PLANCHER BUCCAL. — TUMEURS ÉPITH !• LIA LES
La slrucluri' de ces kysles les rapproche, d'après von Hippel, des diverses formations, fistules et kystes, d'origine branchiale.
Neumann a observé une paroi kystique tapissée par un épilhélium à cellule's conicpies, dont le pied s'insinuait dans les interstices de cellules arrondies formant une assise profonde et dont la surface libre portait des cils vibratiles de 5 a de longueur; au-dessous de l'épithélium, existait une membrane basale et une paroi fibreuse.
Recklingliausen décrit un épithélium formé de deux assises, une profonde formée de cellules polygonales, l'autre superficielle formée de cellules cylindriques, avec lonofs cils vibratiles ; le restant de la paroi de ce kyste était /
constitué de tissu conjonctif.
Le liquide contenu dans les divers kystes inucoïdes est clair, limpide, incolore ou jaunâtre, visqueux et filant. On y trouve en suspension des noyaux granuleux, des cellules épithéliales polymorphes, des globules hyalins. Les analyses chimiques faites par Bœdeker, Weber, Gmelin, Haller ont montré une composition bien ditïérente de la salive. Suzanne a trouvé, dans un cas, le contenu kystique
de coloration rou"-e brun; la ,,. „,> t.^ , ., ,c h. t.'-.=\
f ' l'ig. 90. — Kyste miicoide (r^ultan-lvuss).
paroi avait la structure habituelle, mais la couche embryonnaire sous-épithéliale contenait un grand nombre de vaisseaux et poussait à l'intérieur du kyste des végétations contenant chacune des vaisseaux ; il devait s'agir d'une hémorragie intrakystique.
Symptômes. — Les kystes mucoïdes ont, comme les kystes dermoïdes, un début insidieux et une évolution lente. Selon leur position anatomique, ils font saillie sous la langue ou sous le menton, dans les deux régions à la fois. La saillie est latérale, arrondie ou ovoïde, à surface régulière; en augmentant de volume, la tumeur refoule le frein et dépasse la ligne médiane, refoule la langue en haut vers la voûte palatine. La muqueuse qui recouvre le kyste est amincie et a un aspect bleuâtre caractéristique ; à travers cette muqueuse, on devine la transparence du kyste.
La fluctuation est facile à percevoir.
Les troubles fonctionnels, quand ils apparaissent, consistent en gêne de la mastication et de la déglutition, en troubles de la phonation (voix coassante, zézaiement, bégaiement).
Diag-nostic. — Comme pour les kystes dermoïdes, l'étude du diagnostic différentiel comporte l'examen des tumeurs du plancher buccal qui ne s'accompagnent pas de modifications de la muqueuse ou de la peau.
L'aspect bleuâtre de la tumeur, sa transparence, sa situation latérale, sa fluctuation très nette sont les principaux caractères d'un kyste mucoïde.
Les kystes hydatiques prêtent à confusion, mais leur extrême rareté est une excuse aux erreurs de diagnostic.
Les kystes séreux, quand ils siègent dans le plancher buccal, s'étendent tout de même dans la région cervicale ou coïncident avec des lésions lymphangiectasiques de la langue.
Les tumeurs angiomateuses s'accompagnent de modifications d'aspect de la muqueuse qui recouvre et avoisine la tumeur (dilatations veineuses).
L'ectasie du canal de Wharton, congénitale ou consécutive à une oblitération accidentelle, occupe bien le même siège que les kystes mucoïdes. mais on se rend compte, dans ces cas, de Timperforation ou de l'obstruction de l'ostium; c'est ainsi qu'en excitant la réaction salivaire, en plaçant des corps sapides sur la muqueuse buccale, on voit si la salive s'écoule ou non par l'ostium.
Pathog'éiiie. — L'énumération des divers sièges anatomiques assignés par les auteurs aux tumeurs qu'ils appelaient grenouillettes montre combien ont varié les idées au sujet de la pathogénie de ces tumeurs.
C'est l'idée d'une origine congénitale qui a prévalu; Neumann admettait que ces kystes naissaient aux dépens des vestiges du canal de Bochdaleck ; Imbert et Jeanbrau ont admis qu'ils peuvent naître en n'importe quel point du plancher buccal, aux dépens des nombreux dérivés branchiaux qui peuvent exister dans cette région. Cunéo et Veau considèrent que les éléments embryonnaires donnant naissance à ces tumeurs doivent être des inclusions épithéliales situées dans les sillons paralinguaux. Guibé a émis l'hypothèse que ces inclusions épithéliales pourraient bien être des débris parasalivaires ou amas épithéliaux inutilisés dans la formation des glandes sublinguales.
Pronostic. — Le pronostic est ordinairement bénin, mais ces tumeurs peuvent récidiver, et on a même observé (cas de Duvergey) leur dégénérescence épithéliomateuse; il en résulte la nécessité d'un traitement chirurgical radical.
Traitement. — Diverses méthodes ont été utilisées : ponction simple (J.-L. Petit), incision simple (Rossius, Rivière, Heister, Louis), modification de la paroi au fer rouge (A. Paré), cautérisations diverses (Phillipeaux, Dionis, Callisen), excision partielle avec modification des parois (Denonvilliers, Trélat, Labbé, Lannelongue,
PLANCHliR BUCCAL.
TUMEURS EPITHELIALES.
Jai-javay, Dolbeau), séton (Laugier, Lenoir), drain permellanl des injections modificatrices (Ghassaignac), autoplastie (batraco-sioplaslio de Johert de Lamballe) consistant en résection de lambeaux de la muqueuse buccale, incision du kyste et suture des bords des lambeaux à la paroi kystique, de manière à créer une boutonnière mettant la cavité kystique en large communication avec la cavité buccale; injections modificatrices (Bouchacourt. Boreli, Maisonneuve, Jobert, Richard, Nélaton, Dolbeau).
C'est l'extirpation totale qui est la méthode de choix; elle a été préconisée par Tassenot (1855), Michel, Krobbel, Félizet. Krobbel a suivi la voie sus-hyoïdienne, Felizet la voie buccale.
Felizet a opéré avec l'anesthésie locale par la cocaïne ; il a aussi recommandé le procédé de l'hydrotomie : on injecte de Teau pure, environ 6 à 10 centimètres cubes, sous la muqueuse; on distend ainsi les aréoles conjonctives et on décolle la muqueuse de la tumeur; cela suffit à supprimer toute douleur.
Von Hippel recommande, à nouveau, la voie sus-hyoïdienne; il pratique une incision parallèle au bord inférieur du maxillaire et située à 1 centimètre de ce bord.
KYSTES colloïdes (GOITRES ABERRANTS).
Jalaguier, Régnier ont chacun rapporté une observation de tumeur de la région sous-maxillaire dont la structure était celle du tissu thyroïdien.
La malade de Régnier était une femme d'aspect crétinoïde, de petite taille, à visage boursouflé, œdémateux, à mains épaisses, à peau sèche, à cheveux ternes, rares, cassants. La région sous-maxillaire gauche était le siège d'une tumeur du volume d'une orange, faisant saillie sous le plancher de la bouche, repoussant la langue ; en bas la tumeur descendait jusqu'à l'os hyoïde; la peau était mobile à la surface. Cette
tumeur fut extirpée par la région sous -maxillaire; elle était enve loppée d'une coque épaisse et, par un prolongement fibreux, s'atta
Fig. 91. — Kystes par rétention consécutifs à l'occlusion des canaux de Wharton (Sultan-Kiiss).
chait à los hyoïde. C'était une tumeur polykystique qui avait la structure histologique du tissu thyroïdien ; il s'agissait d'un adénome thyroïdien.