‹ Traité de stomatologie (volume 2)Chapitre 7 sur 197 · FURONCLES ET ANTHRAX · texte numérisé non relu

FURONCLES ET ANTHRAX

Le furoncle est la localisation dans l'appareil pilo-sébacé d'une inflammation, due au staphylocoque, qui se manifeste parl'apparition d'une petite tumétaction circonscrite, de forme conique, très douloureuse et arrivant toujours à suppuration: presque toujours avec le pus s'échappe une petite masse de tissu nécrosé qui constitue le bourbillon.

L'anthrax n'a conservé que le nom de sa signification primitive ; on désignait ainsi ties manifestations de l'infection charbonneuse; on est d'accord maintenant pour réserver ce nom à un ensemble de furoncles confluents; mais, dans l'anthrax, il y a plus que l'inflammation de diverses glandes sébacées voisines; il y a aussi inflammation du tissu conjonctif intermédiaire et extension de celte inflammation au tissu circonvoisin et au tissu sous-jacent; dans l'anthax, l'inflammation alïecte la forme d'une plaque qui intéresse à la fois tous les éléments du derme et de l'hypoderme. D'ailleurs celte notion est toute contenue dans la définition de Trélat : « L'anthrax est une tumeur inflammatoire, de volume variable, qui débute, dans l'appareil glandulaire pilo-sébacé, s'étend au derme périphérique et au tissu cellulaire sous-jacent, détermine la mortification d'une partie de ce tissu et s'accompagne de phénomènes généraux souvent graves. » En outre des symptômes (pii leur sont habituels, les furoncles et anthrax présentent dans leurs localisations au niveau des lèvres des caractères bien spt'ciaux. C'est ainsi que la propagation de l'inflammation au-dessous de la zone anthracoïde donne lieu ù une sorte de phlegmon diffus développé dans le tissu cellulaire sousmuqueux ; les symptômes peuvent prédominer de ce côté, et Verneuil a décrit cette l'orme de rinllammation sous le nom iVanlhra.v des muqueuses.

Mais ce qui importe le plus dans cette all'eclion des lèvres, c'est la facilité avec laquelle l'inflammation se propage aux veines de la

lace pouvant se compliquer de j)hlébite des veines ophlalmiques et même des sinus dure-mériens. Cette évolution très grave donne à ces furoncles et anthrax une malignité toute particulière. Cette malignité est bien anciennement connue ; Boxton, Brodie, Wagner, Stanley et Loyt, Weber avaient pensé qu'elle était due à un virus spécial analogue à celui du charbon. Il s'agit en réalilé d'une infection très violente, mais elle n'a rien de charbonneux ; Rosenbach a toujours trouvé dans ces furoncles des staphylocoques très virulents.

D'après Verneuil, Danielopoulo, ce serait l'évolution de linllammation du côté de la muqueuse qui vaudrait à ralîeclion sa grande gravi té . Triïde , en 1 859, montra, pièces à l'appui, que celle gravité tenait à une phlébite de la face et du crâne. Follin, Dubreuil, Xadau. Le Dentu, Guntner, Heverdin, Tujague ont donné des observations en faveur de cette opinion. Assez récemment Lancial a publié une observation convaincante : l'opinion de Triide est, peut-on dire, devenue classique, ^'oici,du reste, sur quel fait elle est basée : à la Fig. 4.- Anil.rax de la lèvre supérieure, «uite d'un furoncle de la lèvre

. . , , . T^ „ ,. . supérieure apparaît une lumé-

A,losse nasale droite : li, surfaced union . ^*

des deux apophyses palatines: CG, diflé- factlOU de toute la moitié gauche

rents rentres de phlegmons anthracoïdes; (Je la faCC jusqu'à l'œil qui est

DDDD, perforations de la peau au niveau , i „ / • , . i ,

,. ^ ,./ , , 11,, u tendu, proéminent, et la mort

des petits lohes de 1 anthrax ; E, espace . ^ . .

celluleux resté sain; F, incision pratiquée survient au milieu de phénodans la tumeur: I, dent incisive : N, na- mènes généraux. L'autopsie faite

rine dioitc (Benjamin Anser). '. , , , i, ,

avec soin donne les résultats suivants: « On trouve du côté gauche de la lèvre supérieure une cavité d'abcès de la grosseur d'une petite noix , remplie de pus ; de cet abcès partait une branche de la faciale antérieure ([ui s'étendait vers le canthus interne de l'œil, en longeant le nez; elle contenait surtout un pus liquide et s'anastomosait avec l'ophtalmique, qui était remplie d'un épais liquide couleur chocolat. Cette dernière veine était dilatée, ramollie, dépourvue à sa surface interne de son poli normal. Les parois en étaient épaissies et adhéraient fortement aux tissus ambiants. Le sinus caverneux gauche dans lequel s'abouche la veine ophtalmique contenait le même liquide et présentait le même aspect à l'intérieur. Le sinus caveriu'ux droit était le siège des mêmes lésioii'S, <{ui lui furent

Page 1