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GANGRÈNE DE LA LANGUE

La gangrène de la langue peut être une des terminaisons de la glossite aiguë profonde. Mais elle peut exister d'une façon primitive en tant que lésion locale. Dans ces cas, elle survient chez des sujets très débilités. Un bouton se forme sur le bord de l'organe, sans gonflement ni rougeur, et en très peu de temps ce bouton se transforme en une escarre.

Dans certains cas, on a vu la gangrène succéder à une intumescence de la langue n'ayant en rien les caractères d'une glossite aiguë.

On traitera ces accidents par les cautérisations ignées, les lavages antiseptiques. L'état général sera soutenu par tous les moyens appropriés.

RHUMATISME LINGUAL

11 semble que le rhumatisme puisse parfois atteindre la langue. Les observations en sont rares. Il existe cependant le cas cité par Chomel dans ses Leçons Cliniques, d'une femme de 32 ans, atteinte de rhumatisme aigu généralisé. L'articulation temporo-maxillaire droite ayant été atteinte, elle fut prise de douleurs au niveau de la langue. Si elle voulait parler ou remuer la langue, elle ressentait à la face inférieure de l'organe, une douleur assez vive se prolongeant jusque dans le pharynx, et qui augmentait considérablement par la déglutition. La douleur disparut dès le lendemain et la guérison survint ensuite sans incident.

Que la névralgie puisse se localiser sur le nerf lingual, la chose est absolument certaine, bien que rare. On en trouve dans la littérature médicale des cas typiques. Tel est celui de Brewer dans lequel la douleur avait constamment son siège sur le côté gauche de la langue, à la partie la plus large. Il y avait des périodes où elle se faisait sentir très fréquemment et où le moindre mouvement, soit pour parler, soit pour mâcher les aliments, la faisait reparaître, en excitant chez le malade, quoiqu'il fut d'un naturel extrêmement patient, des contorsions pénibles à voir.

L'examen répété de la langue n'y fit jamais apercevoir ni gonllement, ni ulcération, ni aucun corps étranger, dont on avait été jus(pi'à soupçonner l'existence. Tel est encore le ciTS de Roger, chez un homme de 71 ans, qui ressentait dans le côté gauche de la langue des douleurs si violentes, surtout dans les mouvements, qu'il ne pouvait ni parler, ni prendre d'autres aliments que des aliments liquides. Il fallut endormir le malade pour procéder à un examen sérieux. Ne découvrant aucune altération, on cautérisa le point douloureux; mais après une rémission passagère, les accidents reparurent

plus intenses. On se décida alors à faire la section du nerf lingual : une partie fut réséquée €t les douleurs cessèrent.

Les causes de la névralgie du nerf lingual sont encore obscures. Elle a suivi parfois l'ouverture d'un abcès à la bouche, un refroidissement, l'apparition d'une excroissance sur la face dorsale de la langue, etc.

La douleur affecte la forme de paroxysmes avec des intervalles de sédation complète. D'autre fois, elle est continue, bien qu'exacerbée par tous les mouvements de la langue, par la mastication, l'élocution, l'examen de la bouche, l'ouverture même des mâchoires.

Le siège de la douleur n'est pas toujours localisé dans le territoire du nerf lingual ou du nerf glosso-pharyngien. En général, elle s'étend sur toute la longueur de la moitié de la langue.

On ne remarque ni gonflement, ni altération qudlconque dans l'aspect de la langue. Mbert, cependant, affirme avoir remarqué chez la plupart des sujets atteints de névralgie linguale, une petite excroissance siégeant sur le bord de la langue, au point où ce bord est en rapport avec les arcades dentaires. Cette excroissance était très sensible et paraissait être le point de départ de la névralgie; mais Butlin n'a jamais observé de phénomène de ce genre. Le seul cas de névralgie linguale observé par Butlin avait trait à une femme de 67 ans, d'une excellente santé habituelle, qui trois mois avant d'être examinée avait présenté un petit bouton à la pointe de la langue. Après la guérison de ce bouton, la langue, au dire de la malade, commença à enfler. Cependant, Butlin ne pût jamais constater l'existence de ce gonflement. Ce gonflement se manifestait uniquement sur le côté droit de la langue et s'accompagnait de douleurs et d'engourdissement. Les attaques douloureuses se produisaient à intervalles irréguliers, disparaissant parfois en moins d'une heure, se prolongeant d'autres fois pendant un jour ou deux. La douleur était persistante, lancinante, et souvent si violente qu'elle privait la malade de sommeil. L'attaque se déclenchait sans symptômes prémonitoires, et rien ne permettait de prévoir l'imminence de la crise, de même que rien ne permettait de l'arrêter. La douleur s'étendait sur tout le bord droit de la langue, depuis la dernière molaire jusqu'à la pointe de l'organe.

La crise n'avait aucun rapport avec les mouvements de la langue. Dans l'intervalle des crises, il persistait, du côté droit, une sensation d'engourdissement, mais sans aucune

sensibilité. A l'examen le plus attentif, on ne put rien découvrir d'anormal. Cette né\Talgie céda à l'usage interne de la quinine et aux applications locales de menthol.

Demarquay a le premier utilisé l'injection de morphine dans le parenchyme lingual du côté où siège la névralgie. Si la névralgie persiste, après plusieurs jours de ce traitement, on pourra recourir à la faradisation du nerf lingual.

Dans les cas rebelles, on pourra recourir à une intervention chirurgicale sur le tronc nerveux lui-même : soit une simple division du nerf, soit la résection du segment, soit l'élongation.

La méthode de Moore pour la section du nerf lingual consiste à pratiquer, à l'aide d'un bistouri courbe, une incision de la muqueuse, allant de la dernière molaire, à l'angle de la mâchoire. Le doigt est alors introduit dans la bouche, en dedans et au-delà de la dernière molaire et repère la saillie de la crête alvéolaire, tandis qu'elle se rétrécit pour monter dans le mince procès coronoïde. Derrière, au-dessous et parallèlement à la crête se trouve le nerf. Une ligne tirée au travers de la mâchoire inférieure, de la couronne de la dent à l'angle de la mâchoire, croise le nerf, à environ un demi pouce de cette dent. Une incision suivant cette ligne de troisquarts de pouce de longueur, divisant la muqueuse jusqu'à la surface interne de l'os, divisera le nerf.

Roger et Vanzetti ont pratiqué la résection d'une portion du lingual, chacun dans un cas de névralgie linguale rebelle, et, dans les deux cas, avec un plein succès.

Clément Lucas a pratiqué dans un cas analogue l'élongation du lingual.

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