‹ Traité de sociologie généraleChapitre 32 sur 52 · Preller; Les dieux de l'anc. Rome · texte numérisé non relu

Preller; Les dieux de l'anc. Rome

Marquardt ; Le culte chez les Romains, t. I, donne une liste de dieux qui ne peut être que très incomplète, car un grand nombre de ces noms ne sont certainement pas parvenus jusqu'à nous. Voir au | 1339 quelques-uns de ces dieux: citons ici, à titre d'exemple : « (p. 17) Potina etEduca, qui apprennent à l'enfant à manger et à boire; Cuba qui protège l'enfant transporté du berceau dans le lit; Ossipago. quae durât et solidat infantihus parvis ossa; Carna, qui fortifie les chairs ; Levana quae levet de terra; Statanus, Statilinus, dea Statina, qui enseignent à l'enfant à se tenir debout, Abeona et Adeona, qui soutiennent ses premiers pas; Farimus, Fabulinus, qui l'aident à parler». L'auteur continue en énumérant les divinités de l'adolescence, les dieux du mariage, les divinités protectrices dans les diverses circonstances de la vie, et ajoute : « (p. 19) Les dieux que nous venons d'indiquer avaient pour mission de protéger les personnes; il y avait une autre série de dieux qui veillaient aux diverses occupations des hommes et aux lieux qui en étaient le théâtre...» Marquardt a tort, quand il affirme que : «(p. 23) A l'origine du moins, comme l'a démontré Ambrosch, ces milliers de noms qui figuraient dans les indigitamenta n'ont fait que désigner les diverses fonctions (potestates) d'un petit nombre de divinités ». Nous sommes encore dans l'abstraction. Les preuves qu'on en tire ne peuvent être acceptées. Les voici, d'après Marquardt : « (p. 23) 1* Le fait à'indigitare consistait dans une prière adressée à un ou plusieurs dieux non pas d'une manière vague, mais avec indication de ceux de leurs pouvoirs dont on attendait des secours; on invoquait un dieu à plusieurs reprises et en joignant à son nom divers attributs ». Ces différents attributs correspondent parfois à divers dieux qui se sont confondus en une seule personnalité; d'autres fois ce peut être des aspects différents d'un même dieu ; mais cela ne prouve pas que Potina, Educa, Cuba, par exemple, soient des puissances abstraites d'une même personne divine, (p. 24) « 2^ En second lieu, il n'était pas permis par le droit pontifical d'offrir une seule et même victime à deux dieux en même temps ». Brissaud, traducteur de Marquardt, démontre lui aussi que ce motif n'est pas fondé, (p. 24) « 3° Enfin on ne doutait pas non plus qu'une partie des noms rapportés cidessus ne fussent des surnoms de dieux connus. » Le fait que quelques dieux recevaient certains surnoms, n'implique pas que tous les dieux des indigitatnenta ne fussent que des surnoms et encore moins que, comme il est dit en marge (loc. cit. p. 23), « on désignait par là divers attributs de la providence divine ». Autrement il faudrait conclure que les surnoms des empereurs romains indiquaient les divers attributs d'une même personnalité.

jusqu'à la mort, toutes les vicissitudes de la vie et de l'activité humaine, tous les rapports des citoyens entre eux, toutes les entreprises, etc., sont du ressort de ces petits dieux. Ils ne doiven-t même leur existence qu'à ces mille relations sociales auxquelles ils peuvent s'identifier. » C'étaient, à l'origine, de simples associations d'idées, comme celles que nous trouvons dans le fétichisme, et qui produisirent des agrégats auxquels on donna le nom de divinité ou un autre semblable. Pline' observe justement que le nombre de ces dieux est plus grand que celui des hommes. Quand se développa la tendance à donner un vernis logique aux actions nonlogiques, on voulut expliquer pourquoi certains actes s'associent à certains autres, et l'on fit alors remonter les actes du culte à un grand nombre de dieux ; ou bien Ton s'imagina que ces actes étaient la manifestation d'un culte des forces de la nature ou de diverses abstractions.

En réalité, nous avons là un cas semblable à celui du § 175. Par suite de certaines associations d'idées et d'actes, l'état psychique A des Romains (fig. 2) a eu pour conséquence les actes du culte B. Plus tard et en certains cas à cette même époque, cet état psychique s'est manifesté par la considération C, d'abstractions, de forces de la nature, d'attributs de certaines divinités, etc.; puis, de l'existence concomitante de B et de C, on a conclu, mais à tort le plus souvent, que B était conséquence de C.

177. L'interprétation qui voit dans les actes du culte une conséquence de l'adoration de certaines abstractions, qu'elles soient considérées comme des « forces de la nature » ou autrement, est la moins admissible, et doit être absolument rejetée ^ («^ 158,996). Des

176* Pline : yntur. hist., II, 5, 3 (7) Quamobrem maior caelitum populus etiam quam hominum intelligi potest, cum singuli quoque ex semetipsis totidem deos faciant, lunones Geniosque adoptando sibi, génies vero quaedam anitnalia, et aliqua etiam obscena, pro diis haheant. ac multa dictu magis pudenda, par fœtidas caepas, alla et similia iurantes.

177 * Nous ne pouvons accepter ce que dit Marquardt, loc. cit. (ITG^) : « (p. 8) Leurs divinités [des RomainsJ n'étaient que des abstractions: ils adoraient en elles ces forces de la nature, dans la dépendance desquelles l'homme se sent à chaque iiistant, mais qu'il peut s'assujétir en ol)servant ponctuellement les prescriptions d'ordre extérieur établies par l'Etat, pour honorer les dieux ». Il est nécessaire d'intervertir les termes. Pour réussir dans leurs entreprises, les Romains observaient exactement certaim-s règles qui, spontanées tout d'abord, furent ensuite employées par l'Etat. Quand plus tard on voulut expliquer ces règles, on y vit une adoration des forces naturelles. D'autre part, le même Marquardt relève le rôle prépondérant des actes matériels et la menue importance des abstractions : « (p. 9) La pratique de la religion n'exigeait qu'un appareil matériel des plus simples, mais en revanche

preuves innombrables démontrent que les hommes procèdent généralement du concret à l'abstrait, et non de l'abstrait au concret °. La faculté d'abstraction se développe avec la civilisation ; elle esttrès faible chez les peuples barbares. Les théories qui la supposent développée aux origines de la société sont gravement suspectes d'erreur. Les anciens Romains, encore incultes, n'avaient certainement pas une puissance d'abstraction assez développée pour découvrir la manifestation d'une force naturelle, sous chaque fait concret souvent même tout à fait insignifiant. Si cette force d'abstraction avait existé, elle aurait laissé quelque trace dans la langue. Les Grecs, à l'origine, ne la possédaient probablement pas plus que les Romains ; mais ils l'acquirent de bonne heure, et lui donnèrent un développement considérable ; aussi leur langue en garde t-elle une profonde empreinte. Grâce à l'article, ils peuvent substantifier un adjectif, un participe, une proposition entière. Les Latins, ne connaissant pas l'article, ne pouvaient avoir recours à ce moyen, mais en auraient trouvé certainement un autre, s'ils en avaient éprouvé le besoin. Au contraire, c'est un fait bien connu, que la faculté d'employer les adjectifs substantivement est beaucouÎD plus restreinte en latin qu'en grec et même qu'en français ^

Il est probable qu'il y a de l'exagération dans ce que rapporte

les rites étaient hérissés de difficultés et de complications : la moindre irrégularité dans une cérémonie enlevait à celle-ci toute son efficacité » .

1772 [Note du traducteor]. Il est facile de s'en rendre compte chez les enfants. Or l'embryologie et la physiologie admettent que l'ontogénie répète la phylogénie ; autrement dit que le développement de l'individu répète celui de son espèce.

177* Antoine; Syntaxe de la langue latine: «(p. 125) La faculté d'employer les adjectifs substantivement est beaucoup plus restreinte en latin qu'en grec et même qu'en français. Le latin évite le substantif même là où il existe, et le remplace volontiers par une périphrase, p. ex. : animi eorum qui audiunt, au lieu de auditorum. Il faut, pour qu'on puisse ainsi faire de l'adjectif un substantif, qu'il ressorte clairement de la disposition des mots et de renseml)le de la phrase que l'adjectif représente bien, non la qualité, mais une personne ou une chose douée de cette qualité ». C'est juste le contraire de ce qu'on imagine par la transformation des petits dieux en abstractions qualificatives. — Riemann et Gœlzer ; Grammaire comparée du grec et du latin, p. 741, notent : « L'adjectif n'était pas à l'origine distinct du substantif.... ; le substantif est sorti de l'adjectif: avant d'atteindre la substance, on n'a d'abord vu dans tout objet que ses modes, que ses qualités apparentes et frappantes : Çùov c'est « le vivant », animal c'est « le doué de vie », etc. C'est seulement assez tard et dans un état de civilisation avancée que, devenu capable de concevoir l'idée de l'être indépendamment de ses modes, l'esprit a distingué les substantifs des adjectifs... ». On ne saurait donc admettre le contraire ; à savoir qu'on ait d'abord conçu des êtres abstraits : la providence, etc., et qu'on ait ensuite imaginé les formes sous lesquelles ces êtres se manifestaient. L'observation démontre au contraire qu'on est remonté des formes aux êtres, la plupart du temps imaginaires.

5i 177 LES ACTIONS NON-LOGIQUES 89

Saint Augustin*, à propos de la multitude des «dieux» romains; cependant, même si l'on fait une large part à l'exagération, il reste un grand nombre de dieux qui paraissent n'avoir été créés que pour expliquer logiquement l'association de certains actes avec certains autres. En parlant de la conception de l'homme, Varron fait rénumération des dieux, dit Saint Augustin *. Il commence par Janus, et, passant successivement en revue toutes les divinités qui prennent soin de l'homme, jusqu'à son extrême vieillesse, il clôt la liste par Nenia, qui n'est autre chose que le chant lugubre dont on accompagne les funérailles des vieillards. D'autre part, il énumère des divinités dont le rôle ne concerne pas directement la personne

177* D. Aco. : VI, 9 «...Si quelqu'un assignait au petit enfant deux nourrices. <lont l'une ne lui donnerait qu'à manger et l'autre qu'à boire, de même que deux déesses. Educa et Potina, furent préposées à cet office, ne dirait-on pas que cet homme est fou, et qu'il agit en sa maison comme un mime? On prétend que Liherus tire son nom de liberare, quod mares in coeundo per eius beneficium emissis seminibus liberentur; et que Libéra fait de même pour la femme. Ils supposent aussi que Libéra est Vénus, quod et ipsas perhibeant semina emittere : et ob hoc Libero eamdem yirilem corporis partem in templo poni, femineam Liber*. .. Quand le mari et la femme s'unissent, c'est le Dieu lugatinus qui préside. Soit. Mais il s'agit de conduire l'épouse à la maison [de l'époux] ; à cela préside le dieu Domiducns: pour que l'épouse reste dans la maison, intervient le dieu Domitius; pour qu'elle reste avec le mari, intervient la déesse Manturna. Que faut- il encore? Qu'on épargne la pudeur humaine ; que la concupiscence de la chair et du sang fassent le reste, gouvernées secrètement par la pudeur. Pourquoi remplir la chambre à coucher d'une foule de dieux, quand, même les paranymphes se sont retirés? On la remplit ainsi, non pour que l'idée de leur présence rende plus grand le souci de la pudicité, mais afin que grâce à leur coopération, la jeune fiUe, craignant l'inconnu, à cause de la faiblesse de son sexe, perdît sa virginité sans difficulté. Dans ce but interviennent la déesse Virginensis et le dieu père Subigo et la déesse mère Prema et la déesse Pertunda et Vénus et Priape. Qu'est-ce que cela? Si l'époux avait besoin d'être aidé par les dieux, en toute entreprise, un seul parmi les dieux ou une seule parmi les déesses ne suffisaient-ils pas ? N'était-ce pas assez de Vénus seule, appelée à l'aide, dit-on, parce que, sans son intervention, aucune femme ne peut cesser d'être vierge?... Et en vérité si la déesse Virginensis est présente, afin que la ceinture de la vierge soit déliée, si le dieu Subigo est présent, ut viro subigatur, si la déesse Prema est présente, ut subacta. ne se commoveat comprimatur, qu'est-ce que la déesse Pertunda fait là? Qu'elle ait honte, qu'elle sorte et que le mari fasse aussi quelque chose. Valde inhonestum est. ut quod vocatur illa, impleat quisquam nisi ille. Mais peut-être tolère-t-on cela parce qu'on dit que c'est une déesse et non un dieu ; car si on croyait que c'est un mâle, et qu'il s'appelât Pertundus. le mari appellerait à l'aide contre lui, pour protéger la pudeur de sa femme, encore plus que la femme en couches, contre Sylvain. Sed quid hoc dicam, cum ibi sit et Priapus ni nimius masculus , super cuius immanissimiun et turpissimum facinum sedere nova nupta iubebatur, more honestissimo et religiosissimo matronarum ? ». Saint Augustin a des raisons à revendre, si l'on veut juger ces actions au point de vue logique ; mais il ne dit pas qu'à l'origine, c'étaient des actions non-logiques, des formalités mécaniques, qui jouèrent ensuite un rôle parmi les actes du culte divin.

177* D. Ai:g.: lo<^. cit. (177 ').

90 CHAPITRE n § 178-179

de l'homme, mais les choses qu'il emploie : vivres, vêtements, etc.

178. Gaston Boissier^ dit à ce propos: « (p. 5) Ce qui frappe d'abord, c'est de voir combien tous ces dieux sont peu vivants. On n'a pas pris la peine de leur faire une légende, ils n'ont pas d'histoire. Tout ce qu'on sait d'eux, c'est qu'il faut les prier à un certain moment et qu'ils peuvent alors rendre service. Ce moment passé, on les oublie. Ils ne possèdent pas de nom véritable ; celui qu'on leur donne ne les désigne pas eux-mêmes, il indique seulement les fonctions qu'ils remplissent ». Les faits sont exacts ; l'exposé en est légèrement erroné, parce que l'auteur se place au point de vue des actions logiques. Ces dieux n'étaient pas seulement peu vivants ; ils ne l'étaient pas du tout. Autrefois, c'étaient de simples associations d'actes et d'idées ; ce n'est qu'à une époque relativement moderne qu'ils sont devenus des dieux. (§ 955) « Tout ce qu'on sait d'eux » est ce qu'il suffît de savoir pour ces associations d'actes et d'idées. Quand on dit qu'il faut « les prier » à un certain moment, on donne un nom nouveau à un concept ancien. On s'exprimerait mieux en disant qu'on les invoque, et mieux encore en disant qu'on fait intervenir certaines paroles. Quand, pour empêcher un scorpion de piquer, on prononce le nombre deux (^ 182), dira-t-on qu'on prie le nombre deux, qu'on l'invoque? Est-il étonnant qu'il n'ait pas une légende, une histoire?

179. Dans V Odyssée (X, 304-305), Hermès donne à Ulysse une plante qui doit le préserver des maléfices de Circé. « Elle est noire dans sa racine et semblable au lait, dans sa fleur. Les dieux l'appellent moly. Il est difficile aux mortels de l'arracher; mais les dieux sont tout-puissants ».

Nous avons là un type pur d'actions non-logiques. On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'une opération magique, grâce à laquelle on contraint un dieu d'agir; car, au contraire, ici c'est un dieu qui donne la plante à l'homme. On n'allègue aucun motif pour expliquer l'action de la plante. Supposons qu'au lieu d'une fiction poétique, il s'agisse d'une plante réelle, employée en vue d'un but réel. Une association d'idées se formerait entre cette plante et Hermès, et l'on tenterait de nombreuses explications logiques. On verrait dans cette plante un procédé pour contraindre Hermès à intervenir ; ce qui est une véritable opération magique. Ou bien on y verrait une manière d'invoquer Hermès ; ou encore une forme d'Hermès ; ou l'un des noms d'Hermès; ou une façon de reconnaître les « forces de la nature ».

178» G. BoissiER : La religion rom., t. I.

Homère désigne celte plante par l'expression çdpfioxov èaOkov, qu'on peut traduire par remède salutaire. N'est-il pas évident, dira-t-on, qu'il s'agit ici des forces naturelles qu'on invoque pour empêcher les funestes effets des poisons? Et toute la végétation qu'on peut trouver dans Homère y passerait '.

179 ' Tout cela n'est pas entièrement hypothétique. Cette fameuse plante a toute une littérature! Eustathe (Odyss., éd. Rom., p. 1658 éd. Bâle, p. iH>97) nous offre le choix entre deux interprétations. L'une est mythologique. Le géant /Tusômoç, fuyant après la l)ataille contre Zeus. dél)arqua dans l'île de Circé et attaqua Gircé. Le Soleil accourut au secours de sa fille et tua le géant. Du sanp qui coula à terre, naquit une plante qu'on appela fujXv, à cause du terrible combat (juj^ç) soutenu par le géant. La fleur est semblable au lait, à cause de l'éclat du soleil ; la racine est noire par l'effet du sang noir du géant ou de la frayeur de Gircé. — Ephestion raconte à peu près la même histoire. Si cette interprétation ne vous plaît pas, Eustiiate vous en offre une autre qui est allégorique : fiùXv est l'instruction ; la racine est noire à cause des ténèbres de l'ignorance : les fleurs sont blanches par l'effet de la splendeur de la science. La plante est difficile à arracher, parce qu'il est difficile de posséder la science. — 11 ne manque plus qu'un disciple de Max Mûller. pour nous dire que cette plante à racine noire, à fleurs blanches, que les hommes ne peuvent arracher et qui a des effets bienfaisants, c'est le soleil qui sort des ténèbres de la nuit, resplendit au-dessus des hommes, échappe à leur pouvoir et donne la vie à la terre.

Plin.: yat. hist., XXV, 8, (4). Trad. Littré : « La plante la plus célèbre est, d'après Homère, celle qu'il croit être appelée moly (allium magicurn, L.) par les dieux : ce poète en attribue la découverte à Mercure, et il en signale l'efficacité contre les plus puissants maléfices [Odyss., X, Wr2). Aujourd'hui, dit-on, elle croît aux environs du lac Phénée, et dans la contrée de Cyllène en Arcadie. Elle est semblable à la description d'Homère ; elle a la racine ronde et noire, la grosseur d'un oignon et la feuille de la scille ; on a de la peine à l'arracher. Les auteurs grecs nous en peignent la fleur tirant sur le jaune, tandis qu'Homère a dit qu'elle était blanche. J'ai rencontré un médecin habile dans la connaissance des herbes, qui m'a assuré que cette plante croissait en Italie, et qui m'en a fait apporter quelques jours après, de la Gampanie, un échantillon qu'on avait tiré à grand'peine des difficultés d'un terrain pierreux. La racine avait trente pieds de long, et encore elle n'était pas entière: elle s'était cassée ».

Thkophr. : Hist. plant., IX, lô, 7, dit de cette plante : To 6è /iwAv -eçl 0evebv Koi iv Ty Kvf2rivi). <Paai 6 ' eivcu «toi bfwiov d à 'Ofiijçoç elp^Ke, ttjv fttv çi^av èxov OTQoyyv^Jjv iTçoct/Klteçij Kç>ofiv<^ ro de fv72jiv bfwiov aKtWyj- xQ^o^at âè aiirù Trpôç rt rà àXE^KbàçfiOKa KOI ràç fiayeiaç- ov (tijfv oçvTTetv y' elvai ;|fo/.e7rôv ùç 'Ofir/pôç (priai : « Le moly se trouve à Phénée et dans la contrée de (Cyllène ; on dit aussi qu'il est semblable A celui dont parle Homère. Il a la racine ronde, semblable à l'oignon; ses feuilles sont semblables à celles de la scille. On l'emploie comme contrepoison et dans les opérations magiques. Il n'est pas si difficile à arracher que le dit Homère ». Tous ces aateurs croient à la réalité de la plante appelée fiù?.v par Homère. Au moyen âge, nous voyons que la mandragore jouit d'un grand crédit. Mercure a disparu, mais Satan le remplace.

O'Reilly ; Les deux procès de condamnation, les enquêtes et la sentence de réhabilitation de Jeanne d'Arc, t. II. « (p. 164) Art. 7. -Jeanne avait l'habitude de porter sur elle une mandragore, espérant par là se procurer fortune et richesse en ce monde : elle croit en effet que la mandragore a la vertu de procurer fortune. — D. Qu'avez-vous à dire sur la mandragore? — R. Je nie entièrement, (p. 165) (Extr. des interr. se rapp. à l'art. 7) — Le jeudi le i" mars, interrogée sur ce qu'elle a fait de sa mandragore — A répondu qu'elle n'en eut jamais, mais qu'elle a

180. L'homme a une si forte tendance à ajouter des développements logiques aux actions non-logiques, que tout lui sert de prétexte pour s'adonnera cettechereoccupation.il y aeu probablement de nombreuses associations d'idées et d'actes, en Grèce comme à Rome ; mais en Grèce, une grande partie a disparu plus tôt qu'à Rome. L'anthropomorphisme grec a transformé de simples associations d'idées et d'actes en attributs divins. Gaston Roissier dit: « (p. 4) Sans doute on a éprouvé dans d'autres pays le besoin de mettre les principaux actes de la vie sous la protection divine, mais d'ordinaire on choisit pour cet office des dieux connus puissants, éprouvés, afin d'être sûr que leur concours sera efficace. C'est la grande Athéné, c'est le sage Hermès qu'on invoque en Grèce, pour que l'enfant devienne habile et savant. A Rome on a préféré des dieux spéciaux, créés pour cette circonstance même et qui n'ont pas d'autre usage». Les faits sont exacts ; mais l'exposé est complètement erroné; toujours parce que l'auteur voit les faits sous l'aspect d'actions logiques. Il s'exprime comme celui qui, Voulant expliquer les déclinaisons de la grammaire latine, dirait : « Sans doute on a éprouvé, dans d'autres pays, le besoin de distinguer le rôle des substantifs et des adjectifs dans la proposition, mais d'ordinaire on choisit pour cet office des prépositions, etc. » Non, les peuples n'ont pas choisi leurs dieux, pas plus que les formes grammaticales de leur langue. Les Athéniens n'ont pas délibéré pour savoir s'ils devaient mettre l'enfant sous la protection d'Hermès et d'Athéna, pas plus que les Romains n'ont choisi pour cet office, après mûre réflexion, Vaticanus, Fabulinus, Educa, Potina, etc.

181. Peut-être observons-nous simplement, en Grèce, un état postérieur à celui qu'on remarque à Rome, dans l'évolution qui fait passer du concret à l'abstrait, du non-logique au logique ; peutêtre l'évolution a-t-elle été différente dans les deux pays? Le manque de documents ne nous permet pas de l'établir avec certitude. En tout cas — et c'est ce qui nous importe dans l'étude que nous faisons ici — à l'époque historique, les stades de l'évolution sont différents à Athènes et à Rome.

entendu dire qu'il y en avait une près de sa maison, sans l'avoir jamais vue ; c'est, lui a-t-on dit, chose dangereuse et mauvaise à garder ; elle ne sait à quoi cela peut servir. — Interrog(''e sur l'endroit où serait celle dont elle a entendu parler ? — A répondu avoir entendu dire qu'elle était en terre, près d'un arbre, mais elle n'eu sait la place: elle a entendu dire qu'au-dessus était un coudrier».

180 1 G. BoissiER : La religion rom., v. 1.

182. Une très remarquable persistance des associations d'idées et d'actes est celle qui semble accorder un pouvoir occulte aux mots sur les choses \

Même à une époque aussi récente que celle de Pline le Naturaliste, on pouvait lire * : « Au sujet des remèdes fournis par l'homme, il s'élève d'abord une grande question toujours pendante: les paroles et les charmes magiques ont-ils quelque puissance? S'ils en ont, 1 conviendra de les rapporter à Ihomme. Consultés en particulier, les gens les plus sages n'en croient rien ; et cependant, en masse, les actes de tous les instants impliquent, sans qu'on s'en aperçoive, la croyance à cette puissance '. (Pline se montre ici excellent observateur, et décrit très bien une action non-logique.] Ainsi, on pense que sans une formule de prière, il serait inutile d'immoler des victimes, et que les dieux ne pourraient être convenablement consultés *. De plus, il y a des paroles diverses, les unes d'impétration, les autres de dépulsion (Littré), d'autres de recommandation ^ Nous avons vu que des personnes revêtues de

IS^ * Ici, rinduction nous met en présence d'un phénomène qui sera longuement étudié au chap. VI, et que nous rencontrerons ailleurs encore. D'autres cas semblables, que nous nous abstenons de citer, se trouveront dans ce chapitre. Parcourons en tout sens notre champ d'investigations : nous achèverons dans les chapitres suivants, des Ttudes que nous ne faisons qu'effleurer ici.

182 2 Pline : Xat. hist.. XXVIII, S, 1, {2). Trad. Littré. Cette citation nous servira ailleurs aussi : c'est pourquoi nous la donnons avec une certaine ampleur.

182' Texte : In universum vero omnibus horis crédit vita, nec sentit. Dalechamps : Crédit vulgi opinio valere verba, nec eerta cognitione et rerum sensu id persuasum habet. Cic 'ron, lui aussi, exclut le raisonnement. Cic. ; De div., I, 3, 4 : Atque haec, ut ego arbitror, veteres, rerum magis eventis moniti, qaam ratione docti, probaverunt.

182* Texte : Quippe victimas caedi sine precatione non videtur referre, nec deos rite consuli. La difficulté réside dans le verbe refen-e. Gronovius dit fort bien : Sine precatione non \idetur referre (id est, nihil iuvare putatur, nihil prodesse vulgo credilur) caedi victimas, nec videtur deos rite consuli. Quo significat necessario preces adhibendas.

182' Texte : Praeterea alia sunt verba impetritis, alla depulsoriis, alla commentationis. Commentationis id est : commendationis. hnpetritum est un terme augurai et désigne une demande faite aux dieux, selon le rite. Cic. ; De div., II, 15, 35 : qui evenit, ut is, qui impetrire velit, convenientem hostiam rébus suis immolet? «...comment se fait-il que celui qui veut obtenir [quelque chose des dieux] sacrifie une victime appropriée à ses fins ? » V^al. Max. ; I, 1 : Maiores nostri statas solennesque caerimonias pontificum scientia, bene gerendarum rerum auctoritates augurum observatione. ÂpoUinis praedictiones vatum libris, portentorum depulsiones Etrusca disciplina [éloigner les mauvais présages par la science des Etrusques] explicari voluerunt. Prisco etiam institnto rébus divinis opéra datur, cum aliquid commendandum est praecatione; cum exposcendum, voto : cum solvendura, gratulatione; cum inquirendum vel extis vel sortibus, impetrito [par une demande, c'est-à-dire en prenant les augures], cum solemni ritu peragendum. sacrificio : quo etiam oslentorum ac fulgurum denuntiationes procurantur.

magistratures souveraines ont prononcé des formules déterminées : pour n'omettre ou ne transposer aucun mot, un homme prononce la formule qu'il lit sur le rituel, un autre est préposé pour suivre toutes les paroles, un autre est chargé de faire observer le silence, un musicien joue de la flûte pour qu'aucune autre parole ne soit entendue ; et ces deux faits remarquables sont consignés, à savoir : que toutes les fois qu'un sacrifice a été troublé par des imprécations, ou que la prière a été mal récitée, aussitôt le lobe du foie ou le cœur de la victime a disparu ou a été doublé, sans que la victime ait bougé. On conserve encore, comme un témoignage immense, la formule que les Décius, père et fils, prononcèrent en se dévouant *. On a la prière récitée par la vestale Tuccia, lorsque, accusée d'inceste, elle porta de l'eau dans un crible, l'an de Rome 609. Un homme et une femme. Grecs d'origine ou de quelqu'une des autres nations avec qui nous étions alors en guerre, ont été enterrés vivants dans le marché aux bœufs ; et cela s'est vu même de notre temps. La prière usitée dans ce sacrifice, laquelle est récitée d'abord par le chef du collège des Quindécemvirs, arrachera certainement à celui qui la lira l'aveu de la puissance de ces formules, puissance confirmée par huit cent trente ans de succès. Aujourd'hui, nous croyons que nos vestales retiennent sur place, par une simple prière, les esclaves fugitifs qui ne sont point encore sortis de Rome. Si l'on admet cela, si l'on pense que les dieux exaucent quelques prières ou se laissent ébranler par ces formules, il faut concéder le tout \ »

Pline continue en invoquant la conscience, — non pas la raison ; c'est-à-dire qu'il met fort bien en lumière le caractère non-logique des actions. « (5,1) Pour confirmer ce qui vient d'être dit, je veux en appeler au sentiment intime de chacun. Pourquoi, en effet, nous souhaitons-nous réciproquement une heureuse année au premier jour de l'an? Pourquoi, dans les purifications publiques, choisit-on pour conduire les victimes des gens porteurs de noms heureux?... Pourquoi croyons-nous que les nombres impairs ont pour toute chose plus de vertu®, vertu qui se reconnaît dans les fièvres à l'observation des jours?... Attale (Philométor) assure que si en

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