CHAPITRE I
LES POUSSÉES
483. But de la présente étude. — Le but final que nous poursuivons dans ce qui va suivre est de calculer les dimensions à donner aux murs suivant les fonctions qu'ils ont à remplir. Un mur peut être destiné :
1° A former simplement clôture, et, alors, il doit se porter lui-même et résister à l'action ou poussée du vent ;
2° A former les parois d'une habitation, et, alors, il doit se porter lui-même et porter aussi tout ce qui est placé audessus de lui dans la construction, en même temps qu'il doit
résister à l'action du vent. Cette dernière n'est à prévoir que pendant la construction, lorsque le mur est isolé, car une fois l'édifice achevé, les différents murs se soutiennent les uns les autres et leur renversement, par le fait du vent, n'est presque jamais à craindre ;
3° A soutenir des terres ou de l'eau, à la poussée desquelles il doit résister.
Nous allons, dans le présent chapitre, étudier la poussée des terres, celle de l'eau et celle du vent.
Frottement et cohésion des terres
484. Talus naturel des terres. — Coefficient de frottement. — Lorsqu'on exécute un remblai, en disposant les terres en cavaliers ou massifs, les talus formés prennent, avec le temps, une certaine inclinaison variable avec la nature des terres, mais constante pour une même terre.
De même, les talus d'un déblai, taillés d'abord à pic ou sous une pente très raide, s'éboulent peu à peu sous l'influence des agents atmosphériques et finissent par prendre peu à peu une position d'équilibre définitif.
On nomme angle du talus naturel l'angle formé par la ligne de plus grande pente du talus définitivement pris par les terres. Nous désignerons cet angle par la lettre ». Il est égal à l'angle de frottement des terres sur elles-mêmes, car il est vraisemblable que le talus garde une pente invariable lorsqu'une particule a, placée à sa surface, ne peut plus glisser sur cette surface sous l'influence de son poids propre ; et nous avons démontré que la pente du plan était alors égale au coefficient de frottement.
Cette remarque permet donc de déterminer, expérimentalement, l'angle de frottement d'une terre sur elle-même. Le tableau ci-dessous donne pour quelques terres, d'après des expériences faites, en 1846, par le capitaine du génie Blondeau, la valeur de l'angle o ; nous y avons ajouté le
poids approximatif du mètre cube de terre de ces mêmes terres :
Coefficients et angles de frottement des terres.