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IX.— OBTURATION DES CANAUX RADICULAIRES

Le nettoyage parfait et l'obturation herméti(iue des canaux radiculaires doivent être soigneusement pratiqués dans les dents dont la pulpe a été dclruile, car ces opérations donnent seules de sérieuses garanties de conservation des dcnls traitées. L'obturation des canaux empêche, d'une part, l'issue, au delà de l'apex, des microorganismes qui pourraient encore se trouver dans les parois canaliculaires; d'autre part, la réinlection des canaux par la même voie apicale, mais en sens inverse.

Les conditions essentielles que doitrem[)lir une substance idéale pour l'obturation des canaux radiculaires sont les suivantes :

1" Elle doit parfaitement obturer et sceller le canal depuis l'apex jusiju'à i'oritice;

•2" Elle doit rester indéformable. Ceci implique : a. la nonexpansion; I). la non-contraction; c. l'imperméabilité; cl. la nonrésorption; e. une inertie chimique absolue; 3° Posséder des qualités antiseptiques; 4" Être durable, Hexible et modelable; 5" Ne pas être irritante;

0° Pouvoir être mise en place sans pression et enlevée sans effort ; 7" Ètn; de couleur inaltérable, compatible avec la couleur de la dent.

Matières d'obturation. — De nombreuses substances ont été employées pour l'obturation des canaux.

1" Des matières fibreuses végétales (ouate) ou minérales (amiante) aseptiques ou imbibées de médicaments antiseptiques;

2" Des matières métalliques introduites à rétatmoufor, étain, etc.); 3" Des matières plastiques introduites à l'état li([uide ou pâteux (chloro-percha, paraftine, ciments, etc.\ ou à l'état mou (gutta) et durcissant une fois en place;

4" Des pâles qui restent molles et qui sont en général à base d'antiseptiques (salol, formol, etc.).

Traité de stomatologie. IV. — 5

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Les matières fibreuses ont plusieurs défauts qui doivent faire condamner leur usage. Elles ne sont surtout pas imperméables, mais laissent filtrer au contraire les produits septiqucs, en al^sorbent et retiennent une partie, pouvant ainsi constituer de dangereux foyers d'infection. Cependant le coton non cardé et non apprêté a ses partisans, (jui disent que, tasse de façon convenable, il reste sans se modifier pendant de longues années.

Les métaux (or, étain) sont peu usités pour Tobturalion des canaux, étant très difficiles à appliquer et encore plus à retirer en cas de besoin. On introduit jusqu'à l'apex de petits fragments d'or mou ou d'étain, et on achève de remplir le canal en tassant les morceaux de métal un à un avec des fouloirs spéciaux.

Les m«//ères/>/as/£7Mes sont lesplus employées pour ces obturations. Introduites presque liquides ou tout à fait liquides, elles peuvent remplir exactement les canaux radiculaires et les sceller hermétiquement grâce à leur contact parfait avec les parois. La guttapercha, les ciments minéraux et la paraffine sont particulièrement à recommander. Leur emploi fera l'objet de paragraphes spéciaux (Voy. ci-dessous).

Enfin les pâles servent surtout à introduire dans les canaux des médicaments antiseptiques qui y sont incorporés. Nous renvoyons le lecteur au traitement et à la désinfection des canaux radiculaires, (jui constituent un chapitre de l'étude de la carie dentaire.

Obturation des canaux aux ciments minéraux. — Les ciments minéraux constituent une excellente matière d'obturation des canaux, lorsqu'ils peuvent être introduits jusqu'à l'apex. On sait qu'ils donnent toute satisfaction lorsqu'on les emploie au scellement des dents à pivot, pourvu, bien entendu, que la racine ait été bien aseptisée au préalable.

Le ciment à l'oxychlorurc de zinc est à peu près le seul ciment minéral employé pour l'obturation des canaux radiculaires accessibles. On devra se rappeler que la pâte d'oxychlorure, lorsqu'elle vient dêtre faite, est irritante pour les tissus vivants avec lesquels elle est en contact et qu'on constate souvent une irritation considérable des régions apicales de la membrane péridentaire après son emploi comme substance d'obturation du canal. Cette irritation peut déterminer une vive douleur due à la diffusion d'une partie du chlorure de zinc par le foramen apical avant (ju'il se soit combiné chimi(juement avec la poudre d'oxyde de zinc employée pour former le ciment. Cette action irritante, bien c(ue donnant lieu à des symptômes semblables à ceux du début d'une inflammation seplique des tissus de l'apex, ne détermine pas de suppuration, mais persiste pendant un temps variable de quelques heures à un ou deux jours. Une guérison complète a lieu toutes les fois que les canaux ont été obturés avec soin. Cette irritation chimique produite par le chlonire

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lié zinc non combiné pcul, clri' cviU-c en [)laçanl à l'apex dn canal une parcelle de coton inihibée d'un anliseplicjiic doux comme la créosolo, l'acide j)luMii<jue ou une huile essentielle.

« Lorsque les inlerslices du coton ont éW'- remplis avec une pûte épaisse, le chlorure d(^ /.inc agit sur le coton et le convertit en une sultslance amvloïde ; de sorte ([ue, si l'on [)lace dans la portion apicale du canal de la racine une houhUte de coton impréj^née dun antiseptique calmant et (jue l'on appli(jue ensuite la pâte sur le coton, apr^s ([ue l'action chiniicpie siti^nalée s'est produite, l'apex se trouve obturé non par du colon, mais par la substance amvloïde imperméable et immuable (1). »

On peut encore enqoloyer comme préscrvalil' fhî la région apicale un petit cône de gulla-percha d'un demi-centinièlre de long trempé dans l'essence d'eucalyptus pour lisser sa surface.

Pour remplir de ciment le canal radiculaire, on se sert ordinairement de lines mèches de colon aseptiques (|u'on imbibe de pâte d'oxychlorure et que l'on tasse à l'aide d'un l'ouloir à canaux bien lisse. Le l'ouloir porte l'extrémité de la première mèche jusqu'au fond du canal, puis est ramené en arrière et glisse entre les libres de coton sans les attirer à l'extérieur; puis son extrémité est |toussée de nouveau vers l'apex et bourre la mèche de manière à obturer parfaitement la lumière du canal. On répète l'opération successivement pour les autres mèches de coton à l'oxychlorure jusqu'à ce qu'on arrivée la chambre pulpaire. On peut alors mettre une couche de ciment sans coton pour garnir le fond de la chambre pulpaire.

Obturiitioii des canaux à la j»-ntta-pci'ch;i. — La gultapercha s'emploie sous sa forme solide (Voy. p. 25) ou en solution dans le chloroforme. C'est une excellente matière d'obturation des canaux; elle est mauvaise conductrice et n'est pas irritante; elle est suflisamment souple pours'adapterà toutes les inégalités des canaux et suivre un pertuis étroit et tortueux, surtout si on l'emploie en solution.

La solution chloroformée owchloro-percha s'obtient en dissolvant la gutta-percha dans le chloroforme jusqu'à consistance crémeuse. Un inconvénient de celte solution est la volatilité du chloroforme. Son évaporation est si rapide qu'il est difficile de conserver au produit une consistance convenable pour l'emploi quotidien. Afin d'avoir une solution plus stable, Johnson conseille de remplacer le chloroforme, au fur et à mesure de son évaporation, par de l'eucalyptol. On en ajoute jusqu'au complet remplacement du chloroforme, et la solution finit par n'être plus composée que de gutta et d'eucalyptol. Par lui-même, ce nouveau produit n'est pas obtura-

(1) H. BiuciiAHD, Traitement et obturation des canaux radiculaircs, in Manuel de dentisterie opératoire de Kiuk, traduction LiiMiiiiiE, Paris, 1910.

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leur; il joue simplement le rôle d'un agenl lubréfiant, prépare et facilite l'introduction de la gutta solide qui pénétrera beaucoup mieux dans le canal ainsi préparé que dans un canal sec.

« Le D"^ Cochran, de Burlington, propose une autre et excellente composition. Dissolvez dans du chloroforme 15 grammes de guttapercha en plaque. Ajoutez-y 15 centimètres cubes d'une solution saturée de thymol dans l'eucalyptol. Mélangez et laissez évaporer. La préparation se solidifie et est ainsi terminée. Pour l'emploi, placez-en un fragment dans la chambre pulpaire, et touchez-le avec une broche chaulïee. Il se liquéfie immédiatement et peut être ainsi pompé dans les canaux les plus étroits à l'aide de la broche. Si le canal est assez large, vous y introduirez immédiatement un cône de gutta, que vous tasserez soigneusement.

« Voici le modus operandi de l'obturation des canaux à la guttapercha ; trempez dans la solution de chloro-percha une boulette de coton; placez-la dans la chambre pulpaire et comprimez-la contre les parois. Le liquide pénètre dans les canaux, l^renez alors une sonde lisse et refoulez la chloro-percha jusqu'à l'apex. Par les mouvements de la sonde, vous aiderez la sortie de l'air. Si vous opérez dans un canal étroit, agissez avec vigueur; s'il s'agit de canaux plus larges, il est inutile de prendre tant de précautions, car la solution coulera facilement jusqu'à l'apex, et le cône de gutta s'adapteraaisément.Du reste, évitez dans les canaux larges l'usage excessif de la sonde, de peur de provoquer au delà de l'apex une irritation traumatique. Vous devez pousser la gutta-percha liquide et solide jusqu'à l'extrémité de la racine, mais non au delà, et c'est la partie délicate de l'opération. 11 n'y a aucune règle, aucun guide pour vous avertir que vous avez atteint le but, mais, avec de l'attention et un toucher délicat, vous arr verez à une grande certitude. On a dit que le patient avait un léger mouvement de recul lorsque la pointe de la sonde approchait de l'apex; c'est là un signe sans valeur. Dans certaines dents, en effet, où le foramen apical est très réduit et où n'existe pas de tissu sensible au delà de la racine, vous pourrez obturer très complètement le canal, sans que le patient perçoive la plus légère sensation.

'< Continuer la pression pour rechercher le mouvement de défense du patient serait une erreur, et certainement vous obtiendriez une irritation consécutive à celte exploration. D'autre part, il est des cas où la plus légère pression sur le contenu du canal, ne serait-elle exercée qu'à l'orifice pulpaire, sera immédiatement ressentie par le patient. L'annonce de cette sensation ne signifie nullement que la matière obturatrice a atteint l'apex, car la pression peut avoir été transmise par un coussinet d'air refoulé vers le foramen. L'opéraleur doit donc acquérir un sens particulier, une délicatesse de toucher spéciale pour pouvoir se fier uniquement aux sensations

OBTURATION DES CANAUX RADICULAIRES.

qu'il pen.oil el non à celles (\\n sont accusées par le patient.

(. Ouaiul les canaux sont bien remplis de chloro-percha, prenez, avec les pinces, un cône <]e tçutia et melte/.-le en place. Si le canal est d'un tel diamètre qu'un seul cône ordinaire, de ceux que fournissent les lahricants, ne suffise pas à l'obturer complètement, enfoncez-en un second à côté du premier, ou faites vous-même un cône du volume approprié. Kxercez une vi«j^oureu<e pression pour l'adapter bien exactement aux parois jusqu'à l'apex. Ordinairement, l'extrémité du cône déborde encore dans la chambre pulpaire, bien qu'il soit enfoncé autant (pie possible. Si, pour adapter sur l'orifice du canal un excès de ^utta, vous y appliquez un instrument chaud,elle y adhérera et, en enlevant l'instrument, vousrelirezlecône obturant. Au lieu de chauirer le fouloir, vous ramollirez directement la ^utta à laide d'un courant d'air chaud, et alors seulement vous la comprimerez avec l'extrémité large d'un instrument. Quelquefois, surtout dans les dents à trois racines, où la chambre pulpaire est spacieuse, vous vous li-ouverez bien, avant d'opérer celte compression, de ramollir une boulette de gutta-percha et de l'appliquer sur le plancher de la chaml)re pulpaire ou paroi subpulpaire.

«Vous ramènerez alors sur ce tampon les extrémités des cônes, et vous les incorporerez pour ne faire du tout qu'une seule masse. Ayez soin, auparavant, de passer l'extrémité de votre fouloir sur un linge humecté d'une huile essentielle quelconque, de façon à diminuer l'adhérence delà gutta à l'instrument.

« Voici donc les cônes en place et la paroi subpulpaire couverte de gutta-percha ; mais cela ne signifie pas que les canaux soient parfaitement obturés. Ils contiennent encore trop de chloropercha, qu'il faut remplacer autant que possible par de la gutta solide. A cet efTet, chauffez un fouloir à canaux : lubréfiez-le sur le linge huilé, dont nous avons parlé, et poussez-le doucement dans le canal de façon à y bien comprimer la gutta. La chloro-percha est ainsi chassée peu à peu ; vous l'absorberez avec du coton. Continuez ce travail jusqu'à ce que vous soyez certain d'avoir une obturation parfaite. Sur le plancher de guttapercha, vous disposerez une couche de ciment tion de la chambre (l'oxvchlorure de zinc est préférable), sur laquelle pulpaire à l'oxychiû-

,.,.,.,. , ,. oi 1'"'^'^: c, obturation

vous construirez 1 obturation permanente i tig. ^l , ,j,étallique de la cacar les fondations de gutta ne sont pas assez vite, résistantes pour qu'elles puissent servir de base à une obturationde métal. Vous donnerez encore la préférence à 1 oxychlorure de zinc pour une autre raison. C'est que, de toutes les matières obturatrices, il est le seul qui, placé dans la chambre pub

Fig. 31. — a, obturation du canal à la gutta ; b, obtura-

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pairo, s'oppose d'iiiio façon absolue à l'enlrée des bactéries flans les canaux radicnlaires. C'est là la conclnsion des expériences conduites à ce sujet par le D' Webster (de Toronto). II constituerait donc une excellente obturation des canaux s'il pouvait pénétrer plus facilement dans ceux qui sont étroits et tortueux, et s'il n'était sus ceptible de provoquer une irritation très sérieuse des tissus périapicaux dans ceux de large diamètre. De plus, il est extrêmement difficile de l'enlever au cas où cette opération devient nécessaire pour une raison quelconque (1). «

La méthode préconisée par Johnson consiste donc à obturer les canaux rétrécis et à lubrifier les canaux plus larges à l'aide du mélange Cochran (chloro-percha), à compléter l'oljturation par l'introduction d'un cône de gutta lorsque celte addition est possible, et enfin à obturer la chambre pulpaire avec l'oxychlorure (fig. 31).

Dans les cas où le péricément ne manifeste pas de sensibilité, on peut commencer immédiatement l'obtin-ation à l'amalgame ou à l'or; sinon, on obturera temporairement à la gutta, et on attendra la disparition des troubles pourfaire une obturation métallique.

Obturation dos canaux à la paraffine. — La paraffine a été préconisée récemment comme supérieure aux autres matières d'obturation des canaux radiculaires. Nous avons vu déjà que la plupart des auteurs préféraient la gutta-perclia à l'oxychlorure, ce dernier exigeant une manipulation des plus minutieuse et son enlèvement pouvant être difficile ou impossil)le.

La gutta-percha est à son tour passible du reproche de laisser un vide entre la masse obturatrice et les parois canaliculaires, à cause de l'évaporation du chloroforme de la chloro-percha.

La paraffine fondue dans le canal au moyen dune pointe de cuivre chauffée par l'électricité, par conséquent introduite à l'étal liquide, paraît remplir toutes les conditions exigées par la substance idéale d'obturation des canaux. Elle n'est pas antiseptique par ellemême, il est vrai, mais on peut y incorporer des antiseptiques. Quant à la condition de durabilité, il faut attendre une plus longue expérience de cette substance pour la vérifier.

La technique des obturations à la paraffine est la suivante ("2).

La racine ayant été stérilisée et préparée pour l'obturation est séchée à l'alcool pur et à l'air chaud, puis chauflée électriquement au moyen d'une sonde en cuivre (aiguille de Saladin) insérée dans le canal jusqu'à ce que le patient ressente une légère sensation de dou-

(1) C.-\. Johnson, J/obluralio« des dents, adaptation française, par P.-E. Gihes et G. Robin, Paris, 1909.

(2i W.-B. DuNNiNG, La paraffine pour l'obtiiraLion des canaux {The Dental Era, avril 1909 ; /e Laboratoire et le Progrès dentaire réunis. 9 mai 1909|. — J. Szabo, Examen expérimental des procédés d'obturation des canaux radiculaires avec considérations spéciales sur la paraffine {OEstcrr. ungar. ]'ierteljahrschr. fur Zahnheilk., juin 1909; Revue de stomatoL, janv. 1910).

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leur. Une pointe Hc pnrnniMc — aiinl<)ii:nf' comme forme et. comme dimension à une pointe de ^iilto-perclia — est placée dans le canal ; puis la sonde de cuivre chauffée par rélectricité est poussée directement à travers cette paraffine juscju'à l'apex de la racine.

La paraffine fond instanlan«''ment et suit le conducteur jusqu'au point extrême, remplissani le canal de licpiidc chaud qui pénMre dans les premières couches tie denline sèche. La force capillaii-e intervient de plus en plus à mesure (pie le canal l'adiculaire diminue de diamètre.

Les huiles d'air sont expulsées; le fil est soii^neusement retiré, et on laisse la paraffine refroidir.

Le canal est rempli et scellé herméli<|uement de l'apex à Toritice avec une substance imperméable et invariable de forme. Il n'y a eu aucune irritation ; on n'a exercé aucune pression pour mettre; en place l'obturation. Il n'y aurait pas besoin d'elTort pour enlever celle-ci, si c'était nécessaire: il suffirait de chauffer à nouveau avec l'aiguille de Saladin pour faire fondre la paraffine et de la retirer au moyen de pointes de papier stérilisé. Cette petite opération demande une minute à peine.

Par refroidissement, la paraffine se contracte du centre vers la périphérie, laissant une dépression centrale, mais s'appli(|uant davantage aux parois du canal. Une fois refroidie, la forme est invariable. Dans les canaux des dents supérieures, où il peut exister un doute en ce qui concerne l'enlèvement complet des bulles d'air, une pointe froide de gutta-percha peut être poussée à travers la paraffine chaude et maintenue en place.

Dunning conseille de rendre l'obtui'alion antiseptique par l'addition de paraforme, donnant naissance, sous l'action de la chaleur, à des formaldéhydes, et d'y incorporer du sous-nilrate de bismuth qui lui procure une rigidité relative et la rend opaque aux rayons X. Cette dernière propriété permettra d'examiner les obturations sans toucher à la dent. Voici la formule du mélange :

Paraffine J

c iijiM [ââe parties.

Sous-nitrate de iDismiith ) '^

Paraforme 2 —

Le bismuth et le paraforme doivent être chauffés avec la paraffine jusqu'à consistance pâteuse, de manière à en faire un mélange parfait. Cette composition peut être coulée en feuilles minces et coupée au couteau, une fois refroidie, en aiguilles de dimensions appropriées.

L'obturation des canaux à la pniaffine doit être recouverte immédiatement, pendant (|ue le mélange est encore demi-mou, d'une couche mince de ciment, de préférence de ciment à l'oxychlorure, appliquée dans le fond de la chambre pulpaire, comme il a été dit pour l'obturation à la gutta-percha.

ALRIFICATIONS

le D< NOGUÉ

Professeur à l'École française de Slomalologie Dentiste des ln'ipitaux de Paris.

On désigne en art dentaire sous le terme d'aiirifîcation la méthode qui consiste à obturer une cavité avec de l'or employé sous une forme malléable. C'est dire que lobturation d'une cavité à l'aide d'une masse d'or solide fondue dans un moule de cette cavité, masse scellée ensuite par l'intermédiaire d'un ciment quelconque, ne saurait rentrer dans cette définition, bien que le résultat final et les avantages soient souvent de môme ordre. Mais il s'agit ici d'un procédé spécial, d'une véritable incrustation métallique, en tout semblable aux incrustations de porcelaine et qui sera traitée à part.

Par ses qualités particulières de résistance aux agents physiques et chimiques, par son inaltérabilité, par sa malléabilité, l'or a mérité de tout temps d'être employé dans l'obturation des dents. Que l'usage de l'or remonte à la plus haute antiquité, on en a trouvé la preuve dans maintes nécropoles; mais sans remonter aux anciens, il est absolument certain que Fauchard et ses contemporains du xvni" siècle se servaient couramment de l'or en feuilles. Le père de la chirurgie dentaire moderne lui préférait, il est vrai, l'étain. Mais sans nul doute cette préférence était due à la difficulté de se procurer à cette époque des feuilles d'or absolument pur.

La méthode fut importée en Amérique après la guerre de l'Indépendance par les nombreux dentistes frantjais qui allèrent se fixer dans ce pays. Là elle se perfectionna déplus en plus, au point que les Américainsduxix'' siècle arrivèrentdansceltebranchede l'art dentaire à une maîtrise incontestée.

L'emploi systématique de l'or en feuilles d'abord, puis des différentes variétés successivement découvertes, a rendu à l'art dentaire les plus grands services. Cela, en raison des difficultés mêmes que présentaient la manipulation et l'application rationnelles de ces matières. Le travail de l'or, en effet, ne .souffre pas d'à peu près. De là les efforts laborieux nécessités pour l'acquisition d'une technique

INDICATIONS El CONTRE-INDICATIONS. 73

impcccablo ; de là riiahihMr de ceux ([ui ii'hésilaiciil pas à se soumettre volonlaireineiil à cette gymnastique.

Aussi, quand les amalgames furent découverts, ce l'ut, auxyeu.x des maîtres de l'art tienlairo, déchoir (pie de se servir de matières qui n'exigeaient qu'une précision relative. Cet ostracisme, même dans ce qu'il avait d'excessif, montrait l'importance capitale que les dentistes américains attachaient à la valeur éducative de l'auridcation pour la formation technique du praticien. Sans vouloir aller aussi loin, on ne peut nier (ju'il n'y ait eu une certaine part de vérité dans les craintes manifestées à ce sujet. Dansun art fait de précision et de minutie, nul doute que la possession péniblement acquise d'une technitjue irréprochable ne soit nécessaire poiu- rendre de réels services, pour faire un travail consciencieux et durable, pour rehausser même le légitime prestige de la profession. D'ailleurs, on peut afiirmer que ces qualités nont rien d'incompatible avec les recherches originales, ni avec les plus hautes spéculations de l'esprit.

Nous ne saurions donc assezconseiller la pratique de l'aurification et pour sa valeur éducative incomparable et pour les résultais (pi'elle permet d'obtenir. L ne aurification bien faite est encore aujourd'hui la seule obturation (pii puisse prétendre, dans la bouche, à une durée indéfinie.

Mais l'aurification ne saurait répondre à tous les besoins, et, comme toutes les autres méthodes, elle a ses indications et ses contreindications.

Indications et contre-indications. — L'or, sous ses différentes formes, présente, au point de vue desobturations, des avantages et des inconvénients qu'il convient d'examiner en détail, afin de déduire de la comparaison des uns et des autres les indications et les contreindications de son emploi.

L'or a contre lui :

Sa couleur ;

Sa grande conductibilité thermique;

Son coefficient de dilatation élevé ;

La nécessité d'une cavité spécialement préparée ;

La nécessité de parois solides ;

Une technique laborieuse.

Passons en revue chacun des défauts que l'on impute à l'or, et nous verrons que beaucoup d'entre eux ont été fort exagérés et que, pour bon nombre d'autres, les moyens efficaces de les atténuer ne manquent pas.

6'ou/e«/\ —La couleur si spéciale de l'or le fait rejeter par beaucoup dedentisteset de patients. Il est certain qu'en général cette couleur tranche avec la teinte naturelle de la dent et; demeure très visible. On ne saurait cependant la considérer comme un.: vice rédhibitoire. En effet;, ce défaut n'existe que s'il s'agit des dents accès-

:; NOGUE. — AURIFICATIONS.

sibles à la vue. Donc, pour toutes les grosses molaires et souvent pour les prémolaires, ou même pour d'autres dents, quand la partie aurifiée est sur une face distale ou linguale, le reproche de la couleur ne saurait être raisonnablement retenu. Même quand il s'agit de dents de devant, une aurification de petites dimensions est à peine perceptible; il en est de même quand cette aurification vient, comme c'est le cas pour les caries du collet, longer le feston gingival.

Nous savons, en outre, que la teinte de Tor ne se manifeste pas au même degré dans toutes les bouches. Si elle est très visible chez les personnes brunes, elle est très peu marquée chez les blondes. L'habileté de l'opérateur n'est pas sans pallier encore à cet inconvénient, et souvent, sur une dent antérieure, une aurification reproduisant le contour parfait do l'organe et parfaitement polie sera infiniment moins visible qu'une aurification faite avec moins de soin.

Enfin nous avons encore à notre disposition un moyen efficace d'atténuer l'éclat de lor : c'est de nous servir de la combinaison appelée or-platine, dans laquelle le platine est associé à l'or en proportions telles que nous pouvons obtenir la teinte intermédiaire entre la teinte jaune de l'or et la teinte argentée du platine.

Conductibilité thermique. — La conductibilité thermique de l'or, comme de la plupart des métaux, est considérable. Aussi n'est-il pas rare de voir, dans les caries non pénétrantes, la sensibilité au chaud et au froid persister après Taurification d'une fac^on très nette et déterminer parfois une véritable douleur. Mais, peu à peu, cette sensibilité s'atténue au point de disparaître complètement. C'est le cas habituel quand la dentine présente une sensibilité normale. Cependant, chaque fois qu'on voudra aurifier une dent, il faudra songer à la persistance possible de cette sensation désagréable et prendre au préalable certaines précautions. Pour cela, s'il s'agit, par exemple, d'une dentine hypersensible, mieux vaudra attendre, pour placer l'or, la disparition de cet état anormal, ou bien si la cavité est assez profonde, garnir le fond d'une couche isolante de ciment. On agira de même si la pulpe est proche, en ayant soin, dans ce cas, de placer directement sur la dentine une mince couche de gutta-percha recouverte de ciment. Ainsi seront atténués, dans de très grandes proportions, les inconvénients de la- conductibilité thermique du métal.

Coefficient de dilatation élevé. — Sous l'influence delatempérature, l'or, comme tous les métaux, subit une dilatation. Cette augmentation de volume, pour n'être pas considérable, peut cependant être suffisante pour déterminer la fracture d'une paroi dentaire trop mince. Il faut donc songer toujours à la possibilité d'un pareil accident, et, en face de parois trop fragiles, renoncer de parti pris à l'aurification de la cavité. C'est donc là un défaut réel de l'or auquel il est imposible de pallier.

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