Tirloir et pélican, d'après Fauchard
Fig. 318. — Pélican modifié, d'api'ès Fauchard:
parfois sur les dents éloignées. Souvent Tinstrument était double, les deux tiges s'articulant comme des branches de ciseaux et portant Lune deux demi-roues, l'autre deux crochets de formes différentes.
Au xvii" siècle, Pierre Dionis, dans un ouvrage illustré, décrit comme instruments nécessaires à l'extraction : le poussoir, le davier, la pince bec de corbeau, le pélican et le tireloir. Il est d'avis de réserver l'art dentaire aux médecins, mais d'abandonner l'extraction aux barbiers, « car elle rend la main lourde et n'est pas exempte d'un certain charlatanisme ».
Le tireloir (ou lirloir), ainsi appelé du nom d'un instrument de même genre employé par les tonneliers, ne différait pas essentiellement du pélican. Il se composait également d'une tige droite et fixe avec poignée et d'un crochet mobile s'abattant sur l'extrémité élargie de la tige (fig. 317). Employé pour luxer les dents antérieures, il prenait son point d'appui sur le collet môme de la dent à extraire.
Au xvnf siècle, Fauchard (1728) modifie le pélican, qui reste encore un instrument bien primitif d'après les gravures du temps (fig. 318).
IlISTOUIQli:.
H emploie le jjoussoii' ((ij<. 319) en le Trappanl avec une masse de plomb pour l'aire sauler la dent. Knlin il s'élève contre la prali(|ue de l'aire asseoir le malade parterre pour l'opérer.
Ces! en ITltt que (iaren^eot invente lar/e/cpii porte sou nom et qui dérive du pélieau. Le véritable inventeur serait le frère Côme (173.")) (1). On a encore appelé cet instrument clef anglaise, parce qu'il est revenu d'Anglelcrre quehpies auut'es plus tiird avec des modilicatioiis dues à John Aitkiu (1771) et portant surtout sur le panneton, qui de rectangulaire avait été rendu ovoïde. Nous reparlerons de la clef de (Jarengeot loisque nous décrirons les instruments usités de nos jours poui l'extraction.
Pendant plus décent ans, la clef reste l'instrument de prédilection des dentistes. Mais, reconnaissant la nécessité de corriger ses imperfections, ils la modifient de dilVérentes manières. Jourdain, Bourdet, Anguermann (de Leipzig) pj^. ;u... DrcHaussoir, pousetune infinité d'autres praticiens lui firent s<'ii' ei crochet en arrière, des corrections et des changements plus "^'^P'''"' F^^^''^'''^ou moins ingénieux.
Maury, dans son Traité de l'art du dentiste (2) (1833) donne la liste des instruments employés à son époque :
1" La clef de Garengeof (modifiée par lui), « le plus ingénieux de tous les instruments proposés pour l'extraction des dents » ; 2" la pince droite; 3" \^ pince courbe; i" le davier courbe; 6" \e davier droit; 6" le levier à crochet et à plaque mobiles (une réédition du tirtoir, de son invention): 7" le levier simple. « Quelques dentistes emploient encore \c pélican, la langue de carpe, le pied-de-biche et les pinces à excision; mais, en général, l'usage de ces sortes d'instruments est abandonné. »
On remarquera que Maury distingue les pinces des daviers: or la seule différence entre ces instruments est que les pinces ont des mors égaux et les daviers des mors inégaux. On voit qu'il s'agit en réalité de la même sorte d'instruments, et il n'est pas étonnant que le terme collectif de daviers ait seul prévalu.
Les pinces ou daviers sont encore réservés à celte époque aux
(1) Le frère Corne, de son vrai nom Jean Baseilhac, élait un des religieux chirurgiens de l'hôpital de la Charité, à Paris.
(2) F. Maury, Traité complet de l'art du dentiste dajîrès l'état actuel des connaissances, Paris, lS.3.i.
incisives, aux canines et aux petites molaires. Maury considère leur emploi pour Textraction des grosses molaires comme demandant beaucoup d'adresse et comme exposant à fracturer ces dents.
En 1841, Lefoulon (1) s'élève contre la confusion qui existe dans la dénomination des instruments appliqués à l'extraction. « Il n'est pas si petite modification apportée à un instrument déjà connu qui ne l'ait fait débaptiser et rebaptiser sur de nouveaux frais. » Lefoulon dislingue trois sortes de daviers : un droit, un courbe et un autre à bec de perroquet. Il est encore d'avis que a le davier n'est pas un instrument très sûr pour le dentiste, qui, sans le vouloir, est exposé à briser la dent au collet... La clef de Garengeot est sans contredit l'instrument qui l'emporte sur tous les autres. » •
C'est seulement vers 1854 que fut inventé le davier dit anglais, avec un modèle spécial pour chaque espèce de denls^ C'est au dentiste Tomes et au mécanicien Evrard que revient le mérite de cette invention. Evrard, ouvrier français réfugié en Angleterre en 1852, construisait ses daviers en adoptant les mors sur des dents naturelles. C'est ce qu'explique Tomes dans son Traité de chirurgie dentaire : « Pour être bien sûr de l'adaptation complète de chaque instrument au but qu'il doit remplir, on peut choisir et donner au fabricant des dents de volume moyen en lui recommandant de construire les mors de façon à ce quils embrassent exactement le collet et divergent en laissant un espace simplement suffisant pour garantir la couronne contre toute pression. ^
Les daviers ont été, depuis cetteépoque, l'objet'de nombreux perfectionnements. De nombreux modèles ont été créés dans le but de faciliter la tâche de l'opérateur. Aussi ne saurait-on s'en passer aujourd'hui pour l'extraction des dents. A côté d'eux et au second plan, pour ainsi dire, d'autres instruments ont aussi leur utilité. Nous les décrirons plus loin.
m. — INDICATIONS DE L'EXTRACTION.
Étant donnée la possibilité, dans presque tous les cas de lésions bucco-dentaires, d'éviter l'extraction des dents grâce à un traitement approprié, on pourrait presque dire qu'il n'y a pas d'indications de l'extraction. Ceci serait évidemment exagéré. Nous désignerons sous le titre « indications de l'extraction » les cas dans lesquels il peut y avoir lieu, comme ultime ressource, de supprimer une ou plusieurs dents. Nous les avons groupés dans le tableau ci-dessous :
(1) .T. LiïFOULON, Nouveau Irailô théorique et pratique de l'art du dentiste, Paris, IMl.