‹ Traité de stomatologie (volume 3)Chapitre 87 sur 129 · Cape et demi-cape lixe · texte numérisé non relu

Cape et demi-cape lixe

Fig. 306. — Cape fixe eu place ; dent à demi-collier libre et mise en place.

En résumé, le premier temps de la construction d'un pont est terminé lorsque tous les supports jugés nécessaires, couronnes à glissière ou fixes, couronnes partielles ou bloc d'or, ont été construits spécialement et essayés dans la bouche du patient.

A ce moment, une empreinte générale des deux mâchoires est prise, tous les supports prothétiques étant en place, et ceuxci sont replacés en position correcte dans l'empreinte reconstituée. Un modèle en plâtre est coulé: il reproduit l'étatde labouche et donne la position exacte et les rapports des supports entre eux. Il reste à les réunir par des tabliers ajustés et soudés.

Construction du tablier du pont. — Nous avons déjà vu qu'un pont peut être entièrement métallique ou comprendre des dents en porcelaine ajustées et soutenues par une armature, une poutre métallique. Nous envisagerons successivement la construction de ces deux variétés de tabliers, sans développer les détails de la constructioji des ponts tout en porcelaine cuite qui sont d'usage infiniment plus rare.

Dans sa forme générale, le tablier peut toujours être considéré comme une poutre transversale réunissant deux supports au-dessus d'un espace libre. Au point de vue technique, il résulte de l'assemblage bout à bout des dents fantômes.

Il comprend théoriquement six faces : d'abord les deux surfaces terminales, qui seront soudées aux deux supports; leur forme est

celle de la section du tablier plus ou moins influencée par la surface du support et ne nécessite pas une description particulière. Les quatre autres faces sont la face occlusale, la face vestibulaire, la face gingivale et la face buccale.

La face occlusale est formée par la succession des surfaces occlusales des dents fantômes. Anatomiquement, ces dents ne se touchent qu'au seul « point de contact » proximal, mais en construisant le tablier on a soin, tout en respectant la forme des cuspides, d'agrandir le point de contact en une surface de contact assez large pour éviter pratiquement un affaiblissement du tablier au niveau de chaque espace interdenlaire.

La forme de la surface du tablier est Fig. 307.— Pont vu par la face commandée par la surface de l'articulé, occlusale. c'est-à-dire par la surface occlusale de

l'arcade opposée ; aussi rappelons-nous qu'il est souvent nécessaire de rectifier, préalablement à la construc-

CONSTKUCI ION DES l'ONTS.

Fij;. 308. — Pont vu par la face vestibulaire.

lion d'iinpoiil, la surrace d'occlusion de l'arcade oi)poséc, si celle-ci ollVc des irrégularités, en particulier des saillies susceptibles de « verrouiller >» les mâchoires dans les mouvemenis de li-iluralion par i^Iissenienl.

La face vestibulaire esl donnée par la succession des laces vestibulaires des dents, l^lle comprend un Lord occlusal et un bord gingival (|ui la limilent; à son niveau encore il faut remarquer que les espaces proximaux des dents normales avec un seul point de contact sont remplacés par de simples rainures. Le bord gingival est festonné par la succession des bords gingivaux des dents ; cependant, si la résorption alvéolaire est trop considérable, ce bord gingival doit être? formé par de la gencive prothétiqueà limite sensiblement rectiligne; nous verrons comment dans ce cas la fausse gencive se comporte sur les faces gingivale et Irnguale du tablier.

La face gingivale est le plus habituellement remplacée par uiu> bande plus ou moins arrondie qui ne comporte en fait qu'un bord.

En effet, tandis que le tablier du pont reproduit les formes anatonii(|ues sur la face ocelusale, rexpérience a démontré que les conditions hygiéniques sont habituellement médiocres ou mauvaises quand la face gingivale du tablier entre en contact par une large surface avec la muqueuse buccale au niveau des gencives. Si le contact est trop iniime, il se produit presque fatalement des compressions douloureuses, souvent suivies d'excoriations enflammées et que le man(|ue d'espace ne permet pas de traiter convenablement. Si, au contraire, on laisse entre la pièce prothétique et la muqueuse un espace plus ou moins marqué, il se forme une stagnation de débris alimentaires et de corps étrangers dont la décomposition sur place dans le milieu buccal est inévitable.

Pour ces raisons^ ou préfère ajuster le bord cervical des dents fantômes sur la partie de la gencive qui correspond ù la position anatomique et ne laisser la dent en contact avec la muq\ieuse que sur une surface arrondie et très limitée. Dans ces conditions, les -aliments n'ont aucune tendance à être retenus ; et ils sont en tout cas très facilement délogés au moment des soins d'hygiène dentaire. La face gingivale du tablier n'est donc plus formée que par une succession des bords gingivaux de la porcelaine, et elle prend la forme d'un bord plus ou moins sinueux, placé en rapport avec le bord vestibulaire de la crête alvéolaire.

11 est cependant quekpiefois nécessaire de remplacer par une masse de gencive artificielle la perte de substance due à une résorp-

Thaité iie stomatologie. IV. — 24

370 POL NESPOULOUS. — TRAVAUX A POXT.

tion importante du bord alvéolaire de la mâchoire. Dans ce cas, le bord alvéolaire du tablier forme une sorte de gouttière à cheval, sur ce qui reste de la crête alvéolaire, en contact avec elle et épousant entièrement sa forme.

Ces sortes de reconstitutions sont le propre des ponts à selle el commandent d'une façon formelle l'emploi de ponts amovibles permettant le démontage facile de Tensemble.

La face buccale réunit le bord gingival au côté buccal de la face occlusale. Tandis qu'elle forme une surface légèrement concave et

tombant presque verticalement quand la face gingivale est importante, elle a une forte inclinaison transversale de la face occlusale vers le bord gingival lorsque cette face gingivale est réduite à l'état de bord. Dans ce cas, qui est le plus habituel, la section du Fig. .300. — Pont vu par la face tablier prend la forme d'un triangle buccale. rectangle; la face buccale correspond

à l'hypoténuse et les faces occlusale et vestibulaire aux deux autres côtés ; on voit donc qu'ils se réunissent sensiblement à angle droit.

Cette forme à section triangulaire est la plus habituelle ; la face gingivale est remplacée par le bord gingival, unissant les faces buccale et vestibulaire et se mettant en contact avec la gencive dans la région de la face vestibulaire du bord libre de l'alvéole.

Construction des tabliers entièrement métalliques. — Le modèle pourvu des supports mis en place étant obtenu, on construira un tablier entièrement métallique d'abord quand la très faible hauteur de l'articulé ne permettra pas l'admission de faces de porcelaine ; ensuite dans les cas où le tablier n'intéressant que des dents toujours placées hors de la vue, la solidité de l'appareil et la simplicité de sa construction sont les seuls éléments à considérer en dehors des qualités esthétiques.

Le métal ordinairement choisi est l'or à 18 carats pour sa résistance, et le tablier peut être plein ou creux. Il sera plein lorsque l'articulé ne permet que la construction dun tablier aplati sans développement delà face vestibulaire; il peut être creux lorsque, sa section étant triangulaire, il est possible de ménager entre les trois faces un espace libre sans nuire à sa solidité.

Le tablier devra reproduire les formes des dents qu'il est appelé à remplacer, etleur face occlusale doit s'articuler correctement avec les dents de la mâchoire opposée.

Pour le construire, on préférera la méthode de l'or coulé, sous pression, qui unit les avantages de simplicité, de précision et d'esthétique. Un bloc de cire spéciale suffisant pour remplir largement

COXSIRUGriON DES POiN IS.

Mi

l'onl entiè'i-oiiicnl métallique.

respace comidis (mîIio Ifs supports est laillr el surfisammenl ramolli i>our rire plaslicjue sans adhérer aux «loigls de ropéralenr et au Miodèle. Ce bloc de cire est introduit en place sur le modèle, el le modèle opposé est placé au-dessus en position d'occlusion. La cire est refroidie, le modèle opposé retiré, et on coupe à la spatule l'excès de bavure ; ensuite à la spatule chaude on sculpte dans la cire les surfaces ocelusales. d'après les

données fournies par l'occlusion, puis les surfaces vestibulaires des dents; enfin la face buccale est taillée de façon î'i former une surface régulière et lisse.

La barre de cire est essayée une dernière fois sur les deux modèles en occlusion, et la cire est portée à l'investissement; on coule d'une seule pièce le modèle en or qui est déi^rossi et est ainsi prêt à être ajusté.

Pour la construction d'un tablier creux, on forme comme précédemment un modèle du tablier avec du plâtre coulé sur les modèles préalablement vernissés. Lorsque le modèle du tablier en plâtre sculpté est fini, on s'en sert pour obtenir successivement l'empreinte des trois faces dans de la terre à mouleur.

A l'aide de ces empreintes des moules, puis des contre-moules sont coulés et servent à l'estampage de trois plaques dor de 20 à 18 carats, ('es plaques sont ensuite dégrossies et soudées par leurs bords ajustés, et elles forment un ensemble qui reproduit exactement la forme du modèle en plâtre.

Construction du tablier avec laces de porcelaine. — Les tabliers mixtes à face de porcelaine et à armature de métal s'appliquent aux six dents antérieures et aux prémolaires ; ils sont ordinairement composés de dents de porcelaine plate ajustées et remplissant entièrement la face vestibulaire du tablier. En arrière, la masse métallique forme armature de support et fournit la surface occlusale et au-dessous la face buccale.

Dans le but d'éviter l'exposition à la vue d'une surface occlusale métallique, on peut employer au lieu de dents en porcelaine plate des dents fournissant au pont deux surfaces visibles, comme les dents dites à bateau ; les dents de Steele, de Brewster, de Gosslee ; dans ce cas, l'armature métallique est cachée dans l'angle formé par les faces occlusale et vestibulaire, et elle ne fournit que la face buccale.

La technique de la construction ne subit <[ue des variations

Fi

— Formation fantômes.

infimes; aussi décrivons-nous seulement l'assemblage des dents en porcelaine plate.

Ces dents convenablement choisies sont ajustées à la meule sur le modèle, le bord cervical étant convenablement arrondi pour ne

pas blesser la gencive. Elles sont ensuite solidement contre-plaquées, sans que l'or vienne en contact avec la gencive ; les crampons des dents sont repliés et les dents investies ; on coule audes dents dessus de la contre-plaque une épaisseur de soudure suffisante pour donner à la face linguale de la dent une forme normale. S'il s'agit de prémolaires ou de molaires, cette face métallique buccale peut être construite en plaques

fortes estampées et soudées à la contre-plaque.

Les dents préparées sont mises en position au moyen d'une masse de cire qui les maintient par la face buccale.

Les modèles ayant été vernissés, on coule sur la face vestibulaire des dents et si possible sur leur face occiusale un investissement qui fixe leur position respective, et un second investissement est ajouté, si besoin est de compléter la rétention du premier.

Les couronnes fantômes sont soudées ensemble du côté buccal par leurs faces proximales.

Le tout est refroidi et fini; et le tablier est prêt à être ajusté aux dents-supports.

La partie métallique peut actuellement être construite d'une seule pièce au moyen de l'or coulé sous pression. Dans ce cas, après que les dents de porcelaine ont été ajustées et maintenues eo place, on construit en cire la masse du tablier qui devra être métallique, et elle est portée dans l'investissement avec ou sans les dents; l'or est coulé à la place de la cire, et il donne la reproduction exacte delà cire; si les dents ont été préalablement enlevées, elles seront plus tard scellées au tablier à l'aide de cimeril,, après que la soudure entre le tablier et les supports aura été effectuée.

La construction précédente du tablier, soit entièrement métalli({ue, soit complété de dents en porcelaine, s'applique aux ponts

Fi":. 312. — Formation d'une molaire fantôme.

C0N:5'lUi:CI IO.\ DES l'ONTS. UTS

simples. Elle ne subit pas de inodilicalioii appréciable dans la préparalioii des lal)liers de pouls àexleusion.

Pour les pouls iuterrouipus, il esl nécessaire de conslruire la partie coudée du tablier et de l'ajuster, puis de la réunir au reste du bd>lier. \ous avons déjà vu (|ue cette pièce coudée intermédiaire contourne une et exccplionnellement deux dents au niveau de la face buccale.

Il est nécessaire (prellc possède la force de résistance suffisante sous le plus petit volume possible et (jue sa forme et sa position donnentun encombrement minimum. Aussi l'iridio-platine devra-l-il être toujours choisi comme étant le métal noble le plus résistant ; il sera pris dans un til fort de section ronde ou ovale. Son contour suivra de près celui de la dent sans la toucher, et on le placera dans l'angle formé par le collet de la dent et la gencive; au maxillaire supérieur il peut fréipiemment être mis en contact même avec la muqueuse; sa forme ovalaire ne donne lieu qu' ti une ligne de contact au niveau de laquelle le nettoyage est assez facile et qui ne retient pas les débris alimentaires. A la mandibule, il ne convient pas de mettre la pièce intermédiaire en contact avec la gencive à cause de la difficulté à procéder dans cette région à une hygiène rigoureuse et à cause de la stagnation salivaire qui donne facilement lieu à des dépots tarlriques.

Le fil diridio-plalinc sera choisi de longueur suffisante pour que les deux extrémités puissent être noyées ou soudées aux deux extrémités du tablier sur une longueur de plusieurs millimètres, qui seront préalablement aplaties et rendues rugueuses.

Le travail dadaptation se fera au marteau et à la pince et, si nécessaire, on forgera la pièce chaufiee au rouge.

Ajustage du pont. — Les supports et le tablier ayant été construits séparément et le modèle de la bouche muni des supports et secondé du modèle articulé de la mAchoire opposée étant obtenus, on doit procéder dabord à un ajustage sur le modèle, puis à un essayage en bouche avant soudage et finissage.

Dans les ponts simples et dans les ponts de petite dimension, ce montage sur le modèle de plâtre peut être suffisamment précis pour permettre un soudage sans essai préalable dans la bouche.

Mais l'adaptation des ponts est commandée par la nécessité d'une précision telle qu'il est mieux d'adopter la méthode suivante :

10 Après ajustage sur un bon modèle, souder légèrement une seule extrémité du tablier à un des supports ;

20 Porter en bouche et fixer en bonne position le tablier et support soudé d'une part, le second support de l'autre ;

30 Prendre leurs rapports dans une nouvelle empreinte au plâtre. Investir et souder fortement les deux extrémités du tablier;

40 Sceller le pont en bouche sans retard. La dernière prescription

Fig. 313. — Sectionnement d'un pont à quatre supports.

est commandée par le fait que les racines-supports libres, non munies deleur couronne, ont une tendance à se déplacer très rapidement et qu'il suffitqu'une seule racine se mobilise pour rendre Fadaptation d'un pont mauvaise ou impossible. Pour éviter ce grave inconvénient, il est prudent de ne pas laisser écouler plus de vingtquatre heures entre la prise de la dernière empreinte et le scellement en bouche du pont.

Quand le pont est composé de plus, de deux supports, on doit, pour le soudage, le décomposer en segments séparés, composés

chacun d'un tablier et d'un support, et ces segments sont finalement mis ensemble en bouche et pris dans une empreinte unique qui sert à permettre leur réunion par soudures multiples en position correcte.

Si on doit construire un pont formé de trois supports et deux tabliers, ces deux pièces seront d'abord soudées après montage sur le modèle, chacune à un des supports terminaux, et on placera ensemble en bouche chacun de ces deux assemblages et le support central. Il ne restera, après prise de l'empreinte, quà eiîectuer les deux soudages sur le support central.

Fig. 314. — Revêtement d'un pont à (piatrc supports.

Page 1