‹ Traité de stomatologie (volume 3)Chapitre 100 sur 129 · V. — PRINCIPES DE L'EXTRACTION DES DENTS · texte numérisé non relu

V. — PRINCIPES DE L'EXTRACTION DES DENTS

Pour pouvoir pratiquer rationnellement l'extiaction des dents, il est nécessaire de connaître leurs formes, leurs dimensions, leur position, leurs rapports, etc., en un mot de posséder parfaitement l'anatoraie de toute la région alvéolo-dentaire. Sans entrer dans des détails qui trouvent leur place dans une autre partie de cetouvrage (2), nous rappellerons les principales notionsquelepraticien doit toujours avoir présentes à l'esprit.

Procès alvéolaires. — Les procès alvéolaires qui se continuent sans ligne de démarcation nette avec le reste des maxillaires sont formés d'un tissu osseux spongieux limité par deux parois denses, la table interne (linguale ou palatine) et la table externe (labiale ou veslibulaire). Les cloisons interalvéolaires spongieuses sont ellesmêmes bordées de deux lames denses perpendiculaires aux premières, de sorte que la paroi alvéolaire est tout entière constituée de tissu compact (fig, 3'29).

La paroi veslibulaire (table externe) est la plus mince, surtout au maxillaire supérieur. Elle se moule sur les racines, reproduit leur relief par ses sinuosités. Au niveau des canines supérieures dont la saillie est très accusée, elle est excessivement mince. Celle paroi externe ou veslibulaire est donc la plus dépressible, et c'est ce qui explique qu'on luxe en général les dents de dedans en dehors (prémolaires et molaires) ou d'arrière en avant (incisives et canines).

Au maxillaire inférieur les deux tables sont parallèles et en continuité avec le corps de l'os, ce qui donne à l'ensemble de la portion corticale, sur une coupe du maxillaire, la forme d'un U (fig. 320). Au maxillaire supérieur la forme cintrée de la voûte palatine donne à la table interne une direction oblique par rapport à la paroi veslibulaire (fig. 321).

^1) R. NoGUÉ, Anestliébie (Traité de stomatolog:ie, fasc. VI).

(2) DiEULAFÉ et Herpin, Anatomie de la bouche et des dents (Traité de stomatologie, fasc. I).

M. GUIBAUD. — EXTRACTION Dl-S DENTS.

Les alvéoles reproduisent la forme des racines, forme conique plus ou moins régulière. Il existe entre la paroi alvéolaire et la racine un espace alvéolo-dentaire qui a beaucoup d'importance au point de vue de l'extraclion. Cet espace est comblé en grande partie par des tissus

Fig. 320. — Coupe verticale transverse de maxillaire inférieur (d'après Kirk).

Ar. i'^ M., racine antérieure de la première molaire ; R. 2^ Bt., racine de deuxième prémolaire; Idn, nerf dentaire inférieur; Up., tables externe et interne en U.

mous : faisceaux fibreux du ligament alvéolo-dentaire, tissu conjonctif, vaisseaux, nerfs, etc. Cette disposition nous indique qu'il n'est pas exact de comparer l'extraction d'une dent à l'arrachement d'un clou. Il y a articulation, ligament articulaire, et il faudra luxer la

0ms

Fig. 321. — Coupe verticale transverse de la tête (d'après Kirk). Oms, ostium maxillaire ; l»^ M, première molaire.

dent avant de l'extraire, c'est-à-dire la détacher de ses adhérences alvéolaires.

De plus la présence de filets nerveux dans le ligament alvéole-

PRINCIPES DE L'EXTRACTION DES DENTS. :{9:i

dentaire nous explique pourquoi l'extraction est douloureuse, que la dent ait ou non sa pulpe vivante. Ce n'est pas, comme on le croit souvent, le H nerf de la dent» qui i)roduit la douleur de l'extraction, mais surtout les fdets nerveux du ligament, lesquels proviennent en partie de la région apicale, en partie des parois alvéolaires. Dans les cas de périodontile, le traumatisme opératoire s'exerçant sur des tissus enflammés produit une douleur particulièrement violente.

Après l'extraction d'une dent, le tissu osseux alvéolaire qui l'entourait se résorbe plus ou moins complètement et plus ou moins rapidement. Dans le maxillaire supérieur, la résorption de la table externe est plus importante que celle de la table interne. Au maxillaire inférieur, la résorption des deux tables est à peu près égale en rapidité et en proportion.

Cette résorption des procès alvéolaires est importante à connaître en prothèse dentaire. Si l'on pose un appareil prothétique dans une bouche où ont été récemment extraites une et a fortiori plusieurs dents, au bout de quelques mois la plaque-base et les dents ne s'ajustent plus dans les points correspondant aux extractions, et il faudra refaire l'appareil.

Dents. — On sait que les dents comprennent : une couronne qui est extérieure au maxillaire, une ou plusieurs racines incluses dans leurs alvéoles, un sillon intermédiaire ou collet. La partie importante au point de vue de l'extraction est évidemment la racine.

Le collet émerge au-dessus du bord alvéolaire ; normalement il y a environ un sixième de la racine hors du maxillaire. Cette portion libre de la racine peut devenir assez considérable, soit pathologiquement, soit avec l'âge, par suite de la résorption d'une partie du procès alvéolaire, soit encore dans les cas d'élimination progressive d'une dent qui a perdu son antagoniste. Par contre, une dent découronnée peut avoir sa racine fracturée au niveau du bord alvéolaire, ou même plus ou moins profondément dans l'alvéole, sans aucune portion libre à l'extérieur.

C'est autour du collet que s'insère le ligament externe (ligament circulaire) de l'articulation alvéolo-dentaire, sur lequel vient se fixer également la fibro-muqueuse gingivale. On réalise la désinsertion de ces adhérences avant l'extraction par le « déchaussement » artificiel et la syndesraotomie alvéolaire dont nous parlerons plus loin.

Direction des racines. — Les dents du maxillaire supérieur sont inclinées en arrière. De plus, les racines se dirigent non verticalement, mais obliquement (en haut et en dedans) par rapport à l'axe de symétrie du corps. Pour extraire ces dents, l'effort doit donc être fait en avant, en bas et en dehors, en inclinant les branches du levier vers la commissure et en les soulevant.

Les dents du maxillaire inférieur sont inclinées en arrière, et leurs

M. GUIBAUU.

racines se dirigent en bas et en dehors. L'effort devra donc être fait en haut, en dedans et en avant.

Nous examinerons plus en détail la morphologie de chaque espèce de dent au moment d'étudier le modus operandi de son extraction.

Dimensions des racines. — La longueur moyenne des racines varie de 12 à 16 millimètres. Les plus longues sont les canines, surtout les supérieures, qui dépassent le plus souvent 1<=™,5.

Les diamètres labio-linguaux des collets varient de 6 à 9 millimètres pour les incisives, canines et prémolaires, et de 9 à 12 pour les molaires. Les racines ayant une forme conique plus ou moins régulière s'amincissent du collet à l'apex.

Anomalies. — Les anomalies dentaires sont si variées et si compliquées qu'il est impossible de les décrire toutes. Nous rappellerons celles qu'on rencontre le plus souvent dans l'extraction des dents. On peut les diviser en deux groupes :

r Anomalies de nombre et de position. — Les dents en ectopie ou en surnombre peuvent être :

a. Des dents surnuméraires vraies, c'est-à-dire avec une couronne et une racine distinctes et séparées de celles des dents voisines;

La quatrième molaire.

h. Des dents surnuméraires avec racine soudée à celle d'une dent voisine (fig. 322) ;

c. Des bourgeons coronaires supplémentaires paraissant distincts, mais ayant en réalité leur racine commune avec une couronne voisine: .

d. Des dents temporaires ayant persisté aprèsia sortie des dents de remplacement correspondantes;

e. Des dents permanentes (surtout prémolaires et canines) n'ayant pu trouver place dans l'arcade dentaire trop étroite et fiyant fait éruption sur la paroi vestibulaire ou palatine du prcfeès alvéolaire (fig. 323) : ^iiîîî^ '

d. Des dents incluses dans le maxillaire.

2° Anomalies de forme. — Toutes les dents peuvent présenter des anomalies. Les racines des incisives et des canines, au lieu d'avoir des axes rectilignês, peuvent être plus ou moins recourbées et cro-

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