AMALGAME DE CUIVRE
L'amalgame de cuivre mérite une description s[)éciale, ses propriétés et son mode d'emploi présentant certaines particularités. On le prépare en ajoutant un excès de mercure à un précipité de cuivre mclallique frais et lavé; on enlève ensuite l'excès de mercure par compression dans une peau de chamois, et on moule la masse plastique sous forme de petites tablettes.
Ce sont ces tablettes qui sont vendues toutes préparées chez les fournisseurs sous le nom d'amalgame de cuivre. Pour les utiliser, on les ramollira par la chaleur.
I*roprictcs(l). — L'amalgame de cuivre possède des qualités antiseptiques qui ont été constatées par bien des auteurs. Miller a reconnu son action sur les bactéries rencontrées dans les cavités des dents cariées et jusque dans la dentine, dont les canalicules s'imprègnent d'oxyde de cuivre. Il l'a souvent employé, à cause de ses l)ropriétés conservatrices, au bord cervical des cavités, complétant l'obturation avec uiie autre matière.
Dans les cas de dents atteintes de carie blanche i dents décalcifiées^, la carie se développe d'une façon très rapide ; la dentine molle se laisse très facilement entamer. C'est ici surtout que l'amalgame de cuivre trouve son emploi, autant que le souci de l'esthétique le permet. On peut dire que c'est la seule substance permanente ipii résiste au retour de la carie, dans une cavité préparée convenablement.
Chez les vieillards, dans les cas de « carie sénile » où la dentiiu' est très ramollie, l'amalgame de cuivre rend des services inappréciables,la conservation de la dent étantla considération primordiale en dehors de tout souci d'esthétique.
Il en est de même pour les dents de sagesse, qui sont souvent peu
(1) H. HAUWoon, Les avantaj^es et les inconvénients de lamalçame de cuivre {La Province dentaire, 15 avril 1911).
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riches en sels de chaux et se désagrègent facilement lorsque la carie a commencé à s'y établir.
A côté de ces précieuses qualités, l'amalgame de cuivre possède deux sérieux défaut? : le principal est sa couleur noire, l'autre est son usure assez rapide sous l'influence des frottements.
La coloration noire que prennent les amalgames de cuivre et qui se communique à la longue à la dentine restreint leur emploi aux cavités situées tout au fond de la bouche, sauf les exceptions déjà citées.
L'usure de ces amalgames sous l'influence de la mastication el même du brossage rend au bout de quelque temps leur surface concave. Ce défaut ne constitue pas une contre-indication à vrai dire, mais oblige à combler la perte de substance après avoir fait quelques rainures de rétention.
Jllanipulatioii. — Pour utiliser l'arnalgame de cuivre, on en prend
un peu plus que la quantité nécessaire, et, à l'aide d'une petite cuiller spéciale ( fig. 30 ), on la chauffe
Fig. 30. — Cuillei- pourchauflerlamalgame de cuivre, lentement SUT la
llamme d'un bec Bunsen ou d'une lampe à alcool, jusqu'à ce que le mercure perle à la surface. « Il arrive quelquefois que la petite masse éclate brusquement et que des parcelles de métal chaud soient projetées avec une certaine violence ; aussi a-t-on proposé, pour se mettre à l'abri de tout accident, de se servir d'une cuiller munie d'un couvercle ; mais on ne peut suivre dans ces conditions l'action de la chaleur, et l'on s'expose à chauffer trop ou trop longtemps et à volatiliser ainsi une certaine quantité de mercure. Quand on est averti de la possibilité de ce petit accident, il est facile d'en éviter les conséquences possibles en se tenant à l'écart de la flamme » (Rédier).
Quand l'amalgame est ramolli, on l'écrase rapidement dans un mortier (chauifé au préalable si possible) pour en faire une pâte bien homogène. On le place dans la cavité par fragments, en suivant les règles indiquées pour les obturations à l'amalgame. Le durcissement en est généralement rapide.
Vin. — OBTURATIONS MIXTES.
Les obturations mixtes sont celles où l'on associe dans la même cavité deux ou plusieurs matières obturatrices, de façon à bénéficier des avantages et à écarter les inconvénients de chacune d'elles prise isolément. Nous avons déjà eu l'occasion d'en montrer des exemples nu cours des chapitres précédents.
OBTURATIONS MIXTES. 61
C'est ainsi que le cimrnl, si {)i-(''ci(Mi\ loiscin'ii n'est pas on ((Milacl avec les liijuides buccaux, peut élre employé pour garnir le fond des cavih'S dans les cas de carie non pénétrante, de manière à |)rolég('r la |»nljto conlre les variations lli('rmi(|nos, tandis (pion achèvera l'oblnration avec de Ittr on de ramali,''ame, matières beaucoup plus solides mais bonnes conductrices de la chaleur.
Les obtuiations mixtes rendent surtout de grands services pour conserver des dénis à grandes cavités et à parois fragiles, qui, sans cela, auraient dû être abandonnées, c"esl-à-dire vouées à la perte de la couronne et à lextraclion. « Par exemple, une molaire ou une bicuspide ayant perdu leur j)nlpe et une grande jiartie de la coni-onne, et étant dans une position accessible à la vue, constituent l)our le dentiste consciencieux un sérieux problème à résoudre. Il sait que l'emploi de l'amalgame produira un efïet désagréal)le aux yeux (en admettant (|ue loblnralion puisse tenir dans ces cas). L'emploi de l'or demanderait des heures, fatiguerait le patient et ropératenr avec la probaliililé de la ruj)lure des parois et de la sortie de l'oliluralion, témoignage du peu de jugement de l'opérateur en pareille circonstance. L'emploi du ciment devrait être renouveh' souvent en affaiblissant clta(|ue fois les parois. La perle du contour ( relief extérieur) résultant des élargissements successifs de la cavit<'' produirait le changement de place de la dent; son utilité sérail graduellement perdue, et bientôt elle devrait être sacrifiée parce ({ue le dentiste n'aurait pas eu assez de science et d'adresse dans la circonstance. C'esten sauvant de pareilles dents que s'accroît la réputation d'adresse du denliste et que s'établit l'utilité des soins dentaires; honneur et gratitude sont la récompense de ceux qui réussissent de pareilles opérations » i D. >L Clapp) (I).
On peut grouper les obturations mixtes, d'après leurs indications, de la manière suivante :
1° Pour les caries non pénétrantes mais jjrofondes, avec [tulpe sensible aux variations thermiques, cimenl et amalgame l'ou o/'), gutta et amalgame (ou or) ;
"2° Pour les caries pénétrantes où la rétention est assurée, mais où la cavité est volumineuse et où l'on désire réduire la quantité de métal entrant dans l'obturation, saris nuire à la solidité de celle-ci, mêmes associations : fond garni avec ciment ou giilla. ])arlie superficielle avec amalgame ou or:
30 Pour les caries pénétrantes où la rétention est assurée, mais où les parois sont fragiles, on renforcera celles-ci en les doublant de ciment avant d'introduire l'obturation métalli([ue ;
4° Pour les caries pénétrantes où la rétention n est pas complètement assurée : ciment-amalgame.
(1) D. M. Ci-APP, Obturations combinées, in Denlislerio opératoire de Kihk.
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i° CIMENT ET AMALGAME.
Il y a plusieurs manières d'associer le ciment et ramalgame. On peut : a. placer le ciment, le laisser durcir cl faire ensuite l'obturation à l'amalgame ; ti. placer le ciment et. pendant qu'il est encore mou, placer l'amalgame; c. malaxer ensemble le ciment mou et la limaille d'alliage; d. malaxer ensemble le ciment mou et l'amalgame mou.
a. Ciment dur et amalgame. — 11 s'agit ici, en réalité, de deux obturations successives, le fond de la cavité étant garni de ciment et l'amalgame (ou l'or) n'étant mis en place ([u'après durcissement du phosphate de zinc. Cette disposition est adoptée pour soustraire une pulpe hypersensible aux variations de température. On devra vérifier, après avoir placé le ciment, si la cavité restante offre une rétention suffisante à l'obturation métallique. On lui donnera au Ijesoin la forme convenable à l'aide de fraises, en y creusant des points ou des rainures de rétention.
b. Ciment mou et amalgame. — Pour les obturations mixtes de cette catégorie, on commence par préparer l'amalgame, puis le ciment (plutôt clair), et Ion introduit celui-ci dans la cavité. On enfonce alors les morceaux d'amalgame en forçant un peu de manière à refouler le ciment contre les parois; on enlève les bavures de ciment et on achève l'obturation à l'amalgame, que l'on étend jusqu'aux bords de la cavité.
Cette association rend de grands services en permettant de conserver des dents, qui autrement devraient être meulées et munies de couronnes ou môme entièrement perdues. Le ciment renforce les parois et sert à faire adhérer l'obturation; il empêche lamalgamc de colorer la dentine. L'amalgame rend la surface de l'obturation plus résistante et empêche le ciment d'être en contact avec les liquides buccaux.
On peut employer ce genre d'obturation dans les grandes cavités triturantes ou proximales à parois fragiles (prémolaires et molaires), dans les six dents antérieures pour les caries non exposées à la vue. Pour les cavités composées (proximo-triturantes, j)ar exemple), on appliquera la matrice, et Ion commencera par tasser de l'amalgame contre la matrice pour construire une solide paroi proximale. On placera ensuite du ciment entre l'amalgame et le fond de la cavité, et l'on achèvera de remplir d"amalgarae la face triturante, de sorte que toute la surface extérieure de l'obturation soit métallique.
c. Ciment et alliage. — On a recommandé d'incorporer au ciment de la limaille d'alliage, pour le rendre plus solide et moins attaquable par les li([uides buccaux.
On peut mélanger "25 à 50 p. 100 de limaille d'alliage à la poudre
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(le ciment clinaIa\(M' ciisuile avec le liquide, sur la labletle de verre, Piiivanf le mode de préparation ordinaire du ciment. (Jn peut encore prépaier le ciment assez lluide et le travailler ensuite avec l'alliati^e. Kn réalilô, l'addition d'aliiat^e ne donne pas au ciment beaucoup plus de solidilé et de dui'(''('.
</. Ciment et amalgame mélangés. — Un procédé beaucoup plus efficace consiste à malaxer ensemble du ciment assez clair et de l'amalii^amc Iraîcliement préparé, jusqu'à ce ([ue l'on ait une pûte de la consistance du ciment ordinaire. L'amalti^^ame devra être assez mou, c'est-à-dire que l'on naura pas complètement exprimé le mercure. On peut remplir complèteuKMit la c.nité avec ce mélan<4e, qui est très adhérent, ou mieux en i>arnir seulement les trois (juarts, et achever l'obturation à l'amalgame.
Dans les grandes cavités, le mélanine ciment-amalgame rend de réels services et permet de reconstituer des j)ortions imjiortantes de couronnes sans le secours de la matrice.
i° GUTTA-PEliCHA ET CIMEXT.
■• Cette association est i'réquomment employée parce quelle perniel de faire un travail temporaire dans les dents des jeunes patients el dans les dents compromises par une carie ou paila fragilité de leurs parois.
u On croit généralement que le phosphate de zinc, placé sur le bord de la gencive dans les cavités proximales, ou juste au-dessus, ne résiste pas aussi longtemps que la gutta-percha ; cependant on peut trouver des exceptions à cette règle générale. On a l'habitude de combiner ces deux matières en employant la gutta pour les bords cervicaux et le ciment pour la partie triturante et les contoui'S de l'obturation.
« Il est incontestable que ces matières durent plus longtemps quand elles sont introduites avec une forte pression qui les condense et les rend plus solides. Dans ce travail, la matrice est d'un grand secours. Non seulement elle permet l'emploi delà pression quand les matières sont encore plastiques, mais elle eaq)èche leur coulée en dehors de la cavité ou dans la gencive et laisse l'obturation dans un état tel que l'obturation est réduite à peu de chose.
" Une matrice convenable ayant été posée, on introduit soigneusement avec des instruments chauds la gutta en quantité suffisante pour remplir la cavité un peu au-dessous du bord de la gencive. La chaleur doit être suffisante pour la maintenir tout à fait plasti(}ue, mais il faut prendre garde de la brûler ou de la chauiler outre mesure, autrement ses propriétés physiques se trouveraient très altérées et la durée de l'obturation compromise.
*' Toutes les cavités où l'on emploie la gutta doivent être enduites
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d'un léger vernis de résine blanche ou de baume de Canada dissous dans le chloroforme. Ceci préviendra la sortie de la gulta en dehors des parois de la cavité pendant le finissage et rendra l'obturation étanche. La gutta ayant été placée en quantité suffisante, on termine l'obturation delà cavité avec du ciment. La malriceayant une forme convenable, l'opération se réduit àl'obturationd'unecavité triturante. « Il est très important que la cavité reste sèche; par suite, il faut emplo^'er la digue toutes les fois qu'on le peut. Le ciment doit être gardé sec au moins quinze minutes après sa pose, puis on le recouvre devernisou de vaseline pour éviter le goût désagréable dû à sa réaction acide » (D. M. Clapp).
3'' AMALCAME KT OU.
Les associations d'amalgame et d'or sont de deux sortes : a. auriiicationsur un amalgame dur; b. aurification sur un amalgame mou.
a. Aurification sur amalgame dur. — On emploie ce procédé pour les parties visibles des cavités peu accessibles et par suite difficiles à remplir d'or en totalité. Si l'on a affaire, par exemple, à une cavité disto-triturante de prémolaire supérieure, on remplira d'amalgame la partie postérieure et supérieure de la cavité, et la partie triturante exposée à la vue sera seule aurifiée.
La matrice ayant été mise en place, on r, mplit la cavité d'amalgame après y avoir au i)réalable introduit du ciment mou, comme il a été dit plus haut; cette précaution dissimulera la couleur de l'amalgame et en même temps consolidera la dent. Quand l'amalgame sera durci, on regardera quelle est là partie visible de l'obturation, et l'on y creusera à la fraise une cavité convenable pour recevoir l'or. On fera alors une aurificati >n suivant les règles ordinaires.
h. Aurification sur amalgame mou. — L'application d'or pardessus un amalgame encore mou s'emploie ordiiiairement pour les cavités proximo-triturantes des molaires et des prémolaires, surtout lorsqu'il est impossible de faire monter le caoutchouc de la digue au-dessus du bord cervical.
Après avoir placé la matrice, on introduit assez d'amalgame pour remplir le quart ou le tiers de la cavité. On le tasse soigneusement et on absorbe l'excès de mercure avec du papier buvard. On s'assure qu'il n'y a pas, sur les plis de la digue ou aux environs, de fragments d'amalgame pouvant ensuite altérer la surface de l'or.
On prend ensuite des morceaux d'or plastique (or spongieux, cristallin, etc.) eton les tasse contre l'amalgame. Les premiers morceaux absorbentle mercure et sont amalgamés, puis le mercure cesse de pénétrer, et la surface devient toute recouverte d'or. A ce moment, on peut achever l'obturation avec n'importe quelle variété d'or adhésif.
OBTURATION DES CANAUX RADICULAIRES. 60
Pour le liiiissuge, on tiendrn coinplc de ce que ramalgaine n'est pas encore complètement durci, ctlOn n'emploiera pas de disques à ^rain trop grossier.
4° GUTTA-PERCIIA ET AMALCAME.
L'association de la gutta-percha avec l'amalgame ou l'or est peu em|iloyéc. On reproche à la gutta de ne pas offrir une base assez solide à l'obturation ni6taili<|ue et, d'autre part, de risquer de faire éclater les parois fragiles en se dilatant. Le ciment lui est en général préféré pour garnir le fond des cavités, comme il a été dit plus haut.