‹ Traité de stomatologie (volume 3)Chapitre 25 sur 129 · DIFFERENTES VARIETES DOR ET PRESSION · texte numérisé non relu

DIFFERENTES VARIETES DOR ET PRESSION

Nous savons évidcmmcnl que celle masse ainsi condensée n'aura pas riiomogénéilé d'unemasse semblable d'or fondu. Au microscope, on verra aisément les points de contact des diiïérents fragments qui la constituent. Mais on peut cependant concevoir que, sous l'eirort dune pression suflisante, celte masse remplisse dans la pratique le même office qu'un morceau d'or coulé. Le tout sera que la dent offre une consistance suffisante pour résister à une telle pression et, en

Tzzza

CZT

Trr;rr>,

Or non adhésif . Or adhésif.

Fig. 32. — Influence de la pression sur l'or non adhésif et l'or adhésif.

second lieu, que l'opérateur dispose de moyens efficaces pour développer l'effort nécessaire.

Répétons maintenant la même opération avec de l'or adhésif (feuilles adhésives ou or cristallisé). Dans le premier temps, l'or est uniformément réparti dans la cavité du cylindre et n'a encore subi aucune pression. Les fragments qui composent la masse sont simplement au contact les uns des autres (fig. 32, 1'). Poussons le piston jusqu'à la moitié de sa course dans le cylindre. L'or subit une pression qui se traduit parle rapprochement des molécules; mais, comme ces molécules jouissent de la propriété adhésive, elles se soudent les unes aux autres aux points où cette pression se fait sentir, c'est-à-dire à la surface de la masse. Nous avons donc s)ir une coupe à ce moment une partie des fragments d'or, celle qui se trouve en contact avec le piston, agglomérée et formant un bloc presque compacte, tandis qu'au-dessous existe une couche d'or dans laquelle les fragments sont en partie soudés, et enfin au-dessous encore une masse dans laquelle les fragments sont restés à l'état initial, la pression arrêtée

86 NÔGUÉ. — AURIFICATIONS.

par les fragments agglomérés n'ayant pu se transmettre jusqu'à eux. (fig. 32, 2'). Tentons un nouvel effort et poussons le piston aussi loin que possible. Le même phénomène va se reproduire en s'aggravant. Les fragments d'or en contact avec la face inférieure du piston vont se souder intimement au point de former un bloc métallique capable d'arrêter tout effort. Au-dessous, au contraire, persistent intacts les fragments sur lesquels la pression n'a pu se faire sentir (fig. 32, 3').

On pourrait, nous semble-t-il, comparer l'or mou à une masse de coton hydrophile qui n'opposerait à la pression aucune résistance autre que celle formée par le rapprochement intime de toutes ses molécules. On conçoit qu'avec une pression suffisante il soit possible de réduire cette masse de coton à l'état d'un bloc de cellulose.

L'or adhésif, au contraire, pourrait être assez justement assimilé à une masse de neige sur laquelle la pression déterminerait l'agglomération des molécules superficielles, qui, sous l'influence d'un nouvel effort, se transformeraient en un bloc de glace capable de protéger et de garder intactes les parties sous-jacenles contre toute les tentatives nouvelles, si puissantes qu'elles soient.

Ce qui se produit dans le cylindre se produira exactement de même dans une cavité dentaire.

De ce que nous venons de constater il est possible de tirer dès maintenant certaines déductions d'ordre pratique.

L'or mou pourra se condenser en masse pourvu que les plans sur lesquels l'or s'applique présentent une résistance suffisante et pourvu qu'on dispose d'une force également suffisante pour opérer une condensation parfaite. On conçoit, de même, qu'il sera possible d'employer cet or en feuilles épaisses pourvu qu'elles conservent encore une certaine malléabilité. De plus, les fragments de l'or mou étant simplement accolés intimement, mais sans aucune soudure, la condensation pourra s'effectuer même si un peu d'humidité vient à se répandre sur les fragments.

Au contraire, pour l'or adhésif, la condition sine qiia non de toute soudure des fragments entre eux est l'absence absolue d'humidité. La moindre trace de salive ou même de vapeur d'eau fait disparaître toutes les qualités adhésives de l'or. De plus, si l'on veut obtenir une condensation parfaite, il faudra comprimer cet or fragment par ragment et n'employer que des fragments de très faibles dimensions. De là toujours un temps très long pour emplir une cavité donnée.

Pour faire l'épreuve des qualités des spécimens d'or, Tomes fixe une lame d'ivoire, percée de trous cylindriques, sur un bloc de même substance. Il obture un de ces trous et enlève la lame d'ivoire; puis il examine les surfaces inférieures de l'obturation. Jamais il n'a rencontré une obturation de feuilles dor où l'on ne put, à l'aide du

AURIFICATIONS EX GÉNÉRAL. «7

microscope, découvrir de petites tissures. Nranmoins, dil-il, ou peut rendre l'or assez compacte pour donner à la niass(^ oblurutricc 1 apparence, à l'œil nu et au toucher, d'une parfaite solidité et lui assurer une durée illimitée.

Une autre conséquence des proprit-tés de l'or mou, c'est que, pour qu'il reste fixé dans une cavité donnée, il faudra que cette cavité ait une forme bien spéciale. En elïet, l'or mou n'adhérant nullement aux parois, comme le ciment, et, d'un autre côté, ses fragments ne se soudant pas les uns aux autres, il faudra de toute nécessité que la cavité ait une forme rétenlive. En outre, pour que ces fragments simplement accolés ne se séparent pas les uns des autres, faudra-t-il qu'ils soient disposés de telle sorte qu'ils se maintiennent mécaniquement et se soutiennent réciproquement.

D'où la nécessité de ne placer ces fragments que dans des cavités possédant toutes leurs parois. Une cavité creusée dans unedentpeut .être ramenée à la forme géométrique d'un cube, dans lequel une des faces a été enlevée. C'est là le type de la cavité nécessaire pour la rétention de l'or non adhésif. Nous l'appellerons cavilê simple, par opposition à celle qui se trouve privée de plusieurs de ses parois et qui sera désignée sous le nom de cavité composée. Celle-ci ne pourra être aurifiée qu'avec de l'or adhésif.

Quant iWor atlhésif. s'il n'adhère en rien sur la dentine,du moins ses fragments adhèrent entre eux. Il suffira donc que, par un artifice quelconque, un de ces fragments soit solidement fixé sur une paroi pour (|uil soit possible d'ajouter indéfiniment de nouveaux fragments sur le premier. Il ne sera donc pas indispensable, comme dans le cas précédent, que la cavité soit rétentive. Et en effet il est possible d'aurifier à l'or adhésif une cavité non rétenlive, à la condition de faire en un ou plutôt en deux points de cette cavité de petits perluis (dits points de rétention), dans lesquels seront fixés les premiers fragments. Cet ancrage assuré, il ne reste plus qu'à souder les unes sur les autres de nouvelles parcelles d'or adhésif.

AURIFICATIONS EN GENERAL. — INTRODUCTION DE L'OR DANS LES CAVITÉS. — CONDENSATION. — RECONSTITUTION DES FORMES. - POLISSAGE.

L'opération de l'aurificalion consiste, étant donm-e une cavité préparée ad hoc :

a. A remplir cette cavité d'or sans laisser le moindre vide entre la dentine et le métal ;

h. A condenser l'or de telle sorte qu'il forme une masse métallique compacte et homogène ;

c. A reconstituer la forme de la dent :

NOGUE.

AURIFICATIONS.

Fig. 33. — Presselles pour aurifîcations.

d. A condenser la couche la plus superficielle, de manière à la rendre plus compacte encore, si possible ;

e. Enfin à polir toute la surface.

Elle se décompose en trois temps :

1° Introduction de Tor ;

2° Condensation et reconstitution ;

3° Polissage de la surface.

Ces divers temps d'une même opération diffèrent selon qu'on aura affaire à Tor mou ou à l'or adhésif, et même selon qu'on emploiera, pour l'un ou l'autre, une méthode d'aurification dilTérente. L'instrumentation elle-même nécessilera, pour chaque mode de travail, des outils spéciaux. Aussi vaut-il mieux envisageren détail, pour chaque espèce d'or, un cas type dans chacune des méthodes sanctionnées par la pratique.

Introduction de l'or. — Les instruments nécessaires consistent en pinces permettant de prendre l'or et de le placer d'une façon convenable dans la cavité, en fouloirs de formes variées permettant de l'y maintenir en place et de l'y tasser ou parfois même de lui faire subir une première condensation, et enfin en instruments condensateurs proprement dits.

Pour placer l'or dans la cavité on emploie un instrument qui peut servir dans les différents cas et qui est indispensable : c'est une presselle spéciale, pince de grandes dimensions dont les branches sont généralement perforées pour diminuer leur poids, et dont les pointes doivent être finement dentelées. Destinée à saisir l'or, cette pince doit remplir certaines conditions. Il faut, en premier lieu, que ses mors jouissent d'une élasticité très grande, de façon à saisir l'or sans le comprimer. Il faut, en outre, qu'elles aient, du moins dans leur partie moyenne, une largeur suffisante pour ne pas tourner entre les doigts.

Les fouloirs destinés à fixer lor dans la cavité et à lui faire subir une première condensation sont de deux sortes : les uns sont construits d'une seule pièce et les autres en

AURIFICATIONS EN GENERAL. 89

deux parlios : un manche sur lequel j)euvent être vissées des pointes cl des pointes de formes variées.

L'un et l'autre ont des avantages et des inconvénients. Les premiers nécessitent un jeu d'instruments volumineux et coûteux, qui sont hors d'usage en cas d'accidents. Mais ils ont l'avantage d'une plus grande solidité. Ils n'exigent aucune opération de montage de pointe pendant l'aurificalion.

Les autres, par le fait même qu'ils se composent de deux parties vissées l'une sur l'autre, ont une solidité moindre. Les pointes ellesmêmes sont moins résistantes el, sous l'influence d'un mouvement de pression un peu puissant, peuvent se dévisser en partie et, par suite, déraper et blesser le patient. Il est donc nécessaire de visser ces pointes sur le manche à l'aide d'une pince spéciale. Un autre inconvénient decesfouloirs, c'estde nécessiter des arrêts danslaurificatiou pour le changement des pointes. Il est vrai que ces pointes occupent peu de volume et qu'il suffit à la rigueur d'un seul manche pour les utiliser. En outre, ces manches permettent d'utiliser également les pointes du maillet automatique et réciproquement.

Les pointes des fouloirs de l'une et de l'autre sorte offrent les formes les plus variées.

, Enfin il existe encore des jeux de fouloirs spécialement étudiés par certains opérateurs et auxquels ils ont donné leur nom : fouloirs de Stevens, de Bing, de Redmann, etc., dont nous aurons occasion de parler.

On peut employer aussi la pince-fouloir, dont on se servait autrefois et qui avait la même forme générale. Ses branches pleines étaient moins larges et plus épaisses. Elle était dans son ensemble plus robuste, car elle était destinée à remplir, en outre de son office de pince, l'office de fouloir. Et en effet, quand ses mors étaient rapprochés, ses pointes réunies affectaient la forme d'un fouloir ordinaire. Elle peut encore rendre de grands services, particulièrement dans les aurifications à l'or mou.

Quand l'or est placé dans la cavité et comprimé avec le fouloir, on fait appel à des instruments plus puissants, qui permettent de condenser la masse métallique de telle sorte qu'elle forme un bloc homogène. Ce sont des maillets à main ou des maillets à ressort agissant à la façon des marteaux pilons, ou encore des pinces condensalrices permettant une pression puissante sur un point très restreint de l'or.

C'est pendant que s'effectue cette opération de l'addition successive de fragments d"or qu'il faut se préoccuper de restituer à la dent sa forme anatomique parfaite. Quand il s'agit des faces triturantes, on conçoit que, si ces faces ne sont pas reproduites, l'articulation se fera dans des conditions défectueuses.

Mais ce sera surtout pour les surfaces proximales qu'il y aura avan-

NOGUE. — AURIFICATIONS.

tage considérable, non seulement au point de vue esthétique, mais encore au point de vue thérapeutique, à reconstituer la forme anatomique des dents. C'est en agissant ainsi qu'on rendra à ces organes toute leur valeur physiologique et que, de plus, on protégera efficacement l'espace interproximal. D'après Black, la longueur moyenne de l'arcade dentaire de la face distale de la troisième molaire droite à la face distale de la troisième molaire gauche, suivant la ligne déterminée par le point de contact, est égale à 127 millimètres; la longueur moyenne mesurée au collet est d'environ 89 millimètres : la différence, soit 38 millimètres, représente la mesure moyenne

Fig. 34. — Fouloir à or.

Fabrications. S. White.

Manches moîjiles pour fouloirs.

AURIFICATIONS EN GÉNÉRAL.

de rrnscmble des espaces iiilerproximaux. Il esL nécessaire de Ijicii connaître la disposition de ces espaces selon les variétés de dents. Les espaces interproximaux sont, à Télat normal, remplis par le tissu gini^ival. Les particules alimentaires poussées entre les dents par l'ellort de la mastication sont brisées par le point de contact.

Mais il faut pour cela (jue la rencontre des deux dents ne se lasse qu'en un point. Dans ce cas, même si les particules venaient à franchir ce point, elles ne seraient pas retenues, mais chassées par l'arrivée de nouvelles masses alimentaires. Si au contraire, par suite de l'usure physiologique ou d'une carie, le contact interproximal de deux dénis se faisait par une surface, les débris alimentaires se trouveraient retenus dans cet espace et ne tarderaient pas à

aller blesser la gencive.

grand

Il faudra encore tenir compte des rapports entre les dents et la gencive, si l'on veut donner à la partie manquante d'une dent sa forme anatomique parfaite. H. -E. Friesell nous donne à ce sujet des indications précieuses (1).

L'extrémité gingivale de l'émail ne constitue pas une ligne horizontale autour de la dent.

\'ue de la face occlusale, cette ligne est concave des côtés vestibulaire et lingual, convexe des côtés mésial et distal.

Cette convexité proximale étant beaucoup plus grande sur certaines dents que sur d'autres, la

longueur moyenne de la couronne de l'incisive sera, par exemple, depuis la ligne gingivale sur la face vestibulaire jusqu'au bord tranchant de 10 millimètres, tandis que sur la face mésiale la ligne gingivale s'approche de 3 millimètres de plus de l'angle du bord tranchant, cette courbure atteignant parfois i millimètres.

iô. — Pince pour lîxer les pointes dans les manches mobiles.

(1) Déniai Cosmos, nov. 1909.

92 NOGUÉ. - AURIFICATIONS.

La courbure de cette ligne gingivale vers la face occlusale sur les surfaces proximales sera en moyenne :

Millimètres.

/ Incisive centrale 3,0

— latérale 2,8

Canine 2,5

, , . , . l^e bicuspidée 1,1

Mâchoire supérieure . . g. bicuspidée 0,8

lie grosse molaire 2,2

2^ grosse molaire 1,6

\ 3« grosse molaire 0,7

/ Incisive centrale 2,5

' Incisive latérale 2,5

l Canine 2,9

* l"^» bicuspidée 0,8

Mâchoire inférieure ... 2e bicuspidée 0,6

ire grosse molaire 1,1

2' grosse molaire 0,3

3" grosse molaire 0,2

Il faut noter dans la mâchoire supérieure la diminution graduelle

Fig. 37. — Espace interproximal.

.1, Feston gingival normal ; b, feston gingival pathologique.

. 38. — Espace interproximal vu du côté vestibulaire .

Fi£

Page 1