‹ Traité de stéréotomie, comprenant les applications de la géométrie descriptive à la théorie des ombres, la perspective linéaire, la gnomonique, la coupe des pierres et la charpente;Chapitre 160 sur 274 · CHAPITRE II. — DES MURS ET DES PLATES-BANDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DES MURS ET DES PLATES-BANDES

elle est sujette à de graves iocoDvéDients pour les ouvrages qui doivent offrir une grande solidité et une longue durée. En effet, le mortier diminuant de volume par la dessiccation , la pierre finit par ne plus porter que sur les quatre points où sont les cales, et alors le tassement la fait rompre. On pourrait dire, à la vérité, que les éclisses se compriment elles-mêmes un peu sous la charge, et qu ainsi la pierre se trouve ramenée en contact avec le mortier; mais 1^ résistance de celui-ci étant beaucoup moindre que celle de la pierre, le contact avec le mortier est un appui insuffisant.

. Il serait bien préférable de poser sans cales, en abreuvant simplement les joints verticaux , parce que le tassement qui dérange toujours les niveaux primitifs n'aurait plus alors que des effets nuls ou insensibles. Mais, pour cela, il faudrait que les joints fussent travaillés avec beaucoup de soin et exactement pians ; c'est ce que faisaient les Romains qui soignaient souvent très-peu les parements visibles des pierres, mais, qui taillaient les joints avec une précision extrême. Dans le Pont du Gard, par exemple, les joints horizontaux sont tellement rapprochés qu>on a beaucoup de peine à y apercevoir l'existence d'une couche de mortier. Quelques observateurs pensent même, après avoir examiné certaines parties intérieures de ce monument, que les pierres ont été frottées sur le tas, pour établir un contact aussi parfait enti*e les joints.

604. L usage de payer la taille des pierres au mètre carré de parement uu, a introduit aussi un abus dangereux pour la solidité des constructions. L ouvrier met beaucoup de soin à exécuter les parties apparentes; mais quant au joint, il se contente de faire tout autour une ciselure bien dressée à la règle; puis, sous prétexte de faire mieux prendre le mortier, il pique seulement à la (jrosse pointe le milieu de cette face, et souvent avec tant de précipitation , qu'il dépasse le plan du joint et forme des parties concaves; d'où il résulte que la pierre, mise en place, ne repose que sur ses bords ou tout au plus sur quelques points intermédiaires. Or il est évident qu'une pareille disposition est extrêmement défavorable à la résistance que la pierre doit offrir (*).

C est à une cause semblable que l'dii attribue les accidents arrivés à l'église de Sainte-^neviève (désignée ensuite sous le nom de Panthéon),, et qui ont obligé de remplacer les groupes de colonnes qui soutenaient le dôme, par quatre piliers dont les masses compactes détruisent l'effet pittoresque que pré-

(*) Extrait du Cours de construction , rédi%è pour l'École de Metz, par M. Soleirol, Capitaine du Génie.

l46 LIVUE IV. — COUPE DES PIERRES.

sentait le plan primitif de SouffloL Ce nest pas que les épaisseurs des colonnes et des piliers intérieurs fussent trop faibles pour supporter le poids de la tour et du dômeC^); car les assises qui se sont fendues étaient composées avec la pierre la plus dure, tandis que d autres en pierre tendre ont bien i^isté. Il faut donc attribuer cette rupture au mode vicieux qui fut employé pour la pose , et par suite duquel les joints ne portaient pas également dans tous les points de leur surface. On croit même que Fappareilleur avait fait tailler les tambours des colonnes de manière que le lit de dessas fût un peu concave, en forme de surface conique, afin de permettre aux assises consécutives de s appliquer plus exactement sur leurs bords, et de rendre ainsi les joints tout à fait insensibles à Tœil de l'observateur; mais alors la cbai]g[e n'étant plus portée que par une faible zone du lit de chaque tambour, tandis que le milieu n'était occupé que par le mortier dont la résistance à la compression est beaucoup moindre que celle de la pierre , il en est résulté la rupture de quelques assises et l'affaissement dés colonnes.

605. C'est surtout dans les grandes voûtes que Ton devrait proscrire l'em^ ploi du mortier et des cales interposées entre les voussoirs; car la compression considérable qui se produit lors du décintremenj^ peut faire rompre les vous-^ soirs qui ne porteraient sur les autres que par quelques points, ou bien elle produit sur les cales un tassement qui altère la forme de l'ensemble et permet aux voussoirs de tourner autour de leurs arêtes, ce qui est la cause ordinaire de la rupture des voûtes. Il serait donc bien préférable, pour les constructions importantes et principalement pour les arches des ponts, de poser d'abord les voussoirs sur leui-s joints à nu, mais sous la condition rigoureuse que les ouvriers soigneraient davantage la taille des pierres, et qu'ils observeraient bien les dimensions assignées; ensuite, pour remplir les petits vides que Tim* perfection de la taille aurait laissés, on coulerait du mortier fin et très-liquide par quelques petites rigoles pratiquées dans le haut du joint.

606. Quant à la manière de monter la voûte, nous dirons seulement qu'on élève , sur de forts étais en bois , deux où plusieurs cintres composés avec des fermes, de charpente , et dont le contour extérieur est parallèle à l'intrados de la voûte projetée; ensuite, sur ces cintres on pose des solives (appelées couchis) qui vont d'une ferme à Fautre, et sur lesquelles on fait reposer les voussoirs.

(*) VoyeE Vj4ft de bdtir^ par Rondelet, et le Traité de ia eonsimetion des ponts, par Gauthey ; pages xxij, 268, 274*

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