‹ Traité de stomatologie (volume 2)Chapitre 8 sur 197 · I.KYRl-S. — l'URONCLl'S ET ANTHRAX · texte numérisé non relu

I.KYRl-S. — l'URONCLl'S ET ANTHRAX

commuiuciuées par le sinus circulaire de la selle lurciquc. Les uuMuhranes du cerveau et le cerveau lui-même ne présentaient aucune exsudation séreuse ou purulente : il n'y avait dans aucun organe d'abcès métastatique. »

La disposition anatomique de la région explique bien la propagation de l'inllammal ion aux parois veineuses; comme Ta montré Reverdin, le tissu conjonctif est si faible dans l'épaisseur des lèvres (jue l'inflammation partie des foyers glandulaires a vile envahi, de proche en proche, les traclus qui unissent les libres musculaires ; le gonllement de tous ces tissus ne se fait pas aisément à cause de leur texture, il y a compression de nombreux filets nerveux et, par suite, des douleurs atroces ; le pus emprisonné est en contact de radicules veineuses qui s'enflamment, et l'inflammalion remonte tout le long des grosses branches.

La phlébite entraîne la mort de deux façons, d'après Reverdin, tantôt en se propageant aux sinus et s'accompagnant de lésions plus ou moins accusées des méninges et du cerveau, tantôt en donnant lieu à de l'infection purulente.

La complication phlébilique s'accompagne de phénomènes oculaires ; les paupières et les conjonctives se gonflent douloureusement, et le globe oculaire est fortement projeté au dehors. Les phénomènes généraux sont aussi très intenses : fièvre, sueurs profuses, frissons, délire, adynamie.

Le début de l'aggravation d'un furoncle de la lèvre supérieure est parfois subit. Une petite tumeur conique, dure, rouge, siégeant dans l'épaisseur de la peau, a parfois commencé à se ramollir et à laisser sortir du pus et des fragments de bourbillon, lorsque, subitement, le gonflement s'étend, devient envahissant dans toutes les régions avoisinanles : joue, menton, nez, paupières. Les ganglions sousmaxillaires affectés se tuméfient plus fortement, les veines de la face se dessinent par des cordons durs, flexueux ; l'état général devient mauvais. Une observation de Verneuil est tout à fait typique ; il s'agit d'un externe du service de Duplay, qui est mort d'anthrax des lèvres dans les conditions suivantes : ce jeune homme souffrait depuis plusieurs jours d'un petit furoncle de la face externe du côté gauche de la lèvre supérieure ; il continuait à faire son service et mit la main à l'autopsie d'un jeune sujet atteint de laryngite syphilitique. Le soir même, le malaise général augmenta sensiblement, en même temps que le mal local prenait de grandes proportions ; on était au vendredi soir. Le samedi, le D'' Leroy des Barres pratiquait sur l'anthrax une incision profonde. Beaucoup de sang coula, et il fut nécessaire de lier une artériole ; aucune amélioration ne s'ensuivit. Les purgatifs à l'intérieur et, sur le point malade, les topiques éinollients et narcotiques restèrent sans effet. Une légère rémission sembla se produire dans la journée du lundi, mais la nuit

siiivonle la fièvre redoubla avec agitation et délire. Le gonflement indamnialoire, jusque-là borné aux alentours de l'anthrax, gagna rapidement toute la joue. Verneuil vit cet infortuné jeune homme le mardi matin ; il le reconnut à peine ; les extrémités étaient froides, l'œil hagard, le pouls misérable. La mort survint dans la soirée même, quatre jours après le début des accidents généraux.

J'ai eu, moi-même, dans des conditions à peu près analogues, une aggravation subite d'un petit point de folliculite de la lèvre supérieure : dans l'espace d'une demi-journée, toute la moitié gauche de la lèvre fut le siège d'une induration allant, en épaisseur, de la peau à la muqueuse, et le gonflement gagna toute la joue du même côté jusqu'à la paupière inférieure : toutes ces régions étaient tendues, douloureuses : quelques élancements se manifestèrent même du côté du globe oculaire, mais les symptômes généraux n'apparurent pas et la phlegmasie n'alla pas au delà. Mais il fallut des applications continues d'eau chaude pendant quatre jours pour obtenir un soulagement ; par le point primitif de folliculite qui avait été vainement débridé, le quatrième jour il s'écoula une grande quantité de pus verdâtre mélangé de débris de tissu sphacélé. Puis, sous l'influence des mêmes applications chaudes, le gonllement de toute la région disparut .

On ne saurait trop insister sur la gravité de ces inflammations de la lèvre supérieure.

En ce qui concerne le traitement, divers auteurs ont, avec Reverdin, préconisé l'incision hâtive, d'autres, avec Després, conseillent l'abstention. A mon avis, il est nécessaire, dès le début de la phlegmasie, de recourir à une médication antiphlogistique sous la forme très simple de tampons de coton hydrophile imbibés d'eau bouillie très chaude. Et ces applications ininterrompues doivent être continuées jusqu'à ce que apparaisse la fluctuation ; superficielle ou profonde, celle-ci conduit sur le pus qu'on doit évacuer: on incise et on débride dans toutes les directions ; cette manœuvre, pratiquée trop hâtivement, peut faire diffuser l'inflammation.

En conduisant ainsi la thérapeutique de ces furoncles, on évitera les complications phlébitiques. Si elles existent, on peut essayer de les enrayer par ligature et résection de la veine faciale au-dessous de l'angle interne de l'œil (Lancial). Lorsfjue la veine ophtalmique est envahie, on peut inciser au thermocautère les parties contaminées voisines. Contre l;i thrombo-plilébite des sinus, on peut tenter le curettage com|)lel de l'orbite après ablation du glotte orulaire.

m. — INFLAMMATIONS CHRONIQUES.

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