‹ Traité de stomatologie (volume 2)Chapitre 9 sur 197 · ECZÉMA · texte numérisé non relu

ECZÉMA

L'eczéma n'offre rien de bien spécial au point de vue chirurgical, mais sa localisation sur les lèvres amène di's excoriations de la

LÈVHES. — TUBERCULOSE. 9

poaii, une sorlc do (endillement, ;"i la snilo d('s((uols une inllaniinalion clironiquo s'installe dans l'épaisseur de la lèvre, donnant lieu à une sorte de 1\ nipliangilc qui provoque la tuméfaetion elnonicpie des lèvres, une des variétés de riiypertropliie labiale.

TUBERCULOSE

On peut voir, au niveau des lèvres, diverses formes de tuberculose cutanée : verruqueuse, ulcéreuse, lupus ; en outre, on y trouve des ulcérations tuberculeuses de la face muqueuse. Audry a décrit des formes exceptionnelles, leucoplasie, pseudo-épithélioma. La forme la plus fréquente est la forme ulcéreuse, à siège cutané ou muqueux.

Le lupus est fréquentaux lèvres, mais il s'agit le plus souvent de l'extension dans cette région d'un lupus des régions voisines ; il est, le plus souvent, consécutif à des lésions nasales, d'après Audry.

D'une statistique de Vallas, il résulte que le pourtour de la bouche est un des sièges de prédilection des ulcérations tuberculeuses; en effet, sur 35 cas, elles siégaient 11 fois aux lèvres, 2 fois à la face.

Les premiers auteurs qui ont signalé la tuberculose cutanée des lèvres sont Javisch et Chiari. Les ulcérations se montrent surtout, en tant que manifestations secondaires de la tuberculose, chez des sujets atteints de lésions pulmonaires. Pour la peau comme pour la muqueuse, l'inoculation est faite par les crachats tuberculeux au niveau d'une éraillnre de ces téguments provoquée par une dent irrégulière ou déviée en avant, par une piqûre de fourchette, par une brûlure, etc.

Hansemann a noté l'existence de la tuberculose primitive. Beneke a observé un enfant de sept mois qui s'était blessé à la face en tombant sur le crachoir de sa mère phtisique ; les plaies se cicatrisèrent rapidement; mais elles se rouvrirent au bout de six semaines, et à leur niveau apparurent des ulcérations accompagnées d'engorgement ganglionnaire au niveau du cou ; l'enfant mourut cinq mois et demi après.

Les ulcérations peuvent résulter de l'ouverture d'une gomme tuberculeuse du derme ou de l'hypoderme; elles sont dues, d'après Trélat, à la fonte de véritables petits tubercules, ordinairement uniques sur la même lèvre. Ces ulcérations ont des dimensions de 10 à 15 millimètres et s'agrandissent d'autant plus facilement qu'elles trouvent au-dessus d'elles un tissu cellulaire plus lâche. De forme circulaire ou ovalaire, elles ont des bords déchiquetés, sinueux, de coloration rouge; leur fond contient un liquide séro-purulent recouvrant des saillies rougeàtres. Dans cette couche, Babès a trouvé une grande abondance de bacilles de Koch. Lescaractères de l'ulcération sont à peu près les mêmes au niveau de la muqueuse et de la peau ; certaines d'entre elles siègent au niveau duljord lil)reou bien à l'union

de ce bord libre avec Tune des faces culsnée ou muqueuse. Des ulcéralions peuvenl siéger simultanément aux deux lèvres; elles sont le plus fréquentes à la lèvre inférieure, et Féréol, Ehrlich, Hansemann ont indiqué leur siège de prédilection au niveau des commissures. La lèvre atteinte d'ulcération peut être tuméfiée sur une plus ou moins grande étendue, à cause de Tinfiltration inflammatoire, et arriver même, comme dans un cas d'EichholT, à créer un ectropion.

Les ulcérations tuberculeuses présentent une grande sensibilité:

le contact des aliments éveille des douleurs assez vives.

Cependant il n'est pas rare que leur évolution soit torpidc et reste longtemps inaperçue.

Les ganglions sousmaxillaires sont souvent infectés; il s'agit d'adénopatliies peu volumineuses.

Cette affection n'a pas tendance à la guérison spontanée ; Plichon cite un cas de cicatrisation dune ulcération tuberculeuse ; c'est là un fait exceptionnel.

Les caractères microscopiques de lulcération, sa coexistence fréquente avec des lésions de tuberculose pulmonaire permettent d'établir le diagnostic. Mais diverses lésions sypliilitiques, chancre, plaque muqueuse ulcérée, gomme ramollie et ouverte, peuvent en imposer pourune ulcération tuberculeuse; dans tous ces cas, l'évolution de TalTection est plus rapide, et l'histoire clinique est souvent caractéristique. La ressemblance avec l'épithélioma est aussi très fréquente ; dans ce cas, le caractère le plus importantest l'induration ligneuse des bords de la surface ulcérée et bourgeonnante; l'adénopatliie est aussi plus constante.

Le lupus vulgaire affecte diverses formes au niveau des lèvres, étudiées dans la thèse de Boyreau (1) : au niveau de la muqueuse, le lupus plan, le lupus élevé, le lupus exedens ; sur la face cutanée, le lu|)us vorax, ou phagédénique : au niveau du Ixu'd iiju-e, le lupus colloïde et érythématoïde.

On a aussi observé le liipu- ('rythéniateux de la face cutanée et de

Fi{

— Ulcération tuberculeuse de la lèvre (d'après Grunwald-Laurcns).

ili l!nviu;Ai . Thèse de Toulouse. 1907.

LEVRES

SYPHILIS

la face nuiqueuse : c'osl le plus souvent la [)i'()pai'ali()n diiu lupus des régions voisines.

Le traitement de toutes les formes de la tuberculose labiale doit d'abord s'adresser ù l'état général ; on institue le traitement médical de la tuberculose pulmonaire s'il y a lieu. Puis on agit au niveau des ulcérations, aussi bien des ulcérations gommeuses (jue lupiques, à l'aide de cautérisations au chlorate de potasse ou à l'acide lactique et mieux au moyen du raclage suivi de cautérisation ignée. Ou peut, en cas dulcéralions tuberculeuses primitives bien limitées, pratiquer l'ablation des tissus intéressés et la faire suivre d'une suture. Même après celle opération radicale, les récidives sont possibles (Hansemann, Poucet). Les diverses variétés de lupus peuvent être soignées IKir la phototliéra[)ie, la radiothérapie, la radiumllu'i'apie.

SYPHILIS

On peut observer, au niveau des lèvres, le chancre, les plaques muqueuses, les gommes.

Le chancre des lèvres est le plus fréquent des chancres extragénitaux, les causes d'infection, en ce point de l'organisme, étant très nombreuses : contact des objets les plus divers, pipes, ustensiles de table, succion du mamelon chez une nourrice contaminée (point de départ fréquent de la syphilis du nourrisson), baisers à des enfants contaminés, à des personnes atteintes de plaques muqueuses, coït ah ore.

Le chancre labial est susceptible de présenter divers types évolutifs que Fournier ramène à six formes : types érosif, croûteux, papuleux, papulohypertrophique, ulcéreux, phagédénique. On observe aussi la forme fissuraire, dite « en rhagade », siégant surtout aux commissures. Le type papulo-hyperlrophique a pu donner lieu à des erreurs de diagnostic, tant il ressemble à une tumeur maligne.

Le plus ordinairement, il s'agit, d'après Rollet, du chancre induré bombé ; c'est une tumeur dont la surface plane, grisâtre, porte une ulcération tout autour de laquelle les tissus sont indurés ; l'ensemble de la lèvre est tuméfié. L'adénopathie sous-mentale et sous-maxillaire est précoce et presque constante. Ces divers caractères sont bien suffisants à différencier le chancre des autres alïections ulcé-

Fijï. 6. — Ulcéi-alion syphiliLique (d'après Grumvald-Laurens).

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