution de ces sociétés (Ch. XII].

Parmi les rapports de (M) et de (X) avec la constitution des sociétés, une place très importante appartient aux rapn ports avec les diverses utilités des indi\idus, des collectivités, des sociétés, de la race humaine, etc. (voir : Utilité]. La science logico-expérimentale ne peut en avoir connaissance que par l'examen des faits (Il-ft) ; les sciences non-logico-expérimentales fixent habituellement a priori tous ces rapports ou une partie d'entre eux. Elles les réduisent très souvent à une identité entre certaines utilités et une de leurs entités à laquelle elles dorment le nom de « vérité » (Ch. XI, XII, XIII ; voir : Métaphysique et Théologie, Vérité et Utilité].

La société humaine est hétérogène. La théologie de l'égalité nie cette hétérogénéité, comme autrefois la théologie chrétienne nia les antipodes. La science logicoexpérimentale ne peut se soucier ni de l'une ni de l'autre, lorsqu'elle recherche les uniformités des faits ainsi travestis. Elle s'en occupe, au contraire, pour connaître comment ces théologies se sont constituées, et à quels sentiments, tendances, etc., elles correspondent (voir : Dérivations, Résidus.] En une première approximation, certains phénomènes peuvent être considérés en moyenne, pour une société donnée ; mais il est presque toujours indispensable de procéder à une seconde approximation qui tienne compte de l'hétérogénéité. Nous devons dès l'abord considérer certains autres phénomènes en rapport avec l'hétérogénéité sociale, afin de ne pas nous éloigner trop de la réalité. Pour étudier cette hétérogénéité, on peut di\iser la société en différentes classes ou castes, suivant divers

critères. Il faut considérer ces classes ou castes, non seulement à l'état statique, mais aussi à l'état dynamique. De là les études sur la circulation des élites, sur la circulation des classes de rentiers, de spéculateurs, et d'autres encore. Enfin, il faut tenir compte des caractères différents de ces classes, pour étudier la forme et l'évolution de l'ensemble social (I-r) (voir : Classes sociales ou castes. Démocratie, Evolution, Proportion des résidus, etc.. Résidus, Répartition et changement dans l'ensemble d'une société. Utilité des doctrines. Spéculateurs, Vérité],

La société humaine est considérée comme un système de molécules [2066*] qui ont certaines propriétés, dans l'espace et dans le temps, sont soumises à certaines liaisons, présentent certains rapports. Les raisonnements (dérivations], les théories, les croyances qui ont cours dans cet agrégat, sont considérés comme des manifestations de l'état de cet agrégat, et sont étudiés comme des faits, à l'égal de tous les autres faits sociaux (Il-e). Nous en recherchons les uniformités, et nous nous efforçons de remonter à d'autres faits dont ceux-ci procèdent. Nous n'entendons nullement opposer une dérivation à une autre dérivation, une croyance à une autre croyance. Il nous importe seulement de savoir en quel rapport se trouvent les dérivations et les croyances entre elles et avec les autres faits, dans le temps et dans l'espace (voir : Apostolat, Applications pratiques. Actions, Ensemble social. Economie, Phénomène économique.

Eléments qui déterminent l'équilibre économique et l'équilibre social. Equilibre social et équilibre économique. Expérience, Formes sociales. Lois expérimentales. Utilité, Maximum d'utilité. Méthode historique.

Morale, Objectif et Subjectif, Système social. Résidus, Dérivations, Sentiment, Société, Sociologie logico-expérimentale. Etude à laquelle nous procédons. Histoire, Spéculateurs, Théories].

Les phénomènes sociaux présentent habituellement une forme ondulée, oscillatoire. Les ondes sont de divers genres

TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES

et de diverses intensités. Elles peuvent, par conséquent, être divisées en différentes catégories, qui indiquent certaines périodes des phénomènes [voir : Ondes, Périodes économiques et sociales ; Ch. XIII].

Mutuelle dépendance. Les molécules du système social sont mutuellement dépendantes dans l'espace et dans le temps. La mutuelle dépendance dans l'espace apparaît dans les rappqrts des phénomènes sociaux. Soient A, B, C..., les diverses parties en lesquelles, pour faciliter notre étude, nous estimons utile de diviser l'ensemble du phénomène social. La science logico-expérimentale qui étudie A [par exemple l'économie] tient compte directement de la mutuelle dépendance des molécules de A. Les sciences logicoexpérimentales qui étudient B, C..., procèdent de même [voir : Mutuelle dépendance]. Ensuite, la science logico-expérimentale qui étudie l'ensemble A, B, ou A, B, C, ou A, B, C, £)..., etc., doit tenir compte de la mutuelle dépendance de A et de B, ou de A, de B, de C, etc. On exprime ce fait en disant que la science logico-expérimentale sépare l'analyse de la sj'nthèse, et fait succéder celle-ci à celle-là (II-ç) ; et aussi en observant que la science qui étudie A ne peut donner une théorie complète des phénomènes concrets dont se compose apparemment A (Il-r). En réalité, A se compose uniquement d'abstractions de ces phénomènes, dont on a précisément éliminé toutes les parties qui dépendent de B, C, D,... La synthèse, qui fait suite à l'analyse, a pour but de rendre à ces parties leur place. Les personnes qui, en sciences sociales, suivent les méthodes des sciences non logico-expérimentales, ne peuvent comprendre cela, parce qu'elles raisonnensur des concepts [94, 95*] plus que sur des faits ; et les concepts sont non seulement beaucoup plus simples que les faits, mais apparaissent en outre beaucoup plus indépendants [voir : Juste, Injuste, Moral, Immoral, Pratique et Théorie, Prescriptions]. De l'incapacité de ces auteurs à comprendre la réalité expérimentale, il résulte que lorsqu'on observe que la théorie logico-expérimentale qui étudie A ne peut expliquer un phénomène concret

apparemment compris dans A, ils concluent qu'il faut rejeter cette science, tandis qu'au contraire il faut seulement la compléter en y ajoutant d'autres études (II-s). Ou bien ils font pis, et usent d'une dérivation verbale qui révèle leur grande ignorance de la réalité expérimentale; ils affirment que les lois économiques et sociales souffrent des excetions, et ils ne s'aperçoivent pas du ridicule qu'il y a à affirmer l'existence d'uniformités nonuniformes [109*, 16893*, 1792*].

Mutuelle dépendance. Si l'on considère les phénomènes dans le temps, aux observations précédentes il faut en ajouter d'autres. La forme des phénomènes sociaux est essentiellement oscillatoire (I-o). Pour un phénomène A, nous avons une suite d'oscillations ; de même pour les phénomènes B, C, D,... Il faut considérer : 1° la mutuelle dépendance des oscillations de A, et de même celle des oscillations de B, C, D,... séparément pour chaque phénomène ; la mutuelle dépendance des oscillations des différents phénomènes [2552*]. Cette dernière étude se rapproche beaucoup plus que la première de l'étude de la mutuelle dépendance dans l'espace (I-p). L'action des oscillations précédentes sur les suivantes pourrait apparaître dans l'étude de l'évolution, si l'on accomplissait cette étude en tenant compte de la forme oscillatoire des phénomènes [2585]. Beaucoup de personnes sont empêchées de le faire, parce qu'elles recherchent, afin de la faire disparaître, la cause des maux de la société [2541] ; ou bien parce qu'au lieu d'étudier comment sont les faits, elles prêchent en vue de les modifier ; ou parce qu'à l'histoire logico-expérimentales, elles substituent des histoires éthiques, théologiques, etc. [voir : Histoire]. En réalité, la succession des oscillations peut, pour un grand nombre de phénomènes, se produire d'une manière grossièrement analogue à la succession des divers âges de la vie humaine [2541]. De même que la naissance est pour l'homme l'origine de la jeunesse, et qu'avec la jeunesse elle est l'origine de l'âge mûr, et enfin de la vieillesse et de la mort, de même les périodes précédentes des phénomènes sociaux peuvent, dans

TABLl-: ANALYTigLE DES MATlhULS

MU

une ii.iiciiin. iiii^aïc, être considérées comme 1' «origine » des périodes suivantes, et certains faits peuvent favoriser d'abord la prospérité, ensuite la décadence (2541, 2585*1. Tout cela est contraire aux résultats des théories et des histoires non logico-expérimentales, qui, de l'éthique, de la métaphysique ou de quelque théologie, se flattent de tirer un jugement absolu (Il-zn) sur la valeur des faits [voir : Théories, Religions, Métaphysique, Sociologie].

Proportions des résidus dans les diverses

classes sociales. Si, parmi les innombrables éléments qui sont en rapport avec les formes sociales et leurs évolutions, on recherche les faits principaux, on y trouvera la proportion des résidus dans les diverses classes sociales, et surtout la proportion des résidus de la l" et de la II« classes, dans la partie gouvernante et dans la partie gouvernée. L'histoire confirme qu'on obtient une première et grossière image des phénomènes, en portant son attention principalement sur ces proportions, et d'une manière subordonnée à d'autres circonstances importantes [Ch.

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