IV. — CONTRE-INDICATION DE L'EXTRACTION
l» Dents temporaires (sauf accidents infectieux).
(,-,,, , . , . [ Menstruation.
a. Ltats physiologiques, j Grossesse.
[ Proscrivant opération '2° jjenis permanentes. l i . d • i •
' 1 \ sanglante (hemoplu-
I h. États pathologiques. < lie, glycosurie). [ /Maladies nerveuses ou
(. cardiaques.
V Dents temporaires. — Une erreur encore très répandue est que les dents de lait ne doivent pas être soignées. Aussi voit-on des enfants de quatre à cinq ans auxquels il manque déjà plusieurs molaires, qui ont été extraites.
Il en résulte les conséquences les plus désastreuses au point de vue de la nutrition et du développement de l'enfant. De plus, l'extraction prématurée des molaires temporaires peut avoir pour
(1) J. ChompreTj Traduction française de l'Atlas-Manuel des maladies des dents et de la bouche, de Preiswerck (Note additionnelle : Troubles tropho-infectieux), Paris, 1905,
CONTRE-INDICATIONS DE l/EXTRAGTION. :{89
elTel la poussée de la dent de six ans vers les dents antérieures et, par suite, le rétrécissement de l'espace occupé primitivement par les cinq premières dents (incisives, canines, molaires de laitj, espace qui doit être intégralement conservé pour les cinq dents de remplacement (incisives, canines, prémolaires). Ce défaut de place occasionne des anomalies des dents de deuxième dentition et un mauvais engronemenl des deux arcades (1).
Ce que nous venons de dire s'applique surtout aux molaires de lait, (jui sont parmi les dents temporaires les plus fréquemment atteintes de carie et celles dont l'extraction est le plus souvent réclamée par les parents de l'enfant. Le médecin doit faire tous ses elï'orts pour les convaincre de la nécessité de conserver à l'enfant toute sa denture temporaire jusque vers l'époque physiologique de sa caducité. Pour atteindre ce but, il est utile de faire visiter la bouche des enfants comme celle des grandes personnes, de manière à y déceler et obturer les caries dès leur début (2).
En résumé, une dent temporaire ne doit jamais être enlevée, sauf en cas d'accidents infectieux de voisinage (abcès à répétition, ostéomyélite, etc.), avant l'apparition de sa dent permanente de remplacement.
'2° Dents permanentes. — L'extraction de toute dent curable et utilisable pour une restauration est contre-indiquée.
En dehors des considérations aiïerentes ^ la dent elle-même, l'état général du sujet peut apporter un obstacle à l'extraction. Ici le stomatologiste doit se montrer médecin avant tout et ne pas négliger de se renseigner soit par les commémoratifs, soit surtout par les moyens d'investigation qui lui sont familiers, sur l'état des divers organes.
a. États physiologiques. — La menstruation et la grossesse sont généralement citées comme des contre-indications à l'extraction des dents. Il existe bien peu d'observations authentiques de troubles sérieux déterminés par des avulsions dentaires chez des femmes enceintes, ou pendant les époques.
Le Dr Anoufrier (d'Odessa) a cependant publié, en 1906 {Scalpel, n°32), le cas d'une jeune femme de vingt-cinq ans qui se fit extraire six racines au moment de la terminaison des règles. L'écoulement utérin reprit très abondant, sous forme d'une véritable hémorragie qui résista au tamponnement du vagin, à l'administration d'ergot de
(1) SiFFRE, Les conséquences de l'extraction des dents temporaires (C. R. du I" Congrès français de stomalol., Paris, 190").
S. Glad, Extraction précoce des molaires temporaires comme cause des irrégularités des dents permanentes {Den i\orske Tandlœge forenings Tidende; Le Laboratoire et le Progrès dentaire réunis, 12 juillet 1908).
(2) Cf. M. GuiDAUD, Hygiène bucco-dentaire chez l'enfant (Traité de stomatologie, fasc. V, p. 380).
seigle et ne s'arrêta qu'après un curetlage et des badigeonnages d'adrénaline.
Une autre observation, due à M. P. Bernard {Sud-Est denlaire, avril 1913), relate un cas d'arrêt brusque des règles immédiatement après l'extraction d'une première molaire inférieure, extraction faite avec anesthésie locale au chlorure d'éthyle, facilement et sans complication opératoire. Congestion faciale, injection conjonctivale, douleurs abdominales accompagnaient l'arrêt des règles. Ces symptômes disparurent lorsque le rétablissement du flux menstruel eut été obtenu, assez rapidement, par l'application de serviettes imbibées d'eau bouillante sur l'abdomen.
Si la patiente est mal réglée, très nerveuse, si elle manifeste des craintes en raison de son état, il vaudra mieux différer l'opération de quelques jours, sauf, bien entendu, les cas d'urgence absolue, de manière à laisser passer l'époque de la menstruation.
En ce qui concerne l'état de grossesse, les risques encourus sont d'autant moindres qu'on se rapproche davantage du terme. Toutefois, même pendant les premiers mois, il est préférable d'extraire, si l'on doit ainsi mettre fin à des souffrances ou à un danger d'infection qui pourraient être préjudiciables à la santé de la mère et du fœtus.
Ici encore, la susceptibilité utérine, l'état d'appréhension de la malade devront entrer en ligne de compte.
b. États pathologiques. — Certaines affections peuvent contreindiquer l'extraction dentaire, les unes en raison du danger d'une opération sanglante (hémophilie, glycosurie), les autres en raison du danger d'inhibition et de syncope cardiaque (affections du cœur, troubles nerveux).
L'hémophilie est une contre-indication absolue. Cette affection est heureusement rare; mais certains sujets présentent une tendance marquée aux hémorragies qui les fait ressembler à de vrais hémophiles. On devra être très prudent à leur égard et n'opérer que s'il y a nécessité. On peut, dans ce cas, par un traitement préventif, corriger tout au moins temporairement le défaut de coagulabililédu sang. Nous y reviendrons plus loin, en traitant l'hémorragie dentaire (Voy. aux Complications et accidents de rexlraction).
L'extraction, comme toute opération en général, doit être évitée chez les diabétiques, les hémoptysiques, les alhuminuriques, les épileptiques, etc. ; il n'y a cependant pas de contre-indication absolue.
Les affections cardiaques bien compensées ne contre-indiquent pas en général l'extraction. Il y a lieu de tenir compte de l'émotivité du sujet dont la dépression sera au besoin combattue avant l'opération par l'administration de toniques (café, kola, alcool, etc.). On sait que la secousse nerveuse provoquée par l'acte opératoire et parfois même simplement par l'appréhension de